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Une secte étrange, celle des antoinistes (La Patrie, Montréal, 23 février 1926)(numerique.banq.qc.ca)

Publié le par antoiniste

Une secte étrange, celle des antoinistes (La Patrie, Montréal, 23 février 1926)(numerique.banq.qc.ca)UNE SECTE ETRANGE : CELLE DES ANTOINISTES

La prédication d’Antoine, le guérisseur belge et le rôle de sa femme, dépositaire des rites. – Un temple édifié à Jemeppe. – L’aventure
d’un ouvrier mineur.
VINGT MILLE ADEPTES

    PARIS, 19. (De Maurice Wolff, "Le Journal"). Au moment où les regrettables incidents dont fut victime le curé de Bombon attirent de nouveau l'attention sur les petites religions qui vivent, à côté des grandes, peut-être est-il curieux de s'initier à d'autres sectes organisées, en un temps de plus en plus propice au miracle mystique. Parmi les plus suggestives pour le psychologue se trouve la secte antoiniste, d'abord à cause de l'humilité de ses originales : Antoine, ouvrier mineur, n'avait qu'une instruction rudimentaire, et sa femme ne sait ni lire ni écrire ; à cause aussi de son développement insolite et de la prétention d'un certain nombre de ses membres à faire reconnaître l'antoinisme à l'instar d'un culte officiel par le gouvernement belge.
    Aussi, me trouvant à Liége ces jours passés, une naturelle curiosité m'a incité à un court déplacement pour aller à Jemeppe-sur-Meuse, berceau de l'antoinisme retrouver les traces de la prédication d'Antoine le guérisseur, et assister à la cérémonie qu'accomplit en personne, les trois premiers jours de la semaine, la mère, dépositaire des rites et du pouvoir du père, depuis que ce dernier a quitté notre terrestre séjour, tout en conservant d'ailleurs pour ses fidèles la direction spirituelle de son culte. Je ne puis en cet aperçu rapide que noter aussi la progression rapide desdits pouvoirs spirituels : d'Antoine le guérisseur à Antoine le saint, puis le prophète, le messager d'une révélation définitive, l'ascension s'est faite normalement, par l'enthousiasme progressif et organisé des premiers disciples.

                        UN MAGNETISEUR
    Intéressante à étudier serait encore l'évolution intellectuelle, si l'on peut dire, d'Antoine, d'abord féru d'hypnotisme et de spiritisme, dont il exploitera tout d'abord la soi-disant mystérieuse puissance, pour tenter plus tard ces mêmes croyances, le jour où il a découvert et organisé en doctrine sa théorie des fluides, dont l'influence bienfaisante ou malfaisante réside au même titre dans les objets de la nature comme dans nos actes personnels. De ces fluides, Antoine a reconnu la merveilleuse puissance ; il s'est, en outre, reconnu le pouvoir de la capter pour la répandre généreusement et gratuitement sur les infortunés de plus en plus nombreux, qui lui demandaient aide, et que longtemps, affirme-t-il, il reçut et soigna individuellement. Leur nombre s'accroissant chaque jour avec sa propre renommé, il s'avisa que le fluide, étant immatériel et d'ailleurs d'essence divine, ne pouvait épuiser sa force en se prodiguant en même temps à des collectivités. Il suffisait que les croyants s'assemblassent à la même heure, dans un même lieu sacré. De là l'idée du premier temple antoiniste, édifié à Jemeppe, et bientôt suivi de beaucoup d'autres : leur nombre en Belgique et en France atteint, m'a-t-on dit, la trentaine. Dès ce moment aussi naquit la rite qu'Antoine avait fixé, et dont les antoinistes observent scrupuleusement le cérémonial.

                        L'OPERATION
    Pendant que je me hâte moi-même vers le temple antoiniste, car l'opération est à dix heures précises, et le fluide transmis par le père ne peut attendre, je coudoie une foule hétéroclite qui se presse en remontant la grand'rue du petit village minier : ménagères portant leur papier au bras ou traînant après elles leur marmaille ; antoinistes hommes et femmes, reconnaissables au costume bizarre qu'ils arborent et qui, paraît-il, fut adopté par le père : les hommes vêtus d'une lévite noire, le chef recouvert d'un tuyau de poêle étrange fortement évasé par le haut ; les femmes vouées au noir elles aussi, manteau noir, petit bonnet ruches de même couleur, d'où tombe parfois un grand voile qui leur donne l'apparence de religieuse d'un tier-ordre, à moins que ce ne soit d'une troupe éplorée de veuves !
    Dans le temple nu, sur les murs duquel sont places de nombreux rappels au silence, la même symphonie de deuil se perpétue : une longue tenture de cette couleur pend de la tribune où tout à l'heure apparaîtra la mère ; une figure symbolique y est brodée en file d'argent : c'est l'"arbre de la science de la vue du mal" (!) avec de nombreuses ramifications s'échappant du tronc.
    Un silence lourd d'attente, et comme angoissé du miracle qui se prépare, et que, mue comme par un ressort, annonce l'une des "veuves" qui s'est levée au premier banc : "L'opération va se faire : ranimez votre foi ; ceux qui auront la loi seront guéris."

                        LA MERE !
    A peine s'est-elle rassise que, par une porte basse masquée dans la muraille et de plain-pied avec la tribune surélevée, la mère elle-même a fait son apparition : figure osseuse de paysanne matoise et obstinée, le front barré d'une ride volontaire, encore très alerte malgré ses 74 ans bien sonnés ; elle s'est mise en prière les yeux levés vers le ciel, ses mains noueuses repliées l'une sur l'autre massivement. Que marmonne-t-elle entre ses dents ? Seuls les initiés pourraient y reconnaître un appel au père, sous l'invocation duquel toute la cérémonie est pratiquée. Un seul mot m'en parvient à peu près distinctement : "Miséricorde !" Il annonce que le moment est venu de lancer l'influx libérateur, qu'attendent à la même minute, je pourrais dire à la même seconde, car le fluide ne connaît pas les misérables obligations de nos lois physiques, les antoinistes croyants, réunis dans leurs temples. Le visage est maintenant crispé et douloureux, les mains noueuses ramenées vers le corps et rejetées en avant par un mouvement contraire, il semble que l'opératrice veuille, en ce geste symbolique, attirer sur elle toute la misère du monde et insuffler à l'assistance la force primordiale capable d'assurer le triomphe sur le mal physique ou moral, cet éternel ennemi de l'humanité douloureuse. "Ranimez votre foi". Les antoinistes courbent la tête pour mieux recevoir l'influx libérateur. Quand ils la relèvent, la vieille femme a disparu comme par enchantement par la même porte dérobée et l'assistance a déjà commencé sur un ton de mélopée les dix principes du père.
    Le dieu qui parle ici est un dieu familier créé à l'image de celui qui l'interprète et qui lui prête son langage quelque peu obscur, parfois même incorrect. Ce dieu qui s'exprime par la bouche du père prêche à coup sûr une morale utile à tous les hommes, puisqu'il recommande la charité, y compris la gratuité de tous les services divins et humains, qu'il insiste sur la tolérance, blâme tout prosélytisme de paroles, et insinue fort justement qu'il est bon de nous efforcer de le voir dans celui que nous croyons être notre ennemi, car c'est notre propre image que nous renvoie celui à qui nous prêtons nos mauvaises pensées personnelles. La leçon est souvent profitable.
    Mais c'est certainement à Antoine que revient en propre cette défiance de l'intelligence, mise en conflit avec la conscience qu'elle obnubile par son orgueil et sa vision toute matérielle ? D'où nécessite d'abaisser la Superbe et d'accepter sans peu de mots la simple foi du charbonnier.
    Tel était le cours de mes pensé en quittant le temple de Jemeppe, non sans avoir demandé à notre petit frère Musin, lecteur des principes le jour et mineur la nuit, pour accomplir le précepte antoiniste, la pratique de foi et d'espérance que lui-même ou une adepte féminine distribuent généreusement et cordialement à tous ceux qui demandent audience.

                        TOUTE UNE OEUVRE
    A la sortie du temple, dans un café-restaurant d'apparence modeste, mais qu'achalandent les grands jours de l'antoinisme, j'achète les portraits du père et de la mère officiant ; on me presse d'y joindre les reproductions de foules assemblées à Schaerbeek, faubourg de Bruxelles, inauguration d'un temple antoiniste par la mère ; fête annuelle du 25 juin, jour anniversaire de la désincarnation du père, où l'on procède sous la direction de la mène à la visite de la demeure du père, suivie d'un pèlerinage aux deux voisins qui abritèrent sa méditation et le virent se rafraîchir à une petite fontaine consacrée désormais par le zèle des antoinistes. Plus de 20.000 personne sont, parait-il, venues cette année magnifier la gloire du père !
    Ai-je dit que la mère Antoine ou ses représentants consacrent des mariages et des baptêmes et que les obsèques antoinistes se pratiquent très simplement ? On y lit quelques pages du père sur la réincarnation. C'est ainsi, me murmure une vieille antoiniste, que le petit ruisseau est devenu grande rivière ! – Maurice WOLFF.

La Patrie, Montréal, 23 février 1926 (source : numerique.banq.qc.ca)

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Une secte étrange, celle des antoinistes (La Patrie, Montréal, 23 février 1926)(numerique.banq.qc.ca)

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Une secte étrange, celle des antoinistes (La Patrie, Montréal, 23 février 1926)(numerique.banq.qc.ca)UNE SECTE ETRANGE : CELLE DES ANTOINISTES

La prédication d’Antoine, le guérisseur belge et le rôle de sa femme, dépositaire des rites. – Un temple édifié à Jemeppe. – L’aventure
d’un ouvrier mineur.
VINGT MILLE ADEPTES

    PARIS, 19. (De Maurice Wolff, "Le Journal"). Au moment où les regrettables incidents dont fut victime le curé de Bombon attirent de nouveau l'attention sur les petites religions qui vivent, à côté des grandes, peut-être est-il curieux de s'initier à d'autres sectes organisées, en un temps de plus en plus propice au miracle mystique. Parmi les plus suggestives pour le psychologue se trouve la secte antoiniste, d'abord à cause de l'humilité de ses originales : Antoine, ouvrier mineur, n'avait qu'une instruction rudimentaire, et sa femme ne sait ni lire ni écrire ; à cause aussi de son développement insolite et de la prétention d'un certain nombre de ses membres à faire reconnaître l'antoinisme à l'instar d'un culte officiel par le gouvernement belge.
    Aussi, me trouvant à Liége ces jours passés, une naturelle curiosité m'a incité à un court déplacement pour aller à Jemeppe-sur-Meuse, berceau de l'antoinisme retrouver les traces de la prédication d'Antoine le guérisseur, et assister à la cérémonie qu'accomplit en personne, les trois premiers jours de la semaine, la mère, dépositaire des rites et du pouvoir du père, depuis que ce dernier a quitté notre terrestre séjour, tout en conservant d'ailleurs pour ses fidèles la direction spirituelle de son culte. Je ne puis en cet aperçu rapide que noter aussi la progression rapide desdits pouvoirs spirituels : d'Antoine le guérisseur à Antoine le saint, puis le prophète, le messager d'une révélation définitive, l'ascension s'est faite normalement, par l'enthousiasme progressif et organisé des premiers disciples.

                        UN MAGNETISEUR
    Intéressante à étudier serait encore l'évolution intellectuelle, si l'on peut dire, d'Antoine, d'abord féru d'hypnotisme et de spiritisme, dont il exploitera tout d'abord la soi-disant mystérieuse puissance, pour tenter plus tard ces mêmes croyances, le jour où il a découvert et organisé en doctrine sa théorie des fluides, dont l'influence bienfaisante ou malfaisante réside au même titre dans les objets de la nature comme dans nos actes personnels. De ces fluides, Antoine a reconnu la merveilleuse puissance ; il s'est, en outre, reconnu le pouvoir de la capter pour la répandre généreusement et gratuitement sur les infortunés de plus en plus nombreux, qui lui demandaient aide, et que longtemps, affirme-t-il, il reçut et soigna individuellement. Leur nombre s'accroissant chaque jour avec sa propre renommé, il s'avisa que le fluide, étant immatériel et d'ailleurs d'essence divine, ne pouvait épuiser sa force en se prodiguant en même temps à des collectivités. Il suffisait que les croyants s'assemblassent à la même heure, dans un même lieu sacré. De là l'idée du premier temple antoiniste, édifié à Jemeppe, et bientôt suivi de beaucoup d'autres : leur nombre en Belgique et en France atteint, m'a-t-on dit, la trentaine. Dès ce moment aussi naquit la rite qu'Antoine avait fixé, et dont les antoinistes observent scrupuleusement le cérémonial.

                        L'OPERATION
    Pendant que je me hâte moi-même vers le temple antoiniste, car l'opération est à dix heures précises, et le fluide transmis par le père ne peut attendre, je coudoie une foule hétéroclite qui se presse en remontant la grand'rue du petit village minier : ménagères portant leur papier au bras ou traînant après elles leur marmaille ; antoinistes hommes et femmes, reconnaissables au costume bizarre qu'ils arborent et qui, paraît-il, fut adopté par le père : les hommes vêtus d'une lévite noire, le chef recouvert d'un tuyau de poêle étrange fortement évasé par le haut ; les femmes vouées au noir elles aussi, manteau noir, petit bonnet ruches de même couleur, d'où tombe parfois un grand voile qui leur donne l'apparence de religieuse d'un tier-ordre, à moins que ce ne soit d'une troupe éplorée de veuves !
    Dans le temple nu, sur les murs duquel sont places de nombreux rappels au silence, la même symphonie de deuil se perpétue : une longue tenture de cette couleur pend de la tribune où tout à l'heure apparaîtra la mère ; une figure symbolique y est brodée en file d'argent : c'est l'"arbre de la science de la vue du mal" (!) avec de nombreuses ramifications s'échappant du tronc.
    Un silence lourd d'attente, et comme angoissé du miracle qui se prépare, et que, mue comme par un ressort, annonce l'une des "veuves" qui s'est levée au premier banc : "L'opération va se faire : ranimez votre foi ; ceux qui auront la loi seront guéris."

                        LA MERE !
    A peine s'est-elle rassise que, par une porte basse masquée dans la muraille et de plain-pied avec la tribune surélevée, la mère elle-même a fait son apparition : figure osseuse de paysanne matoise et obstinée, le front barré d'une ride volontaire, encore très alerte malgré ses 74 ans bien sonnés ; elle s'est mise en prière les yeux levés vers le ciel, ses mains noueuses repliées l'une sur l'autre massivement. Que marmonne-t-elle entre ses dents ? Seuls les initiés pourraient y reconnaître un appel au père, sous l'invocation duquel toute la cérémonie est pratiquée. Un seul mot m'en parvient à peu près distinctement : "Miséricorde !" Il annonce que le moment est venu de lancer l'influx libérateur, qu'attendent à la même minute, je pourrais dire à la même seconde, car le fluide ne connaît pas les misérables obligations de nos lois physiques, les antoinistes croyants, réunis dans leurs temples. Le visage est maintenant crispé et douloureux, les mains noueuses ramenées vers le corps et rejetées en avant par un mouvement contraire, il semble que l'opératrice veuille, en ce geste symbolique, attirer sur elle toute la misère du monde et insuffler à l'assistance la force primordiale capable d'assurer le triomphe sur le mal physique ou moral, cet éternel ennemi de l'humanité douloureuse. "Ranimez votre foi". Les antoinistes courbent la tête pour mieux recevoir l'influx libérateur. Quand ils la relèvent, la vieille femme a disparu comme par enchantement par la même porte dérobée et l'assistance a déjà commencé sur un ton de mélopée les dix principes du père.
    Le dieu qui parle ici est un dieu familier créé à l'image de celui qui l'interprète et qui lui prête son langage quelque peu obscur, parfois même incorrect. Ce dieu qui s'exprime par la bouche du père prêche à coup sûr une morale utile à tous les hommes, puisqu'il recommande la charité, y compris la gratuité de tous les services divins et humains, qu'il insiste sur la tolérance, blâme tout prosélytisme de paroles, et insinue fort justement qu'il est bon de nous efforcer de le voir dans celui que nous croyons être notre ennemi, car c'est notre propre image que nous renvoie celui à qui nous prêtons nos mauvaises pensées personnelles. La leçon est souvent profitable.
    Mais c'est certainement à Antoine que revient en propre cette défiance de l'intelligence, mise en conflit avec la conscience qu'elle obnubile par son orgueil et sa vision toute matérielle ? D'où nécessite d'abaisser la Superbe et d'accepter sans peu de mots la simple foi du charbonnier.
    Tel était le cours de mes pensé en quittant le temple de Jemeppe, non sans avoir demandé à notre petit frère Musin, lecteur des principes le jour et mineur la nuit, pour accomplir le précepte antoiniste, la pratique de foi et d'espérance que lui-même ou une adepte féminine distribuent généreusement et cordialement à tous ceux qui demandent audience.

                        TOUTE UNE OEUVRE
    A la sortie du temple, dans un café-restaurant d'apparence modeste, mais qu'achalandent les grands jours de l'antoinisme, j'achète les portraits du père et de la mère officiant ; on me presse d'y joindre les reproductions de foules assemblées à Schaerbeek, faubourg de Bruxelles, inauguration d'un temple antoiniste par la mère ; fête annuelle du 25 juin, jour anniversaire de la désincarnation du père, où l'on procède sous la direction de la mène à la visite de la demeure du père, suivie d'un pèlerinage aux deux voisins qui abritèrent sa méditation et le virent se rafraîchir à une petite fontaine consacrée désormais par le zèle des antoinistes. Plus de 20.000 personne sont, parait-il, venues cette année magnifier la gloire du père !
    Ai-je dit que la mère Antoine ou ses représentants consacrent des mariages et des baptêmes et que les obsèques antoinistes se pratiquent très simplement ? On y lit quelques pages du père sur la réincarnation. C'est ainsi, me murmure une vieille antoiniste, que le petit ruisseau est devenu grande rivière ! – Maurice WOLFF.

La Patrie, Montréal, 23 février 1926 (source : numerique.banq.qc.ca)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

    La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 à Liège la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

(source : Belgicapress)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

    La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 à Liège la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

(source : Belgicapress)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

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A travers les idées - Léon Meunier, Le vrai message de Jésus (Le Fraterniste, 1er avril 1929)

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A travers les idées - Léon Meunier, Le vrai message de Jésus (Le Fraterniste, 1er avril 1929)

A TRAVERS LES IDEES

LE VRAI MESSAGE DE JESUS

    Ce bel ouvrage que l'auteur, Léon Meunier, a dédié à M. Jean Meyer nous change des vies de Jésus et de la manière habituelle dont on traite ce sujet, (8, rue Copernic, Paris 16).
    Ici, l'existence du Premier Chrétien n'est qu'humaine, rien qu'humaine, mais elle l'est dans toute sa douleur, dans toute sa grandeur et fait mieux ressortir le caractère divin de son œuvre.
    Léon Meunier a examiné la grande figure de Jésus au point de vue spiritualiste, plus spécialement spirite mais on sent qu'il n'agit pas au profit d'une cause ou d'une doctrine particulières, il s'élève au-dessus de celles-ci, le Jésus qu'il nous donne n'en est que plus humain, plus vivant plus proche de nous.
    Dans un but facile à comprendre – à vouloir faire de l'anti-cléricalisme, on tombe quelquefois dans des extrêmes absurdes – de nombreux auteurs ont mis en doute l'existence du Maître ; l'auteur ne partage pas cette opinion – moi non plus – et dans son « Avertissement » il nous dit ceci.
    « Nous pensons que Jésus, en tant que « personnalité » a existé, qu'il a vécu, parlé, agi et est mort sur la Croix. Notre opinion ne ressort pas d'un texte quelconque nouvellement découvert ou autrement interprété, mais de la preuve multiple faite de la tradition et des mille et un témoignages qui, venus de toutes parts et de tous les temps, s'entrecroisent à ce point fixe qu'ils rendent manifestement irrécusable ».
    Dans sa Préface Léon Meunier nous parle des innombrables biographies de Jésus ; qu'en dit-il ? Ceci, et avec raison. « Une suite de faits volontairement dénaturés ou « surnaturalisés », un catalogue de prodiges systématiquement arrangés pour l'établissement et la justification d'une croyance, un assemblage de récits établi sans liens, sans ordre, où se perdent les droits de l'histoire, de la logique et de la saine philosophie ».
    Voici maintenant qui nous explique pourquoi ce livre fut écrit... pour notre plaisir.
    « A la vérité, ce n'est plus le Jésus d'images d'Epinal qu'il faut étudier, mais le Jésus profondément humain, vivant dans le milieu terrestre, tressaillant au contact des choses et des êtres, et aussi profondément divin par la révélation et l'exemple qu'il donne au monde et qui lui vaut d'être rangé parmi les Sages et d'être élevé à la hauteur d'un Bouddha ».
    Puisque ce fut là le but de l'auteur, nous devons dire qu'il a parfaitement réussi, avec un beau talent et une plume éprise de ce qu'elle décrit, examinant les faits bibliques... « à la lumière du spiritisme scientifique, de la métapsychique et de l'éthique du XXe siècle ».
    Et voyons maintenant le livre lui-même.
    C'est d'abord l'origine de Jésus et sa vie cachée et Léon Meunier nous donne en termes que j'approuve la raison de cette Venue. « La raison de la Venue de Jésus est, au contraire, la vraie notion de la bonté de Dieu et de l'amour universel à rétablir dans l'esprit des hommes. Jésus devait annoncer au monde « la bonne nouvelle », c'est-à-dire le salut de tous dans l'amour infini ».
    M. Léon Meunier se refuse à croire à une naissance « miraculeuse » de Jésus, pour lui, point de « Vierge » Marie et Joseph est bien le père de l'enfant, il le reconnait néanmoins « fils de Dieu » lui comme tous les hommes. On connait la vision qu'eut Marie à propos du Messie qu'elle devait mettre au monde, ce fait et quelques autres du chapitre, est examiné par l'auteur au point de vue spirite, pour lui, c'est une prémonition, il n'y a là rien de surnaturel comme certain dogme veut nous le faire digérer aujourd'hui et depuis longtemps. Nous basant sur ce principe, les faits bibliques nous apparaissent simples et clairs, rien du miracle, rien d'irréel.
    Je passe, vu la place qui m'est réservée, sur des pages qui retiennent l'attention, la naissance, l'adoration des Mages, la fuite en Egypte. Léon Meunier nous montre Jésus, simple ouvrier charpentier, œuvrant de ses mains, vivant de son salaire, menant une vie vulgaire, monotone, peu conforme, on s'en doute, à ses aspirations. Jésus grandit, il s'instruit, mais il est dans un milieu réfractaire, hostile, l'auteur nous dépeint bien son état d'âme dans ces lignes : « Jésus fut l'être incompris : ses pensées, ses désirs, ses aspirations, tout ce qui faisait battre son cœur, illuminait son esprit, transportait son âme, demeurait étranger et incompréhensible à son entourage ».
    L'Evangéliste ne dit-il pas à propos de son père et de sa mère : « Quant à eux, ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait ».
    Léon Meunier nous parle de Jean-Baptiste et de sa rencontre avec Jésus sur les bords du Jourdain et c'est motif à de belles pages, de même que La Tentation que l'écrivain traite en profond psychologue. Voici maintenant les premiers disciples, puis les noces de Cona où l'auteur démontre de façon péremptoire la non authenticité du miracle de l'eau changée en vin, en appuyant sa thèse d'aperçus très justes et originaux. Nous en arrivons maintenant à la Vie Publique.
    C'est d'abord Jésus et les marchands du Temple, l'entretien avec Nicodème, affirmant la réincarnation « si un homme ne naît de nouveau, dit Jésus, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Jésus va en Judée et c'est la foule de ses guérisons, puis en Samarie et en Galilée. Le Maître est à Jérusalem et c'est alors la guérison du paralytique de Bethesda qui montre – et Léon Meunier nous fait toucher du doigt cette vérité – que c'est par le seul levier de la volonté que les guérisons de Jésus s'opèrent.
    L'auteur nous montre ensuite Jésus affirmant la filiation divine de l'homme, affirmation corroborée par ces paroles accusatrices des pharisiens : « Non seulement il viole le sabbat, mais il ose appeler Dieu son père en se faisant l'égal de Dieu » (Jean V. 18). Le Maître est revenu à Nazareth mais ses prédications ne sont pas comprises, la population voulait, pour croire au Messie, des miracles. Jésus n'en voulait pas faire car il savait qu'on ne viole pas les lois naturelles, mais il savait aussi que la foi est capable de soulever les montagnes, ce fut là sa force mais on ne la comprenait pas, sauf ceux qui crurent et qui furent guéris.
    Léon Meunier nous parle maintenant de la pêche miraculeuse, de la guérison du possédé qu'il nous explique avec clarté, voici également les guérisons du lépreux, du paralytique, de la fille de Jaïrus, etc. toutes habilement commentées. Nous en arrivons à cette phase fameuse de l'existence du Maître : le Sermon sur la Montagne. C'est là, pour l'auteur, occasion à nous donner de belles pages, d'une pénétrante et clairvoyante psychologie, généreuses et réconfortantes, saines et logiques. Léon Meunier se refuse à croire à la résurrection du fils de la veuve de Naïna, pour lui, et de même que Jésus l'affirma pour la fille de Jaïre. « Cette fille n'est pas morte, elle n'est qu'endormie », cet homme doit être vraisemblablement dans un état léthargique que nos méthodes scientifiques observent parfaitement et que l'hypnotisme même provoque pour un temps limité.
    Malgré qu'ils soient intéressants, je suis obligé de passer sur de nombreux chapitres. Les envoyés de Jean-Baptiste, Marie-Magdeleine. Les Paraboles, Le Fils de l'Homme. Le Pain de vie, Le Culte Extérieur. Jésus et les Miracles, où nous avons une idée fort nette de ce que pensait le maître à leur sujet. Un chapitre spécial sur la Réincarnation nous montre la logique de cette doctrine en harmonie avec la pensée du Christ.
    Nous touchons à la fin de la vie de Jésus et Léon Meunier sous le titre : L'Acte Suprême lui consacre une importante partie de son livre. Je ne puis détailler, malgré mon vif désir, mais cette partie de l'ouvrage est superbe, criante de vérité, la Passion de Jésus est peinte admirablement, on sent la note juste, l'enthousiasme et l'admiration du disciple pour le Maître, la douleur aussi dans la Vision du Christ sur le Golgotha.
    Léon Meunier a écrit là un livre passionnant, attachant, vivant, il se base sur l'Ecriture, donc rien des inventions fantaisistes, mais il a su renouveler le récit biblique en l'étudiant avec l'esprit scientifique, qui constate et qui ne nie rien par idée préconçue, en l'éclairant à la lueur que lui procurent les sciences psychiques ; en disséquant l'Homme et sa doctrine il nous a montré sa vraie grandeur, sa véritable mission.
    Je ne connais pas M. Léon Meunier, mais je tiens à le dire c'est un bel écrivain, à la plume ardente qui sait séduire, charmer, émouvoir.
    Le Vrai Message de Jésus est un livre d'une noble beauté qui suffit à classer son auteur.

                                                                                    René DORGEVILLE

Le Fraterniste, 1er avril 1929

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Causerie judiciaire, Premiers effets d'une secte (Le Petit sou, 22 avril 1914)

Publié le par antoiniste

Causerie judiciaire, Premiers effets d'une secte (Le Petit sou, 22 avril 1914)Causerie judiciaire

Premiers effets d'une secte

    De même que les hérésies anciennes, les sectes modernes ne font pas seulement des dupes, mais des victimes. Constatation que les juges de la quatrième chambre ont dû faire, ces jours derniers, à propos d'une affaire banale, mais où l'on a une vision nette des ravages que peuvent causer ces doctrines antisociales qui ne sont qu'une réédition, un mélange ou une édulcoration de vieilles hérésies dont on poursuivait, autrefois, les propagateurs, lorsqu'il existait en état normal, soucieux de l'équilibre moral des citoyens.
    L'antoinisme – c'est de cette secte qu'il s'agit dans cette affaire – implanté chez nous depuis peu, n'a pas encore pu causer de grands maux, ni surtout se répandre bien loin, mais, puisqu'il commence à faire parler de lui dans les prétoires, il n'est pas inutile – ne fût-ce que pour expliquer le cas en question – en dire quelques mots.

*
*   *

    Le fondateur de cette secte nouvelle, un certain Antoine, vivait en Belgique dans la plus complète obscurité. C'était un homme pieux, qui resta bon chrétien jusqu'aux environs de quarante-deux ans. C'est à ce moment que son fils, âgé d'une vingtaine années, mourut.
    Le malheureux Antoine, à partir de cette époque, commença à s'égarer. On lui assura que le spiritisme enseignait le moyen de converser avec les morts. Il se laissa entrainer, assista à des réunions spirites, et y apprit, par la voix de son fils lui-même, que le défunt était « devenu pharmacien à Paris » !
    Vivement intéressé par cette doctrine de la réincarnation, il montra un grand zèle. Il dirigea les « Vignerons du Seigneur », association de gens du même acabit, et non pas, comme on pourrait le croire, syndical d'ivrognes. Il fit paraître une sorte de catéchisme spirite. Comme Faust, il conjura les esprits. Léon XIII, lui-même – à ce qu'on assura – condescendit à se faire entendre. Malheureusement, il parlait un français-belge déplorable, avec un fort accent wallon.
    Il ne manquait plus à Antoine qu'un vague vernis pseudo-scientifique. Il se lia avec un certain « docteur » Carita. Quand il jugea que son savoir était suffisant, il lança des circulaires dans les villes d'eaux et un peu partout. Il y assurait qu'il était en mesure de soulager, non pas seulement toutes les maladies physiques, mais encore les afflictions morales.
    Un beau jour, Antoine pensa qu'il n'avait plus besoin du « docteur », puisqu'aussi bien il en savait assez long pour le rôle qu'il voulait jouer. En effet, les ménagères lui amenaient leurs enfants et les gorgeaient de ses remèdes. Il passa bientôt pour un saint, et d'autant plus facilement que souffrant, depuis une vingtaine d'années, d'une maladie d'estomac, il suivait un régime végétarien, et menait une vie très retirée, ce qui lui permettait d'éviter les cas embarrassants.
    Mais son influence grandissait et s'étendait. Son audace aussi. Alors, comme il en avait usé avec son docteur, il congédia les esprits qui l'assistaient, et les remplaça par des fluides. En même temps, il fondait une nouvelle école « spiritualiste », et ordonnait à ses partisans une certaine drogue dont le commerce le fit condamner pour exercice illégal de la médecine.
    Pour éviter pareils ennuis, Antoine se borna à vendre des bouteilles d'eau « magnétisée », dose proportionnée aux besoins du malade. C'était encore trop compliqué. Il se borna à « magnétiser » des bouts de papier qu'il suffisait de tremper dans de l'eau. Le génie est simplificateur.
    Il expliquait les phénomènes de son magnétisme – dont on ne voyait d'ailleurs pas les effets – par une théorie de la foi et des fluides. La maladie, c'est un fluide mauvais qui n'est autre que l'imagination. C'est donc l'imagination qu'il faut guérir.

*
*   *

    Ses partisans devenaient de plus en plus nombreux. Il imposait les mains à des quantités de personnes, renouvelant ainsi la pratique manichéenne du « Consolamentum ». Enfin, on mit à sa disposition un temple ou, chaque dimanche, le bon Père, sans un mot, laissait tomber sur la foule des cascades de fluide. Ceux qui avaient la foi devaient être guéris. Quant à ceux qui restaient malades, c'est qu'ils n'avaient pas la foi.
    On se demande comment cette farce a pu durer aussi longtemps, car Antoine ne guérissait évidemment personne. Il remontait un peu le moral de ses auditeurs, et c'est tout. A ce traitement, les malades n'allaient pas loin, et s'ils mouraient, Antoine n'y pouvait rien. Il essaya, une fois, d'en rappeler un à la vie. Mais il ne recommença pas celle comédie qui eût pu ruiner son industrie.
    Se donnant comme envoyé pour la régénération de l'humanité, il prédit sa mort à plusieurs reprises, sans en porter plus mal. Cet événement n'arriva qu'en 1912. Son enterrement montra les progrès énormes de sa secte. Cent vingt mille personnes, assura-t-on, défilèrent à son enterrement, au temple de Jemeppe-sur-Meuse.
    Sa veuve prit la suite de l'affaire, sous le nom de « la Mère », aidée par des sous-ordres répandus dans quelques villes, notamment à Paris, Tours, Vichy, Nice, Monte-Carlo, Aix-les-Bains, Grenoble, etc. Les théosophes, occultistes et spirites ont été pour beaucoup dans la fondation de ces groupes.
    En octobre dernier, à Paris, les antoinistes inaugurèrent leur local, sorte de petite chapelle sans mobilier, en dehors d'une tribune, où, le dimanche, le gérant de l'officine, tenant à la main un arbuste dénommé « arbre de la science, de la vie, du mal », procède à la lecture des instructions. Des femmes, dont le costume tient de celui des nourrices anglaises et de l'uniforme de l'Armée du Salut, l'aident à endoctriner les profanes.
    Leur propagande, habilement faite, tend à faire croire – c'est le système souvent employé par les sectes – que leur doctrine n'est l'ennemie d'aucune religion, et qu'on n'a pas à en changer pour entrer chez eux. La vérité, c'est que leur doctrine est un mélange d'absurdités blasphématoires, et qu'elle présente des côtés nettement sataniques. Leur morale repousse la loi divine. Le mal n'existe pas, pour eux. C'est, disent-ils, un « aspect de l'évolution des êtres, une condition de progrès ». On touche donc, ici, aux plus vieilles hérésies, à la théosophie, comme au manichéisme.

*
*   *

    Dans ces conditions, on imagine les ravages que peut causer cette doctrine de non-résistance au mal moral comme au mal physique. On en trouve les effets dans l'affaire à laquelle nous avons fait allusion, et qui se résume en peu de mots.
    Dans un ménage, jusque-là uni, le mari donne dans les théories antoinistes. Aussitôt, la vie commune devient impossible.
    Le mari – lit-on dans le jugement de la quatrième chambre – « se refuse à subvenir aux besoins du ménage, et fondant son inertie sur les principes de la secte religieuse à laquelle il déclare appartenir, et qui lui font un devoir de négliger les détails matériels ». Et plus loin : « lors d'une maladie qu'elle (sa femme) a faite, elle n'a trouvé chez lui que des reproches pour s'être fait soigner ». Le mari, au surplus, « a signifié formellement à sa femme qu'il entendait ne reprendre la vie commune qu'à la condition de la voir se conformer aux préceptes auxquels il obéit lui-même... »
    Et le tribunal a accordé le divorce au profit de la femme, parce que le mari, « en persistant dans cette attitude, marque pour sa femme un éloignement où le tribunal est fondé à voir une injure grave ».
    Conséquences logiques de cette doctrine anarchique, mais que ne faisait pas prévoir, aux yeux des profanes, le prospectus distribué par les initiés au temple de la rue Vergniaud, car on lit, dans ce factum, que les antoinistes auront « les mêmes regards pour l'incroyance » et qu'ils ne veulent que du bien à leurs semblables. Les propagateurs de cette secte peuvent espérer que cette audace leur réussira, puisqu'à l'heure actuelle il se trouve encore des naïfs capables de croire que la franc-maçonnerie, suivant ses propres déclarations, « respecte la foi religieuse de chacun de ses membres »...

Le Petit sou, 22 avril 1914

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Causerie judiciaire, Premiers effets d'une secte (Le Petit sou, 22 avril 1914)

Publié le par antoiniste

Causerie judiciaire, Premiers effets d'une secte (Le Petit sou, 22 avril 1914)Causerie judiciaire

Premiers effets d'une secte

    De même que les hérésies anciennes, les sectes modernes ne font pas seulement des dupes, mais des victimes. Constatation que les juges de la quatrième chambre ont dû faire, ces jours derniers, à propos d'une affaire banale, mais où l'on a une vision nette des ravages que peuvent causer ces doctrines antisociales qui ne sont qu'une réédition, un mélange ou une édulcoration de vieilles hérésies dont on poursuivait, autrefois, les propagateurs, lorsqu'il existait en état normal, soucieux de l'équilibre moral des citoyens.
    L'antoinisme – c'est de cette secte qu'il s'agit dans cette affaire – implanté chez nous depuis peu, n'a pas encore pu causer de grands maux, ni surtout se répandre bien loin, mais, puisqu'il commence à faire parler de lui dans les prétoires, il n'est pas inutile – ne fût-ce que pour expliquer le cas en question – en dire quelques mots.

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    Le fondateur de cette secte nouvelle, un certain Antoine, vivait en Belgique dans la plus complète obscurité. C'était un homme pieux, qui resta bon chrétien jusqu'aux environs de quarante-deux ans. C'est à ce moment que son fils, âgé d'une vingtaine années, mourut.
    Le malheureux Antoine, à partir de cette époque, commença à s'égarer. On lui assura que le spiritisme enseignait le moyen de converser avec les morts. Il se laissa entrainer, assista à des réunions spirites, et y apprit, par la voix de son fils lui-même, que le défunt était « devenu pharmacien à Paris » !
    Vivement intéressé par cette doctrine de la réincarnation, il montra un grand zèle. Il dirigea les « Vignerons du Seigneur », association de gens du même acabit, et non pas, comme on pourrait le croire, syndical d'ivrognes. Il fit paraître une sorte de catéchisme spirite. Comme Faust, il conjura les esprits. Léon XIII, lui-même – à ce qu'on assura – condescendit à se faire entendre. Malheureusement, il parlait un français-belge déplorable, avec un fort accent wallon.
    Il ne manquait plus à Antoine qu'un vague vernis pseudo-scientifique. Il se lia avec un certain « docteur » Carita. Quand il jugea que son savoir était suffisant, il lança des circulaires dans les villes d'eaux et un peu partout. Il y assurait qu'il était en mesure de soulager, non pas seulement toutes les maladies physiques, mais encore les afflictions morales.
    Un beau jour, Antoine pensa qu'il n'avait plus besoin du « docteur », puisqu'aussi bien il en savait assez long pour le rôle qu'il voulait jouer. En effet, les ménagères lui amenaient leurs enfants et les gorgeaient de ses remèdes. Il passa bientôt pour un saint, et d'autant plus facilement que souffrant, depuis une vingtaine d'années, d'une maladie d'estomac, il suivait un régime végétarien, et menait une vie très retirée, ce qui lui permettait d'éviter les cas embarrassants.
    Mais son influence grandissait et s'étendait. Son audace aussi. Alors, comme il en avait usé avec son docteur, il congédia les esprits qui l'assistaient, et les remplaça par des fluides. En même temps, il fondait une nouvelle école « spiritualiste », et ordonnait à ses partisans une certaine drogue dont le commerce le fit condamner pour exercice illégal de la médecine.
    Pour éviter pareils ennuis, Antoine se borna à vendre des bouteilles d'eau « magnétisée », dose proportionnée aux besoins du malade. C'était encore trop compliqué. Il se borna à « magnétiser » des bouts de papier qu'il suffisait de tremper dans de l'eau. Le génie est simplificateur.
    Il expliquait les phénomènes de son magnétisme – dont on ne voyait d'ailleurs pas les effets – par une théorie de la foi et des fluides. La maladie, c'est un fluide mauvais qui n'est autre que l'imagination. C'est donc l'imagination qu'il faut guérir.

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    Ses partisans devenaient de plus en plus nombreux. Il imposait les mains à des quantités de personnes, renouvelant ainsi la pratique manichéenne du « Consolamentum ». Enfin, on mit à sa disposition un temple ou, chaque dimanche, le bon Père, sans un mot, laissait tomber sur la foule des cascades de fluide. Ceux qui avaient la foi devaient être guéris. Quant à ceux qui restaient malades, c'est qu'ils n'avaient pas la foi.
    On se demande comment cette farce a pu durer aussi longtemps, car Antoine ne guérissait évidemment personne. Il remontait un peu le moral de ses auditeurs, et c'est tout. A ce traitement, les malades n'allaient pas loin, et s'ils mouraient, Antoine n'y pouvait rien. Il essaya, une fois, d'en rappeler un à la vie. Mais il ne recommença pas celle comédie qui eût pu ruiner son industrie.
    Se donnant comme envoyé pour la régénération de l'humanité, il prédit sa mort à plusieurs reprises, sans en porter plus mal. Cet événement n'arriva qu'en 1912. Son enterrement montra les progrès énormes de sa secte. Cent vingt mille personnes, assura-t-on, défilèrent à son enterrement, au temple de Jemeppe-sur-Meuse.
    Sa veuve prit la suite de l'affaire, sous le nom de « la Mère », aidée par des sous-ordres répandus dans quelques villes, notamment à Paris, Tours, Vichy, Nice, Monte-Carlo, Aix-les-Bains, Grenoble, etc. Les théosophes, occultistes et spirites ont été pour beaucoup dans la fondation de ces groupes.
    En octobre dernier, à Paris, les antoinistes inaugurèrent leur local, sorte de petite chapelle sans mobilier, en dehors d'une tribune, où, le dimanche, le gérant de l'officine, tenant à la main un arbuste dénommé « arbre de la science, de la vie, du mal », procède à la lecture des instructions. Des femmes, dont le costume tient de celui des nourrices anglaises et de l'uniforme de l'Armée du Salut, l'aident à endoctriner les profanes.
    Leur propagande, habilement faite, tend à faire croire – c'est le système souvent employé par les sectes – que leur doctrine n'est l'ennemie d'aucune religion, et qu'on n'a pas à en changer pour entrer chez eux. La vérité, c'est que leur doctrine est un mélange d'absurdités blasphématoires, et qu'elle présente des côtés nettement sataniques. Leur morale repousse la loi divine. Le mal n'existe pas, pour eux. C'est, disent-ils, un « aspect de l'évolution des êtres, une condition de progrès ». On touche donc, ici, aux plus vieilles hérésies, à la théosophie, comme au manichéisme.

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    Dans ces conditions, on imagine les ravages que peut causer cette doctrine de non-résistance au mal moral comme au mal physique. On en trouve les effets dans l'affaire à laquelle nous avons fait allusion, et qui se résume en peu de mots.
    Dans un ménage, jusque-là uni, le mari donne dans les théories antoinistes. Aussitôt, la vie commune devient impossible.
    Le mari – lit-on dans le jugement de la quatrième chambre – « se refuse à subvenir aux besoins du ménage, et fondant son inertie sur les principes de la secte religieuse à laquelle il déclare appartenir, et qui lui font un devoir de négliger les détails matériels ». Et plus loin : « lors d'une maladie qu'elle (sa femme) a faite, elle n'a trouvé chez lui que des reproches pour s'être fait soigner ». Le mari, au surplus, « a signifié formellement à sa femme qu'il entendait ne reprendre la vie commune qu'à la condition de la voir se conformer aux préceptes auxquels il obéit lui-même... »
    Et le tribunal a accordé le divorce au profit de la femme, parce que le mari, « en persistant dans cette attitude, marque pour sa femme un éloignement où le tribunal est fondé à voir une injure grave ».
    Conséquences logiques de cette doctrine anarchique, mais que ne faisait pas prévoir, aux yeux des profanes, le prospectus distribué par les initiés au temple de la rue Vergniaud, car on lit, dans ce factum, que les antoinistes auront « les mêmes regards pour l'incroyance » et qu'ils ne veulent que du bien à leurs semblables. Les propagateurs de cette secte peuvent espérer que cette audace leur réussira, puisqu'à l'heure actuelle il se trouve encore des naïfs capables de croire que la franc-maçonnerie, suivant ses propres déclarations, « respecte la foi religieuse de chacun de ses membres »...

Le Petit sou, 22 avril 1914

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Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)CHEZ
ANTOINE LE GUERISSEUR

    On lit cet intéressant article dans la belle revue belge illustrée : le « MOIS CHEZ NOUS » :

    Nos lecteurs auront certes entendu parler d'Antoine, ce doux philosophe qui, à Jemeppe-sur-Meuse, fit tout d'abord métier de « Guérisseur », attirant à lui les malades, les névrosés surtout et les faibles et les guérissant par la force de sa suggestion. Peu à peu, cependant, Antoine a élevé ses aspirations ; ses malades ont voulu voir dans sa philosophie une religion nouvelle et il compte, tant en France qu'en Belgique, des milliers d'adeptes. Nous avons donc jugé curieux d'exposer à nos lecteurs l'origine, la nature et le caractère de ce mouvement.

LA NAISSANCE DE
                       L'« ANTOINISME ».
             Antoine le Guérisseur
    « Louis Antoine est né en 1846 à Mons-Crotteux (province de Liége), de parents pauvres et très simples. Il est le cadet de sa famille qui comptait onze enfants. Il débute, à 12 ans, dans la mine, accompagnant son père et un frère qui étaient également mineurs. Ne voulant plus descendre dans la fosse, il devint ouvrier métallurgiste. A 24 ans, il quitte la Belgique pour aller travailler en Allemagne où il séjourne pendant cinq ans.
    Deux ans plus tard, il va à Prague, près de Varsovie (Pologne russe) et y accomplit un nouveau terme de cinq ans, puis il s'installe définitivement en Belgique, à Jemeppe-sur-Meuse. Avant de partir pour la Pologne, il était revenu au pays épouser une femme qu'il connaissait de longue date. De leur union naquit un garçon, que la mort leur ravit à l'âge de vingt ans. Mais grâce à leur grande foi, aucun des deux époux n'en fut découragé ; au contraire, ils se dévouèrent davantage. Leur séjour à l'étranger leur avait permis d'amasser une petite fortune, ils la sacrifièrent pour venir en aide aux malheureux, éprouvant plus de bonheur à la dispenser à tous, qu'ils en avaient trouvé en l'acquérant par leur labeur. Car ils avaient déjà compris le but de la vie et leur conscience les sollicitait, sans trêve ni merci, d'aller de l'avant dans cette voie ».

             A Jemeppe-sur-Meuse
    J'extrais cette biographie d'une petite brochure qui, tout récemment m'était tombée sous les yeux. Déjà à diverses reprises, J'avais entendu parler de cet homme qui s'entourait d'une auréole de mysticisme. Des gens s'en moquaient ouvertement, d'autres semblaient y croire, mais les explications que je recueillais à distance étaient par trop vagues.
    Je décidai donc, la semaine dernière, de me rendre à Jemeppe-sur-Meuse et, en cours de route, j'achevai mon éducation, en parcourant la petite brochure que j'avais sur moi. J'ai appris ainsi qu'Antoine est un végétarien endurci : non seulement il ne mange pas de viande, mais il s'abstient également de beurre, d'œufs et de lait. Cela ne l'empêche pas d'ailleurs de se porter à merveille dans sa solitude. Car cet homme, qui a déjà tant fait parler de lui, vit dans un isolement absolu. Quant à sa femme, elle habite avec deux orphelines qu'ils ont élevées et elle partage en tout les idées de son mari. Les antoinistes l'appellent « notre mère »...
    J'appris encore que ce philosophe sorti du peuple fut de tout temps d'une sensibilité aiguë et qu'il prit tout jeune l'habitude de se recueillir profondément. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, il se livra ensuite au spiritisme ; mais les expériences, qu'il fit ne parvinrent pas à le convaincre et il en vint à se forger une morale dont la conception absorba dès lors toutes ses facultés. A partir de 1906, il entreprit de prêcher ce qu'il appelait le « nouveau spiritualisme » et il changea de nom, pour prendre celui d'Antoine-le-Généreux.
    Mais nulle part il n'était dit que l'apôtre du nouveau spiritualisme avait eu recours à des livres : c'est donc à peine si Antoine sait lire et écrire et il dut s'assimiler avec beaucoup de difficultés les vagues notions de morale évangélique et de philosophie qu'il possède.
    Mais me voici en gare de Jemeppe, petite commune industrielle très populeuse et où, à première vue, le mysticisme semble avoir quelque peine à prendre racine. Je descends et le premier passant que j'interroge m'indique la route à suivre pour me rendre au Temple.

             Le Temple d'Antoine
    Car, depuis 1905, Jemeppe s'honore de posséder un temple consacré au culte de l'antoinisme. C'est la curiosité de l'endroit, les guides de renseignent aux étrangers et les Jemeppois en conçoivent une certaine fierté.
    Ce temple s'élève à front de la rue du Bois-de-Mont. Il est construit dans un style plutôt négatif, mais la disposition intérieure, tout en étant fort simple, ne manque ni de confort, ni de dignité.
    C'est une grande salle rectangulaire dont les murs sont peints à huile. Toutes les portes sont capitonnées. Le plafond repose sur une double rangée de poutrelles en fer. Sur le sol s'étend un parquet, et des radiateurs, qui courent le long des murs, entretiennent une douce chaleur dans la salle.
    Dès l'entrée, les regards s'arrêtent sur une inscription en lettres d'un pied, qui couvre tout le mur du fond. C'est la « révélation de l'auréole de la conscience » et j'ai eu soin d'en prendre copie : « Un seul remède », y est-il dit, « peut guérir l'humanité : la foi ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de Le servir : c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité ». C'est un peu long peut-être, mais cela vous donne déjà une idée de la philosophie lénitive à laquelle s'est arrêté cet ancien ouvrier mineur.
    Contre ce même mur s'élève une sorte de perron orné au centre d'une draperie noire qui porte, en blanc, le symbole de la antoinisme : l'« arbre de la science de la vue du mal ».
    Au pied du perron, que seul Antoine a le droit de gravir, une modeste chaire et, face à cette chaire, une trentaine de rangées de bancs et de chaises.
    C'est tout.

             Comment Antoine opère
    Le temps n'est plus où Antoine recevait ses malades « en consultation », les soignant un à un par la seule force de sa persuasion. Depuis bientôt deux ans, sa retraite est fermée à tous, même à ses plus fervents adeptes. Tous les jours, à dix heures, fidèles et malades se groupent dans le temple et le guérisseur n'opère plus qu'en masse.
    Bien entendu, j'avais pris mes dispositions pour me trouver vers dix heures à la rue Bois-de-Mont. J'arrive donc à temps pour voir la foule s'engouffrer dans le temple et pour y pénétrer à mon tour... alors que toutes les places sont déjà prises.
    Et force m'est de le reconnaître, puisqu'après tout, ma mission est de rapporter ici ce que j'ai vu et rien de plus : il plane sur cette assemblée une atmosphère de parfaite sérénité, qui, lorsqu'Antoine paraît pour gravir lentement les marches du perron, se transforme en un profond recueillement.
    Quel homme extraordinaire que cet Antoine ! Ses traits, adoucis par la retraite et l'absolue sobriété, semblent s'être épurés encore dans le recueillement et sa chevelure soyeuse se confond avec une barbe d'apôtre qui lui couvre tout le bas du visage.
    L'œil est plutôt petit, mais le regard est d'une rare limpidité. L'austère vêtement – une sorte de redingote noire à double collet et boutonnée à la façon d'une soutane – qu'Antoine ne quitte plus depuis dix ans contribue encore à donner du relief à cette tête plus étrange, peut-être, que vraiment belle. Tel qu'il est cependant, on conçoit aisément que des malheureux affaiblis par la maladie ou la misère se laissent vivement impressionner au seul aspect de cet homme, qui paraît d'ailleurs très pénétré de son pouvoir spirituel.
    Le voici donc au haut du perron. Un de ses adeptes, revêtu de la même robe, a pris place à la chaire et tous deux se recueillent longuement au milieu d'un silence religieux. Enfin, Antoine se redresse et, d'un geste auguste, il étend les mains sur la foule. La minute est impressionnante. Puis le guérisseur se retire, avec la même lenteur et sans avoir un seul instant desserré les lèvres. Car, s'il ne reçoit plus personne, il ne parle pas davantage et c'est désormais dans ce seul geste de bénédiction que les malades qui viennent à lui doivent trouver leur guérison.
    C'est un spectacle bien pénible, hélas ! que de voir dans cette foule quantité de pauvres gens au teint pâle, au visage émacié, au dos voûté par de longues souffrances, qui viennent là, poussés par un ultime espoir et qui mettent ce qui leur reste de confiance dans cette dernière tentative.
    Mais le « service » est fini et silencieusement, le temple se vide. Dans certains regards, une flamme s'est allumée. C'est que, chez ces malheureux, la suggestion a opéré : ils iront désormais, se persuadant que leurs douleurs physiques ne sont plus et ils se proclameront guéris.

                         LE MOUVEMENT
             Rue du Bois-de-Mont, No 2
    Quant à moi, ce que j'avais vu m'avait trop intrigué pour ne pas me confirmer encore dans mon désir de poursuivre mon enquête. Au sortir du temple, je me rends donc tout à côté, à la rue du Bois-de-Mont, No 2, où se trouve installé le bureau central de l'Antoinisme.
    J'y suis fort aimablement reçu par M. Delcroix, un des plus fervents adeptes du « culte » qui, tout comme Antoine, porte la « robe ».
    – Nous recevons ici, dit M. Delcroix, des centaines et des centaines de lettres par jour et ceci vous donne une première idée de l'importance du mouvement.
    – Et vous y répondez ?
    – Il nous est impossible, évidemment, de répondre à chacun. D'autant plus que les nombreuses visites que nous recevons absorbent encore une grande partie de notre temps.
    – Vous disposez, sans doute, pour votre propagande ?...
    – Nous ne faisons pas de propagande. Ceux qui viennent à nous sont les bienvenus, mais nous n'avons pas le droit d'aller à eux.
    – Soit, mais il vous a fallu cependant élever ce petit temple, organiser ce bureau et tout cela exige des ressources. Comment vous les procurez-vous ?
    – Nous ne nous procurons pas de ressources.
    – Ah...
    – L'argent vient à nous dès que nous en avons besoin, mais nous n'avons pas de caisse... Nous sommes tous frères et les frais qu'il nous faut faire pour le culte sont couverts sans que jamais nous n'ayons éprouvé de difficulté.
    – Vous venez, je crois, de décider la publication mensuelle d'une brochure ?
    – En effet. Le premier numéro de l'« Unitif » a paru en septembre et nous tirons en ce moment le second numéro. Ceci va me permettre de vous montrer notre imprimerie.

             Une Imprimerie sans ouvriers
    Nous sortons du bureau et de l'autre côté du temple, nous pénétrons dans un étroit couloir qui aboutit à un atelier d'imprimerie proprement installé et où deux jeunes filles s'occupent à rogner des brochures.
    – C'est l'heure où vos ouvriers se reposent ?
    – Nous n'avons pas ouvriers.
    – ... ?
      Des fidèles de bonne volonté nous prêtent fraternellement leur concours et, comme vous le voyez par la brochure que voici, la besogne n'en est pas plus mal faite. Le premier numéro de l'« Unitif » a cependant été imprimé ailleurs, parce qu'il nous en fallait trois cent mille exemplaires... Mais voici déjà les paquets du second numéro qui sont prêts à être expédiés.
    – Et combien vendez-vous cette brochure ?
    – Je ne vends rien.
    – ... ?? 
    Et comme, machinalement, j'examine un de ces bulletins, je lis, en tête de la première page : « Le numéro : 15 cent. ».
    M. Delcroix a suivi mon regard.
    – Oui, fait-il, le prix s'y trouve renseigné ; mais c'est au bureau que l'on s'occupe de ces choses-là. Je n'y prends aucune part.

             Le mouvement Antoiniste
    – Mais, pour avoir tiré à trois cent mille exemplaires, combien d'adeptes comptez-vous donc ?
    – Nous en ignorons nous-mêmes le nombre. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, dans toute la province, vous trouverez, dans le plus petit village, des malheureux que notre père a guéris. Ce sont d'autant d'adeptes et ainsi le culte se répand de lui-même.
    – Avez-vous des temples ailleurs encore qu'à Jemeppe ?
    – Sans doute. Nous en devons partout où le besoin s'en fait sentir. Il y en a déjà à Liége, à Ougrée, à Kinkempois, à Bruxelles, à Verviers, à Jumet, à Farcienne...
    – Vous n'êtes guère sorti encore des frontières belges ?
    – Au contraire. Nous comptons de très nombreux fidèles en France et il ne se passe pas de jour sans que des Français viennent nous rendre visite.
    D'ailleurs, nous y avons également plusieurs temples à Paris, notamment à Monaco, à Nice, à Grenoble, à Vichy, à Aix, à Maubeuge, à Douzies...
    – Et Antoine se rend-il dans chacun de ces temples ?...
    – Il se borne à les consacrer.
    – Il vous a donc fallu créer un « ordre » pour les desservir ?
    – Nullement. L'Antoinisme est basé sur la plus absolue liberté. La « robe » que je porte nous a été révélée par notre père, mais elle n'est imposée à personne. Chacun, dès l'instant où il en reçoit l'inspiration et s'il se sent digne de la porter, est libre de la prendre.
    Je l'ai dit, cette robe est en somme une étroite redingote à double collet. L'uniforme se complète d'un chapeau-tromblon fort disgracieux et il rappelle de singulière façon l'accoutrement des « demi-solde » vers 1818...

  QUELQUES MOTS SUR L'ANTOINISME
             Le principe fondamental
    J'étais au terme de ma visite. Mais il me restait à user de l'extrême bonne grâce de mon guide, pour obtenir de lui quelques renseignements sur la philosophie d'Antoine.
    – L'Antoinisme, fit M. Delcroix, est entièrement basé sur l'amour fraternel. L'« auréole de la conscience » que vous avez lue dans le temple vous en donne la preuve. « Il nous faut aimer nos ennemis » : tel est notre grand principe. Et pour y parvenir, nous devons perdre la notion fausse que nous avons du bien et du mal. Dans ses révélations, Antoine dit : « Dieu est tout amour. Il ne peut avoir créé le mal. Si le mal existait, il serait l'œuvre de Dieu, puisque tout est créé par Lui ; or, dès l'instant qu'Il crée le mal, Il cesse d'être Dieu, parce qu'Il cesse d'être bon ; Lui seul est alors la cause de nos souffrances ». Ou encore : « Quand nous ne verrons plus le mal, nous serons avec Dieu : mais si peu que nous le voyions, nous devenons incompatibles avec Lui ». Ainsi la cause de toutes nos souffrances est en nous ; les épreuves que nous imposent nos ennemis contribuent à notre progrès moral et c'est pourquoi nous devons les aimer.

             Une étrange théorie
    – Comment Antoine explique-t-il ses guérisons ?
    – Par les fluides. Toute pensée a son fluide et, suivant la nature de nos pensées, ce fluide sera plus ou moins ténébreux ou plus ou moins éthéré. Par les pensées impures, notre atmosphère s'alourdit et nous perdons le fruit de longues méditations.
    Notre devoir est de nous élever sans cesse vers des fluides plus limpides. Ainsi, en cas de désaccord, c'est grâce au fluide dégagé par nous que l'adversaire se rend à la raison. S'il constate qu'un de nos actes lui a porté préjudice, il est de son devoir de nous le faire remarquer, « mais le nôtre n'est pas de nous disculper, car ce serait nous servir du même fluide et puiser dans les ténèbres. »
    – Usez-vous de prières ?
    – La meilleure prière, a dit Antoine, est dans le travail. D'ailleurs, encore une fois, la base de notre culte est l'absolue liberté. N'allez donc pas croire surtout que je cherche à vous prêcher. Nous respectons toutes les croyances et aussi les incrédules. Notre père l'a dit : « Il me suffit de vous éclairer sans chercher à vous convaincre, car il est plus grand et plus méritoire de vouloir être honnête. »

    Ni Sacrements, ni Rites, ni Cérémonies
    – Vous parlez de liberté ; mais votre culte ne va pas cependant sans vous imposer des devoirs ?
    – Au delà de notre conscience il n'en existe pas.
    – Quels sont vos rites, vos cérémonies ?
    – Nous n'en avons pas. Tous les jours à dix heures, l'enseignement est lu ici par l'un de nous à ceux qui veulent bien se rendre au temple.
    – Quels sont vos sacrements ?
    – Nous n'en avons pas.
    – Mais le mariage ?
    – Ceux qui veulent se marier ont pour eux le mariage civil. Ils ont en se mariant à faire œuvre d'absolu désintéressement et c'est tout !
    – Vous approuveriez donc au besoin l'union libre ?
    – jamais !... Mais aussi vous me posez là des questions ! L'idée de mariage suppose toujours un amour charnel dont nous voulons nous affranchir. Bien entendu, aussi longtemps que cet amour existe encore en nous, nous devons nous marier en nous basant sur la morale et sur la pureté. Mais nous parviendrons à nous épurer suffisamment pour « ne plus passer par le mariage ». Je vous l'ai dit : notre culte est bâti sur l'amour « fraternel », et nous trouvons cruel d'aimer une femme et des enfants plus que tous nos semblables...

              CONCLUSION
   
Me voici loin de Jemeppe, loin du temple et loin de M. Delcroix. Et, après avoir cherché à concentrer mes impressions sur tout cela, voici à peu près à quoi je me suis arrêté.
    Cet Antoine est indubitablement sincère. Pendant plus de vingt ans, il s'est absorbé dans de profondes pensées et sa morale, émanant d'un homme sans instruction aucune, représente une prodigieuse somme d'effort et de volonté.
    Mais en agissant ainsi, il n'a fait en somme – et cela, chose curieuse, en plein vingtième siècle – que ce que faisaient jadis les premiers philosophes de l'antiquité.
    Comme eux, il a puisé en lui tous les éléments de sa morale ; comme eux, il a longuement concentré ses pensées sur des problèmes dont il s'est refusé à chercher la solution ailleurs que dans ses propres raisonnements. Comme eux encore, il s'est borné pendant des années à « causer » avec ses disciples, car jamais il n'a écrit une ligne et pour posséder son enseignement, il a fallu sténographier, tandis qu'il parlait.
    C'est donc un philosophe des temps anciens, mais un philosophe très candide et très naïf. Il a peur de l'intelligence dont il fait la source de nos erreurs, car l'intelligence a une tendance à s'appuyer sur ce qui est matériel et la vérité est « de l'autre côté ».
    Bref, quelle qu'en soit la valeur, sa philosophie a l'avantage d'être très douce, très apaisante et elle prête à ceux qui s'en sont pénétrés, un calme et une onction tels, qu'ils semblent s'être détachés de tout souci matériel et vivre dans une atmosphère de rêve...
    Souhaitons-leur, puisqu'ils se disent heureux, de ne pas se réveiller...
                                                                           Georges Dolnay.

La Meuse, 28 octobre 1911 (source : Belgicapress)

 

    Une illustration de la revue Le Mois chez nous a été reproduite sous forme de carte postale.

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G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 2 janvier 1909)

Publié le par antoiniste

G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 2 janvier 1909)

 Pages d’autrefois

GUÉRISSEURS

    Aux environs de Maubeuge, en une partie du Nord où les gens ne sont point crédules, exerce en ce moment un guérisseur qui, d'un geste, moins encore, d'un mot, d'un simple regard, délivre de leurs maux les impotents qui viennent le consulter.
    Il y a foule. La porte de l'homme aux miracles est assiégée par tous les malades de la région. Il les reçoit, un par un, les laisse s'approcher de lui, leur demande de quoi ils souffrent, et, d'un ton de conviction et de recueillement profonds, il leur dit : « Allez, vous êtes guéri ! » Ils s'en vont et il faut croire qu'ils sont guéris, en effet, puisque le défilé ne cesse point et que la réputation de ce bienfaiteur de l'humanité s'étend maintenant, paraît-il, dans toute la contrée.
    Certains sceptiques, qui se prétendent éclairés, riront de cette fantasmagorie : les sages seront plus réservés. A la vérité, on ne sait pas ; on ne sait rien. Qui pourrait affirmer qu'il n'y a pas là un cas d'hypnotisme, quelque phénomène magnétique, quelque miracle de la volonté ? Qui oserait dire, après les étranges découvertes faites par la science, depuis vingt ans, que cet homme n'est pas un précurseur ? Son cas, à la vérité, n'est point nouveau : qu'on se rappelle la vogue extraordinaire du zouave Jacob, qui, au temps du second Empire, n'employait pas d'autre remède : le fameux trombone de la garde, – je crois bien me rappeler que le zouave Jacob était trombone, – fut, durant plusieurs mois, une des célébrités de Paris, et je ne sais même si l'Académie de Médecine ne fut pas invitée à examiner ses procédés. Il vit peut être encore : riche ? pauvre ? toujours en possession de son étrange pouvoir ? Je l'ignore. Ce serait là une curieuse figure de disparu à ressusciter.
    Le rédacteur des Souvenirs de la marquise de Créquy a consigné dans son livre charmant que, à l'époque de Louis XVI, tous les cochers, les palefreniers, les marmitons, les garçons de cuisine et surtout les laquais, furent en grand émoi : on n'en pouvait garder aucun à l'antichambre ; quand on les envoyait quelque part, ils n'en revenaient pas : les maîtres d'hôtel en perdaient la tête ; et comme la même chose arrivait dans presque toutes les maisons, on avait fini par en parler dans le monde et personne ne savait à quoi cela pouvait tenir.
    Or, il était arrivé d'Alsace un prodigieux médecin qui guérissait toute espèce de maladie par la simple imposition d'une de ses mains. Il ne recevait pas d'argent ; mais il était convenu que les personnes qui pouvaient payer donnaient quelque chose en s'en allant, et suivant leurs moyens, à une grosse fille qui se tenait derrière la porte. Ce médecin était allé s'établir dans une maison de la rue des Moineaux, sur la butte Saint-Roch, et c'était là que toute la livrée de Paris tenait ses assises. La foi des clients était telle qu'ils eussent mis en lambeaux toute personne qui se serait permis d'émettre un doute sur la guérison radicale des miraculés : une bonne femme avait amené au thaumaturge sa fille, boiteuse de naissance. Il lui toucha les hanches et lui ordonna de marcher sans béquilles. La boiteuse obéit et tomba de tout son long ; mais la mère s'écria que sa fille était une entêtée, qu'elle faisait exprès : et toutes les commères qui se pressaient dans la rue, voyant la malade s'en aller, comme elle était venue, cahotant sur ses béquilles, la huèrent, lui reprochèrent son obstination, et peu s'en fallut qu'on ne l'écharpât pour la punir de « sa mauvaise volonté ».
    Le fait est éloquent : il prouve de la part des bonnes gens qui ont recours à ces sortes de charlatans, une confiance si absolue, une foi si robuste, que c'est déjà là une sorte de prodige. Le rédacteur des piquants Souvenirs de la marquise de Créquy était un homme extrêmement spirituel, le soi-disant marquis de Courchamps. Il rit beaucoup, il s'indigne presque, de la naïveté des dupes que faisait le médecin fantaisiste de la rue des Moineaux. Il ne se doutait pas qu'un cas d'auto-suggestion bien autrement singulier le guettait lui-même. Quand il eut terminé d'écrire les sept volumes d'anecdotes qu'il attribuait à la vieille douairière, il s'imagina être devenu la douairière en personne. Il sortait vêtu d'une robe et d'un bonnet à la Fanchon ; son logement ressemblait à un boudoir de marquise : tentures de lampas, rocailles merveilleuses, lit à baldaquin et à bouquets de plumes. Assis sur ce lit majestueux, il se coiffait d'un bonnet attaché sous le menton par un ruban de nuance tendre ; une camisole de femme couvrait sa poitrine ; un vieux tartan était jeté sur ses épaules : on eût juré être en présence d'une vieille de soixante-dix ans, surtout lorsqu'il chantait de sa voix tremblante et nasillarde les refrains légers du XVIIIe siècle. On raconte qu'un jour M. de Durfort, venant pour lui parler et ne l'ayant jamais vu, lui dit en le saluant :
    – Madame, pourriez-vous m'apprendre où est M. de Courchamps ?
    Si un écrivain d'esprit – et Courchamps en avait beaucoup – parvient à s'hypnotiser au point de changer de sexe, faut-il s'étonner de l'empire qu'un homme de forte volonté peut exercer sur des âmes naïves ? Et d'ailleurs, qui peut se targuer d'être réfractaire à l'inexplicable et mystérieuse influence de l'imagination ? Existe-t-il un incrédule qui n'ait son petit coin de superstition ? A l'époque même où les gens du monde prenaient en pitié leurs laquais courant au guérisseur de la rue des Moineaux, eux-mêmes étaient engoués du baquet de Mesmer et payaient des sommes énormes pour être admis à pénétrer chez l'inventeur du fluide éthéré, auquel ils attribuaient toutes les vertus curatives. Ce fameux baquet était une sorte de cuve en métal, remplie de bouteilles cassées, et recouvert d'une toile verte d'où sortaient des tringles de fer recourbées : les Mesméristes se rangeaient autour de ce meuble bizarre et chacun tenait le bout d'une des tringles qu'il s'appliquait sur les yeux, dans l'oreille, aux reins, contre la poitrine, au creux de l'estomac, à la gorge, suivant le mal à guérir. L'effet miraculeux du baquet ne se faisait pas attendre : l'un des malades était pris de frisson ; l'autre se voyait inondé de sueur ; celui-ci tombait en convulsion ; un quatrième entrait en contemplation séraphique. Ici le patient riait à gorge déployée ; son voisin bâillait en pleurant, tandis que dans un coin de la salle, le docteur Mesmer s'occupait à toucher de l'harmonica.
    Son élève et son successeur, le docteur Deslon, supprima l'harmonica dont il ne savait pas jouer, mais il ajouta au baquet magique l'intervention d'une somnambule : c'était la première qui se produisait à Paris et elle inspira autant de terreur que d'admiration.
    Cette personne extra-lucide était une paysanne de Chatou, âgée de trente-quatre ans, qui, jusque-là, n'était jamais sortie de sa basse-cour. Quand elle était dans son état naturel, on ne pouvait pas en tirer une seule parole correctement prononcée ; mais, une fois sur le trépied, elle rendait des oracles en termes scientifiques et sibyllins. Tous les adeptes du magnétisme avaient en la somnambule du docteur Deslon une foi aveugle : les plus grands seigneurs, les plus nobles dames la consultaient et déclaraient s'en trouver à merveille : certains médecins même attestaient que la composition des tisanes qu'elle ordonnait étaient des chefs-d'œuvre de combinaison médicale. Le pouvoir surnaturel de cette fille ne rencontrait qu'un seul incrédule... et c'était le docteur Deslon lui-même. Ah ! comme il en fut sévèrement puni !
    Il faut dire que Deslon, qui n'avait pas plus de quarante ans et qui était d'une santé très robuste, supportait à lui tout seul, depuis la retraite de Mesmer, toutes les fatigues des opérations magnétiques. Un jour qu'il était en train d'endormir sa somnambule, il l'interrogea sur une petite douleur qu'il se sentait au creux de l'estomac. La pythonisse répondit qu'elle y voyait une cause de mort certaine et prochaine : que c'était un point noir, exubérant et putrescent ; que la grande quantité de fluide magnétique absorbée par le docteur avait l'inconvénient de lui corroder le système nerveux, de lui allumer la bile et de lui décomposer le sang, d'où venait qu'elle lui donnait le conseil de se baigner souvent et de ne magnétiser personne avant le retour du printemps, ni surtout pendant la canicule où l'on allait entrer. Cette fille ajouta que le docteur ne vivrait pas deux mois s'il ne suivait son avis.
    On l'a vu, Deslon ne croyait pas à la double vue de sa collaboratrice : ou, du moins, il y croyait suffisamment quand il s'agissait des autres ; mais quand sa propre santé était en question, il préférait des avis moins hasardés : il ne tint aucun compte du diagnostic porté par la somnambule et mourut dans le délai qu'elle avait fixé.
    Des commentaires et réflexions dont le pseudo-marquis de Courchamps agrémentait le récit de cette aventure, on ne doit retenir que cette formule qui devrait servir de règle à tous les savants et de leçon à tous les sceptiques : « Il faut savoir ignorer : il faut s'y résigner humblement, avec un sentiment de résolution soumise : il faut savoir dire à l'intelligence humaine, ainsi que l'Eternel à l'Océan révolté : Tu n'iras point au delà de ces remparts de roches où j'ai marqué ta limite : ici tu briseras l'orgueil de tes flots. »

G. LENOTRE.

Le Monde illustré, 2 janvier 1909

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G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 6 juillet 1912)

Publié le par antoiniste

G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 6 juillet 1912)

 Pages d’autrefois

GUÉRISSEURS

    Le métier de bienfaiteur de l'humanité comporte, bien assurément, certaines satisfactions intimes ; mais il ne va pas sans inconvénients et ceux qui l'exercent doivent s'attendre à nombre d'avanies. La disparition récente d'Antoine le Guérisseur, qui opérait dans le Hainaut belge et français, suscite cette constatation peu engageante. Antoine était certainement un brave homme, il ne donnait aux gens que de bons conseils : prier, avoir la foi, espérer avec confiance. Il arriva que certains malades se trouvèrent bien de ses avis et recouvrèrent, en les suivant, la santé, ce qui n'a rien de très étonnant par ces temps de neurasthénie générale. On eût dû encourager ce placide et inoffensif prophète et l'aide dans sa charitable mission. Mais sa popularité était grande ; quand il passait dans un village, l'auberge où il descendait était aussitôt assiégée d'une foule anxieuse, avide de l'approcher, d'écouter sa parole... et ceci passait, aux yeux de l'autorité, pour un désordre social. Comment ! un homme sans diplôme, sans titre, se permettait de prêcher aux malheureux la foi en Dieu et l'énergie morale ! C'était là, manifestement, une infraction à l'ordre établi, et l'autorité s'en inquiétait, autant sinon plus que de l'audace des apaches. Et le guérisseur fut surveillé, traqué, molesté et réprimandé comme s'il eût commis des crimes.
    Pareil mécompte advint jadis au zouave Jacob. Les gens d'un certain âge n'ont pas oublié l'enthousiasme étonné de Paris, de la France entière, quand, dans les dernières années du second Empire, le bruit se répandit que ce militaire, simple trombone dans un régiment de la garde impériale, opérait des miracles. Les paralytiques se présentaient chez lui en rangs serrés : il les recevait, leur touchait la main, leur ordonnait « de se lever et de marcher » ; et beaucoup, assurait-on, sous l'impression de cette voix autoritaire, redescendaient l'escalier sans aide et se déclaraient guéris. Mystère de la suggestion et de la volonté ; problème irrésolu de l'emploi des forces occultes, dont les savants reconnaissent l'existence, mais dont ils interdisent la mise en œuvre. Le zouave Jacob eut à s'en expliquer devant « qui de droit ». Était-il un thaumaturge inspiré ou un vulgaire charlatan ? Peu importe ! il suffisait qu'un seul de ses adeptes eût obtenu quelque soulagement, pour qu'on dût, semble-t-il, stimuler le zèle du trombone-sorcier. Non pas ; il est interdit en France de soulager ses concitoyens, si l'on n'a, au préalable, obtenu la permission du commissaire de police. De tout temps il en fut ainsi, et il y aurait une bien curieuse histoire à écrire des guérisseurs non patentes, qui, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, ont essayé d'exercer, en dépit des persécutions et des railleries, leur mystérieux apostolat.
    Mme de Saint-Amour, dont M. Louis Villat nous révèle les aventures en une très curieuse étude récemment publiée, tiendrait, dans cette galerie de magiciens, une place honorable : son histoire est quasi merveilleuse et ressemble à un conte de fées. Née de parents français, en Hollande, le 11 novembre 1786, orpheline en bas âge, elle avait suivi, lors de la révolution, l'armée des émigrés, et vécu de l'existence errante des proscrits. Mariée en 1809 au capitaine Renaud de Saint-Amour, elle accompagna celui-ci dans sa vie de garnison, séjourna à Bayonne, à Arras, et se fixa enfin à Paris, en octobre 1826, pour surveiller l'éducation de son fils. Là elle rencontra un officier d'origine nantaise, Jacques Bernard, lequel avait étudié les théosophes, était quelque peu martiniste, et professait les doctrines de Swedenborg. Mme de Saint-Amour l'écouta avec extase : ils discutèrent ensemble de « la nouvelle Jérusalem » annoncée par l'Apocalypse et de bien autres choses encore. Toujours est-il que, lorsque Bernard mourut, en 1828, Mme de Saint-Amour, exaltée et purifiée par les entretiens qu'elle avait eus avec lui, manifesta une piété ardente : la prière et la contemplation absorbaient le meilleur de son temps, si bien que, à force d'avoir médité sur les livres saints, elle y découvrit que « Dieu accorde le don de guérir à ceux qui croient en lui ». Pleine de confiance, sûre de sa foi, elle en voulut tenter l'expérience, et s'aperçut, toute tremblante d'émotion et de reconnaissance, que, par la simple imposition des mains, elle avait ramené à la santé quelques enfants fiévreux. Très humble, elle reporta toute la gloire de ce miracle à l'ami disparu, à Bernard qui l'avait initiée à la vie dévote, et elle partit pour Nantes afin que profitassent, les premiers, de son don miraculeux, les compatriotes de son apôtre défunt.
    Elle avait alors quarante-deux ans ; c'était une petite femme très vive, très simple, très affable, toujours gaie et de bonne humeur, et qui n'avait rien d'une sorcière. L'ardeur de sa croyance, son originalité, l'attrait de sa conversation ont vite fait de grouper autour d'elle des amis très dévoués : son nom et sa réputation lui donnent accès dans les salons les plus fermés de la ville ; elle s'est installée rue du Bel-Air, non loin de l'église Saint-Émilien, et reçoit chez elle toutes les classes de la société. C'est, dans sa maison, un défilé ininterrompu de malades : « Les séances sont courtes, écrit M. Louis Villat, et dépourvues de tout appareil impressionnant. » Très simplement, Mme de Saint-Amour interroge, moins comme un médecin que comme un confesseur : « – Qu'avez-vous ? Telle infirmité. – Coyez-vous que Dieu, qui vous envoie le mal, puisse vous l'ôter ? – Oui. – Vous savez qu'il est dit dans l'Evangile : Demandez et il vous sera accordé ? – Oui. – Demandez donc avec moi, et dans ces sentiments, votre guérison... » Elle impose alors les mains et, dans le silence, transfigurée, elle prie avec ardeur. Chez le malade, d'abord inquiet, la confiance naît peu à peu, puis le calme, puis l'apaisement, et la guérisseuse le renvoie, disant : – « Allez, il vous est accordé suivant votre foi ou suivant la sincérité de votre prière. » (Mme de Saint-Amour, par Louis Villat. La Revue bleue du 24 août 1912.)
    Et les prodiges se multiplient : un paralytique laisse ses deux béquilles chez la thaumaturge et court se prosterner devant l'autel de l'église voisine ; un enfant, apporté dans les bras de sa bonne, retourne seul chez ses parents, escorté d'une foule admirative et tumultueuse. Les pèlerins arrivent de tous les points de Bretagne, du Maine et du Poitou : il en vient d'Angers, de Rennes, même de Tours, de Saumur et de Rochefort. Chacun est désireux de voir la sainte dame, de l'entendre, de toucher ses vêtements : l'administration municipale doit prendre des mesures pour assurer l'ordre aux alentours de sa maison ; deux gendarmes sont postés à demeure dans ses appartements, et, quand tombe la nuit, elle se met à son balcon, et elle étend les mains vers les malades qu'elle n'a pu admettre et qui s'agenouillent sur les pavés pour recevoir sa bénédiction bienfaisante. Quelques-uns même passent la nuit couchés sur le seuil de sa porte.
    C'est alors que se produisit le plus étonnant, le plus invraisemblable des revirements d'opinion. Cette femme, accueillie partout avec faveur, tant qu'elle se contentait de professer sa foi dans la puissance de la prière, fut reniée avec unanimité dès qu'elle mit en œuvre sa conviction. Obtenir des guérisons sans l'assistance d'un médecin, quelque ignare soit-il, n'est pas un acte de bon ton. Les salons aristocratiques se ferment devant Mme de Saint-Amour : les catholiques fervents s'inquiètent ; les « libéraux », les esprits forts, les « anticléricaux » de l'époque entreprennent une campagne acharnée contre ces jongleries. La Faculté entre en guerre contre les méfaits du mysticisme, du magnétisme et du spiritualisme et autres mystifications ; les petits journaux raillent la sorcière, la prophétesse, la pythonisse, qui se permet de soulager l'humanité souffrante : on la chansonne, on la met en vaudevilles, on la déchire de cent façons ; un mauvais plaisant pousse la facétie jusqu'à rédiger toute une biographie de Mme de Saint-Amour, biographie absolument mensongère où l'on révèle que, fille d'un horloger nantais, elle a épousé un bossu dont elle n'a jamais pu – miracle pourtant attendu – redresser la bosse ; et l'on chante
                    Cependant son taudis fourmille
                    De dos voûtés, de pieds tortus :
                    Le boîteux garde sa béquille,
                    Les bossus repartent bossus.
                     « Combien la sainte a de mérite ! »
                    Disent les borgnes d'alentour...
                    Allons, frères, allons bien vite
                    Voir la dame de Saint-Amour (bis).
    Seuls les pauvres qu'elle a réconfortés et consolés pourraient prendre sa défense ; mais le dénigrement est contagieux comme l'enthousiasme, et bientôt les racontars les plus absurdes, perfidement répandus, circulent, touchant ce cas étrange : « les uns parlent d'une bague électrique que la guérisseuse porte au doigt et dont la vertu soulage les malades ; d'autres affirment qu'elle répand sur les plaies une poudre propre à les cicatriser. Quelques-uns la traitent de cartomancienne : c'est une simple simulatrice ; si les muets ont parlé devant elle, c'est qu'elle est ventriloque !... »
    Comme jamais Mme de Saint-Amour n'avait consenti à recevoir d'aucun de ses visiteurs la moindre rétribution ; comme, au contraire, elle proclamait, à tout venant, que sa mission, toute de charité, n'attendait aucune rémunération temporelle, il était impossible de se débarrasser d'elle en l'incriminant d'exercice illégal de la médecine. Mais les quolibets et la calomnie suffisent à la besogne : maintenant, chaque fois qu'elle sort ou qu'elle paraît à son balcon, elle est saluée par les sifflets et les insultes ; la foule entonne la complainte historique sur la sorcière du vieux Bel-Air ; ceux qui ont bénéficié de ses prières et ont le courage difficile de ne point se montrer ingrats sont traités par les journaux d'atrabilaires, d'aliénés et d'idiots... Il fallut bien se résoudre à fuir devant l'ouragan : Mme de Saint-Amour quitta Nantes sous les huée  ; on ne sait où elle se réfugia, et, toujours comme dans les contes, jamais plus on n'entendit parler d'elle.
    Qu'était-elle ? Une aventurière ? Son biographe, en concluant, ne le pense pas. Une mystique, à coup sûr, sincère et désintéressée, ceci semble hors de doute ; ce qui la rend particulièrement intéressante, c'est qu'elle ne fut pas le phénomène unique : à toutes les époques et dans tous les pays, certains individus, jusqu'ici mal ou peu étudiés, se sont vantés de posséder le don de guérir : il serait curieux de savoir le lien qui les unit, en quoi ils différent, en quoi ils se ressemblent et d'arriver ainsi peut-être à percer le mystère de leur surnaturel pouvoir.

G. LENOTRE.

Le Monde illustré, 6 juillet 1912

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