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Le père Dor contre ''La Région'' (Journal de Charleroi, 6 février 1920)(Belgicapress)

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Le père Dor contre ''La Région'' (Journal de Charleroi, 6 février 1920)(Belgicapress)Procès de Presse
LE PERE DOR CONTRE « LA REGION »

    Aujourd'hui est revenu devant la chambre correctionnelle le procès intenté par Pierre Dor, dit père Dor, à Camille Pestiaux, ex-éditeur du journal « La Région » pour la non-insertion d'un droit de réponse à un article du 18 mai 1917, intitulé « La Justice » et signé M. R.
    Me Lebeau plaide pour Pierre Dor. Il évoque, pour commencer, l'œuvre du journal « La Région », son attitude dissolvante pendant l'occupation et en profite pour rendre hommage aux journalistes professionnels qui n'hésitèrent pas à déposer la plume plutôt que de la mettre au service de l'ennemi. Cette feuille de chou, dit Me Lebeau, ne vivait que de scandales qu'elle provoquait pour se faire lire. Cet article a ridiculisé père Dor pour qui son défenseur ne trouve que des éloges. C'est un ouvrier qui, par son intelligence, s'est élevé. Sa philosophie est tirée de celle d'Antoine le Guérisseur, son oncle, et il fit beaucoup de bien pendant la guerre. Cet homme procure, à l'aide du fluide, un grand soulagement moral. Il en profite pour acquérir sur l'esprit de ses adeptes une grande et salutaire influence. Père Dor pourrait influencer moralement bien des malades et Me Lebeau, en citant des faits remarquables posés par son client, met l'honnêteté de celui-ci en parallèle avec l'action infamante de « La Région ». Il rappelle entre autres la manifestation de sympathie dont fut l'objet le père Dor lors d'un procès retentissant lui intenté pendant l'occupation.
    Il donne lecture de l'article incriminé où l'on cite le père Dor comme un escroc ; il détaille également l'arrêt de la Cour d'appel qui a innocenté son client. Ensuite, il lit le droit de réponse qui cite un article de la « Gazette », signé Alceste et qui l'a vivement frappé. Un second droit de réponse contenant l'arrêt de la Cour d'appel ne fut pas inséré non plus.
    Me Lebeau conclut à la légitimité de sa cause et réclame une somme de 3,000 francs comme dommages-intérêts avec contrainte par corps et comme « La Région » ne parait plus, il renonce au droit d'insertion.
    Me LEFEVRE, défenseur de Pestiaux, trouve que Me Lebeau a embrouillé la situation en faisant le procès de « La Région ». Il ne s'agit que d'une querelle entre le père Dor et ce journal. L'article incriminé est du 18 mai 1917, le droit de réponse du 29 mai et l'assignation à comparaître date du 6 décembre !
    L'affaire fut remise à janvier 1918. M. Dor refuse de plaider. L'affaire fut remise encore par suite de la suppression des tribunaux. Vint l'armistice et nous voilà au 25 novembre 1919. L'honneur du père Dor attend bien longtemps sa réparation !
    Ce droit de réponse a donc perdu toute son importance.
    Il y a des journaux censurés qui ont été condamnés, d'autres qui ne le sont pas. C'est donc que le seul fait d'avoir paru sous la censure n'est pas condamnable. D'ailleurs, père Dor a écrit aussi pendant la guerre. Lui-même a été censuré. Il est bien mal choisi pour attaquer un journal censuré. Dor, a-t-on dit, est un parfait honnête homme ; quoiqu'illettré, il écrit correctement le français... Comme M. Jourdain, il fait de la prose. Dor est tout simplement un charlatan, Il cite un fait : un homme atteint de hernie va consulter le père Dor ; celui-ci lui révèle que les maux physiques n'existent pas, que son client a péché, qu'il n'a qu'à se purifier. Il faut rentrer chez vous dit-il, et enlever votre bandage. Son adepte, à peine sorti, suit son conseil, ce qui provoque immédiatement une hernie étranglée. Dor est un escroc, Me Lefèvre tend à le prouver par la lettre que Dor a envoyée à « La Région » avec l'arrêt de la Cour d'appel. Me Lefèvre dit que cet arrêt parle de faits consommés. Si Dor a été acquitté, c'est que les faits étaient couverts par la prescription. Dor est un escroc, couvert par la prescription.
    Il a été acquitté parce que le tribunal n'est pas sûr que Dor n'était pas de bonne foi. L'arrêt dit : « Vous êtes un illettré, fervent des méthodes spirites et à tout prendre on peut dire que vous êtes de bonne foi et êtes votre propre dupe ».
    Au point de vue du Droit, le défenseur constate que le droit de réponse ne correspond pas à l'article incriminé. Dans ce droit de réponse, Dor fait non seulement sa propre glorification, mais la glorification relative de la justice, qui, dans certains cas, arrive à appliquer le droit au fait.
    Ce droit de réponse cite en outre 5 ou 6 personnes étrangères au débat, Me Lebeau en tête, auquel Me Lefèvre dit : « Vous êtes en butte aux effusions du père Dor, ainsi que Me Morichar de Bruxelles et lorsque père Dor m'envoie un droit de réponse avec votre éloge dithyrambique, je ne puis insérer. Le droit de réponse qui reproduit l'article d'Alceste est rempli de fautes d'orthographe. Si nous l'avions inséré tel quel nous nous attirions d'Alceste un nouveau droit de réponse.
    Ensuite, pendant la guerre, le droit de réponse devait passer par la censure et ce n'était pas à nous à nous faire les domestiques de Dor pour soumettre sa lettre à la censure des occupants.
    La loi ne prévoit pas des dommages-intérêts. La non-insertion n'a pas causé préjudice au père Dor.
    Me Lefèvre termine en déposant des conclusions tendant à l'acquittement de Pestiaux.
    Dans une brève riposte, Me Lebeau soutient que Me Lefèvre est sorti de son droit en traitant son client d'escroc. Il insiste sur ce que l'arrêt de la Cour d'appel a acquitté père Dor et affirme que celui-ci est le frère du Christ.
    Le droit de réponse qui cite des tiers n'est pas injurieux, mais bien élogieux pour ceux. ci. Il y a donc lieu dans ce cas de conclure à son insertion.
    L'affaire est remise au 4 mars pour entendre l'avis du Procureur du Roi.

Journal de Charleroi, 6 février 1920 (source : Belgicapress)

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La religion antoiniste (Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913)

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La religion antoiniste (Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913)La religion antoiniste

    Samedi, à la gare du Nord, à Paris, un train de Belgique a déversé sur le quai six cents fidèles de la religion antoiniste.
    Le père Antoine était un obscur ouvrier qui se reconnut un jour la vertu de guérir les malades et les infirmes. A la voix du nouveau Messie, les paralytiques se levèrent, les aveugles virent : ils l'assurent du moins. Car des six cents fidèles qui, un petit sac à la main, vêtus, les hommes d'une lévite noire et coiffés d'un chapeau mat à bords plats, les femmes d'une robe noire et couvertes d'un voile, débarquaient l'autre jour à Paris, il n'en est guère qui ne soient prêts à témoigner du miraculeux pouvoir du père Antoine.
    Le culte antoiniste dédaigne les formes extérieures. Il suffit de posséder la foi pour être guéri des maux du corps et de ceux de l'âme. La mère Antoine, dépositaire du pouvoir spirituel de son défunt mari, étend la main sur la foule recueillie – et chacun s'en retourne guéri ou amélioré selon la ferveur de sa foi ; le mécréant seul s'en va comme il était venu.
    Pour les croyants français, on a édifié rue Vergniaud, un temple que la mère Antoine a inauguré dimanche matin. C'est un petit monument qui possède pour tout mobilier une chaire devant laquelle est un panneau portant l'image sommaire d'un arbre avec cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal. »
    D'autres inscriptions sont des formules dogmatiques : « L'enseignement du Père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi... Un seul remède peut guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la Foi que naît l'amour, qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. »
    – En effet, expliquait un frère antoiniste à un reporter du Temps, le Christ venant après les prophètes, marquait une étape nouvelle dans l'évolution morale : à la rigoureuse loi du talion, il substituait le pardon des offenses. Le Père (Antoine) a fait mieux : comme nos ennemis sont les meilleurs auxiliaires et les seuls guides de notre progrès en nous révélant à nous-mêmes les défauts qui ternissent la netteté de notre conscience, ils sont les véritables instruments de notre épuration. Il ne suffit plus de leur pardonner ; nous devons reconnaître en eux nos fidèles amis, et les aimer comme tels.
    » Il faut retourner à l'essence même, au principe initial des religions : à la loi de la conscience ; il faut dégager cette loi de toutes les liturgies qui en obscurcissent la notion. Puisque nous vivons entourés d'un fluide fait de tous les actes et de toutes les pensées commis ou conçues pendant nos existences antérieures fluide que le Père maniait à volonté et d'où il tirait ses guérisons – il faut l'exalter au cours de l'existence actuelle en pratiquant le désintéressement les plus absolu. La douleur, les épreuves nous sont envoyées pour nous permettre de nous élever successivement jusqu'à la quasi-perfection morale et à l'amour universel...
    – Mais, interrompit le journaliste, se dogme des réincarnations, n'est-il point hérétique ? Ne sentez-vous pas quelque peu le soufre ?
    – Nullement, cher monsieur, nous respectons toutes les religions : nous remontons seulement à leur principe commun.
    – Mais vous ne les pratiquez pas ?
    – Nous sommes les fidèles du Père. Il est pour nous la réincarnation du prophète qui parut plusieurs fois pour révéler au monde la loi de la conscience...
    – Et votre foi justifie vos miracles ?
    – Assurément.
    – Et vos miracles justifient votre foi ?
    – Sans doute... comme dans toutes les religions, ajouta le frère antoiniste.

Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913

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Antoine le Guérisseur, chronique judiciaire (La Meuse, 16 octobre 1907)(Belgicapress)

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Antoine le Guérisseur, chronique judiciaire (La Meuse, 16 octobre 1907)(Belgicapress)CHRONIQUE JUDICIAIRE
A LA COUR D'APPEL

    L'intérêt de la journée était ce matin à la Cour (chambre des appels correctionnels), que présidait M. le conseiller Descamps. Le rôle comportait trois affaires.
    Toutes trois offraient en des genres très divers matières à chroniques judiciaires. Du tragique, du mystique, du comique. Le drame et le vaudeville se coudoyaient.
    Toute la vie !

ANTOINE LE GUERISSEUR

    Le thaumaturge qui a conquis dans notre pays une véritable célébrité, qui reçoit chez lui à Jemeppe chaque jour des centaines de visiteurs, qui enthousiasme ses adeptes, nous allions dire ses fanatiques, disciples et admirateurs appartenant à tous les mondes et à toutes les classes, Antoine le guérisseur, comparaissait devant la Cour sous la prévention d'exercice illégal de l'art de guérir. Le Ministère Public avait interjeté appel du jugement qui l'avait acquitté au mois de juin dernier.
    Antoine était arrivé suivi d'un cortège de plusieurs centaines de personnes. La vaste salle a été envahie en quelques instants par la foule. On eut dit un jour de grands débats d'assises. On s'écrasait littéralement.
    Et dans les couloirs, des groupes très nombreux qui n'avaient pu trouver place, attendaient l'issue des débats.
    M. le conseiller Silvercuys a fait rapport sur cette affaire qui présente des côtés mystérieux et presqu'angoissants.
    Il a rappelé qu'au début du mois de novembre 1906, une véritable épidémie se produisit parmi les enfants à Jemeppe. De nombreux décès eurent lieu. Et une instruction fut ouverte, sur ces faits et spécialement sur la question de savoir si ces enfants n'étaient pas assurés. A cet égard, il est résulté de l'enquête que ces pauvres petits n'étaient pas assurés. Et comme un lamentable refrain, reviennent les tristes paroles des parents : « Nous avons soigné l'enfant le mieux possible. Nous l'aimions infiniment. Nous avons éprouvé de sa mort une grande peine ». Une seule mère ajoute : « Il était si faible, qu'il ne savait pas même prendre le biberon. On nous avait dit qu'il ne vivrait pas. Il est mort subitement dans mes bras. Cela m'a fait de la peine. Et cependant je me suis dit qu'il valait mieux ainsi puisqu'il était destiné à ne pas vivre. »
    L'enquête révéla aussi que plusieurs parents avaient porté leurs enfants chez Antoine. Celui-ci avait ordonné de leur donner de l'eau, du lait et du sucre.
    Un ou deux de ces enfants succombèrent.
    Le Parquet décida de poursuivre à nouveau Antoine qui a déjà été condamné pour exercice illégal de l'art de guérir. Antoine affirme que, depuis cette condamnation, il ne fait plus de passes sur les malades.
    Tous les témoins entendus affirment leur confiance absolue dans Antoine. « Je le considère comme le bon Dieu, dit une femme. Je puis avoir le médecin gratuitement, mais j'irai toujours chez Antoine, si j'avais un autre enfant malade. »
    Tous sont d'accord pour déclarer qu'on ne paie pas Antoine ; qu'au contraire, c'est lui qui fréquemment fait des charités. « Un monsieur a envoyé une longue lettre au tribunal pour dire sa reconnaissance sans bornes envers Antoine, et pour lui apporter son témoignage ému dans les circonstances difficiles. Sa fille a été guérie d'une maladie qui durait depuis plusieurs années et au sujet de laquelle de nombreux médecins avaient été consultés. Antoine a de même guéri la femme et le signataire de cette lettre même.
    Antoine déclare qu'il appose les mains sur le front du malade et qu'un fluide qu'il n'explique pas de conduit à découvrir l'organe qui souffre. Il se recueille un instant et un avertissement secret lui dit s'il peut guérir le patient.
    Il faut, pour aboutir à ce résultat, que le malade ait la foi. Sinon, il l'envoie chez le médecin. Il faut la foi pour comprendre la foi. Il ne reçoit aucun argent. Il n'y a même pas de tronc chez lui. Il a été travailler à l'étranger et ses économies lui permettent de vivre en rentier.
    On a cru qu'il se faisait riche. C'est pour cela surtout qu'il a été poursuivi. Or, il n'en est rien.
    Je n'aurais pas le temps de faire des passes, même si je le voulais, continue-t-il. Car je reçois trop de monde : le matin, le soir et parfois même la nuit.
    Je ne suis pas le guérisseur du corps, mais plutôt le guérisseur de l'âme.
    LE PRESIDENT. Nous n'avons pas à juger vos doctrines philosophiques, mais la question de savoir si ce que vous faites est permis par la loi.
    Un adepte d'Antoine était également mis en prévention. C'est un houilleur appelé Jeanfils. Après avoir fréquenté le guérisseur, dont les conseils ont amené son relèvement moral, il s'est cru aussi appelé à guérir. Et le soir, après sa journée, il reçoit quelques personnes. Jeanfils aurait reconnu, lui, avoir fait des passes.
    M. l'avocat général Meyers a prononcé un très beau réquisitoire. Il a longuement examiné la législation sur l'exercice illégal de l'art de guérir, l'arrêt de la Cour de cassation de 1852 et la loi interprétative de 1853, d'où résulte que le fait que les soins sont gratuits n'empêchent pas l'infraction. Il n'est pas défendu de guérir, mais il est défendu de faire le médecin, de soigner selon une méthode, d'appliquer une méthode pour amener la fin d'une maladie. Celui qui se contente de faire un geste et qui dit : « Vous êtes guéri », ou : « Vous ne serez pas guéri », celui-là n'agit pas comme un médecin.
    Je n'ai pas, dit l'avocat général, la mission de donner mon avis sur ce cas très curieux d'auto-suggestion, par lequel Antoine, persuadé qu'il a le pouvoir de guérir, parvient parfois à agir sur le moral du malade. Si même il guérit, ce n'est pas comme médecin qu'il le fait. Sa foi et celle du malade se rencontrent et guérissent.
    M. Meyers, qui a cité beaucoup de jurisprudence et d'autorités juridiques, conclut qu'à son sens les faits posés par Antoine ne tombent pas sous l'application de la loi.
    Il en est autrement de Jeanfils qui, lui, a reconnu avoir exécuté des passes sur les malades.
    Antoine, interpellé sur le point de savoir s'il n'a rien à ajouter, dit : « On a parlé des enfants qui sont morts. On n'a pas parlé des malades que j'ai guéris. Je pourrais faire entendre comme témoins des paralytiques qui ont été guéris, et des sourds qui entendent. »
    La Cour remet à mardi prochain le prononcé de son arrêt.
    La foule s'écoule, mais il y a tellement de monde que la salle ne se vide pas. On fait alors sortir Antoine et quelques personnes par la porte des témoins, puis par le couloir conduisant au Parquet et de là dans la cour. Mais les adeptes d'Antoine ont été prévenus, et quand il apparaît, c'est une acclamation. On l'entoure, on le presse. Les femmes l'embrassent. On brandit des fleurs, on l'entraîne. Et la foule quitte le Palais en un long cortège, suivant le thaumaturge.

La Meuse, 16 octobre 1907 (source : Belgicapress)

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PARIS XIII° - rue Esquirol (boutique à gauche - salle de lecture antoiniste)

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PARIS XIII° - rue Esquirol (boutique à gauche - salle de lecture antoiniste)

    Par plusieurs sources, on apprend l'existence d'une salle de lecture dans la Rue Esquirol, au n° 7, proche de la Porte d'Italie et de la Pité Salpêtrière. C'est dans cette salle de lecture notamment que se trouvait sœur Marie Camus. Mais on pense qu'elle recevait également chez elle, rue Milton.
    Elle existe déjà en 1912 au moins, car elle est cité dans des articles de journaux. Un Unitif de 1914 la cite encore.
    « J'ai franchi ce matin le seuil du numéro 7 de la rue Esquirol, où dans une coquette boutique est installé le siège de l'« antoinisme ». Siège modeste, certes, et que vous prendriez pour un quelconque magasin, si au-dessus ne s'étalait une large banderole sur laquelle on peut lire : « Culte antoiniste ». »

    Sur la carte postale ci-dessus (cliquez pour agrandir), c'est la deuxième boutique avec l'auvent située sur le gauche de la Rue Esquirol.

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Visite aux disciples d'Antoine-le-Guérisseur (L'Intransigeant, 30 juillet 1912)

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Visite aux disciples d'Antoine-le-Guérisseur (L'Intransigeant, 30 juillet 1912)       Visite aux disciples
                    d'Antoine-le-Guérisseur

    Les poursuites contre Leclerq affectent beaucoup les « antoinistes ». – L'un d'eux nous raconte les épisodes de sa conversion.

    Le chiffonnier Leclercq, l'antoiniste accusé d'avoir laissé mourir sa fillette, a été interrogé hier par le juge d'instruction.
    – C'est en lisant un journal hostile à l'antoinisme, a-t-il dit, que je me suis converti à sa doctrine.
    Et le malheureux montre à son juge une brochure, l'Unitif, dans laquelle on peut lire « Si l'on ne veut pas périr, il ne faut jamais appeler le médecin, ni prendre de remède. »
    Confiant, Leclerq n'appela pas le médecin, et sa fillette est morte, d'où les poursuites d'aujourd'hui.
    J'ai franchi ce matin le seuil du numéro 7 de la rue Esquirol, où dans une coquette boutique est installé le siège de l'« antoinisme ». Siège modeste, certes, et que vous prendriez pour un quelconque magasin, si au-dessus ne s'étalait une large banderole sur laquelle on peut lire : « Culte antoiniste ».
    – Mlle Canus (sic) ? ai-je demandé.
    Mais Mlle Canus, « mère » de l'antoinisme en France, n'était pas là.
    Cependant, un adepte est venu à moi : Polonais d'origine, ancien soldat de la légion étrangère, il voulut bien me dire toute la surprise que causent aux « antoinistes » les poursuites contre Leclerq.
    – Leclerq, me dit-il, est un homme dont l'équilibre mental est loin d'être parfait. Il a pris à la lettre le conseil : « N'appelez pas le médecin », alors que l'antoinisme, en son esprit, dit bien plutôt : « Il faut croire au Père : la foi en lui vous guérira, quand médications et remèdes seront impuissants pour assurer votre soulagement ».
    Leclerq adorait sa petite, il voulait la sauver et priait le ciel de lui accorder sa guérison. Il eût pu, sans s'exposer à notre excommunication, demander le secours de la science : notre Père, en effet, ne l'a jamais interdit.
    Et confiant, le disciple d'Antoine me narre tous les bienfaits du culte auquel il appartient :
    Comme beaucoup d'autres, me dit-il, et comme vous-même, peut-être, monsieur, je ne croyais pas à l'antoinisme : j'en riais, j'étais sceptique. Aujourd'hui vous me voyez convaincu.
    – Et quels ont été les motifs de cette conversion ?
    – J'avais, au Tonkin, contracté les fièvres, une maladie de foie et plusieurs autres maladies coloniales : j'étais un homme perdu quand le hasard mit sur ma route un homme qui de manière lumineuse m'exposa la doctrine antoiniste.
    Je l'écoutai d'une oreille complaisante, peu à peu ses enseignements me pénétrèrent et j'en compris toute la grandeur et toute la beauté.
    – Et vous avez été guéri ?
    – Non, pas immédiatement : à force d'efforts moraux, je suis parvenu à dominer mon mal : il peut me faire souffrir, me torturer, je ne le sens plus, ou plutôt la souffrance qui en résulte est pour moi une cause de sanctification – et partant de bonheur. Je ressens le bien de ce que tout autre penserait être un mal.
    L'antoinisme m'a permis de dominer les souffrances de mon corps et celles de mon esprit : dans l'adversité qui s'acharne sur moi, il m'a permis de n'en voir qu'une source de salut ; il me fait bénir celui-là même qui me combat, il me fait trouver douce toute embûche et toute hostilité.
    Et dans un mouvement qui certes n'est pas dénué de grandeur dans sa simplicité, le disciple d'Antoine ajouté à voix basse :
    – Tenez, Monsieur, vous le voyez, je suis pauvre, très pauvre : je vis de la façon la plus obscure et la plus ignorée. Il m'arrive parfois de ne pas manger à ma faim : mais je suis heureux, heureux quand même...
    Une pause et mon homme ajoute :
    – Oui, plus heureux que vous, monsieur, plus heureux que les riches, plus heureux que tous ceux qui passent à mes côtés, quels qu'ils soient. Car ma foi est une source de bonheur que seuls peuvent apprécier ceux qui croient.     AMÉDÉE GARMER.

L'Intransigeant, 30 juillet 1912

 

    Il faut lire Mlle Camus et non Canus.

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Vient de paraître - Léon Meunier, Le vrai message de Jésus (Le Fraterniste, 15 mars 1929)

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Vient de paraître - Léon Meunier, Le vrai message de Jésus (Le Fraterniste, 15 mars 1929)VIENT DE PARAITRE

Léon MEUNIER
LE VRAI MESSAGE DE JÉSUS
Un volume in-8, quad. cour. de 370 pages : 12 fr.
Les Editions Jean Meyer (B. P. S.)
8, Rue Copernic, Paris (XVIe)

    L'heure est aux regards en arrière. Tous les génies, tous les héros de l'histoire et de la légende trouvent de Nouveaux Biographes. Il semble que notre génération qui d'année en année voit s'élargir jusqu'à l'infini les horizons du domaine scientifique, sente fortement que, dans l'ordre des sciences morales, les siècles passés constituent une Source de Doctrine et d'exemple dont on n'a pas encore épuisé la valeur et l'efficacité.
    Voici que paraît « Le vrai message de Jésus », analyse de la vie et de l'enseignement – de l'enseignement vécu – du Christ Jésus. Œuvre prenante et étonnante qui offre à tous, sur des sujets vieux de 20 siècles, des aperçus neufs et insoupçonnés. Des millions d'hommes n'ont cessé de se dire disciples de Jésus, mais à leur insu d'un jésus défiguré par l'effort incessant de 20 siècles de gloses et d'explications intéressées.
    Voici une œuvre qui, puisant la doctrine christique dans les paroles et les actes mêmes de Jésus, secouant l'amoncellement des erreurs accumulées par les temps, nous restitue, hors des églises et des religions, un Jésus non pas inconnu, mais méconnu et pour tout dire, un prophète nouveau.
    L'œuvre est belle, l'œuvre est saine, l'œuvre est de bonne foi, car après avoir détruit, sans d'ailleurs la moindre intention de polémique, elle reconstruit sans la moindre intention de propagande ; et ce qu'elle reconstruit, c'est la doctrine du Christ dans son authentique teneur, et la vraie figure du prophète venu il y a 20 siècles pour la révéler au monde.

Le Fraterniste, 15 mars 1929

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Consécration d'un Temple Antoiniste à Schaerbeek (Journal de Bruxelles & Le Vingtième Siècle, 3 août 1925)(Belgicapress)

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Consécration d'un Temple Antoiniste à Schaerbeek (Journal de Bruxelles & Le Vingtième Siècle, 3 août 1925)(Belgicapress)             Consécration d'un Temple
                               Antoiniste à Schaerbeek

    Le Culte Antoiniste, reconnu par l'Etat depuis août 1924 et qui possède une vingtaine de temples en Belgique et une dizaine en France, a près de deux millions d'adeptes à l'heure actuelle ; les bases de la morale et de l'enseignement des Antoinistes semblent être : la Foi, le Désintéressement et l'Amour. Ce sont gens très simples, trop simplistes, pourrait-on dire, qui portent lévite noire et chapeau rond ; les femmes sont habillées à peu près comme les Auxiliatrices. Ils se considèrent entre eux comme Frères et Sœurs ; il n'y a pas de « ministres » du culte, l'égalité parfaite devant régner entre les membres de cette secte qui a refusé les subsides de l'Etat. Dons reçus, dons remis, soins, consolations, tout y est anonyme. Les renseignements que j'ai pu recueillir au cours de la Consécration du Temple de Schaerbeek semblent démontrer que ces très braves gens « planent » un peu. Leur phraséologie relativement confuse pour un profane tend à simplifier tellement les sentiments, la morale, l'application de leurs enseignements à la vie quotidienne, que cela en devient, pour finir, très compliqué.
    La « Mère » de Rognancourt, remplaçant la « Mère » Antoine – qui est âgée de près de 80 ans et se déplace difficilement – après avoir officié à l'intérieur du Temple, vint au seuil. A sa droite un emblème argenté porte ces mots : « L'Arbre de la Science et de la Vue du mal »(?). Derrière elle le « Frère » Musin prie. La « Mère » prend une attitude concentrée, les yeux fixes, les mains jointes. Le Fr. Musin regarde alors fixement les quelque quinze cents personnes qui sont là, chapeaux bas sous la pluie qui commence et dit : « La Mère Antoine vient de consacrer ce Temple au nom du Père Antoine. Nous allons nous recueillir et vous faire don de sa grâce : chacun en recevra selon sa Foi et ses mérites », puis il fait l'imposition des mains : un profond silence ; une atmosphère d'attaque de nerfs semble grandir. Ça ne rate pas, d'ailleurs, et voilà une femme qui s'évanouit. Heureusement que la pluie augmente et rafraîchit un peu les cerveaux légèrement échauffés. Les yeux fixes du Frère qui tend les bras vers la foule, paumes en avant, font le tour de l'auditoire puis le Frère Janin, ancien commandant de la marine française et officiant du Temple nouveau, lit les « Dix Préceptes du Père », base de la « Révélation ». Cette révélation, d'après les adeptes du Culte Antoiniste, doit remplacer celle de N. S. Jésus-Christ, périmée à leurs yeux. La « révélation » du Père Antoine est moderne et plus logique, disent-ils.
    Le Temple est nu. C'est une grande salle aux murs blancs sans images. Des inscriptions et une chaire. En en faisant le tour, j'ai éprouvé de nouveau cette atmosphère « d'attaque de nerfs » déjà notée. Il y avait près de deux mille personnes à cette Consécration et toute une rangée d'autos attendait dans l'avenue Jacques Rayé. –       Sterpigny.

Journal de Bruxelles & Le Vingtième Siècle, 3 août 1925 (source : Belgicapress)

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Consécration d'un Temple Antoiniste à Schaerbeek (Journal de Bruxelles & Le Vingtième Siècle, 3 août 1925)(Belgicapress)

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Consécration d'un Temple Antoiniste à Schaerbeek (Journal de Bruxelles & Le Vingtième Siècle, 3 août 1925)(Belgicapress)             Consécration d'un Temple
                               Antoiniste à Schaerbeek

    Le Culte Antoiniste, reconnu par l'Etat depuis août 1924 et qui possède une vingtaine de temples en Belgique et une dizaine en France, a près de deux millions d'adeptes à l'heure actuelle ; les bases de la morale et de l'enseignement des Antoinistes semblent être : la Foi, le Désintéressement et l'Amour. Ce sont gens très simples, trop simplistes, pourrait-on dire, qui portent lévite noire et chapeau rond ; les femmes sont habillées à peu près comme les Auxiliatrices. Ils se considèrent entre eux comme Frères et Sœurs ; il n'y a pas de « ministres » du culte, l'égalité parfaite devant régner entre les membres de cette secte qui a refusé les subsides de l'Etat. Dons reçus, dons remis, soins, consolations, tout y est anonyme. Les renseignements que j'ai pu recueillir au cours de la Consécration du Temple de Schaerbeek semblent démontrer que ces très braves gens « planent » un peu. Leur phraséologie relativement confuse pour un profane tend à simplifier tellement les sentiments, la morale, l'application de leurs enseignements à la vie quotidienne, que cela en devient, pour finir, très compliqué.
    La « Mère » de Rognancourt, remplaçant la « Mère » Antoine – qui est âgée de près de 80 ans et se déplace difficilement – après avoir officié à l'intérieur du Temple, vint au seuil. A sa droite un emblème argenté porte ces mots : « L'Arbre de la Science et de la Vue du mal »(?). Derrière elle le « Frère » Musin prie. La « Mère » prend une attitude concentrée, les yeux fixes, les mains jointes. Le Fr. Musin regarde alors fixement les quelque quinze cents personnes qui sont là, chapeaux bas sous la pluie qui commence et dit : « La Mère Antoine vient de consacrer ce Temple au nom du Père Antoine. Nous allons nous recueillir et vous faire don de sa grâce : chacun en recevra selon sa Foi et ses mérites », puis il fait l'imposition des mains : un profond silence ; une atmosphère d'attaque de nerfs semble grandir. Ça ne rate pas, d'ailleurs, et voilà une femme qui s'évanouit. Heureusement que la pluie augmente et rafraîchit un peu les cerveaux légèrement échauffés. Les yeux fixes du Frère qui tend les bras vers la foule, paumes en avant, font le tour de l'auditoire puis le Frère Janin, ancien commandant de la marine française et officiant du Temple nouveau, lit les « Dix Préceptes du Père », base de la « Révélation ». Cette révélation, d'après les adeptes du Culte Antoiniste, doit remplacer celle de N. S. Jésus-Christ, périmée à leurs yeux. La « révélation » du Père Antoine est moderne et plus logique, disent-ils.
    Le Temple est nu. C'est une grande salle aux murs blancs sans images. Des inscriptions et une chaire. En en faisant le tour, j'ai éprouvé de nouveau cette atmosphère « d'attaque de nerfs » déjà notée. Il y avait près de deux mille personnes à cette Consécration et toute une rangée d'autos attendait dans l'avenue Jacques Rayé. –       Sterpigny.

Journal de Bruxelles & Le Vingtième Siècle, 3 août 1925 (source : Belgicapress)

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Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)

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Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)Un nouveau Prophète
au Pays Noir
Le Père Dor stimulateur des vertus. – L'Ecole morale. – Une opération générale du thaumaturge.
(De notre envoyé spécial.)

    Antoine le Guérisseur est mort ! Vive Antoine ! Vive du moins un autre Antoine, une nouvelle incarnation du thaumaturge, du révélateur de religion nouvelle qui prétend guérir les maux physiques comme les peines morales par la seule vertu de sa parole. Chose curieuse, ce personnage opère surtout au pays noir, dans ces grandes régions industrielles de la Wallonie qui offrent une si puissante image de notre civilisation moderne. Il correspond au rebouteux, au berger magicien de la campagne, qui est légion...
    Toujours, en Wallonie, se sont développées, en marge des religions ancestrales, en marge du catholicisme et du protestantisme, de curieuses croyances qui se traduisent par de manifestations impressionnantes ou... baroques. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de parler ici des associations spirites du pays de Charleroi, des darbistes du Borinage, ou de cette explosion de foi farouche qui précipite aux calvaires du pays de Mons, dans la nuit du Réveillon, des centaines de pauvres gens à des cérémonies au cours desquelles on « étrenne » le bon Dieu et d'où les prêtres sont rigouresement bannis. (La même coutume se retrouve sur le littoral). Mais l'étude qu'a faite magistralement Georges Eekhoud, pour la Flandre du passé, dans ses « Libertins d'Anvers », que l'on a faite aussi pour les stévenistes de l'ouest brabançon, mériterait d'être tentée à propos de certaines croyances et superstitions du pays noir.
    Qu'il nous suffise aujourd'hui de rappeler brièvement le règne éphémère de Jules Buisseret, dit Baguette, le bon Dieu de Ressaix, dont la divinité se compromit lamentablement dans les aventures amoureuses et les ennuis de la correctionnelle ; Antoine le Guérisseur, le Père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, créateur d'une religion, d'un culte organisés, et dont la presse a parlé dans la monde entier. L'antoinisme n'est pas mort avec son créateur : l'influence de celui-ci persiste, sa réelle autorité morale, son incontestable puissance de suggestion agissent encore. Mais son enseignement que professent encore la mère Antoine et quelques lieutenants fidèles est fortement concurrencé par celui du père Dor, qui opère à Roux, et dont Piccolo parlait philosophiquement dans sa dernière « Semaine ».

* * *

    Nous avons voulu voir, de nos propres yeux, voir, l'opération générale suivie d'instruction à laquelle se livre chaque dimanche ce nouveau thaumaturge du pays de Charleroi.
    Auparavant, nous avons lu avec beaucoup d'intérêt son journal mensuel : « Le Messager de l'Amour-Dieu », « directeur de la fraternité universelle », dont neuf numéros ont paru déjà.
    A parier franc, il y a Ià-dedans un peu beaucoup de charabia, des expressions fort divertissantes qu'expliquent une pensée confuse et une méconnaissance remarquable de la langue française. Mais avec un peu de bonne volonté, on parvient à formuler la doctrine – pour autant qu'on puisse employer ce grand mot – du père Dor.
    C'est un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, la croyance à la loi d'amour total, la charité chrétienne poussée au suprême degré et aux fluides.
    Les idées actuelles du nouveau prophète de Roux ont mis du temps à se préciser. Au début, dans les premiers numéros du « Messager », il est souvent question de l'enseignement du Christ, on cite des passages de l’Evangile. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela. On trouve même dans les instructions du Père des opinions qui témoignent de l'influence qu'a exercée la propagande rationaliste au pays de Charleroi. Le Père Dor ne croit pas à un Dieu créateur. Dieu, pour lui, c'est un mot, une entité morale : « J'ai déjà dit et je répète que Dieu n'est qu'un mot. Je ne veux pas par là détruire la loi qui conduit à Lui. Mais au lieu de dire Dieu je dis : Amour, Charité, Désintéressement ».
    Et ailleurs : « De tout ceci tâchez de vous convaincre que Dieu n'est qu'un mot et non le créateur de toutes choses. Ce problème est à résoudre, mais la solution ne se trouve que dans son amélioration. S'il ne dépendait que de Dieu pour notre bonheur, nous aurions le droit de le traiter de cruel, de laisser ainsi ses rejetons dans la souffrance malgré le grand désir qu'ils ont de ne plus souffrir.Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)
    « On ne comprend pas le pourquoi de cette vie, parce qu'on ignore qu'une seule chose est nécessaire pour être sauvé : l'Amour du Bien, sentiment de Justice et de Progrès de l'être pensant ».
    Le Père Dor croit aux « fluides », bons et mauvais. Il fait agir les bons pour guérir les maux et les peines morales. Dans son esprit, fluide est parfois synonyme « d'âme ». Et il croit non pas à l'immortalité, mais, comme les colinsiens, à l'éternité de l'âme. « J'ai déjà pu dire que l'homme existe depuis toujours et qu'il existera toujours. Quand je dis homme, comprenez-moi bien, je veux dire âme ou plutôt fluide-homme ».
    Cela c'est ce qu'on lit dans les instructions du Père Dor, reproduites dans le « Messager », et l'on avouera qu'il a a là-dedans une certains élévation de pensée.
    Mais il y a ce qu'on voit, ce que j'ai vu à Roux dimanche après-midi. Et cela est moins reluisant...
    (La fin à demain.)                                                      FRAM.

Le Soir, 8 janvier 1913 (source : Belgicapress)

 

 

 

et Journal de Charleroi, 9 janvier 1913 (Belgicapress)

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Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)

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Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)Un nouveau Prophète
au Pays Noir
(De notre envoyé spécial.)
Le Père Dor stimulateur des vertus. – L'Ecole morale. – Une opération générale du thaumaturge.
(Suite et fin.)

    C'est à Roux, au seuil du pays noir... Du moins c'est là que le voyageur venant de Bruxelles, après avoir vu l'une des verreries de Courcelles, aperçut les premiers terrils de charbonnage. L'un d'eux, ou une haute « belle-fleur » semble plantée, est au sommet d'une colline qui commande tout le village. Celui-ci est noir et triste : de petites maisons enfumées, bordant des rues tortueuses composent l'agglomération où vivent un peu plus de 10,000 personnes...
    On connaît Roux comme le siège d'une des plus anciennes associations spirites de notre pays. C'est là aussi que se déroula l'un de plus douloureux épisodes de 1886.
    Le temple actuel au Père Dor, inauguré le 1er novembre dernier, se trouve rue du Calvaire à côté de la gendarmerie. C'est une vaste construction en briques neuves, de 30 mètres de long sur près de 20 de large, couverte d'un toit rose, au milieu duquel s'ouvre un large lanterneau et que domine une inscription en hautes lettres émaillé blanc : « L'Ecole morale ».
    A distance on croit que ces lettres annoncent une usine. Pas d'ouverture, ni porte, ni fenêtre, au flanc de ce bâtiment. Sans doute, dont se sert le Père Dor, de s'échapper. Mais ce souci a contrecarré les règles hygiéniques les plus élémentaires...
    Attenant au nouveau temple se trouve un café, le Café des Pèlerins du Père Dor où l'on se livre à un commerce fort important de boissons et de victuailles, de souvenirs et de cartes postales illustrées.
    Derrière le bâtiment se trouvent l'ancien temple, de dimensions assez restreintes, et la maison du Père.
    Toute la semaine, du dimanche au vendredi, les fidèles affluent vers l'école morale, vers le temple du « stimulateur des vertus », du « docteur sans médicament » : pauvres paysans de l'Entre-Sambre et Meuse et même du Nord de la France, vieux ouvriers du Centre et du pays de Charleroi rongés par la tuberculose, femmes de mineurs atteintes de maladies nerveuses. Tous viennent voir le Père dans l'espoir de trouver la guérison que n'ont pu leur donner les médecins.
    Le Père Dor a beau dire « qu'il est bien plus le médecin de l'âme que du corps ». Ah ouiche ! les bonnes femmes se soucient bien moins de leur paix morale que de leur dérangement d'estomac.
    D'ailleurs, le Père Dor dit lui-même dans son « Catéchisme de la Restauration de l'âme » :
    « Certains viennent se prosterner devant moi me demandant grâce pour que je guérisse soit leur femme, leur mari, leur enfant, leurs parents. Voyant leur foi, leur désir de voir revivre leur malade qui, d'après la science, n’avait plus qu’un instant ou quelques jours à vivre, je leur dis, après avoir opéré : « Allez, cela ira bien ». Seulement ce bien que je sens, on ne le comprend pas toujours, mais pour moi qui ne vise que le côté moral j'entrevois un bien. Par mon intervention, ce moribond qui n'avait plus que quelques jours ou quelques heures à vivre, par son grand désir de vouloir rester parmi les siens : mari, femme, enfant, etc. reprend vigueur, se relève, reprend des forces et se sent renaître à une vie nouvelle. Alors, tous sont dans la joie, on crie au miracle et le « Père Dor est proclamé Dieu ». On doit savoir qu'à tous ceux qui me consultent j'ai pour devoir de leur dire, s'ils veulent que mon fluide les guérisse, qu'ils ont un devoir à remplir. Ce devoir consiste à pardonner du fond du cœur, ne s'exalter pour rien que ce soit, et sur tout à n'accepter aucun conseil d'une personne qui serait hostile à l'Amour du bien. »
    Tous les jours, de 7 à 1 heure, sauf le samedi, le Père Dor reçoit les malades et les « opère ». Le dimanche, à 2h. 30, a lieu le grand office au début duquel le Père procède à une opération générale, fait agir le fluide, puis à une consultation, au cours de laquelle il répond à toutes les questions qu'on lui pose.
    Les malheureux malades qui viennent à lui, suggestionnés, ayant mis en lui leur dernier espoir, peuvent être impressionnés par les longs cheveux bouclés, les yeux baissés, l'air de profond recueillement du Père. Mais pour que la « foi guérisse », une fois de plus, de grâce qu'ils n'écoutent pas, les malheureux, qu'ils bouchent leurs oreilles ! Car rien n'est plus lamentable, plus baroque, plus incohérent que les discours et les réponses du stimulateur des vertus.

* * *

    Une large salle blanchie à la chaux, éclairée par un lanterneau sous lequel on remarque l'armature de fer de la toiture, chauffé à l'excès par deux énormes calorifères. Sur les vastes murs nus quelques inscriptions soulignés de bleu, encadrés de chêne clair, dans ce goût-ci : « Le Père Dor donne à ses enfants du bon, du beau, du soulagement. » Il y a là, assises sur les bancs jaunes plus de 600 personnes. L'atmosphère est étouffante. Il monte de cette foule une odeur de corps malades et en sueur, de vêtements mouillés.
    A un bout de la salle, à trois mètres au-dessus du sol, une vaste caisse peinte en blanc et bordée de noir et que surplombe un abat-son, tient lieu de chaire. Le Père Dor y discourt, le torse cerné dans une veste boutonnée jusqu'au cou et qui rappelle celle du « général » Gustave Hervé. Ses longs cheveux bouclés encadrent un visage au teint de cire où l'on voit des yeux tantôt pleins de recueillement., tantôt pétillant de finesse et comme de malice.
    Au pied de la chaire, un pupitre où une jeune fille, qui disparaît sous un vaste chapeau, sténographie les propos du Père Dor.
    Après que celui-ci a terminé son opération générale, les fidèles lui posent des questions, le plus souvent saugrenues, sur les sujets les inattendus, les plus extraordinaires. Les réponses sont l'avenant. Le Père, qui connaît à peine le français, se recueille longuement après chaque question, baisse les yeux, se frotta la bouche avec un grand mouchoir à carreaux blancs et bleus, puis répond lentement, très lentement. Il a quelques clichés qu'il sort constamment : « Le mal est en nous. Il faut s'améliorer. L'amour total ». Dès qu'il sort de là, ses propos deviennent plutôt incohérents. Quand il a fini sa réponse, un lourd silence plane que trouble parfois le vagissement d'un enfant, triste, triste infiniment.
    Et puis, le silence se brise. Là-bas, au fond de la salle, à côté du calorifère, se lève un jeune homme à mine souffreteuse :
    – Père, quand on a des punaises, faut-il les détruire ?
    Le Père Dor répète, comme toujours, la question : « Ce fils me demande si quand on a des punaises il faut les détruire ? Ce n'est pas un mal chez certaines personnes. Il en est de même des escargots, des limaçons et autres bêtes de jardin... »
    Puis une paysanne – une tête à la Breughel comiquement chevauchée par un chapeau impossible – se lève à son tour et d'une voix mal assurée demande : « N'est-ce pas encore un doute que tenir chez soi des chats, puisque les chats mangent les souris ? »
    Réponse : « Si ! Il en est de même pour les chiens. Ces animaux dégagent trop de mauvais fluide. »
    Ici se place une question tout à fait émouvante. Une pauvre jeune femme, d'une voix tremblante, dit au Père Dor, comme si elle s'adressait à Jéhovah lui-même :
    « Récemment, par pitié, par bon cœur, j'ai recueilli chez moi un petit chat égaré. Ai-je mal fait ? »
    On croit rêver... Quand le « docteur sans médicament » répond, de vieilles femmes, dans l'assistance, secouent la tête de bas en haut, approbativement.
    Près de la chaire, prostrée sur sa chaise, est une pauvre femme en deuil. Quelle détresse ce corps ployé en deux, cette face ravagée traduisent-ils ?
    A un moment donné, un homme qui, visiblement, s'intéresse au spiritisme, pose une question au Père Dor touchant les « désincarnés. La réponse est confuse. « C'est une des choses qu'on ne peut comprendre, qu'il ne faut pas savoir », dit notamment le Père.
    Alors, près de moi une vieille femme se penche à l'oreille de sa voisine et j'entends qu'elle murmure : « C'est tout à fait comme I'curé. »
    Une femme de Chapelle-lez-Herlaimont raconte ensuite que sa sœur étant malade, elle lui a déconseillé d'appeler encore le médecin. La douleur aurait cessé alors. « C'est l'Amour qui a opéré », dit le Père Dor.Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)
    Puis une question drôlatique ; c'est la seule que nous voulons rapporter encore : « Pratiquant la loi morale dit un homme, je me demande si je puis encore exercer mon devoir d'électeur ? » Le Père Dor a compris « directeur » au lieu d'électeur (le fluide n'a pas agi sans doute) et il fait une réponse tout à fait à côté.
    Mais l'électeur insiste, veut savoir s'il doit voter. « Cela est contraire à la loi morale, la loi d'amour, dit enfin le Père Dor, parce que donner son suffrage à un candidat c'est désapprouver l'autre. »
    Voilà quelques moments de la consultation à laquelle j'ai assisté. La sortie s'opère lentement. Le Père Dor assiste avec, semble-t-il, un petit air, finaud. A la sortie, sa femme, derrière un grand comptoir, vend des brochures, des journaux, des photographies et le petit commerce, ma foi ! marche très bien.
    J'ai un moment d'entretien dans la rue avec quelques fidèles. Une bonne femme qui comme moi, s'en fut naguère à Jemeppe-sur Meuse, chez Antoine le Guérisseur, me dit combien c'est mieux chez le Père Dor : « vous comprenez, me dit-elle, le fluide est plus gros ici. Mais aujourd'hui cela n'a pas bien marché. Mauvaise réunion ! Nous, les médiums, nous avons senti combien c'était dur. »
    J'ai sollicité Ie grâce d'être reçu en tête à tête par le prophète. Cela n'est pas très facile à obtenir. Le dimanche il ne reçoit personne en particulier, à moins qu'il ne s'agisse d'un cas très urgent. J'insiste et finalement réussis à voir le Dieu face à face. Il veut bien m'appeler son cher fils. Je le laisse entendre que je ne demande qu'à être initié. Et j'apprends en quelques mots l'histoire du Père Dor, âgé de quelque quarante ans. Il est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége, se dit le neveu d'Antoine le guérisseur, a exercé plusieurs métiers, dont celui de terrassiers, a séjourné trois fois en Russie où les guérisseurs de son genre pullulent, a bâti il y a quatre ans, à Roux, avec ses économies, le premier temple puis le vaste temple inauguré à la Toussaint. On vient le voir de partout. Il travaille même par correspondance. Non seulement me dit-il, je guéris les hommes, mais aussi les bêtes : cochons, vaches, chevaux. »
    Nos frères inférieurs, sans avoir la foi, sont touchés par le fluide.
    Dès à présent, il existe des succursales de l'Ecole morale de Roux à Gilly, a Chapelle-lez-Herlaimont, à Marchienne, à Souvret, à Lavaqueresse, dans l'Aine, à Bruxelles et jusqu'à Porto Felice, au Brésil !... Tous les dimanches, en gare de Roux, les trains déversent de nombreux pèlerins.
    Nous fûmes là-bas sans préventions, plutôt bien disposé par la lecture du « Messager de l'Amour-Dieu ». Nous voulions voir.
    Maintenant que nous avons vu nous déclarons en toute sincérité que ce nouvel avatar du mysticisme est une chose navrante, infiniment navrante.
                                                                             FRAM.

Le Soir, 9 janvier 1913 (source : Belgicapress)

 

 

et Journal de Charleroi, 11 janvier 1913 (Belgicapress)

 

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