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Défense de guérir - Nicolas Wagner (Le Midi socialiste, 19 avril 1927)

Publié le par antoiniste

Défense de guérir - Nicolas Wagner (Le Midi socialiste, 19 avril 1927)AU JOUR LE JOUR

Défense de guérir

    Le « père Wagner », aubergiste dans une petite localité du Luxembourg, vient d’être arrêté en Alsace et conduit devant le juge de Metz pour avoir soigné sans diplôme des foules de malades.
    A la vérité, la médication de ce gargotier, en rupture de fourneaux n’était pas bien dangereuse. Adepte et même évêque de la religion antoiniste, le « père Wagner » disait à ses malades :
    – Allez et croyez en Dieu. Il vous guérira des maux du corps comme il vous guérira de ceux de l’âme.
    Mais les gens, que l’évêque antoiniste traitait de la sorte, avaient l’imprudence de se proclamer guéris. Sur les livres de cet étrange médecin on a relevé les noms de quatre cent cinquante clients !
    Quand ceux-ci apprirent que le « père Wagner » était incarcéré, ils envoyèrent une délégation au juge pour lui dire que s’il ne le mettait pas tout de suite en liberté, de nombreux malades, faute de soins, se trouveraient exposés à la mort.
    Le juge a dû relaxer l’apôtre sous caution. Mais la Faculté aura le dernier mot.
    C’est l’aventure de Jésus qui se renouvelle ainsi de temps en temps.
    Saint Marc, dans son évangile, nous dit que Jésus s’étant retiré dans un endroit désert, Simon, son disciple, l’y alla trouver pour lui dire : « Seigneur, tout le monde vous réclame. » Jésus se laissa convaincre et, à travers les bourgades de la Galilée, guérit un lépreux, un aveugle, un paralytique, etc.
    Ces bonnes gens, eux aussi, allèrent proclamer leur merveilleuse guérison et Jésus dut fuir la colère des scribes et des Pharisiens.
    Il n’y a pas grand’chose de changé depuis deux mille ans. Les apôtres qui commettent la maladresse de mêler la médecine à la morale finissent, sinon sur la croix, du moins en correctionnelle.

                                                                   André NEGIS.

Le Midi socialiste, 19 avril 1927

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Décoration en forme d’arbre des Antoinistes (inventaire.proscitec.asso.fr)

Publié le par antoiniste

Décoration en forme d’arbre des Antoinistes (inventaire.proscitec.asso.fr)

Description
    Décoration en forme d’arbre

Inscriptions
    « Culte / antoiniste // L’arbre de la Science / de /. La Vue du Mal // Révélé / de 1906 à 1909 ».

Matériaux
    laiton

Dimensions
    15,5 x 12 x 4,3 cm

source : https://www.inventaire.proscitec.asso.fr/objets/musee-de-folklore-et-des-imaginaires/decoration-en-forme-d-arbre-des-antoinistes/

    Pour une description de l'emblème, cf. le billet suivant, le billet suivant ou encore le billet suivant

 

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Décoration en forme d’arbre des Antoinistes (inventaire.proscitec.asso.fr)

Publié le par antoiniste

Décoration en forme d’arbre des Antoinistes (inventaire.proscitec.asso.fr)

Description
    Décoration en forme d’arbre

Inscriptions
    « Culte / antoiniste // L’arbre de la Science / de /. La Vue du Mal // Révélé / de 1906 à 1909 ».

Matériaux
    laiton

Dimensions
    15,5 x 12 x 4,3 cm

source : https://www.inventaire.proscitec.asso.fr/objets/musee-de-folklore-et-des-imaginaires/decoration-en-forme-d-arbre-des-antoinistes/

    Pour une description de l'emblème, cf. le billet suivant, le billet suivant ou encore le billet suivant

 

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De quelques sectes (La Gazette provençale, 28 janvier 1947)

Publié le par antoiniste

De quelques sectes (La Gazette provençale, 28 janvier 1947)A travers Avignon

                      DE QUELQUES SECTES
                              RELIGIEUSES

    Nombre de sectes religieuses ont existé dans notre ville. Il en subsiste d'ailleurs encore quelques-unes.
    C'est ainsi que nous connaissons ici des adeptes du Boudhisme.
    Suivant ce Çakya-Moumi, nom de Boudha, la douleur est inséparable de l'existence. Celle-ci est produite par l'ignorance, cause des passions, des désirs, de l'attachement aux objets extérieurs qui, agissant par l'intermédiaire des sens, donnent naissance aux êtres. L'extinction de l'ignorance détruit la puissance des sens et il ne se produit plus de nouvelles naissances. On arrive à cette extinction par la science, l'abstention des péchés, la pratique de l'aumône, de la charité, etc. Le pécheur renait dans une condition inférieure, parmi les animaux, où les enfers. Le sage renait dans une condition meilleure, parmi les génies, les dieux, ou mieux encore, devient bodhisattva et, enfin, bouddha parfait, délivré de l'obligation de renaitre et possédant la béatitude de Nirvana.
    Déchu dans l'Inde, le bouddhisme compte près de cinq cent millions d'adhérents en Chine, au Japon, dans l'Annam, le Siam, la Corée, le Thibet, la Birmanie, etc...
    Il en compte une dizaine en notre ville, qui suivent fidèlement les prescriptions de Bouddha.
    Il y a aussi des Gnostiques. Une trentaine environ qui se réunissent de temps en temps en privé.
    Suivant les Gnostiques d'un « dieu ineffable » dont rien ne peut être affirmé, est sorti par émanation le monde où nous sommes. Il a commencé par des esprits purs de tout mélange. Puis est venue la matière, source du mal. De là la condamnation absolue de la vie, du mariage et aussi de la propriété des choses matériel. Le Gnosticisme se tire des difficultés pratiques de ces formules par des détours ou bien des sectes l'ont suivi. La chair et la matière sont mauvaises, mais il n'y a qu'à les mépriser en esprit, tout en y cédant en fait.
    Orange a été le siège d'une secte qui tirait sa morale des principes Evangéliques. Il s'agissait des Antoinistes. Les adeptes étaient revêtus, les hommes, d'une redingote et coiffes d'un chapeau haut de forme, des femmes portaient une austère robe noire. Elles nouaient sous leur menton les ganses d'un béguin.
    Les Antoinistes, braves gens, n'avaient qu'un but : faire le maximum de bien à leurs semblables.

La Gazette provençale, 28 janvier 1947

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Culte antoiniste - reconnaissance Liège (La Meuse, 3 février 1920)(Belgicapress)

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Culte antoiniste - reconnaissance Liège (La Meuse, 3 février 1920)(Belgicapress)

    LE CULTE ANTOINISTE. – Le Conseil communal de Liège est invité à émettre un vœu sur la demande de reconnaissance légale du culte antoiniste, qui a son siège principal à Jemeppe-sur-Meuse, où il fut fondé il y a quelques années déjà par celui que l'on appelait « le Père Antoine ».
    Ce culte, on ne l'ignore pas, a pris une extension considérable. La pétition adressée aux Chambres législatives, en décembre 1910, dans le but d'obtenir la reconnaissance légale, était suivie de plus de 160,000 signatures de citoyens belges. Et l'on dit que l'Œuvre a prospéré encore et que les années de guerre virent augmenter de façon sensible le nombre des adeptes.
    C'est le 15 août 1910 qu'eut lieu la consécration du temple de Jemeppe. Cette date peut être considérée comme coïncidant avec la fondation du culte antoiniste proprement dit, dont les préceptes visent à l'amélioration morale de l'homme et à l'enseignement, par l'exemple, du respect de la conscience et de la fraternité sociale. Depuis lors, une vingtaine de temples ont été fondés en Belgique. On en compte plus de la moitié dans la province de Liége. Celui de la rue Hors-Château, en notre ville, fut érigé il y a trois ans. Outre cela, de nombreux centres de lecture ont été institués pour la propagation des idées antoinistes.
    Les promoteurs du mouvement en faveur de la reconnaissance légale, visent surtout à ne pas perdre le fruit de cette organisation cultuelle, aujourd'hui bien établie. Il ne s'agit nullement pour eux de réclamer l'appui financier de l'Etat, mais plutôt d'obtenir une loi qui leur permette de rester en possession des temples existants et d'hériter le cas échéant.
    Il nous paraît que ce vœu n'a rien que de fort légitime.

La Meuse, 3 février 1920 (source : Belgicapress)

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Faire-part - Veuve Joseph Swerts (La Wallonie, 12 mai 1937)(Belgicapress)

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Faire-part - Veuve Joseph Swerts (La Wallonie, 12 mai 1937)(Belgicapress)

    KINKEMPOIS-ANGLEUR. – On nous prie d'annoncer la mort de Madame
                                  Veuve Joseph SWERTS,
 
                                                                    Née Félicie HALLOY
 
                                          Mère de Mme Bleuart, accoucheuse,
          
                              Belle-mère du citoyen Victor Merian,
décédée à l'âge de 77 ans.
    L'enterrement sous le rite antoiniste aura lieu jeudi 13 courant, à 15 heures.
    Réunion à la maison mortuaire, rue Joseph De Munck, 2 à 1 minute du pont du Val Benoit.
    Cet avis tient lieu de lettre de faire part.

La Wallonie, 12 mai 1937 (source : Belgicapress)

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Eglise Antoiniste te Luik (belgiumview.com)

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Eglise Antoiniste te Luik (belgiumview.com)

Eglise Antoiniste te LIEGE 1 / LUIK
(rue Hors Château 17)

Frits Schetsken: 'In 1846 wordt in Jemeppe-sur-Meuse mijnwerkerszoon Louis Antoine geboren. Eerst verloopt zijn leven als dat van vele anderen: hij wordt net als zijn vader mijnwerker, daarna gaat hij als metaalarbeider aan de slag. Maar Louis is een denker, die zich als autodidact telkens weer levensvragen stelt waarop hij dan een antwoord tracht te formuleren, eerst binnen het katholicisme, daarna meer en meer in het spiritisme. Uiteindelijk wordt hij medium en staat al snel bekend als iemand met bijzondere genezende krachten. Enkele jaren voor zijn dood in 1912 werkt Louis een geheel eigen doctrine uit, het Antoinisme. Hij ontkent het bestaan van het kwade en van de materie, meent dat de mens zich bewust moet worden van zijn spirituele aard om via reïncarnaties tot zijn oorspronkelijke goddelijke staat terug te keren.

Zijn volgelingen, de antoinisten, zijn tolerant voor andere godsdiensten en belijden hun geloof in een zestigtal tempels, vooral in Wallonië en Noord- Frankrijk. Hun voorgangers kunnen zowel mannen als vrouwen zijn. In de praktijk verlopen samenkomsten in stilte. De Vader - zoals de voorganger wordt genoemd - draait zich om, is verzonken in gebed. Alles wordt bij de antoinisten in stilte gegeven, want Liefde kent geen woorden, omdat er eengezindheid is. Na afloop van dit sobere gebeuren zijn de gelovigen genezen of geholpen.

Naast deze Luikse tempel van de Culte Antoiniste aan de Rue Hors Château 17 nabij de Montagne de Bueren zijn er onder meer ook tempels in Spa aan de Rue du Père Antoine 2 en in La Louvière aan de Rue de l'Olive 33.'

Source : http://www.belgiumview.com/belgiumview/tl1/view0001259.php4

 

Traduction :

En 1846, Louis Antoine, fils de mineur, est né à Jemeppe-sur-Meuse. Au début, sa vie ressemble à celle de beaucoup d'autres : comme son père, il devient mineur, puis métallurgiste. Mais Louis est un penseur, qui se pose, comme un autodidacte, sans cesse des questions sur la vie et tente d'y trouver des réponses, d'abord dans le catholicisme, puis de plus en plus dans le spiritisme. Il finit par devenir médium et est bientôt connu comme une personne dotée d'extraordinaires pouvoirs de guérison. Quelques années avant sa mort en 1912, Louis développe sa propre doctrine, l'Antoinisme. Il niait l'existence du mal et de la matière et pensait que l'homme devait prendre conscience de sa nature spirituelle afin de retrouver son état divin originel par le biais de réincarnations.

Ses adeptes, les Antoinistes, sont tolérants envers les autres religions et pratiquent leur foi dans une soixantaine de temples, principalement en Wallonie et dans le nord de la France. Leurs ministres peuvent être des hommes ou des femmes. Dans la pratique, les réunions se déroulent en silence. Le Père – comme on appelle le chef du culte – se retourne et s'absorbe dans la prière. Tout avec les antoinistes se donne en silence, parce que l'Amour ne connaît pas de mots, parce qu'il y a unanimité. Au terme de cet événement sobre, les fidèles sont guéris ou aidés.

Outre ce temple liégeois du Culte Antoiniste au 17 rue Hors Château près de la Montagne de Bueren, il existe également des temples à Spa au 2 rue du Père Antoine et à La Louvière au 33 rue de l'Olive.

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Henri Lormier - Maximes (Le Fraterniste, 1er mars 1934)

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Henri Lormier - Maximes (Le Fraterniste, 1er mars 1934)

    Être bon, c'est donner sons cœur en l'exerçant à la pratique du Bien.

    Être charitable, ce n'est pas donner sa bourse  ou faire l'aumône, c'est, de sa pensée, en faire rayonner toute la puissance en vraie fraternité, en amour.

                                                                                                           H. LORMIER

Le Fraterniste, 1er mars 1934

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Waiting for the healer (Belgium's Christian Scientists, San Antonio Express, October 13, 1912)

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Waiting for the healer (Belgium's Christian Scientists, San Antonio Express, October 13, 1912)

Waiting for the healer - A crowd at the entrance of the abode of the belgian widow

de l'article Belgium's Christian Scientists, San Antonio Express, October 13, 1912

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Chronique littéraire (L’Écho de Paris, 27 février 1936)

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Chronique littéraire (L’Écho de Paris, 27 février 1936)

CHRONIQUE LITTÉRAIRE

    ROBERT VIVIER : Délivrez-nous du mal (Antoine le Guérisseur), 1 vol in-18, Editions Bernard Grasset.

    Antoine le Guérisseur, dit aussi le Généreux ou, simplement, le Père sortit de cette incarnation âgé de soixante-six ans, le 25 juin 1912. II fut enterré dans la fosse commune au milieu d'un immense concours de peuple, dans le cimetière de Jemmeppe-sur-Meuse. Cependant, la nouvelle religion qu'il avait fondée, sous le nom de Nouveau Spiritualisme, continuait de recruter des milliers de fidèles. Du vivant du Père, il y avait déjà deux temples antoinistes en Belgique. Il paraît qu'on en compte aujourd'hui une centaine ; il y en a deux à Paris, d'autres à Vichy, à Lyon, à Nice, à Monaco, à Valenciennes, à Nantes. Jules Bois, dans son Miracle moderne, s'est occupé de cette Eglise naissante, alors qu'elle ne groupait encore qu'un petit noyau de croyants. Debouxhtay a écrit un peu plus tard une vie d'Antoine et M. André Thérive, dans son curieux roman Sans âme, décrit des milieux antoinistes, qui forment une des provinces peu connues de la géographie religieuse de Paris.
    La doctrine d'Antoine, si l'on peut parler de doctrine au sujet de cette construction spirituelle d'une faiblesse désarmante, paraît être un mélange fortuit et enfantin de spiritisme et de Christian Science, avec de vagues éléments gnostiques concrétisés autour d'un reste d'imagerie pieuse et de réminiscences bibliques, particulièrement empruntées aux premiers chapitres de la Genèse. Cet amalgame fait sourire. Exprimé avec gaucherie, dans une langue pleine d'embarras, c'est un galimatias métaphysique, ouvrage d'un demi-illettré, tel qu'on peut l'attendre d'un ancien ouvrier mineur, qui rêve dans sa cuisine et retourne en sa pauvre cervelle les mystères effrayants du Mal, de la Création et de la Destinée : c'est la rêverie d'une « tête de houille », le balbutiement du charbonnier qui a perdu la foi, et s'en fabrique une nouvelle à son usage, dans son petit Pathmos obscur de Mons-Crotteux. Je n'ai jamais vu de temple antoiniste : quoi d'étonnant qu'un pauvre croquant qui se mêle de reconstruire l'univers, enfante un monstre assez informe, un bafouillage de Gribouille, qui n'a rien de commun avec les nobles architectures des princes de la pensée. Faut-il se scandaliser qu'un mal-loti de l'existence s'applaudisse d'avoir édifié de ses mains une cabane de la zone et un abri de tôle ondulée, et le préfère au Parthénon ou à Saint-Pierre de Rome ?
    Mais si l'antoinisme a fort peu de valeur intellectuelle, s'il est inexistant comme système, il n'en est pas moins très curieux comme expérience humaine, comme produit d'un certain cerveau et comme échantillon d'une certaine humanité. C'est nul comme religion, assez touchant comme biographie. Tout ce qui ferait bâiller en tant que catéchisme, s'anime, prend un vif intérêt, si on le considère comme un fait, comme le résultat d'une vie et de certaines données psychologiques. Fleur incolore et sans parfum, plante poussée sur un crassier, parmi de pauvres gens, dans un pays de suie et de fumées, et qui, pourtant, console les habitants de cette terre ingrate, leur apporte un espoir, prête un sens à leur triste vie.
    C'est vers l'âge de cinquante ans que l'ouvrier mineur Louis Antoine, né au village de Mons, au pays de Liége (non point dans la grande ville du même nom, qui se trouve près de Charleroi), commença de penser qu'il était peut-être appelé à un rôle qui n'était pas celui de tout le monde. Ceci devait l'amener bien loin dans l'étrange et dans l'inattendu. Car que penser d'une vision de son amie, Mme Desart, qui vit un jour se dessiner sur le bord d'un nuage le profil de Jésus accolé à celui d'Antoine, sinon que ce dernier n'était autre que le bon Dieu lui-même ?
    Jusqu'à quarante-deux ans, il n'en avait pas moins été un catholique soumis et pratiquant, plutôt sévère même, sans reproche (il le fut toujours) sur le chapitre des mœurs. La sensualité n'eut aucune part à son hérésie. C'était une de ces ouailles dociles qui composent le troupeau d'une paroisse de Wallonie. Il allait à confesse et faisait ses Pâques. C'était un ouvrier qui avait réussi et s'était élevé à une certaine indépendance. Il avait passé de la mine à la métallurgie, avait voyagé en Allemagne et même jusqu'en Pologne, du côté de Varsovie, qui était alors une des provinces de la Russie. Il avait donc vu du pays, fait sa pelote et acquis une petite aisance. Il faisait dans son monde figure de petit bourgeois et rêvait, pour son fils, né en 1873, une carrière de bureaucrate ou de fonctionnaire.
    Cependant, il avait eu de bonne heure certains signes ou avertissements d'une vocation particulière. Tout enfant, à la mine, sa lampe s'était éteinte, sans qu'il y eût un souffle, d'une manière inexplicable, et il s'était trouvé face à face avec les ténèbres. Plus tard, deux autres faits lui firent une impression profonde. Etant soldat, à un exercice de maniement d'armes, il lui arriva de tuer par accident un de ses camarades. Ce meurtre involontaire lui laissa une inquiétude qui ne s'effaça jamais. Il avait donné la mort, sans aucune intention criminelle ; assassin innocent, instrument et victime d'un hasard aveugle, il se trouvait en présence du mystère incompréhensible de la mort. En 1893, son fils, âgé de vingt ans, ce fils dont il se promettait de faire un monsieur, mourut d'une plaie insignifiante qu'il s'était faite au genou, en glissant sur le verglas. Pour la deuxième fois, il rencontrait la même énigme de la douleur imméritée, et se mettait à ruminer dans sa tête obscure ces questions éternelles.
    Il avait toujours été grand liseur et grand raisonneur, dévorant pêle-mêle tout ce qui lui tombait sous la main, et monologuant avec lui-même sur toutes ces choses qui le troublaient. Fait curieux ! Il était insensible à ce qui tourmentait les masses populaires, au côté social des choses, à l'inégalité des conditions et des richesses : ce problème de l'iniquité de la distribution des biens, le problème économique ou la question des classes, le laissaient indifférent. Il n'y attachait aucune importance. Pour lui, il avait tiré son épingle du jeu, il pouvait se dire vie content de son sort, et il lui en avait coûté si peu, qu'à vrai dire cela lui semblait indigne d'attention. Chacun pouvait en faire autant, c'était à la portée de tout le monde. Non, ce qui l'occupait, c'était une angoisse plus haute et plus désintéressée : c'était l'obsession du Mal universel. Qui suis-je ? D'où viens-je ? Où vais-je ? Pourquoi souffrir ? Pourquoi mourir ? Ces terribles points noirs hantaient l'ancien mineur auprès de son fourneau de fonte, comme ils avaient assailli le prince Çakya Mouni dans les délices de son palais, et, comme jadis dans sa galerie souterraine, lorsque sa lampe s'était éteinte, il se colletait avec les ténèbres.
    Depuis quelque temps déjà un camarade l'avait initié aux pratiques du spiritisme et à la singulière théosophie d'Allan Kardec. Dans de petites réunions, les néophytes se groupaient, évoquaient les esprits et, sans penser à mal, faisaient tourner les tables. Ils se sentaient, non sans orgueil, en possession d'un secret, ayant entre les mains une clef qui ouvrait l'au-delà, faisant communiquer les deux mondes, expliquant cette vie passagère, l'introduisant dans la série de nos migrations successives, de notre voyage de monde en monde, jusqu'à notre épuration parfaite du péché. Antoine s'enchantait de ces belles choses et des nouvelles connaissances qu'il faisait parmi les esprits. Il allait toujours à la messe et se croyait bon catholique, mais il commençait à en savoir plus long que son curé. En réalité, sous cette forme nouvelle, c'était le Vieux génie de cette Wallonie mystique qui se mettait à souffler, le vieux démon de cette terre fertile en illuminés, en doux visionnaires. Le prêtre, trop sûr de lui, s'éloignait du peuple, devenu peu à peu le commensal du château, l'ami du directeur d'usine ; l'esprit religieux, désertant le séjour de la maison de Dieu, divaguait, retournait aux champs, se confondait, dans ce pays de charbonnages et de fumées, avec les souffles de la lande, les brumes qui montent de la Meuse et les vents qui parcourent les forêts et les tombes des cimetières.
    Parmi les esprits assidus aux réunions clandestines de la maison des Quatre-Ruelles, s'en trouvaient deux, qu'on appelait le docteur Demeure et le docteur Carita. A force d'évoquer ces présences, l'ancien mineur croyait parfois qu'il se confondait avec elles. Tout jeune encore, n'avait-il pas souhaité d'être un médecin ? Et voilà qu'il s'apercevait que, par une autre voie, avec le secours des esprits et de certains fluides, il lui était donné de lire dans les corps, comme par transparence, de leur faire suer le mal, de les rendre à la santé. Déjà le bruit se répandait qu'il existait à Jemmeppe-sur-Meuse un ancien ouvrier, doué du pouvoir de guérir. Grande merveille ! Les boiteux marchent, les sourds entendent, les paralytiques se redressent. Bientôt une longue procession s'achemine tous les dimanches, et quatre jours par semaine, vers la maison du guérisseur, la procession des éclopés, des béquillards, des hydropiques, des fiévreux, des débiles et des infirmes, la queue interminable de nos souffrances et de nos misères, comme dans La Pièce aux cent florins, se pressant vers le miracle. Et lui, leur imposant les mains, les renvoyait guéris.
    Bien entendu, cela n'alla pas sans résistance des médecins, alarmés de cette concurrence. Deux fois, le thaumaturge eut à répondre devant les tribunaux, et se vit poursuivre pour exercice illégal de la médecine. Acquitté (car peut-on confondre l'exercice d'un art et celui d'un don, la pratique d'une science et la jouissance d'un pouvoir ?), il en vint toutefois à prendre des mesures nouvelles ; faute de temps, il n'opérait plus les malades qu'en masses. Sans paroles, il imposait les mains solennellement à toute une assemblée. Il était parvenu d'ailleurs à un stade nouveau de sa pensée. Peu à peu, il s'était dégagé du spiritisme. La guérison des malades eux-mêmes ne lui paraissait plus qu'une chose secondaire. Il rêvait d'une tout autre cure, d'une opération d'une bien autre importance : c'était l'humanité tout entière qu'il s'agissait d'opérer de la cataracte ; c'était notre unique maladie, notre erreur, notre aveuglement, que désormais il fallait guérir.
    « 'Tis the cause, the cause... », comme dit Othello. Il avait découvert ceci : le mal n'existe pas. Le mal est un bien. Le mal est une épreuve, ou un instrument de progrès. Notre ennemi est notre ami, une forme de Dieu lui-même. Bonne manière, on le voit, de supprimer le mal. Il n'y avait plus à le guérir : un simple malentendu, une illusion d'optique, une fausse vue, qui nous fait prendre pour un épouvantail un effet de la bonté suprême, de même que les enfants font de mauvais rêves et s'effraient de leurs cauchemars. Il n'y a point de mal dans l'œuvre du Créateur : il n'y a que la vue, c'est-à-dire la Chimère, du Mal que nous y mettons, les monstres que nous créons nous-mêmes, autrement dit le péché. C'est pourquoi la Genèse s'est trompée en plaçant dans le Paradis l'Arbre de la Science du Bien et du Mal. Il fallait dire l'Arbre de la Science de la Vue du Mal.
    Comprenne qui pourra ce logogriphe. Et le Maître se retirait de plus en plus dans la solitude, il s'enfonçait dans ce tête-à-tête avec le Tout-Puissant, pour lui arracher son dernier mot. Pour ce ministère sacré, il avait raréfié ses séances miraculeuses. Il ne paraissait presque plus. Il s'isolait sur le Thabor, qui était un galetas dans le grenier de sa bicoque. Là, il s'évertuait à réconcilier les contraires, à réduire les antinomies ; il composait son Grand Testament, y annexait des codicilles, jamais satisfait de son ouvrage, ajoutant un Couronnement à son Enseignement, perfectionnant sa grande machine à pierre philosophale, « sa machine à faire du bonheur avec la vieille misère ». Il se battait avec les mots, Dieu, l'esprit, la matière, la nature, la chute, dans une logomachie pénible, et dans un effort que soutenait une grande passion d'amour, finissant pas tout approuver, par tout bénir, dans un radotage optimiste de Pangloss : « Tout est bien. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ».
    Telle est l'histoire que nous raconte M. Robert Vivier, dans un livre remarquable, intime et velouté, ou tout se poursuit, paysages et événements, comme le déroulement d'un long rêve intérieur. Au moment où vient de se décerner pour la seconde fois le Prix Albert Ier, on sera heureux de voir que les juges ne s'étaient point trompés dans le choix de leur premier lauréat. C'est écrit dans un style doux et comme brumeux, sur un ton de légende, avec les contours du songe. Et c'est bien cela, en effet, une légende, une des dernières qui aient consolé les humbles, au pays de la Bible des Pauvres, où le peuple garde la nostalgie de l'Evangile des misérables.

L’Écho de Paris, 27 février 1936

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