Eklablog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réparation des temples après-guerre (Moniteur belge, N°82, 23 mars 1949)

Publié le par antoiniste

Réparation des temples après guerre (Moniteur belge, N°82, 23 mars 1949)

REPARATION DE DOMMAGES DE GUERRE AU DOMAINE PUBLIC
A CHARGE DE L'ETAT.

    Par arrêté du Ministre des travaux publics, en date du 1er au 31 janvier 1949, sont mises à charge de l'Etat les dépenses détaillées ci-après à résulter de la réparation de dommages de guerre à des biens du domaine public des pouvoirs subordonnés ou à des biens affectés à un service d'utilité publique.

    A. S. B. L. Culte antoiniste, à Jemeppe-sur-Meuse : Réparation au temple ...... 64.800
    Id. : Réparation temple de Jupille ..................................................................... 98,000
    Id. : Réparation temple quai des Ardennes, 71, à Liège ………………………………... 34,100

Moniteur belge, N°82, 23 mars 1949

Voir les commentaires

René Guenon - Le Théosophisme (1965) - extrait

Publié le par antoiniste

    Un autre point à noter, c'est que la propagande, même la propagande théosophiste caractérisée, cherche volontiers à s'exercer dans les milieux ouvriers. […] Sur ce terrain éminemment « démocratique », le théosophisme se trouve en concurrence avec le spiritisme, dont la propagande non moins acharnée fait aussi, surtout dans certaines régions, de nombreuses victimes dans le monde ouvrier. Ainsi, il existe (ou du moins, il existait avant la guerre, qui a dû y apporter quelque perturbation) une secte spirite dénommée « Fraternisme », dont le centre était à Douai, et qui avait recruté des milliers d'adhérents parmi les mineurs du Nord de la France (1). Un autre exemple très frappant est celui de l'« Antoinisme », cette pseudo-religion qui prit en Belgique un développement extraordinaire (2), et qui établit même un temple à Paris en 1913 : son fondateur, qu'on appelait le « Père Antoine », mort en 1912, était lui-même un ancien ouvrier mineur à peu près illettré ; c'était un « guérisseur » comme on en rencontre beaucoup parmi les spirites et les magnétiseurs (3), et ses « enseignements », que ses disciples regardent comme un nouvel Evangile, ne contiennent qu'une sorte de morale protestante mêlée de spiritisme, et qui est de la plus lamentable banalité (4). Or, les théosophistes témoignent à cette secte une vive sympathie, comme le prouve cet extrait d'un de leurs journaux : « La Théosophie ayant une portée à la fois morale, métaphysique, scientifique et ésotérique, il n'est pas permis de dire que les enseignements théosophiques et antoinistes sont identiques ; mais on peut affirmer que la morale antoiniste et la morale théosophique présentent entre elles de très nombreux points de contacts. Le Père, d'ailleurs, ne prétend que rénover l'enseignement de Jésus de Nazareth, trop matérialisé à notre époque par les religions qui se réclament de ce grand Etre » (5). Un tel rapprochement est, au fond, assez peu flatteur pour le théosophisme ; mais il ne faut s'étonner de rien, car le « Père Antoine », malgré l'ignorance et la médiocrité intellectuelle dont il fit toujours preuve, fut considéré par certains occultistes plutôt naïfs comme « un des douze Grands-Maîtres Inconnus de la Rose-Croix » (6) ; pourquoi n'arriverait-on pas à en faire une sorte de « Mahatma » ?

 

(1) Une autre secte spirite assez analogue existait en Belgique, sous le nom de « Sincérisme » ; elle avait pour chef un Maçon de haut grade, le chevalier Le Clément de Saint-Marcq.
(2) Au moment où la guerre éclata, la religion antoiniste était sur le point d'être reconnue officiellement ; un projet de loi avait été déposé à cet effet par deux des chefs de la Maçonnerie belge, les sénateurs Charles Magnette et Goblet d'Alviella. — Depuis cette époque, on a raconté des choses singulières sur le respect tout spécial témoigné par les Allemands à l'égard des temples antoinistes, et que les adhérents de la secte attribuèrent à la protection du « Père ».
(3) Une secte américaine de « guérisseurs », connue sous la dénomination de Christian Science, cherche actuellement à s'implanter en France, et il paraît même qu'elle a quelque succès dans certains milieux. Sa fondatrice, Mme Baker Eddy, avait annoncé qu'elle ressusciterait six mois après sa mort ; cette prédiction ne s'est pas réalisée, ce qui n'a pas empêché la secte de continuer à prospérer, tant est grande la crédulité de certaines gens.
(4) Ces « enseignements » sont tout à fait comparables à certaines « communications » spirites ; les Antoinistes croient à la réincarnation comme les spirites ordinaires et les théosophistes.
(5) Article intitulé Une religion spirituelle, paru dans le Théosophe du 1er décembre 1913.
(6) Les mêmes occultistes attribuaient aussi cette qualité à plusieurs autres « guérisseurs » du même genre, notamment à Francis Schlatter, un Alsacien émigré en Amérique, et qui disparut d'une façon assez mystérieuse. L'écrivain occultiste Auguste Stindberg a raconté, dans Inferno (pp. 110-113), une histoire fantastique au sujet de ce personnage.

René Guenon, Le Théosophisme, Histoire d’une pseudo-religion (Suite et fin)
XII. – Théosophisme et Franc-maçonnerie
in Revue de philosophie, XXVIII, Janvier à Décembre 1921 (pp.396-398)

    Dans l’édition publié du livre, plusieurs notes font partie du corps du texte.

Voir les commentaires

Antoinistes pendant la 2e Guerre mondiale (La Meuse, 7 juin 1945)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Antoinistes pendant la 2e Guerre mondiale (La Meuse, 7 juin 1945)(Belgicapress)

Un récit comme tant d'autres

UNE PRISONNIERE POLITIQUE LIEGEOISE
NOUS FAIT VIVRE SON CALVAIRE

    Au temple du culte antoiniste d'Embourg, quelques patriotes se livraient à une action que les Allemands finirent, hélas, par connaître !
    Plusieurs arrestations furent opérées : celle du docteur Tilkin, de Grivegnée, dont on est sans nouvelle, de Mme Hanoul et de M. Jeanne Disty, rentrées depuis quelques jours et toutes deux alitées.

    « Je pesais près de quatre-vingt-dix kg. au moment de mon arrestation, le 8 juin 43, nous dit Mme Disty. Ma fiche de l'hôpital en accuse 44. Elle date d'hier.

    » Après trois mois de séjour au secret à St-Léonard, nous partions sans jugement pour l'Allemagne. Nous fîmes un premier séjour de 3 semaines à Ravensbruck, dans d'épouvantables conditions d'hygiène et de nourriture. Nous couchions sous un hangard, à tous vents, sans couverture. J'avais trouvé un vieux papier gris dans lequel je m'emballais les jambes. Ma gardienne, une S. S. me l'arracha aussitôt qu'elle s'en aperçut et un S. S. m'infligea à coups de bâton, une correction qui m'ôta l'envie de tricher encore. L'appel à la cour durait entre 2 et 4 h., quel que soit le temps et nous n'avions qu'un peu de pain et une soupe légère comme de l'eau.
    » Nous partîmes pour les usines Bertrix, dans la vallée de la Sprée, où nous faisions 12 heures de travail sans jamais un jour de repos.
    » Je ne vous dis rien du transport en wagon à bestiaux, sans rien à manger ni à boire.
    » Les gardiennes S. S étaient d'une inconcevable brutalité. Les coups pleuvaient sans la moindre raison. Au camp, nous touchions un pain pour cinq détenues et un litre de soupe infâme. Un soir, le camp fut bombardé et les baraquements prirent feu. On nous y avait naturellement enfermées et personne ne vint nous ouvrir. Nous dûmes unir ce qui nous restait de force pour défoncer les portes et nous sauver dans l'enceinte où les S. S. réapparurent tout danger passé pour remettre de l'ordre et apaiser l'affolement selon leur méthode. Certains regrettèrent que nous n'ayons pas été « grillées comme des cochons ». Le lieu étant inlogeable, on nous rangea et nous partîmes à pied pour Koepenick.

    » La plupart des nôtres étaient à pieds nus. Plus personne n'avait de gamelle. On prenait sa soupe dans de vieilles boîte à conserves dont les bords en dent de scie coupaient les lèvres. On recevait un pain par sept détenues. En arrivant, nous fûmes contraintes à une longue pause, dans la cour, entièrement dévêtues, pour recevoir une nouvelle chemise.

    » On nous mit au creusement de tranchées.

    » Bientôt l'avance des Russes imposa un nouveau déménagement vers Orianenburg. Nous partîmes à pieds par étapes de 35 km. Personne n'avait le droit de s'arrêter : qui tombait était achevé sur place. Plus de pain : quatre ou cinq pommes de terre à moitié cuites.

    » Je suis là. Le mauvais rêve est passé. Mes amis m'apportent des fleurs. Puissent-elles effacer les visions terribles dont nos yeux ont peine de se détourner. Une seule chose nous en guérira. C'est d'apprendre que nos tortionnaires ont été punis comme ils le méritent et que, dans tous les pays leurs amis, leurs aides n'ont pas échappé au juste châtiment. Sans cela, les honneurs... »

                                                                                  René LOUETTE.

La Meuse, 7 juin 1945 (source : Belgicapress)

    Il s’agit certainement d’une salle de lecture, la ville d’Embourg ne possédant pas de temple.

    On connait le couple Hanoul pour avoir créé un temple avec photo à Angleur après que le Premier représentant du Père de Belgique décida leur retrait dans les temples après la désincarnation de Mère qui en avait instauré la tradition.
    On apprend par la presse que le docteur Tilkin mourra en Allemagne vers 1947 en tant que déporté politique. Sportif invétéré, on créera en son honneur la ceinture Tilkin, décerné aux non professionnels dans les années directes d’après-guerre.

    Des personnes se souviennent que Frère José et Sœur Marie du Temple d’Herstal auront caché et protégé des familles juives pendant la Deuxième Guerre mondiale, et au Temple de Huy, deux ou trois ménages ont été accueillis et hébergés par le desservant et son épouse.

    On sait également que des Antoinistes en France ont participé à la résistance : Angèle et Suzanne Marseille, déclaré par Israël comme « Justes parmi les Nations », le frère André Levasseur du temple de la rue du Pré Saint-Gervais…

    René Guenon, dans son livre sur Le Théosophisme dit pour sa part (mais il ne cite pas ses sources et on le sait de parti-pris) : « Depuis cette époque [reconnaissance du culte et soutien de sénateurs francs-maçons], on a raconté des choses singulières sur le respect tout spécial témoigné par les Allemands à l’égard des temples antoinistes, et que les adhérents de la secte attribuèrent à la protection posthume du « Père ». » (p.259)
    On ne sait pas s’il parle de la première ou de la deuxième guerre mondiale. On sait par ailleurs, qu’après la première guerre mondiale, des temples ont été réparés aux frais de l’état pour dommage de guerre, notamment celui de Jupille et d’Angleur, mais même celui de Jemeppe.

Voir les commentaires

Une lettre du Père Dor (Gazette de Charleroi, 27 février 1914)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Une lettre du Père Dor (Gazette de Charleroi, 27 février 1914)(Belgicapress)Une lettre du Père Dor

        M. Pierre Dor, évoqué dans plusieurs articles de la « Gazette », nous envoie le droit de réponse suivant que nous reproduisons parce qu’il donne une idée du thaumaturge de Roux :

                             Roux, le 27 février 1914.
                Monsieur de directeur de la « Gazette de Charleroi »
    En vertu du droit de réponse que me confère la circulation de mon nom dans votre honorable organe et que je respecte bien sincèrement, en ce jour 24 février, je vous prie et vous demande tout à la fois d’insérer dans un numéro de cette semaine ou de dimanche prochain, même rubrique, les lignes ci-après.
   Il est exact que j’ai eu la visite du Parquet et je viens vous demander de bien vouloir rectifier l’article paru à ce sujet, concernant ce qui suit : D’abord il est inscrit : le Parquet chez les Antoinistes, ceci est un erreur, je ne suis nullement Antoiniste : en plus je n’ordonne pas de prière et non plus n’indique par la foi ; au contraire, tout mon travail détruit la prière et la foi : je dis page 54 de mon livre qui n’est pas basé sur la doctrine Antoiniste, mais qui est bien le fruit de mon expérience. Ce livre est intitulé : « Christ parle à nouveau ». Vous pouvez conclure que le Père ne guérit pas par la foi, mais par la pratique de ses instructions : pour la seule raison que recouvrer la santé par la foi, ce n’est pas être guéri, puisque la foi n’est qu’une croyance à une chose non réelle qui laisse l’homme dans les ténèbres après la mort comme avant la mort. Tandis que par l’application de ces enseignements, on est éclairé afin de ne pas se tromper dans le sentier qui mène au but que nous désirons : au bonheur réel. Par la foi, fluide matérielle, on peut obtenir le soulagement, le repos : il suffit simplement pour cela d’être indolent, fluide contraire à la vertu. Ce repos obtenu pour avoir eu foi en sa demande ne peut être que pour servir pour son avancement moral. Que ceux qui souffrent, donc marchent, non pas vers la foi, mais qu’ils marchent vaillamment, en luttant pour surmonter ce qui les fait souffrir, qu’ils marchent d’un pas ferme et résolu pou gravir la pente qui conduit aux cimes qu’on appelle Vertu. Alors, là, leur conscience dégagée, des ombres matérielles, vices et passions, se dressera devant eux comme un juge représentant de la Charité pure, leur demandant : « Qu’avez-vous fait de vos vies ? » Et ils répondront : « Nous avons lutté, nous avons souffert, nous avons aimé, nous avons enseigné le bien, la vérité, la justice ; nous avons donné à nos frères l’exemple de la droiture, du désintéressement ; nous avons soulagé ceux qui souffraient, consolé ceux qui pleuraient. Et maintenant, vous pouvez nous juger, nous voici entre vos mains. » Et on leur répondra : « Passez à droite, car une place vous est destinée dans le royaume des cieux », c’est-à-dire où on jouit de la véritable vie.
    Agréez, je vous prie, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération distinguée.                                  LE PÈRE DOR.

Gazette de Charleroi, 27 février 1914 (source : Belgicapress)

    Pas trace de cet article dans la Gazette de Charleroi, mais bien dans la Dernière Heure.

Voir les commentaires

Photos issues de A-Z Hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936

Publié le par antoiniste

 Des femmes antoinistes assistent à l'opération   Photos issues de A-Z Hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936

Photos issues de A-Z Hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936

 

Ouvrant la marche, un petit homme en noir,
à la figure tannée...

 

Photos issues de A-Z Hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936

Antoinistes attendant devant le Temple, à Jemeppe s/ Meuse.

Photographies issues de l'article A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936,
évoquant la Fête de Père du 25 juin 1936

Voir les commentaires

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - La mère Antoine

Publié le par antoiniste

Voir les commentaires

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - Le père Antoine

Publié le par antoiniste

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - Le père Antoine (KBR)

issu de l'article A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936

illustration reprise pour l'article d'Oscar Grojean
Noël antoiniste (dans la revue Cassandre du 5 janvier 1935)

Voir les commentaires

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936

Publié le par antoiniste

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 #1 (KBR)   A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 #2 (KBR)

A-Z  Hebdomadaire illustré n°19-26 Juillet 1936

DANS LE SILLAGE DES DIEUX…

VII – Chez les Antoinistes

L’article commence par les paroles du chant antoiniste.

    – Demandez « Le Père Antoine », chanson d'actualité sur l'air du « Premier amour » et du « Petit Ballon rouge » !...
    – Allons, Mesdames, Messieurs, un petit mouvement de charité !
    – Est-ce qu'il y a beaucoup d'autobus ?
    Quel brouhaha, quelle cacophonie !
    Nous venons, par cette chaude matinée de juin, de débarquer, à Jemeppe-sur-Meuse, du train venant de Liége.
    Un soleil torride chauffe la banlieue liégeoise, où de toutes parts, les terrils crèvent le paysage comme des abcès.
    Dans le chemin poussiéreux qui longe le chemin de fer, une Cour des Miracles apostrophe la foule affluant vers le temple où l'on célèbre aujourd'hui, 25 juin 1936, l'anniversaire de la mort du Père.
    Estropiés et éclopés lamentent leur triste sort, tandis que des camelots vendent le portrait du Père et de la Mère.
    Mais la foule que le train et les autobus ont dégorgée dans la petite ville mosane se hâte, car, à 10 h., la Mère fera « l'Opération » devant le temple.
    On monte vers celui-ci dans la poussière noire et dans la buée de la chaude matinée.
    – Des guérisons, y en a-t-il encore ?
    – Tous les jours.
    – Est-ce qu'on visitera l'appartement du Père ?
    – Non, depuis des années, cette visite n'a plus lieu.
    Cela se chante plus que cela ne se dit, ô doux parler liégeois !
    – Cette après-midi, on ira à la source et à la dernière promenade du Père.
    – Nous, nous venons exprès pour voir ça.
    Et l'on monte toujours dans la poussière, sous le soleil brûlant.
    On monte dans une colonne de brouhaha, qui s'amincit au fur et à mesure qu'on approche du temple. Au bout de cette foule bruyante, à la pointe de cette colonne, nous devinons le silence de l'attente et de l'émotion religieuse. Mais quel pauvre décor pour tant de mysticisme !
    Un haut talus pelé fait face à l'église couleur de briques « culottées » par les souffles méphitiques des charbonnages. Sur ce talus, les fidèles se pressent, mains jointes.
    Aux fenêtres grandes ouvertes des maisons grises, la foule encore, et, çà et là, la mince silhouette d'un Antoiniste coiffé d'un chapeau haut-de-forme insuffisamment poussé. Je vois à l'une de ces fenêtres l'éternelle figure de l'Apôtre : tous les traits du visage tendus vers la Promesse, vers l'autre monde : parfait où tous les hommes seront des frères en Dieu.
    – Pardon, frère.
    – Bonjour, sœur.
    Les femmes aussi sont vêtues de l'uniforme noir. Il y en a de jeunes et de presque jolies.
    Mais les vieilles prédominent.
    Et la foule, de plus en plus, se presse autour du temple.
    Nous sommes bientôt serrés à ne plus pouvoir bouger.
    – Frère, venez là-bas. Je pourrai mieux vous expliquer notre foi.
    Docilement, j'obéis. Alors l'enseignement commence.
    – Tout est irréel, tout se désagrège. Vivons donc dans le réel... Nous sommes tous des dieux, avec nos qualités et nos imperfections... Dieu est en chacun de nous... Il faut que nous soyons en même temps pour nous-mêmes, l'Accusateur, le Juge et le Témoin, n'est-ce pas, frère ?... Et que la Conscience corrige l'Intelligence, car l'Intelligence commet bien des erreurs, n'est-ce pas, frère ?...
    Une pétaradante motocyclette interrompt le dialogue.
    Le regard extasié, notre interlocuteur, après avoir attendu que la motocyclette s'éloigne, reprend :
    – Notre joie est de soulager le prochain... C'est la foi dans le Père qui sauve.
    Longtemps encore, l'excellent homme expose sa doctrine, puis tandis que son regard s'illumine de plus en plus, il nous quitte sur ces mots :
    – J'ai été votre serviteur. Je garderai de vous le meilleur souvenir.
    Et il ajoute :
    – C'est quelque chose, ça : garder de quelqu'un un bon souvenir !
    Ses yeux se mouillent.
    – Au revoir, frère.
    Il s'éloigne rapidement comme s'il voulait nous cacher l'émotion qui l'étreint.
    Nous sommes, le confesserai-je ? un peu émus nous-mêmes.
                                                                      *  *  *
    Maintenant, voici « l'opération », face au talus.
    Un silence total s'instaure, rompu seulement par des toux.
    A la porte du temple, quelqu'un psalmodie je ne sais quoi.
    A ma gauche, un homme jeune encore, les yeux fermés, les traits extatiques, remue les lèvres. Sans doute, répète-t-il les paroles que, pour ma part, je ne comprends pas à cause de la distance.
    Aussi bien, cette foule semble recueillie. Sur le talus, comme autour du temple, comme aux fenêtres des maisons grises, ce ne sont que visages fervents.
    L'« opération » terminée, un cortège s'organise. Ouvrant la marche, un petit homme en noir, à la figure tannée, porte au bout d'une hampe une pancarte sur laquelle sont peints ces mots :
    « L'arbre de la Science de la vue du mal ».
    Puis viennent deux antoinistes, une femme et un homme, portant le portrait du Père. Suivent de nombreux autres antoinistes également habillés de noir.
    – On va se rendre en procession au cimetière, nous dit-on.
    Et le cortège, précédé de trois agents bonasses, patoisants, et galonnés comme des généraux d'opérette, monte lentement la route grise qui mène au champ de repos.
    Le fleuve humain, noir et silencieux, coule entre deux rives grouillantes constituées par la foule recueillie, mais qui ne s'agenouille point au passage du cortège.
    Las de marcher si lentement, nous devançons celui-ci et nous entrons au cimetière.
    A droite, des pèlerins entourent la première pierre tombale, celle sous laquelle repose le Père. Hommes, femmes et enfants touchent pieusement la dalle funéraire, en baissant les paupières. Cependant, les fleurs jetées sur la tombe sont fanées et les ex-votos ne diffèrent point de ceux qu'on trouve dans tous les cimetières du monde.
    La tête du cortège, s'étant détachée de la procession, laquelle s'arrête à quelque vingt mètres du champ de repos, s'avance jusqu'à la porte du cimetière, puis rejoint le gros de la troupe, dans un silence qui ne laisse point d'être impressionnant, comme est impressionnante, à la longue, l'extrême simplicité et nudité de cette foi de braves gens qui portent Dieu dans leur cœur et le dépouillent de tout ce qui est solennel, compassé ou majestueux. A ce moment, je me rappelle le mot magnifique de je ne sais plus quel père de l'Eglise : « Nous n'obéissons pas à Dieu ; nous sommes d'accord avec lui ».
                                                                      *  *  *
    Ayant fait le tour du pâté de maisons situées en face du temple, le cortège redescend vers ce dernier dans une même marche lente et silencieuse, toujours précédé des trois agents bonasses, patoisants et galonnés.
    La tête du cortège pénètre dans l'église, dont aussitôt on referme les portes.
    – Il n'y a, nous dit une jeune antoiniste qui garde sévèrement le seuil, que les grands malades qui peuvent entrer.
    Nous avons beau insister, exhiber nos coupe-file, peine perdue : la consigne est formelle, rigoureusement applicable à chacun.
    Mais voici un jeune épileptique que ses parents poussent vers le temple.
    Comme ils insistent, une vieille antoiniste entre-bâille la porte et, s'adressant au malade, lui dit en substance :
    – Il n'y a pas de séance de cabinet aujourd'hui. D'ailleurs à quoi bon ? Le Père vous a tout donné. Il ne saurait vous donner davantage. C'est dans la foi que vous trouverez la guérison. Elle seule sauve.
    Hélas, ce n'est point par les yeux de la foi que nous verrons l'intérieur du temple. Aussi sommes-nous bien décidés à forcer la consigne. Finalement tant de ténacité trouve sa récompense et, après de longs et laborieux pourparlers, on nous fraie un passage, tout en nous prévenant :
    – Si l'on vous suit, il faudra ressortir aussitôt ! Mais nous entrons seuls...
    Simplicité antoiniste, nudité de cette foi de braves gens, on la retrouve ici, plus émouvante peut-être que le faste des églises catholiques où l'art, bien souvent, se heurte à d'horribles bondieuseries, qui n'ont même pas le mérite de la naïveté : statues « sulpiciennes », plâtres affreux que vitupéraient des catholiques comme Léon Bloy, Villiers de l'Isle Adam, J.-K. Huysmans ! Ce n'est point non plus la sèche atmosphère de tant de temples protestants, où la Foi semble ratiociner dans le brouillard, autour d'un Dieu sourcilleux solennel et guindé comme un clerc de notaire de campagne.
    Au fond de l'église, le mur porte une immense inscription qui insiste sur la nécessité pour le croyant de pardonner à ses ennemis.
    Retour aux premiers âges de la chrétienté, à la ferveur des catacombes, aux réunions émouvantes que mentionnent les « Actes des Apôtres ? » « Animas vestras castificantes in obedientia charitatis, in fraternitatis amore, simplici ex corde invicem diligite attentius... » (« Rendez vos âmes chastes par l'obéissance de la charité, par une dilection fraternelle ; portez la plus grande attention à vous aimer les uns les autres d'un cœur simple... » (Pierre, 1 : 22.) « Deponentes igitur omnem malitiam, et omnem dolum, et simulationes, et invidias, et omnes detractiones, sicut modo geniti infantes... » (« Ainsi vous de pouillant de toute malice et de toute fraude, des dissimulations, des envies et des médisances, comme des enfants qui viennent de naître... ».
    Tant de passages de la Bible chantent dans la mémoire au contact de cette simplicité savoureuse, entre les murs nus de ce temple !
    Mais voici qu'on estime que notre séjour a suffisamment duré et qu'on vient nous prier de sortir, l'église devant être fermée.
    De retour au village, nous questionnons à droite et à gauche :
    – Des guérisons s'opèrent-elles encore ?
    Les réponses sont toutes catégoriques :
    – Oui, beaucoup.
    Sceptiques, haussez les épaules, si bon vous semble ! Je crois, pour ma part, à ces guérisons. Je crois au « faith-healing ».
    Je crois, comme mon excellent ami le Dr. E. Spehl, Professeur honoraire à l'Université de Bruxelles, « à l'influence considérable que peut avoir le moral sur le physique » et, comme lui je déplore que « dans l'enseignement officiel de la médecine on ne tienne pas compte du facteur moral, pourtant si puissant. »
    Et je me rappelle ce qu'il me disait un jour :
    « J'ai obtenu par la suggestion à l'état de veille de nombreuses guérisons, certaines d'entre elles instantanément, telles par exemple : des paralysies fonctionnelles (hémiplégies, paraplégies, paralysies localisées) ; des contractures dites hystériques ; certains tremblements ; des troubles sécrétoires (ptyalisme consécutif à une grossesse, hyperhydrose émotionnelle, etc.) ; le mutisme accidentel ; l'aérophagie ; le hoquet permanent ; les vomissements incoercibles d'origine nerveuse ; des douleurs névralgiques ; certains tics (tic de la face, tic de Saalam, etc.) ; l'onychophagie ; l'agitation habituelle ; l'émotivité exagérée ; les insomnies persistantes, etc. Et je ne parle que de cas ayant résisté pendant des mois ou des années à tous les traitements médicaux classiques ».
    Pourquoi ce que la suggestion médicale peut réaliser, la suggestion religieuse ne le pourrait-elle point ?
                                                                         Paul RUSCART
    (A suivre)

A-Z hebdomadaire illustré n°19 (26 juillet 1936)

Voir les commentaires

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - Couverture

Publié le par antoiniste

A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - Couverture

Auteur : Paul Ruscart
Titre : Dans le sillage des dieux... VII - Chez les Antoinistes
Éditions : A-Z Hebdomadaire illustré n°19, 26 juillet 1936
Disponible en ligne sur le site de la KBR (avec un compte gratuit)

    L'article, fidèle et bienveillant, évoque la Fête du Père du 25 juin 1936 avec plusieurs photographies (Le Père, La Mère, Des Antoinistes).
    Le même magazine avait déjà publié en 1934 un reportage sur les Antoinistes, notamment de Liège.

Voir les commentaires

Une conversion (Journal de Bruxelles, 6 août 1912)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Une conversion (Journal de Bruxelles, 6 août 1912)(Belgicapress)NOTES du JOUR
Une conversion

    La Revue de Belgique, l'anticléricale Revue de Belgique, ennemie de toute religion révélée, publie en tête de son dernier numéro une étude pompeuse sur la vie, l'œuvre, l'enseignement d'Antoine-le-Généreux, due à la plume d'un théologien éminent – et anonyme – de l'Eglise de Jemeppe-sur-Meuse. L'article est assez ennuyeux – il faut bien prendre le genre de la maison – mais suffisamment ridicule pour nous empêcher de dormir avant la fin de ses longues pages. Cet évangile selon Antoine raconte l'existence de celui-ci depuis sa naissance jusqu'à sa mort et ses funérailles avec force détails sur son honnêteté, ses vertus domestiques, ses bâtisses, sa profession de caissier à la Société des Tôleries liégeoises, ses révélations et ses miracles. « Monsieur Antoine » y apparait comme un des plus remarquables farceurs qui aient exploité l'ânerie populaire, et rien n'est plus amusant que les sottises, les contradictions et les variations de ce que la Revue de Belgique appelle sa doctrine. Notre grave consœur insère cependant l'article en question sans pouffer, et elle laisse comparer imperturbablement son prophète aujourd'hui « désincarné » à Victor Hugo, à Moïse et à Jésus-Christ.
    Antoine le guérisseur – c'est en France (détail palpitant) qu'on l'appelle Antoine-le-Généreux – avait commencé par guérir à l'aide de je ne sais quelle spécialité pharmaceutique spécialement surnaturalisée par lui. Il trouva plus commode un jour de faire simplement des passes magnétiques, puis, inquiété par la justice, qui le condamna pour exercice illégal de la médecine, il se contente « de guérir par la foi en imposant la main ». Mais sa clientèle ayant grandi considérablement, il instaura le lundi de Pâques 1910 à 10 heures – la Revue de Belgique nous apprend gravement ces choses capitales – à faire des « opérations générales ». Il régénéra à la fois des centaines de gens empilés dans son temple... Il fit paraître une revue, l'Auréole de la conscience, il enseigne en chaire, il envoya à Vichy un de ses disciples, nommé Nucci « opérer » en son nom ; il répondit chaque matin de sa vie publique à deux ou trois cents lettres ; un jour il revêtit la robe : en 1910, il fit annoncer à ses adeptes qu'ils étaient libres de faire de même. Est-ce que la bonne revue doctrinaire n'a jamais ri des soutanes ? des sermons de la superstition ? des miracles ? En tout cas, lorsqu'il s'agit de M. Antoine, elle est déférente, respectueuse, presque fervente.
    La grâce aurait-elle agi sur M. Maurice Wilmotte ? et puisque Madame Antoine repris le commerce de son mari, et que le conseil d'administration de la Religion a décidé que l'on continuerait l'affaire, n'allons-nous pas voir un de ces jours les membres du comité de la Revue de Belgique se convertir en masse et devenir cléricaux à leur façon ? Peut-être feront-ils aussi des miracles. Le sommeil qui émane d'ordinaire des pages de leur revue n'est-il pas produit déjà par quelque fluide... cela expliquerait bien des choses…
    En attendant on arrête et jette en prison à Paris une bonne veuve, antoiniste convaincue qui a refusé de soigner son enfant malade et s'est contentée de faire sur lui les gestes coutumiers du prophète de Jemeppe-sur-Meuse. L'enfant est mort, naturellement. Que voulez-vous ? tout le monde ne peut pas réussir... – Janus.

Journal de Bruxelles, 6 août 1912 (source : Belgicapress)

Voir les commentaires