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Jeanne et Louise, les filles adoptives

Publié le par antoiniste

Jeanne Schouben, adoptée en 1896 à l'âge de 5 ans
Louise Buchet, adoptée en 1904 à l'âge de 2 ans

Jeanne et Louise, les filles adoptives

 

    Adoption de Sœur Louise par le Père.

Déclaration faite par elle-même.
Ci-dessous le récit que vous me demandez.
C'est exactement ce que Mère m'a dit et répété bien des fois, sauf quelques petits détails. C'est ainsi que cela s'est passé, car c'est le Père qui voulait encore une orpheline ; Mère en avait assez et je la comprends. Elle était âgée de 52 ans et c'est aussi la raison pour laquelle Elle voulait une plus grande fille et puis elle avait Jeanne qui à cette époque avait 13 ans et il y avait déjà 8 ans qu'elle était chez Mère.
Père et Mère sont venus me chercher à Tournai dans le courant de l'année 1904. Dans la maison où Père et Mère sont venus, il y avait 7 orphelins : 6 filles et un garçon. Le petit suppliait Mère : "Prenez-moi, Madame, preniez-moi".
"Mon petit garçon, je ne saurais te prendre, car j'ai perdu un fils, c'est une petite fille que nous venons chercher (Mère a gardé longtemps de cette scène une pénible impression car ce petit pleurait à chaudes larmes).
Alors Mère dit au Père en lui montrant une fillette âgée de 7 ans : "C'est celle-ci que je voudrais". Et le Père dit : "Non, il ne faut pas choisir, je vais ouvrir les bras et nous prendrons celle qui viendra vers moi". Et c'est la jeune qui n'était pas encore très sûre sur ses jambes qui alla vers le Père en disant : "Papa, papa."
C'est donc avec une enfant âgée d'un peu plus de deux ans que Père et Mère sont revenus à Jemeppe.

Notons que le Père a attendu plus de 18 mois pour obtenir cette enfant.

    Un jour le Père dit à sa fille adoptive Louise : "Il ne faudrait plus m'appeler Papa".
- Et comment alors ?
- Père
- Tout le monde va vous appeler Père ?
- Non, celui qui en aura la pensée.
    extrait de Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET

    On y apprend également que Louise pouvait encore voir Louis Antoine après mai 1909, alors que les sœurs Deregnaucourt et Desart ne le pouvaient plus, car "cela amène des fluides qui portent obstacles au grand travail de notre Père". Il était plongé dans la rédaction du Couronnement.

Ayant fini la rédaction du Couronnement :
    La plus petite des filles adoptives sortit de la maison et courut dans le jardin. Elle avait un châle bleu pâle, noué derrière le dos, et ses jambes nues jetèrent des éclairs blancs. Tout de suite elle fut caché par le feuillage. Antoine eut du plaisir à voir ces couleurs claires du châle et des jambes nues, et il se sentit heureux que cette enfant si rapide existât, qu'elle fût près de lui, en cette heure éternelle de la pensée de Dieu. Il se mit à tendre l'oreille aux menus bruits de la maison.
        Robert Vivier, Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.323
Jeanne et Louise, les filles adoptives
    Le frère Schouben était le mari de Jeanne. Il raconte l'histoire de la fuite de gaz qui fut utiliser par le Père pour chauffer un cabinet de consultation et ça jusqu'à la désincarnation du Père.
    extrait de Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET

Un article de La Dernière Heure (29 mai 1934) rapporte ce fait



    Régis Dericquebourg cite divers soutiens des antoinistes français à plusieurs desservants belges qui ont continué à appliquer le "travail de Mère". Citons parmi ceux-ci la titulaire du temple de Retinne et la sœur Schuben [sic], fille adoptive des époux Antoine qui reçut la responsabilité du temple de Hors-Château à Liège en 1917. (p.27)

    Il y a un Adolphe-François Schouben, parti pour La Louvière, dans le Conseil d'administration de 1934, remplacé par Legrand Mathieu.

    Sœur Louise est enterrée au cimetière de Jemeppe, proche de la tombe de Père et de Mère.

Jeanne et Louise, les filles adoptivesJeanne et Louise, les filles adoptives

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeanne et Louise, les filles adoptives

 

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    Pendant que le Père faisait la révélation, sa fille aînée adoptive, Jeanne, vendait son image devant le temple de Jemeppe. Lui qui enseignait la modestie et le désintéressement en souffrait mais Il disait à Frère Deregnaucourt : "Je voudrais la voir en Amérique et plus loin encore".
    Pour atteindre à des fluides plus éthérés, le Père fut inspiré en 1908 de ne plus répondre lui-même aux malades. Sa fille adoptive Jeanne, devint sa secrétaire ; puis vers 1910, ce fut le travail de sœur Deregnaucourt.
    extrait de Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET


    Dans la cuisine, Mme Antoine se mit à disposer le couvert, aidée de sa jeune nièce Marie Dor. La petite Jeanne Buchet, l'enfant adoptive, dont les yeux arrivaient à peine à hauteur de la table, voulait, elle aussi, apporter quelque chose, se rendre utile : elle tenait à deux mains la louche émaillée.
        Robert Vivier, Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.212

Photo de Sœur Louise Buchet              
(Archives du Temple de Retinne)        


    Dans la maison des Quatre-Ruelles, aussi, résonnait un rire d'enfant. La petite Jeanne riait de tout. Parfois on devait la gronder et parfois elle était bien sage. Il arrivait que Mme Antoine dut ramasser avec le manche du balai une petite poupée qui avait glissé derrière le buffet. Au-dessus de la cour et du jardin, des bulles de savon montaient en se balançant vers le ciel.
        Robert Vivier, Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.214

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    Un opuscule imprimé à l'occasion de la consécration du temple parisien de la rue Vergniaud qui eu lieu le 23 octobre 1913 relate comment la compagne de Louis Antoine avait procédé. Arrivée à Paris, la veille, la Mère avait dormi dans le futur cabinet de consultation avec une de ses filles adoptives, elle s'y était recueillie avant l'opération générale de dix heures.
        Régis Dericquebourg, Les Antoinistes
        Editions Brepols, p.102.

     Il doit s'agir de Louise, puisqu'on sait que Jeanne suivra un autre chemin de vie.

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Mme Guillaume, l'Américaine

Publié le par antoiniste

Mme Guillaume, l'Américaine

The New York Times, 1911-01-01 (Vol 60 Iss 19335)

    Joséphine Dhiry (né en 1860) épouse Fridolin Guillaume (né en 1858) qui aura certainement fuit l'Alsace-Lorraine après 1871. De leur union, naît en France Cecile Melanie Guillaume en 1884.
    Ensemble ils traversent en 1903 l'Océan Atlantique par le Havre. Il arrive à New York.
    Cecile Melanie Guillaume épouse le 03 septembre 1904 à Manhattan (Etat de New York, New York) Charles J. Letienne, né en 1879 à Paris (département de la Seine, France) né de Joseph Antoine Letienne et Anais Kidey.
source : www.familysearch.org

    Ils habitent Hudson dans l'Etat du New Jersey en 1910, puis Bergen dans le même état en 1920.
source : http://search.ancestry.com

 

    Foreign correspondence THE NEW YORK TIMES
    LONDON, Dec. 14 - [...] Mrs. Guillaume, a middle-aged American lady who came specially from New York to be treated by Antoine, says she bas been practically cured of the chalky rheumatism which formerly compelled her to walk on crutches. She is herself an "adept" now with power to heal by faith, she says.
[...]
    Antoine's iron-gray hair falls to his shoulders, and he wears a long beard. His second sight extends to America, said Mrs. Guillaume, for he told her that her husband had hurt his back in New York, and a week later came a letter from her daughter confirming it and adding that he had quickly got better. Mrs. Guillaume was told by Antoine that she need not worry about her husband's accident, as Antoine was in "fluidic communion" with him.
 The New York Times - Another new religion (December 25, 1910)


    Dans la cuisine, Mme Antoine se mit à disposer le couvert, aidée de sa jeune nièce Marie Dor. La petite Jeanne Buchet, l'enfant adoptive, dont les yeux arrivaient à peine à hauteur de la table, voulait, elle aussi, apporter quelque chose, se rendre utile : elle tenait à deux mains la louche émaillée. Dans un fauteuil, Mme Guillaume était assise. Depuis quelque temps elle habitait avec eux : c'était une fidèle. Elle avait eu une jambe paralysée, et les passes d'Antoine l'avaient guérie. Elle n'était pas encore capable d'aller et venir comme tout le monde, mais elle était sûre de le faire un jour : elle avait la patience et la foi.
        Robert Vivier - Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.212

   Dans la salle au premier rang du public, s'étaient placés les adeptes : Debroux, Foccroule, Deregnaucourt, Hollange, Nihoul, et M. Delcroix, le professeur, avec son col blanc et sa jaquette noire, - tous les fidèles Vignerons (Pierre Dor manquait, - il avait abandonné Antoine pour suivre son propre chemin). Parmi eux étaient les femmes ; Mme Antoine, toute menue, toute grise, Mme Guillaume, Mmes Nihoul, Desart, Deregnaucourt, la femme Jeanfils. On se montrait une dame qui était venue d'Amérique, - une dame fort riche et bien habillée -, et qu'Antoine avait guérie. Derrière, jusqu'au fond, se serrait la foule, foncée de vêtements, avec les taches claires des chemises (on étouffait de chaud malgré les fenêtres ouvertes), et sur le fond sombre, de haut en bas, en longues lignes, en longs chapelets pâles, des visages et des visages.
        Robert Vivier - Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.266

Mme Guillaume, l'Américaine


    Plusieurs lettres sont reproduites dans les Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET. On voit à quelle point le Père souhaitée aider tout le monde.
    On suit l'histoire de Mme Guillaume racontée en partie par sa fille Cécile Litienne, mariée à un Mr Charles :
    Soeur Guillaume habitant à New York avec son mari et leur fille Cécile, traversa 17 fois l'océan pour venir voir le Père. En 1902 eut lieu son premier voyage. Elle était paralysée de deux jambes et le Père la guérit radicalement. Mais elle douta, reprit des médicaments et retomba malade. Le Père ne put plus la guérir complétement, ce qu'elle avait initialement obtenu. Elle ne prit la robe révélée qu'en 1935.
    Soeur Guillaume et Cécile Litienne firent la connaissance du Père par l'intermédiaire de Pierre Dor, en 1903. Le mari de Mme Guillaume, en faisant la traversé du Havre à New-York parla avec le neveu.
    "Nous avons pris une chambre chez Jean Dor qui tenait commerce au coin. Au bout de quelques semaines, Maman allait très bien ; elle marchait partout où elle voulait, aller même monter la grande côte avenue Smeets."
    Dans une lettre du 20 octobre 1908, le Père fini par "mon coeur, mon amour est plus souvent à New-York qu'on pourrait le croire."

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Julien Musin, second Représentant du Père en 1925

Publié le par antoiniste

    Un Unitif de 1914 nous indique qu'une Lecture de l'Enseignement a lieu à Awans le dimanche à 10h chez un M. Musin.

Julien Musin, second Représentant du Père en 1925

    Julien Musin, fait partie du Conseil d'administration en 1920, lors de la reconnaissance du culte. De nationalité belge, il résidait alors à Jemeppe.

       Un article du Petit Parisien du 26 juin 1924, renseigne que le frère Musin, accompagné de soeur Deregnaucourt, se rendit à Paris, pour célébrer pour la première fois l'anniversaire de la désincarnation du Père. Jusqu'à cette date cet célébration avait lieu à Jemeppe : "C'est le frère Musin qui présidait : pendant qu'il dardait sur la foule muette son regard magnétique, des mains jointes se mirent à trembler et beaucoup de regards se mouillèrent."
Le Petit Parisien du 26-06-1924 (Numéro 17285)


    En 1925, il est second Représentant du Père. A sa charge, il eût à consacrer le temple de Schaerbeek (Bruxelles), le 2 août. Et le 15 août, il répondit aux adeptes à propos du rite qui doit avoir lieu lors d'un enterrement.
Frère Jean-Marc Boffy, Historique du Culte Antoiniste.

Julien Musin, second Représentant du Père en 1925

Frère Julien Musin lors de l'Opération sur le seuil du temple de Schaerbeek pour son inauguration, le 2 août 1925,
(à moins qu'il s'agisse du frère Jeannin, mais on ne connaît pas de moustache).
La femme qu'on entraperçoit dans le coin en bas à droite est sœur Emma Deregnaucourt.
Le porte-arbre est peut-être le frère Delcroix (désincarnait l'année suivante)

 

Collaborateur direct du Père - Frère Musin (archives Temple de Retinne)

Collaborateur direct du Père - Frère Musin (Archives Temple de Retinne)

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Consécration d'un temple

Publié le par antoiniste

Consécration d'un temple
Bernay (source : page FaceBook ''Y avait ça chez mémé'').

    La Mère se retirait 15 jours avant une consécration, afin de s'effacer derrière le Père et être au moins atteinte par les fluides.
    extrait de Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET

   À cette occasion, des billets qui indiquent les commodités est distribué dans les autres temples. Quelques articles donnaient même également les prix des tickets de train spéciaux pour s'y rendre.


    La consécration d'un nouveau temple est pour les antoinistes une grande fête, dont le cérémonial a été fixé par l'autorité de Jemeppe.
    "Des cérémonies lors de l'édification d'un Temple. Un adepte demande qu'il peut y avoir pour cette occasion d'autre cérémonie que la bénédiction du temple par le premier Interprète ou le représentant désigné par Lui. Il est nécessaire que cette cérémonie de la consécration soit le plus solennelle possible et il nous semble que pour lui garder d'autant mieux ce caractère, il serait préférable de ne la faire précéder d'aucune autre cérémonie." (L'Unitif, 1er juillet 1913, p.16)
    La consécration consiste donc tout simplement en une "opération", Mère recevant dans le nouveau temple les malades et les adeptes comme elle le fait à Jemeppe. La lecture des dix principes clôture cette "cérémonie d'une banalité lamentable, mais d'une délicieuse candeur" (Paul Erio, dans Le Journal, 27 octrobre 1913, à propos de la consécration du temple de la rue Vergniaud, à Paris). Il n'y a dans cette brève cérémonie, rien qui ressemble aux pompes de la consécration d'une église catholique.
Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.233

   Ajoutons que la lecture des dix principes se déroule parfois sur le seuil du temple, avec un adepte portant l'Arbre de la Science de la Vue du Mal. Plusieurs "opérations" sont parfois nécessaires pour satisfaire tous les adeptes dans le temple.

   Concernant les consécrations après Mère, frère Robert précise que dans l'Organisation Générale du Culte Antoiniste en France, après MERE, il est précisé que c'est toujours "un délégué du Collège des Desservants qui va consacrer le nouveau Temple au Nom du Père". Ainsi à Roanne, c'est Soeur ELSKENS (Une des premières adeptes du Père qui a construit avec son mari le Temple de Montegnée et en fut la Desservante jusqu'à son renvoi parce qu'elle voulait respecter le Travail Moral de Mère) qui assura à la Grande Tribune les 7 Opérations à l'intérieur et la huitième sur le seuil du Temple, assistée par Frère JEANNIN (Secrétaire Moral du Collège des Desservants de France, le titre de Représentant du Père ne sera porté en France qu'à partir de 1988) à la Petite Tribune. Il en sera de même pour Bordeaux (où toutes les Opérations eurent lieu à l'intérieur, l'autorisation de l'Opération sur le seuil n'ayant pas été donnée par le maire) et Mantes-la-Jolie.

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Imprimerie de l'Auréole de la Conscience

Publié le par antoiniste

    Le bâtiment qui fut remplacé par le temple, rue Hors-Château, fut l'imprimerie de la revue mensuelle l'Auréole de la Conscience, publié d'avril 1907 à avril 1909.

   A la nouvelle doctrine il convenait de donner un organe qui pût la répandre au loin. Dès septembre 1906, Antoine annonçait la publication prochaine d'une revue. En avril 1907, paraissait, portant comme date "mai 1907", le premier numéro de la Revue Mensuelle de l'Enseignement du Nouveau Spiritualisme fondé par Antoine le Guérisseur. Séparés de ce titre par un double trait suivaient les mots : L'Auréole de la Conscience en caractères gras ; puis le texte que nous retrouvons inscrit dans tous les temples antoinistes : "Un seul remède peut guérir l'humanité : La Foi ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de la servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité". Ce texte est suivi de l'indication : "Base de l'Enseignement d'Antoine le Guérisseur", qui est reproduite jusqu'au numéro de mai 1908, inclusivement.
    En juin 1908, le titre fut modifié en Revue Mensuelle de l'Auréole de la Conscience. En juillet 1908, le titre devient Revue Mensuelle de la Révélation : L'Auréole de la Conscience. Il restera tel jusqu'à la fin de la revue.
    Le prix de l'abonnement annuel était de 2 francs pour la Belgique ; de 3 francs pour l'étranger, à envoyer par mandat postal à l'Administration, 17, rue Hors-Château, à Liège, où était imprimé ce périodique.
    La plupart des articles parus dans l'Auréole se retrouvent, revus et corrigés, dans la Révélation et le Couronnement de l'oeuvre révélée, livres sacrés des antoinistes.

Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.137-141


    Interpellés, [Pierre Dor, Mathieu Hoven et Marie Henrotay, sa femme] m'ont déclaré : "Nous sommes les disciples de M. Antoine le Guérisseur  ; il nous fournit ces brochures que nous vendons à dix centimes pièces ; avec cet argent nous pourvoyons à notre entretien et à nos frais ; nous remettons le reste, s'il y en a un à M. Deregnaucourt, imprimeur de la revue d'Antoine le Guérisseur, rue Hors-Château, 17, à Liège ; d'autres personnes, plus riches que nous, vendent aussi des brochures et ne retiennent aucun bénéfice pour leurs dépenses, ils versent la recette entière à M. Deregnaucourt.

Rapport du garde champêtre d'Esneux, canton de Louveigné, arrondissement de Liège Clément Requier, l'an 1907, du mois de juin, le 27e jour.
in Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.255

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Lettre du Père à soeur Vittard

Publié le par antoiniste

Mademoiselle Vittard,
   Je crois que vous feriez bien d'écrire un mot à votre soeur.
   Vous savez que tout mon enseignement démontre que l'épreuve est un grand mérite car ce n'est pas celui qui nous semblerait qu'il fait le mal qui en a, mais celui qui travaille à son amélioration.
   Donc que partout où nous voyons le mal, c'est un bien quand nous avons compris l'épreuve.
   C'est nous qui la faisons et elle fait notre bonheur si nous la prenons pour un bien et notre malheur de la prendre pour un mal.
    Mais je sais que Madame Kunz a un grand dévouement, elle sera rarement sans épreuve, qu'elle vienne de Pierre ou Paul.
   On nous la donne par le fluide que nous avons préparé par nos bonnes oeuvres, autant aimerions-nous ceux qui en sont l'instrument, autant d'autres fluides élaborons-nous pour en subir d'autres qui nous élèverons. nous disons : "Mon Dieu, que l'épreuve m'a été efficace. Combien elle m'a élevée. Suis-je encore digne d'en recevoir d'autres qui peuvent me faire autant de bien que celle que je viens de terminer." Nous en aurons mais espérons que par notre travail, nous en serons dignes. Que tantôt nous la recevrons avec autant de plaisir qu'autrefois nous en étions martyrs.
   Voilà, Mademoiselle Vittard, ce qui m'est inspiré pour votre lettre de ce matin et je vous l'informe avec autant de plaisir que j'en suis heureux moi-même qui doit le comprendre encore mieux que je ne le fais.
   Bien à vous.
                            Louis Antoine.

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Brigitte Bardot - Je danse donc je suis (avec Alain Goraguer Orchestra)

Publié le par antoiniste

dervicheRefrain:
Je danse donc je suis,
Tu danses et je te suis,
mais si je te suis
ce n’est pas pour ce que tu penses,
c’est pour la danse, pas pour la vie.

Ne prends pas cet air triste,
et ne prends pas la peine
de prendre tout ton temps à me dire
que tu m’aimes.

Je ne me fixe pas,
je ne prends pas racine.
Je ne suis pas de celles
Qu'un regard assine.

Refrain

Mais si je te suis
C’est à toi de jouer
Et de savoir me plaire
Je ne dis pas qu’un jour

Il ne puisse se faire,
Que la danse finie
Je reste prise au piège.
Qui sera celui-là?
Peut-être toi qu‘en sais-je!

Refrain

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Une visite à Jemeppe (L'Echo du Merveilleux, 15 mai 1913)

Publié le par antoiniste

Une visite à Jemeppe

   Que devient le temple de Jemeppe, privé d'Antoine le Guérisseur ? M. F. Crucy, dans l'Humanité, nous en donne des nouvelles.

   Nous avions parcouru, depuis le matin, la région industrielle qui s'étend entre Liège et Flémalle, sur la rive droite de la Meuse, et nous allions revenir sur nos pas, lorsque mon compagnon de route, Louis Piérard, rédacteur au journal de Bruxelles, Le Soir, me dit :
   — Savez-vous que nous sommes ici tout près du pays des « Antoinistes » ?... Vous avez bien entendu parler, de l'« Antoinisme », cette religion nouvelle dont l'apôtre, Antoine le Guérisseur, qui mourut l'an passé, fut suivi jusqu'à la fosse commune par un cortège de plus de quinze mille fidèles gémissant et pleurant ! Eh bien, tenez, c'est en face, sur l'autre rive du fleuve, à Jemeppe, que ce nouveau messie a bâti son église. Si nous allions la visiter ?
   J'acquiesçai. Trois amis se joignirent à nous et, trente minutes après, l'auto menée par l'un d'entre eux nous déposait devant le temple.
   C'est une maison neuve dont les fumées n'ont pas encore noirci la façade blanche. Aucun signe, aucun emblème extérieur ne désignent l'église. Ces mots seulement, en majuscules d'or : CULTE ANTOINISTE.
   Au bruit que fait l'auto, qui stoppe devant la  porte, une petite femme, toute vêtue de noir, apparaît sur le seuil et nous observe. Elle tient les bras croisés, la main droite coulée dans la manche gauche et la main gauche dans la manche droite, à la manière des religieuses. Elle ne porte ni coiffe ni bonnet ; elle a des cheveux grisonnants, rassemblés vaille que vaille, un visage un peu gras à peau plissée et jaune, et deux petits yeux qui ne nous quittent pas.
   Nous nous approchons et lui exprimons notre désir de visiter le temple. Alors, en s'effaçant :
   — Entrez ! dit-elle ; la maison du Père est ouverte.
   Nous sommes dans un vestibule carré. Au fond, une porte à deux battants rembourrés. Contre le mur de droite, un grand tableau sur lequel sont inscrits les noms des villes où l'« Antoinisme » a des églises. Il y en a plusieurs à Paris ; il y en a aussi à Vienne, à Pétersbourg, au Caire, en Amérique, même en Nouvelle-Zélande.
   — Vous êtes la Mère Antoine ? demande l'un de nous.
   — Je suis la guérisseuse du temple. La Mère se tient chez elle ; on ne là voit que le matin pour les « opérations » ; moi, je reçois les malades à toute heure.
   La « guérisseuse » ! Les « opérations » ! Loin de marquer des bornes à notre curiosité, elle l'excite.

***

   Elle se dirige vers la porte aux battants rembourrés ; elle l'ouvre et nous entrons dans le sanctuaire, dont les portes se renferment derrière nous. Les cinq voyageurs gardent le silence; mais la « guérisseuse »,les bras croisés et les mains dans ses manches, parlant un peu du nez, fait le cicérone...
   Nous nous tenons debout dans l'arrière partie de la salle. Devant nous, les chaises en rangs bien alignés. A la place d'autel, au fond, une tribune à laquelle on accède par un double escalier. C'est du haut de cette estrade que le Père enseignait et c'est là que, depuis la mort d'Antoine, la Mère, quittant chaque matin sa retraite, se montre aux fidèles pendant quelques instants.
   A droite de la porte d'entrée, un évier long au-dessus duquel trois robinets allongent leurs becs ; à trois clous correspondants, sont accrochés trois gobelets retenus au mur par des cordons. Et il y a encore cette inscription :

   Cette fontaine n'a d'autre destination que de désaltérer
   Ceux qui viennent dans ce Temple.
   En faire un autre usage est un manque de foi
   Qui porterait plutôt obstacle à la guérison.
   Votre foi en l'opération du Père seule
   Vous guérira.
                           LE CONSEIL.

   Nous entourons là guérisseuse et nous la pressons de questions sur l'art, le secret, les moyens de guérir. Et d'abord, comment le Père Antoine opérait-il ? Bras croisés, d'un bref mouvement de tête, elle montre la tribune :
   — Le Père, il donnait la bénédiction à tous les malades. La Mère fait la même chose.
   — Cela suffit ?
   — Si vous croyez au Père, oui... Il faut croire au Père... Vous pensez au Père : c'est comme un courant électrique que vous sentez... Moi, je ne crois qu'au Père. J'ai eu un dérangement d'estomac et j'ai été longtemps malade ; je suis venue ici et il m'a guérie... Et j'ai mon mari qui a eu une « pumonie » et qui à été guéri lui aussi...
   — Mais vous-même, lui dis-je, vous faites des guérisons ?
   — Tout le monde peut en faire ! répond-elle. Vous le pouvez, vous aussi : c'est un dévouement.
   A l'entendre, guérir se fait ainsi, sans qu'on sache comment. On peut guérir sans l'aide d'un intermédiaire :
   — Si vous avez une peine, murmure-t-elle sur un ton qui veut se faire persuasif, vous venez ici, vous pensez au Père et vous sentez tout de suite quelque chose qui vous dégage.
   — Le « courant électrique » ! murmure l'un de nous.
   — La Mère Antoine fait-elle des guérisons ? demande un autre.
   — La Mère Antoine fait comme faisait le Père ; mais elle ne parle pas. Elle vient le matin ; elle monte à la tribune ; elle étend la main et c'est fini... La Mère ne parle avec personne, sauf pour des questions morales.
   Nous exprimons le désir de voir la Mère. Elle nous fait dire que si nous revenons une autre fois, après avoir lu les enseignements du Père, elle nous parlera peut-être. Toutefois, la petite vieille en noir ramène avec elle une autre « sœur ».
   C'est une dame aux cheveux noirs, aux yeux très noirs, et qui nous livre tout d'un trait, l'histoire de sa vie et de sa conversion. Elle a « couru » le monde, dont elle connaît le fond et le tréfonds. (Ce disant, elle nous lance un regard qui semble dire : « Vous autres, hommes, vous m'entendez ! ») Bref, elle s'était retirée à Monte-Carlo. La maladie, plusieurs maladies l'accablaient. Jeune, elle eut longtemps des accès de somnambulisme. Un jour, « une comtesse » lui parla du Père Antoine, lui conseillant de l'aller voir :
   — Et je suis venue ici ! Et le Père m'a inspirée tout de suite et j'ai été guérie ! Depuis, je me suis vouée à l'Antoinisme !


   Tandis que mes compagnons entretiennent la « sœur » aux yeux noirs, au visage amaigri, qui a « couru le monde » et qui « connaît la vie », je parcours la brochure contenant l'enseignement du Père et les confessions de quelques adeptes notoires, je constate que tous ceux-ci sont venus ici pour y chercher d'abord la guérison de leurs diverses maladies.
   Et c'est la maladie qui semble avoir aidé l'apôtre lui même à découvrir sa voie :
   — La maladie, a-t-il raconté, m'avait tellement affaibli que, par moments, je ne savais plus si j'avais un corps ; mon esprit était devenu d'une sensibilité incroyable ; alors je palpais tous les fluides dans lesquels je puisais les pensées me diriger.
   — Vos convertis, dis-je à la « sœur », sont tous d'anciens malades !
   Ou des malades actuels. Une religion de malades, tel est l'effet assez juste que produit l'Antoinisme à notre confrère.

L'Écho du merveilleux, revue bimensuelle (directeur Gaston Mery), 15 mai 1913
source : Gallica

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Chez les Antoinistes (L'Echo du Merveilleux, 15 juillet 1913)

Publié le par antoiniste

Chez les Antoinistes

   A l'occasion de l'anniversaire de la mort d'Antoine le Guérisseur, des fêtes ont été célébrées à Jemeppe en Belgique. Mais « la mère » a vainement essayé d'obtenir des guérisons.
   Voici la correspondance que publie le Matin à ce sujet :

   Des fêtes antoinistes ont été célébrées hier à Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique, à l'occasion de l'anniversaire de la mort d'Antoine.
   Il y a eu en effet un an mercredi dernier qu'est mort le visionnaire fameux dont le renom est considérable tant en Belgique qu'à l'étranger : Antoine le Guérisseur.
   Cet homme, à qui son regard fulgurant et sa barbe de fleuve donnaient l'aspect d'un des anciens prophètes d'Israël, exerçait sur la plupart des gens qui l'approchaient un ascendant extraordinaire.
   Il disait posséder la révélation de la vérité. Il passait pour opérer, par le seul pouvoir de sa volonté, des guérisons miraculeuses.
   De tous cotés, de pauvres gens s'adressaient à lui pour obtenir, par son intervention puissante et mystérieuse, la fin ou l'adoucissement de leurs maux. Et le culte antoiniste compta des adeptes un peu partout...
   Le 25 juin 1912, Antoine le Guérisseur mourait, ou plutôt, pour employer le vocabulaire des antoinistes, il se désincarnait.
   Mais l'antoinisme ne mourut pas avec Antoine, et le temple édifié à Jemeppe continue à être le centre d'un mouvement intense, centre où parviennent chaque jour sous forme d'un courrier formidable, les plaintes et les voeux de l'humanité malheureuse.
   C'est qu'Antoine avait pris une sage précaution pour assurer la pérennité de son oeuvre.
   Quand il fut sur le point de mourir, il fit savoir à ses disciples que sa femme lui succéderait, qu'elle pourrait s'assimiler à son fluide éthéré et il la chargea de recueillir et de lui transmettre les désirs des antoinistes.
   C'est en vertu de cette désignation que la veuve du guérisseur guérit à son tour, ou du moins s'y applique.
   Pour célébrer l'anniversaire de la désincarnation d'Antoine, celle qui fut sa femme conviait les antoinistes du monde entier à se rendre, mercredi dernier à Jemeppe-sur-Meuse : elle annonçait que les malades obtiendraient de grandes guérisons.
   Les antoinistes vinrent au nombre de plusieurs milliers. La Belgique, les Pays-Bas, certaines provinces du nord de la France fournirent le gros de cette armée singulière. Paris, qui compte quatre ou cinq groupes antoinistes, avait, pour sa part, envoyé environ cent cinquante pèlerins. L'empressement de tous ces pieux voyageurs était tel que plusieurs centaines d'entre eux, tout à leurs religieuses pensées, remirent, en arrivant à la gare de Jemeppe, leur ticket de retour en même temps que leur billet d'aller — ce qui détermina une belle confusion quand il fallut repartir.
   Tous aussi croyants — d'une foi qui leur fait non pas soulever des montagnes, mais passer des frontières, ce qui est déjà bien — les antoinistes ne sont pas tous également fervents.

L'UNIFORME ANTOINISTE

   Les plus zélés suivent les recommandations du père Antoine à la lettre. C'est ainsi qu'ils s'imposent le port d'un costume disgracieux, dont le guérisseur fixa la couleur et la coupe : c'est, en serge noire, un vêtement sans nom, qui réalise une manière de compromis entre la soutane des prêtres maronites et la redingote de certains pasteurs américains ; comme coiffure, Un « gibus » qui rappelle, avec moins d'ampleur, l'antique « bolivar », que nous pouvons voir, sur de vieilles gravures, couvrir le chef vénérable dé nos arrière-grands-pères.
   Dans cette foule, il ne se trouva qu'un « esprit fort », et il n'avait certes point lu le chapitre de La Bruyère : c'est un joli bambin d'une dizaine d'années ; ses parents l'avaient traîné à Jemeppe pour le faire guérir de je ne sais quelle affection nerveuse ; arrivé devant le temple du guérisseur, le moutard refusa énergiquement d'entrer, et il se mit à pousser des hurlements tels que son antoiniste de père dut renoncer à le soumettre aux « opérations ».
   Les «opérations » sont cependant moins effrayantes au temple antoiniste que dans les salles de nos hôtels-Dieu.
   C'est la Mère qui procède. La Mère, c'est la veuve d'Antoine, lequel n'est désigné par les antoinistes que sous le vocable de Père.
   Les fidèles se tassèrent dans le temple. Dans le silence qui précède les grands événements, ils attendirent, regardant devant eux une tribune étroite et longue, sur le bord de laquelle était peint — blanc sur fond noir — l'arbre de la vie, symbole de l'antoinisme. Devant la tribune principale, quelques mètres plus bas, une autre tribune, plus petite.
   Au bout d'une demi-heure d'attente, un grand diable barbu et chevelu, avec les yeux perdus qu'on prête aux nihilistes russes, apparut sur la tribune la moins élevée et reste là, sans mot dire, le regard dans le vide.
   — C'est notre frère Deregnaucourt, me dit-on.

VOICI LA MÈRE !
   Le frère Deregnaucourt attendit... Il est, dans la famille antoiniste, l'héritier présomptif. Je veux dire que, ainsi que la Mère a remplacé le Père, il remplacera la Mère le jour où celle-ci se désincarnera à son tour.
   Le frère Deregnaucourt attendit... L'assistance était haletante et recueillie. Seule, la béquille d'un infirme, en tombant sur le plancher, troubla un instant le silence.
   Mais soudain, on entendit le tintement aigrelet d'une sonnette. Tous les pèlerins se dressent, d'un seul élan ; C'est la Mère qui apparaît. Elle est sur la tribune. Toute blanche dans ses vêtements noirs, elle regarde vers le plafond, en se tordant les poignets... Avec un peu de bonne volonté, on peut retrouver dans l'expression de son visage l'air fatal et inspiré des anciennes sibylles... Cinq minutes, elle reste là, le regard fixe, les poings crispés... Puis elle s'en va... C'est fini. Les fidèles se retirent.
   C'est là l'opération annoncée. La mère dut la recommencer cinq fois devant 5 à 600 personnes.
   On avait aussi promis des guérisons. Mais c'est une autre affaire. J'ai vu sortir aussi claudicants les gens que j'avais vus entrer en boitant, et les rhumatisants ne m'ont pas paru plus alertes après l'opération qu'avant.  Ce sera sans doute pour plus tard.
   Après les opérations, les antoinistes ont fait un pieux pèlerinage à travers le jardinet où, tout en repiquant ses salades et en échenillant ses choux, le père Antoine sentit naître sa vocation de Christ nouveau.
   Les fêtes antoinistes ont recommencé hier. Les fidèles, en cortège, conduits par la mère et le frère Deregnaucourt, ont fait le parcours que fit, il y a un an, la dépouille funèbre du guérisseur, de la maison au cimetière.

   L'antoinisme, quoi qu'on en dise, régresse...
J. R.


L'Écho du merveilleux, revue bimensuelle (directeur Gaston Mery) - 15-07-1913
Source : Gallica

Reprend en gros l'article paru dans Le Matin le 30 juin 1913.

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Un temple antoiniste (L'Echo du Merveilleux, 1er novembre 1913)

Publié le par antoiniste

UN TEMPLE ANTOINISTE

   Paris fut envahi, le dimanche 26 octobre, par des antoinistes dont le sombre uniforme : les hommes en lévite noire et chapeau, haut de forme de feutre à bords plats, les femmes en robes et coiffes noires, excitait la curiosité.
   La veuve d'Antoine le Guérisseur, la Mère Antoine arrivait avec quatre cents adeptes pour inaugurer le temple de la rue Vergniaud.
   « Décidément, écrivait, à ce propos M. Henry Cossiria, dans Excelsior, la concurrence n'épargne personne, même pas les guérisseurs.
   « Ceux-ci se multiplient, et pour un qui disparaît dix nouveaux surgissent. Aussi les « précurseurs » dans la profession sont-ils obligés de faire maintenant de la propagande active, et même de se déplacer pour se créer des ramifications et fonder pour ainsi dire des succursales.
   « Antoine le Guérisseur, qui mourut le 25 juin 1912, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, avait du faire de nombreux adeptes, — plus de trente mille — qui croient aveuglement en sa puissance et qui lui attribuent un pouvoir divin.
   « Le culte de ce guérisseur s'est propagé très rapidement en France, et c'est ainsi que j'ai rencontré en pleine Savoie, dans un simple hameau du nom de Biollay, un temple antoiniste où une centaine de croyants viennent tous les dimanches entendre la lecture du « Grand Livre de la Révélation », et contempler « l'Arbre de la Science de la Vue du Mal ».
   « Cependant, aucun temple antoiniste n'existait à Paris, où le « Père » — c'est ainsi qu'on appelait le fondateur de la secte — avait réuni six ou sept cents adeptes. Antoine mort, ou plutôt s'étant « désincarné », cela n'avait pas arrêté les conversions.
   Sous l'inspiration du frère Noël, qui est en quelque sorte le légat antoiniste en France, et de Mlle Camus, cette petite modiste qui avait acquis la foi en allant à Jemeppe, des dons anonymes affluèrent, et au mois de mai dernier on commença la construction d'un temple où, comme à Jemeppe, les adeptes pourront venir écouter la lecture de la « Révélation ».
   On se rappelle peut-être l'article que consacra l'Echo du Merveilleux à Mlle Camus, dans le numéro du 1er avril 1912.
   L'inauguration de ce temple était un événement d'autant plus considérable, que la veuve du « Désincarné » avait voulu venir l'inaugurer en personne.
   Un grand nombre d'adeptes, les hommes avec leurs longues lévites noires et leurs chapeaux haut de forme ; les femmes en costumes et bonnets noirs, s'étaient réunis le samedi 25 octobre vers deux heures et demie, à la gare du Nord, pour attendre le train spécial amenant de Belgique la Mère et quatre cents pèlerins.
   A deux heures cinquante, le convoi entra sous l'immense hall. De tous les wagons de troisième raconte le collaborateur d'Excelsior, se précipitèrent des adeptes vêtus comme ceux qui les attendaient à la sortie. D'un compartiment de seconde la Mère qu'aucun signe extérieur ne pouvait faire distinguer du reste des adeptes, descendit, accompagnée de M.Deregnancourt, qui est le grand-prêtre du culte antoiniste, ou plutôt le président du Conseil d'administration.
   « Sans le moindre apparat la veuve du « Désincarné » gagna la sortie ; mais lorsqu'elle arriva au bout du quai, des sanglots éclatèrent : certaines adeptes parisiennes n'avaient pu retenir leur émotion en voyant la Mère qui tomba, pendant quelques secondes, dans une sorte d'extase.
   « Le cortège des Antoinistes se dirigea alors vers le souterrain du Métropolitain, où un train spécial les attendait pour les conduire jusqu'à la station Corvisart. Dans la salle des Pas-Perdus, un homme à la haute stature, portant un petit bagage à mains, cherchait à s'échapper du flot antoiniste : c'était M.Ribot, le sénateur du Pas-de-Calais, qui s'efforçait de gagner son compartiment, et qui refusait obstinément de prendre les petits billets jaunes ou verts que lui tendaient en passant les Antoinistes.
   « Chaque pèlerin était, en effet, muni d'un stock considérable de petits morceaux de papier portant la suscription suivante :

CULTE ANTOINISTE
 Frères, Mère Antoine consacrera au nom du Père le nouveau temple antoiniste de Paris, rue Vergniaud (XIIIe).
 La cérémonie aura lieu demain 26 octobre, à 10 heures. A cette occasion, Mère recevra les malades tous réunis dans le Temple comme Elle le fait à Jemeppe-sur-Meuse.
 Recevez, chers frères, toutes nos bonnes pensées.
        Le Conseil d'administration du Culte Antoiniste.

   « A la station Corvisart, les Antoinistes quittèrent le Métro, et se formant en cortège, ils gagnèrent leur temple par le boulevard Auguste-Blanqui et la rue Vergniaud.
   « Lorsque la Mère fut arrivée sur le seuil du temple, un adepte présenta à la foule « l'Arbre de la Science de la Vue du Mal ».
   « L'intérieur de ce nouveau temple est analogue à celui de Jemeppe, mais en plus petit. Une chaire est adossée au mur sur lequel on lit le précepte fondamental de la croyance antoiniste : « Un seul remède peut guérir l'Humanité : la Foi, etc. »

   Pour ne pas être suspect de partialité, empruntons le récit de la cérémonie à un témoin sans parti pris, à un reporter du Journal, M. Paul Éric :
   « A dix heures, la Mère fit son entrée. Un coup de sonnette l'avait annoncée. La veuve du Messie est une femme d'une soixantaine d'années, à la physionomie insignifiante. Elle pénétra dans le temple en conservant les yeux baissés ; lentement elle gravit la chaire et, dès qu'elle y fut parvenue, ses yeux se fixèrent sur la voûte du bâtiment. Durant quelques secondes, ses lèvres remuèrent imperceptiblement ; elle étendit ensuite le bras droit, fit un grand geste circulaire comme pour bénir l'assemblée, puis ses deux mains se joignirent et la mère Antoine quitta la chaire et sortit. Je m'attendais à ce que M. Dérégnancourt, le grand-prêtre de l'Antoinisme, qui avait pris place sur l'estrade, près d'un desservant portant une pancarte avec cette inscription : « L'Arbre de science de la vue du Mal », prît la parole, mais, tout comme la mère Antoine, M. Dérégnancourt resta muet. La cérémonie était achevée.
   « Comme je me trouvais à côté du frère Noël, qui va administrer le temple, je lui demandai :
   « — La mère Antoine ne parle-t-elle jamais davantage ?.
   « — Mère, me répondit-il, ne parle jamais en public...
   « Et il ajouta :
   « — Mère se recueille pour atteindre au fluide éthéré de l'amour divin et en réconforter les fidèles suivant le degré de leur foi.
   « Ce n'est peut-être pas très clair, poursuivit le frère, mais vous comprenez, n'est-ce pas ?
   « — Naturellement, eus-je l'audace de répondre, et vite je m'enquis si la mère Antoine allait séjourner à Paris.
   « — Non, me déclara M. Noël ; mère repart ce soir pour la Belgique. Elle est venue à Paris seulement pour consacrer le temple.
   « Et après un instant de réflexion, le frère continua :
   « — Mère, voyez-vous, n'est que l'interprète du père Antoine.
   « C'est à sa mort que le père Antoine l'a chargée de poursuivre son oeuvre ?
   « — Le père Antoine n'est pas mort, me fit remarquer sévèrement mon interlocuteur ; il s'est seulement « désincarné ».
   « — Ah! pardon, fis-je.
   « — Oui, et mère, qui est dépositaire de son pouvoir spirituel, n'est que son exécutrice.
   « — Est-ce que le père Antoine a guéri beaucoup de malades ?
   « — Des milliers.
   « — Et comment procédait-il ?
   « — Il se contentait de regarder ceux qui venaient à lui et guérissait ainsi les malades ayant la foi. Ceux qui ne l'avaient pas suffisamment devaient revenir le voir.
   « Et voilà ! J'en savais assez et pris congé du frère Noël, mais avant de pouvoir quitter le temple, je dus attendre la sortie des vieilles femmes impotentes qui étaient venues chercher un remède à leur mal et qui éprouvaient autant de difficulté à descendre les degrés conduisant au sanctuaire qu'elles en avaient eu à les gravir. Le geste de la mère Antoine ne leur avait servi de rien. »

   Nous avons reçu à ce sujet la lettre suivante d'un de nos lecteurs de vieille date :
   « Il m'a été donné fortuitement, aujourd'hui dimanche, de me trouver mêlé au pèlerinage des Antoinistes belges venus à Paris pour l'inauguration de leur nouveau temple dans le quartier de la Glacière.
   « Ce qui m'a tout d'abord frappé c'est l'extraordinaire maigreur de ces pauvres gens. Sous leur habit noir à la protestante ou leur voile de deuil, ils m'ont paru plus jaunes que les chrysanthèmes de novembre. Une effrayante cachexie doit les ronger jusqu'à la moelle des os. Et ils sont d'un triste ! Ce n'est pas possible autrement, ils doivent se nourrir des sauterelles de Jean-Baptiste.
   « A l'intérieur du temple la foule grossit, anxieuse. Il est temps, une ondée tombe. Quelques moments d'attente, puis un coup de sonnette. La mère Antoine paraît. Elle monte les degrés de l'estrade, péniblement, comme une vieille femme qu'elle est. Va-t-elle parler ?... Non, pas un mot. Mais de ses grands bras maigres et osseux elle esquisse, lentement, plus lentement que l'évêque dans sa cathédrale, un immense geste de bénédiction. Chose affreuse ! oh oui ! chose affreuse, que ce geste sénile qui veut guérir .. Il y a là des malades de toutes sortes : Des paralytiques, des éclopés, des aveugles, des dartreux dont le nez n'offre plus qu'une plaie ; un malheureux jeune homme atteint d'un goitre exophtalmique se dresse sur la pointe des pieds pour rencontrer le regard de la pythonisse...
   « Et le geste achevé, la veuve du père Antoine se retire dans un calme si profond qu'on entendrait une mouche voler, si c'était encore la saison des mouches. Pas un cri : « Je suis guéri », n'a proclamé la puissance léguée à la Mère Antoine par son époux défunt. « Quand je suis sorti du temple, la pluie avait cessé. Le beau soleil de Dieu éclairait les mêmes infirmités, les mêmes misères. Et sous les rayons encore chauds de ce soleil d'automne, de cet astre dont la durée ne peut-être limitée qu'à des milliards de siècles — Magna opéra Domini — j'ai compris que, seule, mais si rare, « la foi qui transporte les montagnes » est capable d'obtenir des guérisons, et qu'il est absolument inutile de recourir à l'intermédiaire de créatures aussi impuissantes que nous puisqu'elles ne sont investies d'aucun pouvoir.
   « La Glacière n'est pas très éloignée de l'ancien cimetière de Saint-Médard. Puissions-nous ne pas voir se renouveler au temple antoiniste les scènes de désordre auxquelles se sont jadis livrés les trop fameux convulsionnaires. »
   Agréez...

        UN FIDÈLE DE GASTON MERY.

L'Écho du merveilleux, revue bimensuelle (directeur Gaston Mery). 01-11-1913

Source : Gallica

Nota : dans le texte le frère Florian Deregnaucourt, se voit affublé du nom de Deregnancourt et Dérégnancourt.

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