orange
Les adeptes à Orange
- A Orange, un temple. C'est tout ce qu'à déclarer le Père C.Ch. Chéry sans son Offensive des sectes en 1954 (p.264).
Une salle de lecture s'était ouverte à Orange en octobre 1913 (Chalet Olga, quartier de l'Etang). Une autre continue son activité dans les années 20 (une adresse donné par un Unitif de l'époque indique Place du Théâtre Antique), et donnera naissance au temple inauguré en 1926.
Orange (Louis Barron - Le nouveau voyage de France (1899))
Grande ville gallo-romaine, "que les ruines de ses monuments ont exhaussée d'un mètre", Orange, l'Arausio du peuple cavare, n'es plus que l'ombre de ce qu'elle parait avoir été. Mais qu'importe insignifiance de ses rues étroites ? Deux admirables monuments d'une civilisation disparue suffisent à captiver les regards : l'un fut un art de triomphe, l'autre un théâtre.
Dressée au seuil de la cité antique, sous l'empereur Tibère, en commémoration de la défaite de Julius Florus et de l'Eduen Sacrovir soulevés contre Rome, la porte triomphale, isolée dans un libre espace, n'a rien perdu de son élégance et de sa majesté. Il faut approcher de bien près ses colonnes cannelées aux chapiteaux corinthiens, ses trois arcades, ses frontons, pour apercevoir ce qui lui manque. Une façade est entièrement dépouillée de sa décoration originale ; mais les trois autres offrent, en reliefs épiques, des combats de fantassins et de cavaliers d'une fureur impitoyable, d'horribles têtes de reptiles et de gorgones, des trophées de chlamyde, de tuniques, d'étendard, de pilums et de lances, des couronnes de laurier, des aigles, des proues de trirèmes. Mêlés aux sculptures, quelques mots se lisent, entre autres Mario, qui fit appeler l'art de Tibère arc de Marius, tandis que ce n'était que le nom d'un chef gaulois.
Une imposante façade en grès vert cache les ruines intérieurs du théâtre, édifié à pareille époque, pour soixante-dix mille spectateurs. Des morceaux de sculptures, des fragments de marbres, de granits et de porphyres rouge, vert ou blanc, indices d'un luxe prodigieux, couvrent le postscenium ; mais le dessin général en est fort bien indiqué. D'un côté, les gradins de l'amphithéâtre réservé au public, et munis de ses couloirs, s'échelonnent, gazonnés ou fixés par des pierres de taille, jusqu'à la crête d'une hauteur où s'appuient les plus hauts ; de l'autre, deux colonnes de marbre superbes marquent la scène, et l'on distingue un foyer d'artistes, la loge du préteur ou du proconsul vis-à-vis de celle du grand pontife et des vestales, d'autres loges. L'écho, d'un sonorité profonde, a récemment été mis à l'épreuve par les comédiens du Théâtre-Français, qui lui firent répéter, après des siècles de silence, la grandiose tragédie de Sophocle.
Louis Barron, Le nouveau voyage de France (1899)
souce : gallica
Temple antoiniste d'Orange, vue depuis l'Av.Rodolphe Aymard
source : Google Streetview
Orange - 91, rue de la Paix
source : www.cadastre.gouv.fr
Orange - 91 Rue de la Paix - vue satellite
source : Google Maps
Les adeptes à Saint-Etienne et Orange
Vallée du Rhône et Lyonnais. - A Saint-Etienne, un temple construit en 1934, au quartier Bel-Air ; réunions tous les jours, sauf le samedi ; nombre très variable, pour les grandes fêtes, la salle est pleine (maximum 200 personnes), tous les milieux sont représentés. Des adeptes dans les environs de Saint-Etienne. A Firminy (une quinzaine de kilomètres au sud-ouest), quelques propagandistes résidents ; faibles propagande ; peu d'adeptes ; en perte de vitesse. - A Orange, un temple.
C.Ch. Chéry o.p., L'Offensive des sectes, 1954, p.264
La salle de lecture de Firminy (rue Nationale) sera déjà indiquée dans un Unitif de 1920 environ. À St Étienne, le même Unitif cite deux adresses : rue Ferdinand et rue Robert.
Le temple de Saint-Etienne est inauguré en 1935.
Une salle de lecture s'était ouverte à Orange en octobre 1913. Elle continue son activité dans les années 20, et donnera naissance au temple inauguré en 1926.
Surface des temples - graphique et analyse
Grâce aux sites des cadastres français (www.cadastre.gouv.fr) et belges (cartocit1.wallonie.be), on peut avoir la surface approximative des temples. Approximative pour plusieurs raison, d’abord l’imprécision de l’outil disponible sur les sites, mais aussi approximation due à la configuration des temples : un temple comprend la plupart du temps également le logement du desservant, et ce logement peut occuper les étages, mais aussi agrandit la surface au sol.
Voici donc la liste des temples classés par taille :
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100 m2 et moins |
100-150 m2 |
151-199 m2 |
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Momalle |
Herstal |
Tours |
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Saulnes |
Aix-les-Bains |
Montegnée |
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Bierset |
Reims |
Jupille |
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Evelette |
Liège-Ville |
Cherbourg-Octeville |
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Jumet |
Villers-le-B. |
Moha |
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Retinne |
Vottem |
Visé |
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Souvret |
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Evreux |
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Total: 7 |
Total: 6 |
Roanne |
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200-250 m2 |
plus de 250 m2 |
Vervins |
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Bernay |
Toulouse |
Huy |
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Lille |
Tourcoing |
Nandrin |
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Mantes-la-J. |
Villeurbanne |
Caudry |
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Marseille |
Paris-Pré-St-G. |
Nantes |
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Valenciennes |
Mons |
Rouen |
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Liège-Angleur |
Paris-Roux |
Vichy |
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Orange |
Paris-Vergniaud |
Seraing |
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Ecaussinnes |
Jemeppe |
Bordeaux |
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La Louvière |
Cormelles-le-R. |
Conflans-Ste-H. |
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Croix |
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Waremme |
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Nice |
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Total: 19 |
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Saint-Etienne |
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Total: 12 |
Total: 9 |
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Dans le détail, on peut penser que c’est le temple de Stembert qui est le plus petit, mais les données manquent le concernant. Sinon, en Belgique, ça serait le temple de Momalle qui est le plus petit, et en France, celui de Saulnes (près de Longwy, en Lorraine).
En Belgique, le plus grand sans surprise est celui de Jemeppe, sans compter la maison du Représentant du Père. En Fance, c’est un des derniers construit qui est le plus grand, bien qu’il ne semble pas que le logement du desservant soit aux étages, ainsi tout compris, il fait plus de 300 m2.
Celui de Jemeppe dépasse également le premier temple parisien en date et en taille, celui de la rue Vergniaud. Les deux autres temples parisiens le précèdent de peu.
On voit que la moyenne générale, des deux côtés de la frontière, est d’avoir un temple de 150 à 200 m2.
Les antoinistes célèbrent pour la première fois à Paris l'anniversaire de la mort du ''Père'' (Le Petit Parisien, 26 juin 1924)
LES ANTOINISTES CELEBRENT
POUR LA PREMIÈRE FOIS A PARIS
L'ANNIVERSAIRE DE LA MORT DU "PERE"
Le 20 Juin 1912, la Père Antoine se désincarnait : entendez qu'il exhalait son âme simple et généreuse. Mais une religion nouvelle était née. A vrai dire, le culte antoiniste, spiritualisme nouveau, basé sur la foi pure, avait déjà de six ans. Son fondateurs alors âgé de soixante ans l'avait institué en 1906 à Jemeppe-sur-Meuse, qui est restée la Rome de cette Eglise. Depuis le 25 juin 1913, les anniversaires de la « désincarnation » ont toujours été célébrés, à Jemeppe, par des foules comparables à celle – 30 ou 40.000 personnes – qui avait suivi le cercueil du Père. Hier, pour la première fois, cette commémoration solennelle avait lieu à Paris.
La chapelle Antoiniste se trouve en fond du treizième arrondissement, à l'angle de la rue Vergniaud et de la rue Wurz. Elle a les dimensions d'une église de village et les voisins dominent nettement du balcon de leur cinquième, le coq embroché au paratonnerre du clocher. Un petit jardin précède le porche, où est peinte cette légende : « Le Père Antoine, le grand guérisseur de l'humanité, pour celui qui a la foi. »
Tous les jours, matin et soir, la desservante, Mme Vitard, à qui, certes, on refuserait les soixante-dix ans qu'elle avoue, récite les dix principes révélés par le Père. Avant, pendant et après cette lecture, l'assistance médite profondément, les yeux fermes et les mains jointes, les quatre doigts de la main droite fortement étreints entre le pouce et l'index de la main gauche, et les poings à la hauteur des yeux.
Hier matin, la foule des croyants débordait sur la rue et encombrait le carrefour.
Le Frère Musin était venu de Jemeppe, avec la sœur Deregnaucourt, grâce aux libéralités de laquelle trente temples antoinistes ont déjà pu être élevés en Belgique.
Aucun costume n'est impose aux adeptes mais les « frères » et les « sœurs » portent la robe « révélée ». Pour les hommes, c'est une soutane étroitement boutonnée et tombant aux genoux ; la coiffure est un « tromblon » assez bas, comme en portait il y a trois quarts de siècle. Pour les femmes, la jupe noire se complète d’un corsage à manches pagode ; un ruban noir noué sous le menton, retient une capote bordée de tulle plissé et agrémentée d’un long voile retombant dans le dos.
C'est le Frère Mersin qui présidait : pendant qu’il dardait sur la foule muette son regard magnétique, des mains jointes se mirent à trembler et beaucoup de regards se mouillèrent.
– C'est que voyez-vous, me dit un « frère », nous sommes tous des gens renoncé par la science (sic).
Il voulait dire que presque tous malades, abandonnés par les médecins, les fidèles du culte antoiniste ne mettaient plus que dans la foi leur dernière espérance : la leur soulèverait des montagnes.
Il y eut, après la méditation, une procession derrière l'emblème de la religion antoiniste : un arbre d'argent avec cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal. »
L'année prochaine, on inaugurera un nouveau temple, à le porte Pouchet ; cette année, en septembre, un autre doit s'ouvrir à Aix-les-Bains, puis un encore Orange…
Sommes-nous à une ère de scepticisme ? – R. N.
Le Petit Parisien du 26 juin 1924 (Numéro 17285)
source : Gallica
architecture des Temples antoinistes
Le Centre du culte antoiniste est l'Enseignement. On pourrait penser alors que les temples auraient adopté un plan carré, avec la tribune au centre, comme c'est le cas pour les synagogues.
Cependant, il n'en est rien. Si pour les synagogues c'est le Temple de Salomon qui fut une référence pour trouver un style propre à l'architecture des synagogues, ce fut le Temple de Jemeppe qui fut la référence pour les autres temples. Or le Temple de Jemeppe servit d'abord à des séances spirites, puis à l'énoncé de l'Enseignement devant un public. Au début de l'antoinisme, c'était la personne de Louis Antoine qui était au centre, et pas encore son Enseignement. De plus, l'influence de l'architecture chrétienne est sensible, plus protestante que catholique d'ailleurs, par l'épure qui se retrouve à la fois dans les temples protestants et encore plus dans les temples antoinistes.
Par ailleurs, la similitude avec les synagogues est ailleurs : les Juifs voulaient un monument, à l'époque de l'Emancipation, qui puisse rivaliser de beauté et de grandeur avec les Eglises et Temples, mais sans pour autant leur ressembler dans leur forme. Ainsi, le style romano-byzantin fut prédominant. Puis, les Juifs orthodoxes, voulant marquer leur éloignement du Consistoire, choisirent de s'élever une synagogue de style Art-Nouveau, la synagogue de la rue Pavée, dont l'architecte est Hector Guimard, le maître du style végétale.
Les Temples antoinistes ont été édifiés à la même époque. Et pour marquer la différence avec le catholicisme, c'est aussi l'Art-Nouveau qui fut choisi à Jemeppe, de façon discrète, mais marqué quand même. De plus, ce style permettait l'utilisation des nouvelles matières comme le béton et le fer pour les piliers des tribunes, plus économes. Mais aussi proche des ouvriers qui se retrouvaient au Temple pour entendre l'enseignement.
La voix était tracée : les autres temples, dans leur majorité et encore actuellement s'édifient dans un style d'inspiration Art-Nouveau puis Art-Déco (voir Bordeaux), en brique ou en béton, avec un pignon triangulaire pour marquer la fonction de l'édifice.
Par contre, un fait étonnant est parfois la place du Temple dans le tissu urbain : il est souvent sur un coin, au croisement de plusieurs rues. Fait étonnant pour une religion très minoritaire, quand on sait qu'en France, même aucune synagogue ne put avoir ce privilège (c'est le cas de quelques temples protestants, comme à Lille). Ce fait s'explique par le quartier choisi pour édifier le temple antoiniste : le quartier ouvrier. Or celui-ci est souvent loin du centre de la ville. De plus, on se souvient que le Temple original est aussi au coin des rues Rousseaux et des Tomballes.
Le Temple antoiniste était souvent un des premiers bâtiments construits dans la rue : on le sait de source sûre de celui de Schaerbeek, Huy, Orange, Schoten, Vervins, Aix-les-Bains, dans une moindre mesure Tourcoing, Monaco, etc.
Ainsi le temple put s'édifier au centre des habitations de la population la plus touchée par l'Enseignement : la population ouvrière.

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