• Jacques Michel - Antoine, l'Antoinisme, les Antoinistes (1949)

    Auteur :    Jacques Michel ou Jacques "Michel"
    Titre :     Antoine, l'Antoinisme, les Antoinistes
    Editions :     Librairie Saint-Paul, Evreux, 1949, 26 pages

    Sommaire :
        Historique
            Origine et caractère
            Le spirite
            Le guérisseur sous l'oeil de deux médecins
            Au-delà du spiritisme
            Le culte antoiniste
        Doctrine
            Dieu
            La matière
            Rédemption sans rédempteur par l'épreuve, dans l'amour
            Morale antoiniste
            La foi
            L'action antoiniste
            Les charlatans
            Antoinisme et Christian Science
            Les secrets du succès
            La guérion par la grâce

        Autant la biographie de Robert Vivier est valorisante, autant celle de Jacques Michel est dépréciative : rejeton nerveux, instable de santé et d'humeur, parfois violent, ambitieux, attrait des hautes payes de guerre, il épouse le 15 avril 1873 Catherine Collon et né un fils cinq mois plus tard (donc entre les lignes : conçu hors mariage), fils qui restera unique (donc entre les lignes : fait fi de l'injonction "croissez et multipliez" de la Bible), sens des affaires, foi assez inculte, épelle avec acharnement les livres d'Allan Kardec, flaire un moyen de profit ou une voie d'idéalisme ?, raisons peu avouables surtout d'ordre commercial, prosélytisme (les Chrétiens évangélisent, c'est tout à fait différent), hantise d'une religion universelle, campe un nouveau personnage, la multitude qu'appelle le guérisseur et que les colporteurs de la brochure s'efforcent de rabattre vers le cabinet de leur patron, avidité de la puissance spirituelle et du prestige moral...
        L'auteur se réclame, comme souvent de Lourdes, en comparant les méthodes : pour Louis Antoine et les guérisseurs ce n'est que de la suggestion. Mais il ne nous dit pas vraiment ce qui se passe à Lourdes (cf. cependant le livre de Zola sur la ville), sauf qu'à Lourdes il y a des contrôles des guérisons.
        L'auteur critique tout à partir de la pratique de Louis Antoine, très bien décrite par Pierre Debouxhtay, en 1900. Ce qui lui valut deux procès et un changement de pratique. L'auteur est donc hors sujet.
        On apprendrait que l'antoinisme eut une influence théosophique, mais aussi maçonnique (p.10), rappelant également l'appui de deux chefs de la franc-maçonnerie belge, les sénateurs Magnette et Goblet d'Aviella (p.12).
        Jacques Michel explique l'avènement de l'antoinisme par le fait que Louis Antoine, pour garder la tête de son mouvement, doit se détacher du spiritisme, faire chemin seul et donc expliquer et affiner sa doctrine. L'auteur remarque lui-même, comme Moïse et Jésus (p.11). Mais Louis Antoine n'est pas un prophète, puisque aux yeux des Chrétiens, le seul est Jésus.
        Pour critiquer la doctrine antoiniste, l'auteur prend et cite la brochure de propagande Fragments de L'enseignement, or, ces fragments sont interprétés par l'auteur de la brochure de 40 pages. D'un côté l'auteur critique le fait qu'aucune interprétation de l'Enseignement puisse avoir lieu ("jamais le moindre commentaire ni la plus timide exégèse", p.14, il n'a donc pas lu les Unitifs), mais de l'autre, pour connaître une doctrine, il se tourne vers un résumé qui interprète l'Enseignement, sans s'en rendre compte, puis qu'il n'a manifestement pas lu l'Enseignement. 
        Pour critiquer la morale antoiniste, une fois, il cite l'Enseignement, en retirant le passage où le Père nous enjoint à agir naturellement, ne pouvant faire plus de mal qu'il n'est présent en nous (Dévelopement, p.168). Cette morale est "élastique, voire cynique, elle ne préconise pas la perfection, n'a aucune formule de prière, aucune méthode" (p.19).
        Cependant l'auteur admet que Louis Antoine "gagne à tous les coups" (p.18). N'est-ce pas la la preuve de l'origine divine de l'Enseignement et que le Père soit un prophète ? Non, car sa foi n'est que du "toupet ou du culot" (p.21) et la foi chez les clients ou les disciples, la confiance dans le Père Antoine, une confiance absolue, une confiance exclusive qui interdit recours au médecin, neuvaine, prière, médaille, pèlerinage, etc. (p.23) Puis il admet que "bien sûr, depuis certains procès, ils n'osent plus interdire à leurs clients, comme Antoine le fit d'abord à ses intimes, le recours au médecin et au pharmacien" (p.23). C'est ignorer que Louis Antoine appela le médecin pour son fils (comme le raconte Robert Vivier), et qu'on dit venir le même médecin pour Louis Antoine lors de sa désincarnation (Robert Vivier encore qui est pourtant une source pour Jacques Michel). Il critique, comme Françoise d'Eaubonne en 1982, qu'il y ait de antoinistes "qui ont pour la plupart tenté diverses aventures, et sans devenir édifiants, exploitent effrontément un "filon avantageux!" (p.23). Et comme Françoise d'Eaubonne, il est clair que les personnes qui enfreignent la loi soient punis par la justice, c'est d'ailleurs ce qui a été fait pour Louis Antoine ! Mais l'auteur se contredit car, il admet aussi que "les guérisseurs antoinistes ne sont pas tous ni toujours des charlatans" (p.24).
        Mais cela n'empêche pas de critiquer l'Antoinisme, sans voir qu'il se fourvoie lui-même : "Le culte qu'Antoine a désigné lui-même de son propre nom est bien son culte ; il vient d'Antoine, comme créateur, et il s'adresse à Antoine, comme objet" (p.11), bref comme le christianisme (qui vient de Christ) ; "l'antoiniste ne croit qu'en Dieu et en son prophète, comme l'Islam" (p.21), comme dans le christianisme, avec le Saint-Esprit en plus, qu'aucun chrétien n'a jamais compris l'origine et l'essence, et pour lequel tous les catholiques ne sont pas d'accord. Mais attention, il y a aussi un chapitre qui annonce : "Rédemption sans rédempteur". Nous sommes en pleine contradiction ! Ce qui chagrine Jacques Michel, c'est que Louis Antoine s'interpose : c'est lui, le Père qui opère et qui opérera toujours les guérisons" (p.18).
        En fait on comprend finalement que ce qui dérange l'auteur, c'est le fait que Louis Antoine ait pris la place du Christ et donc que le christianisme perde des ouailles. "Quand les effets vraiment extraordinaire s'accompagnent d'une fascination systématique néfaste à la foi catholique, il est vraisemblable que nous nous trouvons dans les parages de Satan" (p.24). "Et même si il n'y a pas de magie [encore une contradiction] dans l'antoinisme, il est interdit aux catholiques de participer à des cultes et de fréquenter des adversaires de leur foi. Il y a là, comme dans la théosophie et la franc-maçonnerie, sous un habillage humanitaire, une entreprise de destruction de la foi d'un caractère démoniaque. C'est une église, - une contre-église, - une ramification de la puissance des ténèbres" (p25). Voilà : la boucle est bouclé, l'auteur a cru justifié le mal : l'antoinisme vient du spiritisme, de la théosophie et de la franc-maçonnerie > le spiritisme, la théosophie et la franc-maçonnerie sont le mal > l'antoinisme est donc le mal. Hors le Christ point de Salut dans le Christianisme ! C'est un principe sectaire (lire le Syndrome du Berger de Jean-Yves Roy).
        Donc qu'est-ce qu'on apprend dans cette critique de l'antoinisme : que finalement, le Père Antoine n'est pas considéré par tous comme le seul rédempteur, que les antoinistes ne sont pas tous des charlatans, qu'ils permettent le recours à la médecine et aux pharmaciens, et qu'ils sont tolérants envers la pratique des autres cultes.
        Mais ce n'est pas tout. L'auteur croit apprendre du culte antoiniste que l'église catholique devrait revenir à l'exercice de guérison, et rappeler que l'extrême-onction est à proprement parler une onction de guérison, dans le rituel, relever les magnifiques bénédictions (c'est donc l'équivalent de l'Opération générale), avec imposition des mains, défense au démon de nuire et appel pressant à Notre-Seigneur, pour les malades adultes et les enfants (ce qui est l'équivalent de la consultation imposition des mains en moins cependant)(p.25). L'auteur conclut en vantant l'ouvrage de l'abbé Gouin, curé de Soizé, le Manuel des Pèlerinages où la table alphabétique des Saints précède celle des maladies ! (p.26). Bref on lit dans ce livre une bataille de clocher, et on préconise pour l'Eglise à en venir à des dérives sectaires.
        Donc de deux choses l'une : soit l'antoinisme et le christianisme sont tous les deux des sectes guérisseuses, soit aucun des deux ne l'est !
        Rappelons que le site Info-Sectes est animé par un responsable de l'association chrétienne évangélique Vigi-Sectes. L'autre site anti-secte, Prévensectes est tenu par Mathieu Cossu. Celui-ci a été fait Chevalier de la Légion d'Honneur le 19 janvier 2007 au siège de l'UNADFI, à Paris. Le 5 mars 2009, le webmaster du site prévensectes a été reconnu coupable de diffamation pour un article issu de la revue Bulles de l'ADFI publié sur son site.


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