• Le Père Dor en correctionnelle (La Région de Charleroi, 1er décembre 1916)(Belgicapress)

    Le Père Dor en correctionnelle (La Région de Charleroi, 1er décembre 1916)(Belgicapress)

    LE PÈRE DOR
    EN CORRECTIONNELLE

    LES ALÉAS DE LA DIVINITÉ

    Audience du 29 novembre (après-midi)

        Il y a la même affluence de monde qu'à l'audience du matin.
        A 3 heures 20, l'audience est reprise. Me Lebeau continue sa plaidoirie. M. Dor est donc prévenu de l'art illégal de guérir. Les pandectes belges expliquent bien que pour exercer cet art, il faut ausculter les malades.
        Il y a cette petite opération individuelle qui est bien anodine.
        Il s'agit d'un homme qui indistinctement à tous les malades prescrit le même traitement : se guérir de leurs vices d'abord et alors ils seront guéris de leurs maux physiques. M. Dor n'est pas médecin il ne pratique pas l'hypnotisme.
        Il s'agit de savoir si le dossier établit que M. Dor se livrait à des passes magnétiques.
        Les moyens employés par M. Dor ne sont pas ceux employés par le magnétiseur. M. Dor a, comme tout le monde, des notions qu'il a puisées dans les livres.
        Me Gerard. – Le zouave Jacob ne pratiquait pas le magnétisme.
        Me Ledeau. – Si le corps judiciaire veut trancher cette question, il doit se faire aider par les lumières de médecins.
        M. Dor n'ordonnait rien ; on oppose à M. Dor quelques petits faits.
        Ceux-ci ne peuvent être retenus, car ils sont en contradiction avec les déclarations des Doristes et avec les principes de M. Dor, lui-même.
        Il y a d'abord le cas Beauvois. Son système consiste à guérir les maux physiques par la médication de l'âme.
        Comment veut-on, dès lors, qu'il ait ordonné des lavements à l'eau salée.
        Mme Beauvois était une malheureuse qui allait mourir d'un cancer à l'estomac.
        Cette personne est morte d'inanition à la suite de ce cancer.
        M. Dor se borna à lui donner des conseils moraux et à conseiller de boire de l'eau sucrée.
        M. Beauvois et sa fille étaient hostiles au Père Dor, d'où leur déposition intéressée : il y a là un petit drame de famille.
        Mme Beauvois n'était pas la Doriste fanatique qu'on a dit.
        Cette personne n'avait plus la force d'aller chez Dor ; elle était alitée. Qui dès lors faisait ces injections à l'eau salée. Etait-ce le mari et la fille qui devaient s'opposer à ce que les lavements fussent opérés.
        La question du thé Chambard est aussi du domaine de la légende.
        Elle a été inventée par les Chartier qui avaient créé un petit cercle de gens qui voulaient perdre le Père Dor.
        Ces témoignages sont suspects, c'est un témoignage tendancieux dont le tribunal se défiera.
        Richard est un hernieux qui a été opéré 4 ans après avoir consulté M. Dor.
        Or, Richard a déclaré lui-même que lorsque sur les conseils de M. Dor il ôta son bandage, il souffrit horriblement, est-il possible qu'il ait pu souffrir pendant 4 ans ? Non, cet homme, aujourd'hui décédé, mentait et ce qu'il y a de vrai c'est qu'il lui est survenu une nouvelle hernie.
        C'est donc cette dernière qui le fit souffrir et non l'ancienne.
        Celle-ci avait été guérie à la suite d'une consultation du Père Dor.
        Richard a cru et il s'en est bien trouvé.
        Il n'y a chez M. Dor aucun fanatisme et il n'ordonnait aucun médicament. Le problème à résoudre est le suivant : M. Dor pratique-t-il l'art de guérir par la Doctrine qui tend à établir que le mal physique est guéri par la mise en pratique de ses principes qui recommandent d'abord de se guérir de ses maux moraux.
        Dans toutes les religions, il y a une question d'hygiène ; c'est ainsi, que chez les mahométans, il y a des ablutions qui sont imposées.
        Le conflit entre la morale et l'hygiène est sérieux, chez les carmélites, les bains sont interdits.
        Oserait-on défendre la flagellation prescrite par des communautés religieuses. Les trappistes ne se lavent pas. Pouvez-vous leur en faire un grief ?
        M. Dor est un végétarien, pouvez-vous le lui reprocher ? Non.
        Le régime végétarien est un excellent régime recommandé par des autorités médicales.
        M. le Procureur du roi nous a dépeint le cortège des Doristes défiant à la barre, avec un teint pâle, des traits émaciés.
        Ce teint pâle prouve que ces gens ont souffert énormément.
        Le régime végétarien ne donne évidemment pas la force brutale que procure le régime carné qui, lui, fait plus rapidement sauter la machine.
        On a aussi dit que M. Dor est un criminel qui avait ordonné à des enfants un régime contraire à leur bonne santé.
        M. Dor dit qu'avec la confiance et la foi, le régime produira de bons résultats.
        M. Mahaux. – Est-ce l'enfant de 4 mois qui doit avoir la foi ?
        Me Lebeau. – Non, c'est la mère.
        M. Mahaux. – Ah ! (Hilarité.)
        Me Lebeau. – M. Dor est parfois maladroit pour s'expliquer.
       Il m'a envoyé des mamans avec leurs bébés pour me prouver que le régime Doriste avait donné de bons résultats.
        Y a-t-il eu des bébés morts. Y a-t-il eu des plaintes ?
        Me Gérard. – Les morts ne parlent plus, il y a des cercueils qui devraient s'ouvrir (mouvement).
        Me Lebeau. – Vous ne pouvez pas faire des suppositions d'avoir de telles doctrines, c'est le droit des Doristes.
        Actuellement la médecine s'oriente de plus en plus vers le non interventionnisme, c'est-à-dire vers l'exclusion du médicament.
        Pourquoi au cours d'une maladie ordonne-t-on de cesser d'ingurgiter certains médicaments pris jusqu'alors ? c'est qu'on a reconnu l'effet néfaste de ce médicament.
        D'après certain docteur, on peut guérir l'appendicite sans devoir recourir à l'opération qui était de mode.
        Me Lebeau se demande si M. le Président de la Société de Médecine avait bien le droit de faire poursuivre de son propre gré sans l'assentiment de ses collègues.
        Me Gérard. – Il y a eu ratification, à la suite d'une assemblée de médecins.
        Me Lebeau. – Ce n'est pas un beau geste de la part des médecins, de réclamer une somme de 10.000 fr. Ils eussent plutôt dû demander condamnation, pour le principe.
        Le geste eut été plus beau. Quant à M. Dor, il n'a pas pratiqué l'art illégal de guérir, mais seulement recommande à ses adeptes de se guérir de leurs maux moraux, de leurs imperfections.
        Je souhaite aux docteurs d'être entouré un jour d'un cortège d'admirateurs comme ceux qui ont ici accompagné M. Dor.
        Celui-ci n'a pas dénigré les docteurs, mais il a affirmé qu'ils étaient inutiles. Il n'y a pas eu de concurrence déloyale.
        Je suis au bout de ma tâche ; je demande l'acquittement de M. Dor que j'ai défendu avec une conviction que j'ai rarement eue.
        L'idéaliste va droit devant lui. A un moment donné il se réveille voyant autour de lui une foule grossière comme celle qui a organisé des manifestations dans le genre de celle qu'on a vue dernièrement. Je suis allé vers lui et je l'ai défendu avec chaleur.
        Le bon droit n'est jamais du côté des foules. M. Dor est un homme sincère et désintéressé.
        J'ai dit.
        Me Gérard sera bref, il engage le tribunal à examiner la note juridique qui lui a été remise.
        Me Lebeau, dans une brillante plaidoirie, nous a exposé les doctrines des diverses religions.
        Il est resté trop longtemps dans les sphères élevées et a craint de prendre pied sur le sol pour rencontrer les diverses préventions mises à charge de M. Dor.
        Celui-ci a bien semblé petit vis-à-vis de Bouddha dont a parlé Me Lebeau.
        Le Christ d'il y a vingt siècles n'était pas un trafiquant, il ne se faisait pas suivre d'une pléiade d'apôtres qui vendaient des brochures.
        Leur bonne parole suffisait. Jésus n'avait pas de comptoir dans son temple et on l'a vu dans ce temple un fouet à la main en chasser les trafiquants. Vous, M. Dor, vous avez fait de bonnes petites affaires avec la margarine. (Hilarité.)
        Quand vous vous êtes retiré à Uccle, ce n'était pas pour vous retirer des affaires, mais bien pour les continuer et vous avez fait une réclame pour votre boutique.
        La foule ne jette pas des cailloux à la tête d'un personnage qui se dépense au bien-être des malheureux.
        Me Lebeau. – Le Christ a aussi été outragé et flagellé.
        Me Gérard. – On a eu tort, mais ce n'était pas la même chose.
        Le peuple en conspuant le Père Dora voulu venger les innombrables victimes du dorisme. Il n'y a personne d'avisé, même en Angleterre, qui voudraient laisser exercer pareille doctrine lorsqu'elle constitut un délit.
        Supposons qu'un illuminé informe le public que chaque soir, dans un local qu'il désigne, il donnera des conseils et des prescriptions dans le but d'éloigner d'eux la présence de docteurs et de les guérir sans devoir recourir à l'emploi des médicaments.
        Viendriez-vous, à la barre, plaider la bonne foi de cet illuminé qui est un danger social ?
        Me Lebeau. – Oui.
        Me Gerard. – Allons donc, c'est pour démasquer cet imposteur que la Société médicale s'est constituée partie civile.
        Le dorisme c'est de l'antoinisme déguisé.
        Le Père Antoine a été condamné. Dor, lui, avait pris ses précautions et voulait échapper aux mailles de la justice.
        On lit dans son nouveau livre des retouches assez importantes à la page 4, il écrit : qu'il est préférable de guérir l'âme que le corps.
        Il en est de même au sujet d'autres passages où il y a des restrictions très adroites visant la guérison de certaines maladies par le régime de la propreté ou le régime végétarien.
        Devant le malade, le consultant, se restait toujours le tronc.
        Si Dor avait accepté la somme de 10.000 francs lui offerte par un sieur Delcroix, c'eut été trop criard.
        Me Lebeau a dit que si M. Dor était un charlatan, il eut inscrit au bas de la première page : guérison certaine, concurrence impossible.
        Mais il était trop rusé pour écrire de telles phrases, c'était pour lui la guillotine.
        Parlant de la fête des morts qu'on célèbre à la Toussaint, Me Gérard s'indigne qu'à côté de celle célébrée par le culte catholique, le Père Dor s'est aussi évertué à la célébrer de son côté !
        Charlatan et indigne comédien, s'exclame l'honorable avocat.
        Me Lebean. – C'est un procès à tendance que vous faites.
        Me Gérard. – Les malheureux adeptes que Dor appellent ses enfants, sont venus témoigner, ils n'avaient garde d'accuser leur père (rires), pas plus qu'un apôtre n'accuse son Dieu.
        Me Gérard conclut :
        « Abandonnez, Dor, votre métier de guérisseur et retournez à l'atelier exercer le métier que vous n'auriez jamais dû abandonner.
        Me Gérard demande condamnation.
        Me Bonehill prenant la parole dit, que M. Lebeau a parlé de diverses religions mais, il a omis de donner la définition du mot religion.
        L'honorable avocat dit que l'idée de Dieu est inséparable de celle de religion. Or, Dieu n'est qu'un mot, et le prévenu n'était pas à même de créer une religion.
        Il s'est lui-même reconnu le Christ réincarné et il l'écrit dans son livre.
        Me Lebeau. – Ne parlons pas de religion.
        M. le Président. – Vous avez vous même attiré vos adversaires sur ce terrain.
        Me Bonehill explique de quelle façon s'exerce le culte antoiniste, dont les cérémonies ont été plagiées par Dor.
        Il n'était pas capable de fonder une religion ; dès lors, il n'y avait pas de culte.
        Jetons donc une bonne foi par-dessus bord l'article 14 de la Constitution.
        Il nous était absolument indifférent qu'il fondât une religion, mais ce que nous lui reprochons c'est de s'être enrichi à nos dépens.
        Me Lebeau s'est évertué à plaider le désintéressement de Dor.
        Il a remboursé une somme de quelque mille francs qu'on lui avait prêtée.
        Me Lebeau. – Donnée.
        Me Bonnehill… prêtée, mais il a fait ce que tout homme quelque peu honnête aurait fait. Des déclarations de Delcroix et Muylaerts, il faut se délier, car ce sont des adeptes très fervents.
        Il y a aussi l'affaire de la vente de la margarine. Il y ici un perdant : c'est la déclaration de M. Romain concernant la vente d'un terrain. Vous n'avez pas la dignité de rembourser à Mme Delisée les 17.000 francs que vous reconnaissez détenir.
        Me Lebeau. – Nous n'avons pas d'argent.
        Me Bonehill. – Dor était d'après Me Lebeau la maladresse réincarnée. A la veille des débats il publie une affiche où il se raille de la magistrature.
        Conclusion : Dor n'est pas un escroc d'envergure, c'est un escroc de bas étage ; Me Morichar est tombé de Wilmart à Dor. (Hilarité.)
        Votre crédulité n'est pas incurable. Le jour de la Toussaint vous magnifiez les Ames des soldats tombés pour la patrie : la fin de la séance fut odieuse.
        Dor dit que sa patrie était le monde entier et il a ajouté qu'on ne devait pas être exclusivement patriote pour détendre son pays.
        Dans sa plaidoirie, Me Lebeau a dit que Dor était désintéressé et que son intention était de ce purifier les mains en voulant verser de l'argent dans la caisse de I'Ecole des Estropiés.
        C'était facile de prendre l'argent de Mme Délisée pour le verser à l'œuvre de l'Ecole des Estropiés !
        Me Lebeau a dit que Mme Délisée était une épave, une divorcée. J'ai ici le jugement de divorce prononcé aux torts du mari. Vous auriez pu le dire. Sur quoi vous basez-vous pour dire que Mme Délisée a eu une vie orageuse ? Vous ne l'avez pas dit. Vous avez aussi parlé de ces bons petits bourgeois, les époux Chartier.
        Vous avez dit que Dor n'aimait pas ces gens. Et bien, il n'est pas propre d'accepter de l'argent de la part des gens qu'on n'aime pas.
        Dans ma plainte, tout n'y figure pas ainsi que vous l'avez prétendu.
        Avez-vous prouvé que cette femme était venue de Bruxelles de son plein gré ? Non, Mme Delisée a été amenée à Dor par cette rabatteuse qui a nom de Broset.
        Me Lebeau n'a pas parlé de lettres que son client écrivait à Mme Delisée, lorsque celle-ci se trouvait dans les Ardennes où elle se livrait au colportage des brochures.
        Est-ce que cette lettre a été écrite ?
        Me Lebeau. – Oui, mais amour était écrit avec un grand A.
        Me Bonehill. – Vous mettez des majuscules à tous les substantifs (rires prolongés).
        Quant aux sommes qui ont été déboursées pour le chauffage, vous savez que vous avez reçu de Mme Delisée une somme de 4,000 francs et vous n'avez payé a M. Dufrasne qu'une somme de 3,600 francs. Après cela, Mme Dor écrit à Mme Delisée qu'elle a chauffé gratuitement cette dernière.
        Ceci est trop fort, Mme Delisée a été chauffée avec sa chaufferie (rires).
        C'est de la facétie.
        J'ai dit.
        Me Mahaux réplique à son tour et estime que tout a été dit par les éminents avocats de la partie civile.
        La longue plaidoirie de Me Lebeau et les efforts qu'il a faits pour détruire la base de mon réquisitoire ont été vains.
        On a voulu faire des rapprochements entre de modestes ouvriers de Mons Crotteux et Bouddha.
        L'honorable organe de la loi met en contradiction l'intellectualité des éminents défenseurs du prévenu et de la mare stagnante dans laquelle croupit ce dernier.
        Défions nous, dit M. Mahaux du Dorisme qui habilement ont doré Mes Lebeau et Morichar. (Rires).
        Dans le dorisme, il n'y a pas de discipline : Dor est, à la fois, le pape et le vicaire. Un culte n'est considéré comme professé que lorsqu'il se manifeste par des rythmes solennels et publics.
        Que se passe-t-il à Roux ?
        C'est une longue suite de personnes qui attendent leur tour d'être introduites près de Dor.
        Après cette formalité ces gens se retirent non sans avoir passé devant le tronc comme on le sait.
        Qu'y a-t-il là de solennel et de public ? Rien, absolument rien.
        Il y a bien un rythme... public peut-être, mais non solennel le jour de la Toussaint où le propriétaire de l'endroit prononce un discours saugrenu.
        Le prévenu a purement et simplement fondé un système de morale. Me Lebeau n'est pas parvenu à prouver que ce style ampoulé étant de Dor lui-même, on a fait justice de son soi-disant désintéressement.
        N'a-t-il pas voué une haine féroce à M. Romain qui a refusé de remettre au prévenu une partie de son bénéfice provenant de la vente de margarine ? Abordant l'examen de l'argument invoqué par la défense, à savoir que le Dorisme devait être protégé, en vertu de l'article 14 de la constitution, qui garantit le libre exercice des cultes.
        De quel culte, s'agit-il, ici ?
        Pensez, Messieurs, que la loi a laissé aux tribunaux le soin d'apprécier si des manifestations religieuses peuvent être élevées à la hauteur d'un culte.
        Les pratiques du Dorisme ne sont pas d'un culte, mais bien de la superstition.
        Un dernier argument qui est décisif : c'est l'aveu de Dor lui-même.
        Le 2 juin, le prévenu envoyait à « La Région » de Charleroi, un droit de réponse dans lequel il disait qu'il n'existe pas de Dorisme, car à l'Ecole Morale, il n'y a ni religion, ni secte, ni société, ni rien qui puisse porter un nom. Le Père Dor dit toujours comme Jésus : « Je ne suis pas revenu pour apporter la paix sur la terre, mais l'épée, car sans la destruction de toute idée religieuse, l'accord des uns avec les autres est impossible. »
        Voilà ce que le prévenu écrivait lui-même ; il nie qu'il existe la moindre idée de religion et il nie qu'il y ait des Doristes.
        Sera-t-il permis à n'importe qui d'exercer l'art de guérir pour commettre des escroqueries.
        Nous nous trouvons en présence d'un escroc fort habile, retors, qui ne craint pas de s'attaquer à une sexagénaire.
        Je pense qu'il sortira d'ici flétri par une condamnation et qu'il paiera ainsi la mort prématurée à laquelle il a, par ses odieuses prescriptions, condamné beaucoup de petits enfants. (Mouvement).
        M. Mahaux donne lecture de ses conclusions motivées et M. le Président donne la parole à Me Lucien Lebeau.
        Celui-ci déclare qu'il ne rencontrera qu'une objection : celle affirmant que le Dorisme n'est pas une religion.
        On a pris la définition du mot religion dans un Larousse. Ces définitions n'ont aucune valeur.
        L'honorable avocat versera aux débats un livre publié par une sommité en la matière.
        On a fait état d'une lettre de M. Dor dans laquelle il reconnait lui-même que le Dorisme n'est pas une religion.
        Et bien, malgré M. Dor lui-même, le Dorisme est une religion.
        Si on avait interrogé Mahomet sur le point de savoir s'il avait fondé une religion, il eut protesté et aurait répondu : « Non, je suis seulement le prophète et je mets simplement en pratique une morale qui m'a été révélée.
        Il faut être moral pour éviter la désincarnation ainsi que le proclame le Bouddhisme. Le Dorisme existe malgré M. Dor.
        M. Dor a suscité chez les Doristes des sentiments religieux : il n'y a donc pas de religion méprisable et méprisée.
        Peu importe les formes extérieures que revêt le Dorisme, il y a culte et à l'insu de M. Dor, lui-même.
        L'article 14 protège les cultes à quelque titre que ce soit contrairement à ce qu'a prétendu M. le procureur du Roi.
        Le Dorisme a poussé les adeptes à poser des actes honnêtes et consciencieux.
        La liberté de conscience est ce que nous avons de plus cher.
        Ceux qui voient conduire à Lourdes des malheureux qui meurent en cours de route, voient dans ce fait une manifestation divine s'ils sont croyants ou une odieuse chose s'ils sont mécréants.
        Prenez garde, Messieurs, les persécutés d'aujourd'hui peuvent être les persécuteurs de demain.
        Un seul moyen d'éviter cela, c'est de rendre un jugement d'acquittement.
        Cet homme façonne des braves gens ; laissez-le continuer ; nous en avons fortement besoin.
        Les débats sont clos. L'affaire est mise en délibéré il sera statué à l'audience du 16 décembre prochain.
        A 6 heures 40, Pierre Dor quitte le Palais de justice, entouré d'une demi-douzaine s'agents de police.
        Un nombreux public lui fait escorte, en le conspuant fortement.
        Ce sont aussi des bordées de coups de sifflet.
        Ce cortège pittoresque s'achemine vers la Ville-Basse et le prévenu quitte la ville de Charleroi où il ne reviendra plus avant le 16 décembre prochain pour entendre la lecture du jugement qui interviendra.
                                                                     RASAM.

    La Région de Charleroi, 1er décembre 1916 (source : Belgicapress)


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