• Pour les moeurs (Tatène 9 mai 1912)

    Pour les moeurs (Tatène 9 mai 1912)

    POUR LES MŒURS.

        L’an dernier, la Ville, apparemment sur la proposition de quelque édile prude et austère, eut la malencontreuse idée de faire placer un régiment de réverbères, à la lumière profuse et indiscrète, au Jardin du Tir et au Quai de Coronmeuse.
        Ces endroits étaient, comme chacun sait, durant les belles soirées sans lune le lieu de prédilection des amoureux.
        Ceux-ci y trouvaient des coins charmants et des bancs propices à leurs muets ébats...
        Mais voici que l’invasion des becs Auer municipaux vint impitoyablement faire la lumière aux bons endroits !
        Ce fut d’abord très ennuyeux pour les couples qui refluèrent prudemment vers la solitaire et obscure Ile Monsin.
        Cela ne dura qu’un temps et, bientôt les endroits trop rapidement désertés virent, peu à peu, revenir leurs clients enamourés.
        En dépit de leurs clartés artificielles, le Quai et le Jardin redevinrent rapidement la terre promise des amoureux qui n’ont plus cesse de les fréquenter assidument.
        Voici qu’une effarante nouvelle nous arrive.
        On nous assure qu’il vient de se créer, sous le titre « Ligue de défense de la vertu », une association dont les membres s’engagent à aller par un roulement judicieusement combiné, occuper chaque soir, de 9 heures à minuit, tous les bancs du Quai et du Jardin.
        Ils espèrent ainsi, par leur vigilante présence purger à bref délai ces endroits si fréquentés par les couples en mal de solitude.
        Notre Gouverneur D. V. B. P. D. F. a été nommé président d’honneur de cette ligue dont on appréciera la haute portée morale.
        Parmi les membres qui se proposent d’être les plus actifs, on cite les noms d’Antoinistes notables, de cléricaux en vue, d’austères protestants, de bedeaux honoraires et de vieilles bigotes à la vertu éprouvée.
        Si cette silencieuse et pacifique croisade donne de bons résultats, la Ligue créera des sections pour veiller de même à la bonne tenue de nos autres pares liégeois...
                                                        
    Feu Tchantchet.

    Tatène (Journal satirique de Liège) n°13 du 9 au 16 mai 1912


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