• Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (critique du livre)

    Vivier (Robert) Délivrez-nous du mal. Antoine le guérisseur

    50.584 VIVIER (Robert) Délivrez-nous du mal. Antoine le guérisseur Paris Grasset 1975 374

    Au moment où les éditeurs publient des ouvrages très inégaux sur les sectes il est utile de signaler existence un ouvrage déjà ancien (Iré éd 1936) consacré au fon dateur une secte guérisseuse et qui fait objet récemment une réédition. Il agit une biographie romancée de Louis Antoine appelé le Père Antoine ou plus solennellement le Père) et de son épouse (la Mère) retraçant également la naissance du mouvement religieux dont il fut initiateur. Apologétique et édifiant mais respectant les faits, écrit d'après des sources orales et une compilation de livres antérieurs par un auteur sympathisant, l'ouvrage sert sans doute aux adeptes se conforter, à chaque lecture dans idée que le fondateur de l'antoinisme était un homme merveilleux possédant des pouvoirs extraordinaires. Nous pouvons lire autrement ce récit.

    Tout abord ce texte montre la naissance un prophétisme en milieu populaire. Louis Antoine né dans une famille modeste de mineurs belges lui-même mineur et ouvrier métallurgiste peu satisfait de sa condition sociale ayant quitté école trop tôt initie au spiritisme Allan Kardec en se joignant un groupe spirite appelé Les Vignerons du Seigneur. Là il se découvre des talents de médium et devient un personnage dominant. Grâce à la communication avec les esprits, il prodigue des conseils de santé aux malades. Désireux de gagner d'autres personnes à la cause spirite, il publie avec des amis Le petit catéchisme pour servir l'instruction des enfants et des personnes ne connaissant pas le spiritisme (1896).
    Guérisseur spirite à partir de 1900, il se verra poursuivre pour exercice illégal de la médecine (il sera acquitté lors de son procès). Ses patients devenant de plus en plus nombreux, il cesse de les recevoir en particulier, il les traite collectivement.
     Louis Antoine ne se contente pas de guérir. Il veut théoriser et prendre la parole: il écrit l'Enseignement (1905), qu'il considère comme dépassé un an plus tard. Il fait alors détruire ensemble des exemplaires invendus et publie une série de conférences intitulée La Révélation (1908). Il agit maintenant pour ce médium de guérir les âmes et pour les patients de devenir des croyants. En conséquence il apporte une doctrine à la fois morale et spiritualiste où on retrouve des éléments de doctrine catholique. La guérison du mal organique n'est plus l'essentiel de sa mission, il développe une vision du monde qu'il poursuit dans le Couronnement de l'oeuvre révélée (1909) et dans Développement de l'enseignement du Père (1912). Cependant son don de guérison devient la justification de son charisme. Le passage du spirite professionnel au fondateur de religion se fait au travers de tourments personnels et d'expériences de jeûnes. Parallèlement il organise autour de lui un groupe de disciples qui gère le mouvement religieux naissant.
    On le voit le livre de R.Vivier peut être lu en référence à la théorie wébérienne du prophétisme où on voit un individu arriver par ses expériences personnelles à des convictions nouvelles sur une voie de salut, prêcher un enseignement et rassembler un cercle de disciples tout en montrant jusqu'à sa mort des dons de guérison qui justifient aux yeux de ses adeptes le crédit qu'il réclame.
    Remarquable aussi est la succession du Père Antoine: celle-ci est fondée sur la transmission des dons qui légitiment son charisme; peu avant sa mort, il atteste que son épouse possède le fluide de guérison et elle peut donc lui succéder comme autres adeptes le feront à l'avenir. Seulement de succession en succession, nous sommes parvenus actuellement dans le mouvement à une routinisation: il y a bien un choix des serviteurs mais dans le protocole religieux, ils ne font que répéter le geste de prière du Père lui laissant "faire l'opération" : le charisme est transmis.
    En lisant cette biographie, on se dit qu'il serait intéressant d'enquêter sur les déterminations sociales qui ont permis d'impulser dans un milieu populaire un mouvement religieux se réclamant d'un spiritisme réincarnationiste mâtiné de catholicisme et de thérapeutique religieuse, et qui adopte comme uniforme "des serviteurs" un vêtement fortement inspiré de la lévite juive que Louis Antoine avait vue lors d'une période de travail en Europe de l'Est.
    A bien des titres le mouvement antoiniste, qui semble avoir régressé numériquement, mérite une étude; le livre de Robert Vivier constitue un élément du dossier.

    Régis Dericquebourg


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