•     Ce qui nous semble le mieux organisé à Lyon, c'est la charité; elle est peut-être à la hauteur de la misère. Hôpitaux, hospices, orphelinats, ouvroirs, écoles d'apprentissage, bureaux de bienfaisance, maisons de retraite et de refuge y sont plus nombreux et plus abondamment pourvus que dans la plupart des grandes villes de France. Le vaste Hôtel-Dieu, qui développe sur la rive droite du Rhône trois cents mètres de façade surmontés d'un dôme de Soufflot, n'a cessé d'accroître ses ressources depuis le vie siècle que le fondèrent Childebert et la reine Ultrogoth. Beaucoup de grands seigneurs et de riches bourgeois lyonnais figurent parmi ses bienfaiteurs : le véritable Lyonnais est assez fier de son pays pour lui faire, à l'occasion, largesse de sa fortune. Il dispose de douze cents lits gratuits, de deux cents lits payants, et ses services médicaux et pharmaceutiques sont aussi complets qu'irréprochables.
        En face de l'Hôtel-Dieu, sur la rive gauche du fleuve, grouille le faubourg populeux, besogneux, remuant et parfois menaçant, d'où lui viennent sans doute la plupart de ses malades : la Guillotière. Nous n'avons vu nulle part, même à Paris, groupe d'habitations plus pauvres, plus mornes, plus sèches. Cela s'étend en platitude sans verdure, sans art, sans rien de clair ni de joyeux, jusqu'aux lugubres casernes de la Part-Dieu, que secondent les forts des Brotteaux, de Villeurbanne, de la Motte, du Colombier, de la Vitriolerie, élevés, on dirait, moins pour protéger la ville frontière contre l'étranger que pour maintenir dans le servage industriel une multitude d'esclaves suspects d'indocilité.

    Louis Barron, Le nouveau voyage de France (1899)
    souce : gallica


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