• Algemeen Handelsblad (27-06-1912)

     

               Antoine, de genezer.
        Antoine, een man, die zijn leven nog al naam gemaakt heeft als stichter van een nieuwen godsdienst, waarvoor nu te Jemappe een tempel staat, die eenige vermaardheid kreeg, is Maandagnacht te Jemappe overleden.
        In 1846 te Grande Flémalle bij Luik geboren, was Antoine omstreeks 21 jaar geleden uit Rusland, waar hij eenig fortuin gemaakt had, in België teruggekeerd. Hij vestigde zich toen te Jemappe en deed in het gehucht Bois de Mont eene arbeiderswijk aanleggen.
        In 1895 liet hij eenige dier woninge tegen den grond halen en daarvoor in de plaats kwam toen een tempel van beischeiden afmetingen. Daarin predikte hij een godsdienst van goedheid, liefde en solidariteit. De goedgeloovigen schreven hem ook de macht toe om door handoplegging ziekten te genezen - vandaar zijn bijnaam ,,de genezer''. Hij vond vele aanhangers onder alle klassen der matschappij, ook in Frankrijk en in Duitsland, tot zelfs de Vereenigde Staten. Niet lang geleden werd aan de Belgische volksvertegenwoordiging een petitie aangeboden, geteekend door 130.000 Antoinisten in België, die verzochten dat hun godsdienst onder de officieel erkende zou worden opgenomen.
        De overledene werd tweemaal gerechtelijk vervolgd wegens het ongeoorloofd uitoefenen van geneeskundige praktijk. De eerste maal werd hij tot eene oete van 26 francs veroordeeld, de twede maal volgde eene vrijspraak.
        De dood van Antoine heeft onder de bevolking van Jemappe groote droefenis teweeggebracht. Hij was er algemeen zeer geliefd wegens zijne edele denkbeelden, zoodat Zondag a.s. de begrafenis van den overledene eene indrukwekkende plechtigheid belooft te worden.
        De overledene had in zijn jeugd eene zeer gebrekkige opvoeding genoten, maar zich in zijn later leven door eigen arbeid ontwikkeld, welke ontwikkeling hij boven alles dienstbaar had willen maken aan het welzijn zijner medemenschen.

    Algemeen Handelsblad (27/06/1912)

     

    Traduction :

              Antoine, le guérisseur.

        Antoine, un homme qui s'est déjà fait un nom de son vivant en tant que fondateur d'une nouvelle religion, pour laquelle il y a maintenant un temple à Jemeppe, qui a acquis une certaine renommée, est mort lundi soir à Jemeppe.
        Né en 1846 à Grande Flémalle près de Liège, Antoine était revenu de Russie, où il avait fait fortune, en Belgique il y a environ 21 ans. Il s'installe à Jemeppe et construit un quartier ouvrier dans le hameau du Bois de Mont.
        En 1895, il fit détruisit quelques-unes de ses maisons et les remplaça par un temple des petites dimensions. Il y prêchait une religion de bonté, d'amour et de solidarité. Le crédule lui attribuait aussi le pouvoir de guérir les maladies par l'imposition des mains, d'où son surnom de "guérisseur". Il a trouvé de nombreux adeptes dans toutes les classes de la société, y compris en France et en Allemagne, et même aux États-Unis. Il n'y a pas si longtemps, une pétition a été présentée au Parlement belge, signée par 130.000 Antoinistes en Belgique, qui ont demandé que leur religion soit incluse parmi les religions officiellement reconnues.
        Le défunt a été poursuivi à deux reprises pour avoir exercé illégalement la médecine. La première fois, il a été condamné à prêter serment à 26 francs, la deuxième fois, il a été acquitté.
        La mort d'Antoine a causé une grande tristesse parmi la population de Jemeppe. Il y était très populaire en raison de ses idées nobles, de sorte que dimanche, les funérailles du défunt promettent d'être une cérémonie impressionnante.
        Dans sa jeunesse, le défunt avait reçu une éducation très médiocre, mais, plus tard dans sa vie, il s'était développé par son propre travail, qu'il avait surtout voulu rendre serviable au bien-être de ses semblables.


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  • La mort d’Antoine le Guérisseur

    Un homme de Wallonie, un petit bourgeois, presque du peuple, est mort mardi, qui avait acquis non seulement en Belgique même, mais un peu partout où il y avait des malades et des désespérés ne célébrité et un crédit exceptionnels, c’est ce qu’on appelait Antoine le Guérisseur. Il n’avait fait rien de moins que de fonder une religion, une espèce de variété de christianisme mélangée de théosophie. Il guérissait par la prière et l’imposition des mains, à la manière des « christian scientists » d’Angleterre et d’Amérique.
        Peu à peu les malades de l’âme comme da corps, les incurables, les déséquilibres, les névrophates, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmappes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmappes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » recrutés parmi les inquiets d’un culte nouveau et augmentés des guéris reconnaissants formaient une communauté éparse en divers lieux, mais fort nombreuse.
        Le prophète et guérisseur belge n’est plus. Il y a quelques jours, la santé d’Antoine était devenue précaire et lundi matin un incident inattendu a encore accrues craintes de son entourage. Vers dix heures trente, comme il se trouvait dans son temple, il s’affaissa subitement, frappé d’apoplexie. On dut le transporter chez lui où reprit peu à peu ses esprits.
        Sur tes entrefaites, un grand nombre de ses disciples, vêtus de soutanelles d’une coupe spéciale et coiffés d’immenses chapeaux, étaient accourus près du lit de leur maître. Antoine alors proféra : « Demain quelque chose de sérieux se produira. » Puis ajouta d’une voix sourde : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux. »
        Antoine avait tarde beaucoup avant de faire sa révélation et de se déclarer l’homme de Dieu. Pendant nombre d’années, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la Société anonyme des tôleries liégeoise. Puis il s’occupa d’assurances
        Enfin vinrent la grâce, l’action publique, les prédications publiques. Antoine était alors déjà dans l’âge mûr. On le dit propriétaire des maisons ouvrières qui entourent son temple. D’aucuns estiment sa fortune à 80,000 fr. Quoi qu’il en soit, Antoine le Guérisseur a toujours vécu modestement.
        Au temple où il prêchait, Antoine avait adjoint une imprimerie et publiait chaque semaine un journal populaire qui tirait plus de 20,000 exemplaires et répandait les doctrines de l’apôtre.
        Il y a quelques mois, les antoinistes de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition demandant que la religion nouvelle fût reconnue par l’Etat.
        La pétition des fidèles du culte antoiniste portait cent mille signatures.
        L’œuvre d’Antoine ne sera pas arrêtée par sa mort. Au temple, son corps a été exposé, l’affiche suivante a été apposée disant que « le conseil d’administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd’hui mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu’elle suivra toujours son exemple. Il n’y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera la tribune pour les opérations générales les quatre premiers 1 jours de la semaine à dix heures. »

    L'impartial N°9689, vendredi 28 juin 1912 (La Chaux-de-Fonds)


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  • La « mort de l'auteur »

        Roland Barthes aimait raconter cette petite blague à ses étudiants : un infirme se plonge dans l’eau de Lourdes pour que sa situation s’améliore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve. Passé maître dans les discours aux multiples sens, qu’il s’amusera à démystifier, Barthes accouche en 1968 de cet article bizarre qu’est « La mort de l’auteur ».
        Les deux textes gagnèrent cette popularité surtout par leur opposition à Lanson et à Sainte-Beuve, critiques dominants dans les études littéraires françaises, qui attachent une grande importance à la connaissance de l’auteur dans le jugement d’une œuvre. Or, pour Barthes, « l’auteur est mort » : il affirme que « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur ». En effet, son idée est que l'auteur doit céder sa place au lecteur, qui réécrit le texte pour lui-même (on dit volontiers depuis qu'il en possède sa propre lecture (expression que dénonce d'ailleurs Thierry Maulnier)) : l'auteur n'est donc plus le seul garant du sens de son œuvre. D'autre part Barthes souligne que l'approche traditionnelle de la critique littéraire soulève un problème complexe : comment peut-on connaître précisément l'intention de l'auteur ? Sa réponse est qu'on ne le peut pas. Il donne comme exemple Sarrasine d'Honoré de Balzac texte dans lequel un homme prend un castrat pour une femme et tombe amoureux d'elle. Quand le personnage (Sarrasine) délire sur celle qu'il croit être l'image même de la féminité, Barthes défie les lecteurs de trouver qui parle et de quoi : Balzac ou son personnage ?.
       Autrefois, lorsqu’un auteur était « consacré », tous ses écrits devenaient automatiquement œuvre, y compris la correspondance, les brouillons, etc. Maintenant que l’auteur est mort, un écrit devient œuvre (ou « texte » dans notre cas) si son contenu est conforme à l’idée que l’on se fait de l’auteur. De nombreux exécuteurs testamentaires ont brûlé la correspondance d'écrivains célèbres, pensant qu'elles pouvaient ternir l'image du disparu. Ils le faisaient soit de leur propre chef, soit à la demande de l'auteur.
         Si demain on découvrait un manuscrit écrit de la main de Roland Barthes (l’homme) mais ne correspondant pas au style de Barthes (l’écrivain) pourrait-il être délibérément omis de ses œuvres complètes (qui pour le coup ne le seraient plus) ? Ce n'est pas impossible. Le nom de l’auteur sert somme toute de désignateur à son travail. Dire avoir « lu tout Roland Barthes » signifie avoir lu ses œuvres, non l’homme. De même, découvrir que La mort de l'auteur serait de la main d’un autre changerait la conception de Barthes-écrivain, mais pas de Barthes-l’homme. L’auteur est donc construit à partir de ses écrits, et non l’inverse. L’auteur n’est plus à l’origine du texte ; celui-ci provient du langage lui-même. Le « je » qui s’exprime, c'est le langage, pas l'auteur. L’énonciation est ici une fonction du langage.
        Pensée cousine de celle de Paul Valéry dans Tel Quel, lorsque celui-ci y indique :
        "Quand l'ouvrage a paru, son interprétation par l'auteur n'a pas plus de valeur que toute autre par qui que ce soit."
        "Si j'ai fait le portrait de Pierre, et si quelqu'un trouve que mon ouvrage ressemble à Jacques plus qu'à Pierre, je ne puis rien lui opposer — et son affirmation vaut la mienne."
        "Mon intention n'est que mon intention, et l'œuvre est l'œuvre."

    source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Barthes


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  • MORT D'ANTOINE "LE GUÉRISSEUR", EN BELGIQUE
                             Bruxelles, 25 juin.

        Cet après-midi est mort, à Jemeppe-sur-Meuse, Antoine « le Guérisseur », universellement connu. Il avait été pris, lundi soir, d'un léger dérangement ; il avait 66 ans.
        Parti en Russie, il y a vingt ans, comme mécanicien, il était revenu avec quelque argent. A son retour, il fonda a Jemeppe des maisons ouvrières, puis, en 1895, il édifia un temple. La guérison devait s'obtenir par la foi et par l'imposition des mains.
        Antoine parvint à obtenir des guérisons dans les domaines nerveux. Il avait de nombreux adeptes en France et en Allemagne.
        Il fut condamné une fois pour exercice illégal de la médecine, une autre fois acquitté. Il ne se faisait pas payer.

    Le Petit Journal 26 juin 1912 (Numéro 18079)
    source : gallica.fr


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  • FOUNDED A NEW RELIGION.

    Cure Attributed to the Late Louis
    Antoine, Once a Miner.

        BRUSSELS. July 2. – Louis Antoine, a workman who became a famous healer and died at Jemeppe near Liege last week, founded a new religion, built a temple, attended the sick and the needs, but never tool a cent from any one.
        He was a miner who inherited a little money and devoted himself to spiritualism. His followers say that he often received visits from spirits who dictated long messages, one of which bade him exercise the gift of healing.
        Thereupon Antoine betook himself to the poor of his parish and is believed to have effected several cures. His fame spread. He built a church partly with his own money.
        Every weekday except Friday and Saturday Antoine used to hold a service. The congregation assembled at 9 o’clock and kept silence for half an hour. At 9.30 o’clock an adept would announce that operation would take place at certain hours and that all who wished to be cured must have perfect faith.
        On the stroke of 10 o’clock Antoine a picturesque figure with iron gray hair falling to the shoulders and iron gray beard would enter, wearing black cassock, face the people motionless for a minute, lift his right hand and hold it extended for minute and walk out again.
        The service would be complete when the adept had proclaimed, "Every one whose faith is strong enough shall be healed."
        Antoine lived a hermit’s life, slept but little, ate only vegetables, never read, hardly ever spoke. But he leaves behind him some 100.000 souls in Belgium, France, Germany and the United States of America who devoutly believe in him as a heaven sent miraculous healer.

    The Sun, Sunday, July 14, 1912 (fultonhistory.com)

     

    Traduction :

    IL A FONDÉ UNE NOUVELLE RELIGION.

    Guérison Attribuée au défunt Louis
    Antoine, anciennement Mineur.

        BRUXELLES. 2 juillet - Louis Antoine, un ouvrier qui est devenu un célèbre guérisseur et qui est mort à Jemeppe près de Liège la semaine dernière, a fondé une nouvelle religion, construit un temple, soigné les malades et les nécessiteux, mais n'en a jamais touché un sou.
        C'était un mineur qui a hérité d'un peu d'argent et s'est consacré au spiritisme. Ses disciples disent qu'il recevait souvent des visites d'esprits qui lui dictaient de longs messages, dont l'un lui demandait d'exercer le don de guérison.
        Antoine s'est alors tourné vers les pauvres de sa paroisse et on pense qu'il a fait plusieurs guérisons. Sa notoriété s'est répandue. Il a construit une église en partie avec son propre argent.
        Tous les jours de la semaine, sauf le vendredi et le samedi, Antoine avait l'habitude d'organiser un service. L'assemblée se réunissait à 9 heures et gardait le silence pendant une demi-heure. A 9h30, un adepte annonçait que l'opération aurait lieu à certaines heures et que tous ceux qui souhaitaient être guéris devaient avoir une foi parfaite.
        Sur le coup de 10 heures, Antoine, un personnage pittoresque aux cheveux gris tombant sur les épaules et à la barbe grise entrait, portant une soutane noire, faisait face à la foule immobile pendant une minute, levait sa main droite et la tenait tendue pendant une minute et repartait.
        Le service serait complet quand l'adepte aurait proclamé : "Tous ceux dont la foi est assez forte seront guéris."
        Antoine vivait une vie d'ermite, dormait peu, ne mangeait que des légumes, ne lisait jamais, ne parlait presque jamais. Mais il laisse derrière lui quelque 100.000 âmes en Belgique, en France, en Allemagne et aux Etats-Unis d'Amérique qui croient fermement en lui comme guérisseur miraculeux envoyé par le ciel.


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