• Une Nouvelle Religion (L'Aurore 4 sept 1911)

    AU JOUR LE JOUR 

    Une Nouvelle Religion

        Elle nous arrive de Belgique, et s’appelle l’Antoinisme...
       
    J’avoue que je la connais mal. D’abord, parce que je ne possède sur elle qu’un seul document : le premier numéro d’un journal de propagande, l’Unitif, imprimé à Jemeppe-sur-Meuse. Ensuite parce qu’elle est obscure, ou tout au moins prêchée dans le belge le plus obscur qui ait jamais été parlé ou écrit. Je devrais donc m’en taire... je ne puis m’empêcher de vous en donner une faible idée.
        Elle a son Décalogue : Dix principes révélés, en prose, par Antoine-le-Généreux, Dieu parle... Remercions Antoine-le-Généreux d’avoir méprisé les vers. C’eût été terrible !... Voici la prose :
        « Premier principe : Si vous m’aimez, vous ne l’enseignerez à personne, puisque vous savez que je ne réside qu’au sein de l’homme. Vous ne pouvez témoigner qu’il existe une suprême bonté, alors que du prochain vous m’isolez. »
        Le décalogue de Moïse avait une qualité : il était concis, et, du même coup, fort clair. Le décalogue d’Antoine-le-Généreux est diffus et pâteux. J’offre une prime à qui m’expliquera la fin du troisième principe :
        « Vous ne pouvez faire la morale à personne, ce serait prouver que vous ne faites pas bien, parce qu’elle ne s’enseigne pas par la parole, mais par l’exemple et ne voir le mal en rien. »
       
    Evidemment, en s’appliquant, on arrive à comprendre. Mais c’est, en vérité, une peine bien inutile...
        Les contradictions n’effrayent pas Antoine-le-Généreux. L’épigraphe de l’Unitif est : « L’expérience seule a le droit de parler » – phrase d’un style épouvantable, mais qui exprime après tout, une idée assez juste. Plus loin, je lis : La croyance en Dieu résulte de l’intelligence ». Et voici maintenant le septième principe :
        « Tâchez de vous pénétrer que la moindre souffrance est due à votre intelligence qui veut toujours plus posséder ; elle se fait un piédestal de la clémence en voulant que tout lui soit subordonné... » O ma tête ! Si, par malheur l’antoinisme venait à se répandre parmi nous, c’en serait fait de la pauvre langue française, déjà malade !
        Il existe un groupe antoiniste à Bruxelles, Un disciple écrit : « De jour en jour, le nombre des adeptes augmente et actuellement notre groupe est très important ; la plupart appartiennent à la meilleure bourgeoisie et, parmi eux, nous remarquons beaucoup d’intellectuels, professeurs, philosophes... » « Eh ben ! mon colon ! », dirait Courteline !
        Les antoinistes se réunissent, habillés d’un uniforme spécial, dont je serais curieux d’avoir une description, pour écouter des lectures ou les prédications d’Antoine-le-Généreux. L’un d’entre eux, qui remplit les fonctions de sténographe du groupe, nous affirme qu’Antoine est un puriste, corrige soigneusement la ponctuation, et disserte sur le style !...
        La France compte déjà, paraît-il, nombre d’antoinistes. Beaucoup font le voyage de Jemeppe, car Antoine est guérisseur... Des groupes existeraient dans le Nord et dans l’Aisne, à Paris, Tours, Vichy, Nice, Monte-Carlo, Aix-les-Bains, Grenoble. Je veux bien le croire. Ce sont des groupes silencieux et modestes. Ils ont raison.
        Pauvre humanité ! On cherchera donc toujours à abuser de ta naïveté inépuisable et de ta sottise ?

                                                 F.-Robert Kemp. 


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  • Une nouvelle religion (La Calotte 30 déc 1910).jpg

           Une nouvelle religion.

        La Chambre des représentants de Belgique vient d’être saisie d’une pétition monstre qui ne compte pas moins de 160,000 signatures.
        Les pétitionnaires, tous disciples d’Antoine le Généreux, revendiquent la reconnaissance légale pour « le culte antonin » dont le temple construit à Jemmapes-sur-Meuse, a coûté plus de cent mille francs.
        Le patron de la nouvelle religion, Antoine le Généreux, est un « guérisseur » fameux qui a soigné avec succès des milliers de malades et s’est acquis une grande renommée de sainteté.
        Les adeptes du nouveau culte appartiennent à toutes les classes de la société.
        S’ils réclament de la Chambre des représentants la reconnaissance de leur culte, c’est afin d’assurer l’existence de leur temple de Jemmapes et des autres sanctuaire qu’ils sont dans l’intention de bâtir.
        Par le bénéfice de la loi, la propriété de cet édifice sera transférée aux fabriques ou consistoires qui en dirigeront l’administration.
        Ainsi se constitueront autour du nouveau culte des associations cultuelles, telles que la loi de 1905 en avait prévu l’organisation en France.
        La pétition adressée à la Chambre belge par les adeptes du « culte antonin » a les plus grandes chances d’aboutir et, de l’avis d’un parlementaire autorisé, jamais pétition aussi importante n’est parvenue à la Chambre des représentants, même quand il s’est agi des lois sur l’instruction obligatoire.

     

    La Calotte, 30 décembre 1910

     


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  • Le culte antoiniste (L'Écho Saumurois 5-6 décembre 1910)

    Le culte antoiniste

        Bruxelles. – Une curieuse pétition vient, de parvenir à la Chambre des représentants. Plus de 160.000 Belges l’ont signée. Jamais, même pour le suffrage universel et pour l’instruction obligatoire, on n’était parvenu à réunir autant de signatures. Cette pétition est accompagnée d’une lettre du Comité du « Culte antoiniste ; elle est signée par M. de Regnancourt, propriétaire à Jemeppe-sur-Meuse, président ; M. F. Delcroix, professeur à l’Athénée de Liège, secrétaire ; M. C. Delannoy, lieutenant d’infanterie, trésorier. Les pétitionnaires réclament la reconnaissance légale de leur culte.
        « La religion antoiniste, disent-ils, est fondée sur le désintéressement le plus complet et Antoine le Guérisseur et les membres de son culte ne peuvent recevoir ni subside ni rémunération, mais ils veulent assurer l’existence de leur temple.
        » Le temple de Jemeppe-sur-Meuse a couté 100.000 francs. D’autres temples vont être érigés aux frais des adeptes ; la reconnaissance du culte aura pour effet de transférer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires qui en auront la gestion matérielle ; leur existence légale sera ainsi assurée. »
        Antoine, le fondateur de la nouvelle religion, est un magnétiseur qui a opéré quantité de guérisons et ses adeptes le considèrent comme un des plus grands bienfaiteurs dont l’humanité puisse se glorifier. »

    L’Écho Saumurois, 5-6 décembre 1910


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  • La Belgique possède
             une nouvelle religion

       Une pétition à la Chambre

        BRUXELLES, 5 décembre.  De l’envoyé spécial du « Matin » (par téléphone). – Une pétition de 160,000 signataires, tous Belges et majeurs, demandant la reconnaissance d’un culte, voilà le peu banal document qui vient de parvenir à la Chambre des représentants à Bruxelles. Il provient des disciples d’Antoine le Généreux, un homme doué d’un pouvoir guérisseur extraordinaire, et qui, dit-on, a rendu la santé à des milliers de malades.
       
    Ses adeptes sont tous adhérent du temple qui a été fondé à Jemmapes-sur-Meuse et se comptent par centaines de milliers. Aussi la religion « antonine » est-elle bien la deuxième dans ce pays, puisqu’on n’y compte que 20,000 israélites et 15,000 protestants.
        Voici cette pétition, dont le greffier de la Chambre m’a fort aimablement permis de prendre copie.

                    Monsieur le président et messieurs
                         les membres de la Chambre,
        Nous avons l’honneur de vous demander de reconnaitre par une loi le culte antonin, fondé à Jemmapes-sur-Meuse par Antoine le Généreux, et qui compte actuellement plusieurs centaines de milliers d’adeptes.
       
    Si Antoine le Généreux et ses adeptes demandent la reconnaissance de leur culte, ce n’est pas pour obtenir des subsides ou des rémunérations pour les membres de ce culte. La religion antonine est fondée sur le désintéressement le plus complet : Antoine le Généreux et les membres de son culte ne peuvent recevoir ni subsides ni rémunérations ; mais ils veulent assurer l’existence de leur temple de Jemmapes, lequel a couté 100,000 francs.
        D’autres temples vont être érigés aux frais des adeptes. La reconnaissance du culte aura pour effet de transférer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires qui en auront la gestion matérielle. Leur existence légale sera ainsi assurée. Il n’y aura donc ni droit de mutation, mi droit de gestion à acquitter.
        Le temple de Jemmapes est administré par un comité de neuf membres composé de signataires de cette protestation. Mais le comité n’en a pas la propriété légale. Il importe que cette propriété lui soit conférée.
       
    Il est inutile que nous insistions sur le caractère si moral et si élevé de l’enseignement d’Antoine le Généreux et sur les merveilleuses guérisons, tant morales que physiques, qu’il a obtenues et obtient chaque jour.
        Un simple examen d’un des certificats joints à cette pétition fera comprendre pourquoi nous considérons Antoine le Généreux comme un des plus grands bienfaiteurs de l’humanité qui puissent se rencontrer.
       
    J’ai demandé à un aimable député quel accueil peut faire la Chambre à une semblable pétition.
        Eh ! dit-il en souriant, les 160,000 signatures sont parfaitement en règle, et jamais pétition aussi importante n’est parvenue à notre Chambre, pas même quand il s’est agi de l’instruction obligatoire.
        Presque tous les adhérents du culte antonin sont des gens estimés, et il y a parmi eux beaucoup d’hommes cultivés : professeurs, médecins, etc... Des milliers d’attestations de guérisons sont jointes à la pétition. Des médecins réputés en ont signé plusieurs.
        Nous ne pouvons donc pas traiter légèrement un mouvement de cette importance, qui persiste et progresse depuis plus de vingt ans, d’autant plus que la personnalité de son chef est digne de tous respects.
        Et puis n’oublions pas, en ce qui concerne les pétitionnaires, que ces braves gens n’ont qu’un mot à dire pour que nous ayons à la Chambre un ou deux députés antonistes.

    Le Matin, 6 décembre 1910


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  • Antoine le Guérisseur (La Petite Gironde 13 déc 1910)

                   ANTOINE LE GUÉRISSEUR

        Une pétition couverte de 160,000 signatures demande au Parlement belge de reconnaître le culte « antoiniste », c’est-à-dire le culte d’Antoine, dit « le Guérisseur ». Quand la foi s’en va, les petites religions arrivent.
        L’« antoinisme » aurait poussé aux Etats-Unis, où l’on voit un monsieur monter sur une chaire, haranguer les passants et fonder une secte, il n’y aurait pas lieu d’être surpris. Mais les 160,000 Belges demandant un nouveau culte ne laissent pas de nous étonner. On ne les croyait pas si mystique depuis Hans Memling et Ruysbroeck l’Admirable...
        Antoine le Guérisseur n’est point un charlatan banal. D’abord ouvrier mineur, puis métallurgiste, il voyagea en Pologne et en Allemagne avant de s’établir avec femme aux environs de Liège. Il n’habite pas avec sa femme, mais ils vivent en parfaite intelligence, et elle le seconde dans l’exercice de sa mission providentielle.
        Le correspondant de la « Liberté » à Bruxelles donner le prophète les curieux détails suivants : « Antoine le Guérisseur vit très simplement et très sobrement. Il est végétarien dans toute l’acception du terme : non seulement il s’abstient de viande, mais aussi d’œufs, de beurre et de lait... Dès son Jeune Age, Antoine se montra d’une piété peu commune. Non seulement il priait souvent, mais il aimait à se recueillir. Il professe le catholicisme jusqu’à l’âge de quarante-deux ans ; puis il pratique le spiritisme jusqu’en 1906, date à laquelle il fonda le « nouveau spiritualisme ». »
        La doctrine d’Antoine se résume à peu près dans les principes chers à l’auteur d’« Anna Karenine ». C’est le Tolstoï des pauvres d’esprit. « Un seul remède, dit-il, peut guérir l’humanité : la foi ; c’est de la foi que nait l’amour, l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c’est ne pas aimer Dieu ; car c’est l’amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c’est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu’il est pur et de vérité. »
        Le prophète se double d’un faiseur de miracles. Il guérit par l’imposition des mains, comme les rois de France, mais ceux-ci ne guérissaient que les écrouelles. Antoine guérit tout. Il est vrai qu’il ne touche pas le membre ou la partie malades ; il n’est même pas nécessaire que le malade soit présent : un représentant suffit, Antoine entre dans le temple où sont réunis les fidèles, étend la main, et c’est tout. On vient de tous les pays du monde chez Antoine et on assure que le temple ou il opère a été édifié avec un don de 20,000 francs fait par un riche propriétaire du Midi de la France, guéri miraculeusement. Ajoutons, le détail a son importance, qu’Antoine le Guérisseur travaille gratuitement.
        Il ne faut pas sourire de l’ingénuité des fidèles ou des malades. Tous les marchands de bonheur ont leur petit succès, même s’ils n’arrivent pas à imposer leur marque. La crédulité, la suggestion, l’illusion demeurent de grandes forces d’action, même chez ceux qui croient le mieux échapper à leur emprise. Comment expliquer l’engouement de braves gens, parfois très avisés, pour de vulgaires fripouilles ou des imbéciles notoires, sinon par le mot si profond du philosophe :
        « Ce que la raison n’a pas contribué à former, le raisonnement ne saurait le détruire... »

                                                                                          P. B.

    La Petite Gironde, 13 décembre 1910


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