• Guy Faverdin - Ils ont tant de belles choses à nous dire (2015)

    Auteur : Guy Faverdin et ses guides
    Titre : Ils ont tant de belles choses à nous dire - Expériences spirites vécues

    Guy FAVERDIN, 07.07.2017 - 194 pages

    à lire en partie sur Google Books [https://books.google.fr/books?id=WOhijgEACAAJ&lpg=PA1&hl=de&pg=PA1#v=onepage&q&f=false]

     

    Ce livre retrace mes expériences spirites, vécues depuis 2011 et offre de magnifiques messages de nos guides spirituels. Sans être une méthode, ni un enseignement, il invite à l'écoute de leur guidance et tente de démystifier le spiritisme, loin des clichés et dogmes traditionnels. "Un espoir pour les personnes en recherche spirituelle et dans la souffrance du deuil."
    Les messages ont été obtenus lors de séances de spiritisme (ouija et channeling) à 4, en compagnie d'une médium ou seul par écriture automatique ou inspirée.

    Je suis convaincu que le spiritisme est accessible à tous, à condition de se laisser guider par l'amour et le respect et d'observer certaines règles. Attention, ce n’est pas un jeu, mais il et bien moins dangereux que la majorité des activités humaines, contrairement aux idées reçues, véhiculées par la peur, l'ignorance ou le désir de pouvoir.
    Nos guides spirituels sont toujours avec nous, près de nous. Ils sont toujours heureux de communiquer avec nous. Ils nous aiment sans jamais nous juger. Ils nous accompagnent, ils nous aident et ils nous le font savoir, pour peu que nous apprenions leur langage, celui du cœur.

    Voici ce que m'expliqua mon guide "Annabel" :
    « Ce n'est ni l'endroit, ni le lieu, ni l'heure qui ont de l'importance mais bien le lien qui nous unit. Rien de matériel ne peut couper ce lien. Seule votre imagination peut vous atteindre dans vos doutes. Soyez certains que nous sommes au-dessus de vos préoccupations matérielles et l'amour du vrai, l'amour du divin ne s'encombre pas des considérations qui vous tourmentent. »

     

    Voici un extrait (p.16) :

    La période des lectures assidues succéda à celle du mal être ; Allan Kardec, Léon Denis et d'autres, au gré des découvertes en librairie me rassuraient et confortaient de plus en plus. Je n'étais pas « seul ». La philosophie antoiniste, basée sur le désintéressement et la réincarnation me guida pendant plusieurs années. 


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  • Le Spiritisme - bulletin_46_septembre_2011-L'antoinisme

     

    Le Spiritisme

    Bulletin 46 - septembre 2011

     

    Sommaire :
    Editorial
    L'antoinisme
    Le caodaïsme
    Un groupe uni pour une guérison aboutie
    Retrouvailles à la suite d'un rêve
    Vie associative : ballade à Lyon
    Idées de voyage

     

    Editorial

    Si l’on veut bien se pencher sur l’origine des religions, des cultes, des croyances ou autres pratiques occultes, on ne peut que constater que tous vont puiser leurs connaissances dans l’au-delà, dans le monde des Esprits et des anges. Cette pratique de communication entre l’homme et le monde invisible, Allan Kardec lui a donné un nom : le spiritisme. Le monde entier connaît le spiritisme, le pratique, le subit ou ne veut pas en parler mais il ne laisse personne indifférent. Ce n’est pas une religion, il n’a ni rituel, ni dogme, c’est un enseignement universel où chacun peut aller puiser et en retirer un gigantesque espoir si les intentions restent bonnes et pures. 

    Alors pourquoi les hommes, dès qu’ils pensent avoir découvert la vérité et la connaissance, s’éloignent-ils de ce précepte pour aussitôt créer une nouvelle religion et s’entourer de fidèles au service d’un nouveau concept ? 

    Antoinisme et caodaisme sont deux exemples de mystification issus de la pratique médiumnique et détournés du chemin initial. La construction humaine ne dure généralement que le temps de son créateur et le chemin qui mène à la sagesse est étroit. Il faudra encore de nombreuses décennies à l’humanité pour qu’elle s’en éloigne le moins possible.

    Gilles Fernandez

     

     

    L'antoinisme

    Lorsqu’il est frappé par la maladie et la souffrance, l’être humain recherche la guérison. Les guérisons et les magnétiseurs se comptent par milliers, la plupart anonymes, certains essayent d’en tirer un profit personnel tout en mettant en avant leur acte de charité et quelques-uns, peu nombreux, doté d’une faculté hors du commun et d’un charisme certain attirent les foules auprès d’eux. Il devient alors difficile de rester humble dans la charité et de ne pas se perdre dans les concepts ancestraux des sectes ou des religions qui mettent en avant un homme adulé par ses disciples. On constate toujours que lorsque la construction spirituelle est de nature humaine et donc faillible, elle grandit avec l’être qui en est à l’origine pour s’éteindre petit à petit après sa mort laissant sans direction tout ceux qui suivaient aveuglément leur idole. C’est ainsi que naquit à la fin du XIXème siècle en Belgique, une nouvelle religion emmenée par le charitable Louis Antoine.

    Dernier né d’une famille ouvrière, catholique, de onze enfants, il commence à travailler dès l’âge de douze ans comme mineur, puis ouvrier métallurgiste. Lorsque la guerre de 1870 éclate entre la France et la Prusse, il est mobilisé, sans aller au front, par le gouvernement belge et lors d’un exercice militaire, il tue malencontreusement un de ses camarades. Il est très perturbé par cette mort et se demande pourquoi Dieu a voulu lui faire subir cette épreuve ainsi qu’à la famille du défunt. Après la guerre, Louis rentre chez lui à Jemeppe sur Meuse, il épouse une jeune fille du pays, Catherine, et ira travailler en Prusse et en Pologne. Après quelques années d’exil, le couple, qui a fait des économies, décide de rentrer en Belgique. Ils font bâtir plusieurs maisons qui leur assurent un revenu. 

    En cette fin du XIXème siècle, le spiritisme s’est épanoui dans de nombreux pays et notamment en Belgique dans la région liégeoise où réside Louis Antoine. Un de ses amis l’entraîne un dimanche à une séance d’évocation dans l’arrière salle d’un café. Après ce premier contact, Louis Antoine rentre convaincu à son domicile. Il lit Le livre des Esprits d’un trait et découvre grâce à cet ouvrage le sens de l’épreuve en particulier et celui de la vie en général. 

    Il se rendra désormais chaque dimanche aux réunions spirites, il a alors 42 ans. Il s’initie avec sérieux à la doctrine spirite selon les principes codifiés par Allan Kardec et sa médiumnité se développe rapidement. Avec l’assentiment de son épouse, heureuse de l’accompagner dans cette démarche, il fonde un groupe à son domicile fondé dans un premier temps sur des séances d’instruction. Il affirme que cet enseignement lui permet de subir avec résignation les épreuves journalières de la vie. Quelques années plus tard, il perdra son fils unique âgé de 20 ans. 

    Frère Antoine, comme l’appelle maintenant ses amis spirites, a développé une médiumnité de guérisseur par l’utilisation des passes magnétiques auxquelles il ajoute quelques prescriptions de tisanes et de fortifiants. Les malades viennent de plus en plus nombreux au domicile de la famille Antoine. Ils écoutent, dans un premier temps, les instructions des guides de l’au-delà reçues par l’intermédiaire du neveu de Louis, le frère Pierre Dor, excellent médium psychophone. Puis, Louis Antoine prodigue quelques conseils en matière de morale et ensuite soigne les affligés. Devant la notoriété naissante, il décide de se structurer et avec ses amis spirites, il fonde un groupe : Les Vignerons du Seigneur dont les statuts sont basés sur les principes des autres groupes kardécistes. Le groupe continue de grandir et se singularise en faisant confectionner une bannière noire avec deux branches de vigne brodées en fils d’argent portant ses mots : Les Vignerons du Seigneur. Nous sommes les ouvriers de la dernière heure. En 1896, Louis Antoine écrit le petit catéchisme spirite, pour servir à l’instruction des enfants et des personnes ne connaissant pas le spiritisme, publié par la société spirite Les Vignerons du Seigneur de Jemeffe sur Meuse, instruction par l’Esprit de Vérité, Esprit consolateur. La devise inscrite sur la couverture : «Vers Dieu par la science, l’humilité et la charité» Cet ouvrage insiste particulièrement sur l’aspect éthique du spiritisme plutôt que sur celui des évocations. A la fin de son livre, on peut lire : «Les Vignerons du Seigneur guérissent les malades, chassent les mauvais démons, ressuscitent les morts, s’entretiennent avec les disparus de ce monde et donnent gratuitement ce qu’ils ont reçu gratuitement.» 

    Bien que toujours fidèle dans les grandes lignes à la révélation spirite, on commence à ressentir dans l’organisation de ce groupe les prémices d’une rupture avec les grands principes de base du spiritisme. Le petit catéchisme est diffusé par les adeptes et connait un grand succès en Belgique et jusque dans le nord de la France. Le journal socialiste le Flambeau, dont le rédacteur est un ami de Louis Antoine, fait de la publicité pour les réunions. Les vignerons distribuent également des tracts sur lesquels on peut lire : «Le spiritisme donne les preuves de l’existence de Dieu, de la survivance de l’âme et conduit au bonheur éternel. Dieu vous donne le bonheur de soulager vos frères dans toutes les maladies, afflictions morales ou physiques. Le spiritisme est une philosophie consolante basée sur les enseignements du christ et s’appuyant sur les lois qui régissent l’univers». Le culte antoinisme Les malades sont de plus en plus nombreux à venir et le groupe décide de trouver un local plus grand. Antoine achète deux immeubles pour les transformer et accueillir tout ce monde. Le jour de noël 1900 devant 180 personnes a lieu l’inauguration du local. La salle est décorée des portraits d’Allan Kardec, du docteur Demeure, un des guides d’Antoine et le curé d’Ars. C’est dans ce lieu que désormais le guérisseur va recevoir ses malades. Cette pratique va attirer l’attention du corps médical qui porte plainte auprès du parquet de Liège. Le commissaire de police de Jemeppe établit un rapport sur les activités de Louis Antoine. Il signale que ce dernier reçoit beaucoup de monde sans se faire rémunérer mais que toutefois ceux qui le désirent peuvent laisser un don dans un tronc. Le guérisseur donne à ses patients des indications manuscrites sur lesquelles il conseille d’acheter un fortifiant, du thé de lichen ou de l’extrait de viande. 

    Devant le juge d’instruction, il explique que pour soigner, il pose sa main sur la personne qui le consulte et prie en attendant l’inspiration. Lorsque celle-ci ne vient pas, il renonce à donner des soins et renvoie son patient. Si par contre, son guide lui indique de quoi souffre le malade, il procède à des passes magnétiques et à la prescription. Il magnétise également des morceaux de papier qui sont placés dans une bouteille d’eau qui doit être bue. Il parle également des fluides qui enlèvent le mal et contribuent à la guérison pour autant que le malade ait la foi. 

    Antoine est condamné à une amende de 60 francs pour exercice illégal de la médecine. Ce procès ne fera que renforcer sa renommée et les malades se pressent plus nombreux encore dans ce qui deviendra un temple. Habilement, Antoine a réfléchi et supprimera de ses séances les prescriptions pour ne conserver que les passes magnétiques et la prière. 

    Les personnes venaient maintenant en grand nombre, près de 300 chaque jour et le père, comme il se faisait appeler, avait modifié le déroulement de ses séances. Il savait maintenant que seule la foi et la confiance qu’on lui accordait opèrent contre le mal et que tout remède matériel était un obstacle, convaincus que les plaies du corps sont les conséquences des plaies de l’âme. bull46 pereB Lors des séances de guérison, les patients reçoivent un numéro. Lorsqu’il est appelé, le consultant se lève et est introduit dans une petite pièce. Antoine est assis derrière un modeste bureau, il invite le malade à s’asseoir et sans perdre de temps, lui demande : «C’est pourquoi ?» Alors le malade parle de son problème physique ou psychique. Louis Antoine le regarde avec intensité, sa main droite posée sur le front de la personne. Il baisse la tête et prie. Puis, il dit d’où vient la cause de la souffrance qu’éprouve le consultant. Il conseille d’avoir la foi et si la situation ne s’améliore pas de revenir le voir. Il remet une petite brochure contenant des enseignements spirites et congédie la personne, parfois guérie, toujours mieux dans sa peau. 

    L’enseignement que donne Antoine, il l’a reçu du spiritisme et des ouvrages d’Allan Kardec, c’est de là que provient sa compréhension de la vie après la mort, de la survivance de l’âme, de la loi de cause à effet. Il dit lui-même qu’il doit beaucoup au spiritisme. Au fil des années s’appuyant sur la doctrine spirite, il a beaucoup reçu de la providence divine, il a pris une grande confiance en lui et a vu croître le nombre de ses adeptes dévoués à sa cause. 

    Au cours de séances d’évocation, il est mystifié à plusieurs reprises par des Esprits facétieux et trompeurs. Bien que le spiritisme enseigne la vigilance et l’humilité pour toute communication avec l’au-delà. Louis Antoine se sent ridiculisé et humilié. Il lui vient alors l’idée que la médiumnité et ses phénomènes appartiennent à la science tandis que la morale est du ressort de la foi. Celui qui possède une croyance certaine ne s’attache plus à la science, écrira-t-il dans son enseignement. Tout doucement, il s’écarte de la source même de l’enseignement spirite et des séances médiumniques. Il acquiert ses propres certitudes sur le secret du vrai bonheur, s’entoure de ses disciples les plus fidèles qui l’ont aidé, dit-il, à fonder une école d’amour pure et désintéressée et ne cessera de se préoccuper de l’avenir moral de l’humanité. La rupture avec le spiritisme est définitivement consommée lorsqu’il ordonne à ses adeptes de détruire par le feu les quelques 8000 exemplaires de l’enseignement spirite. Nombreux sont pourtant les messages dans l’œuvre de Kardec qui nous mettent en garde contre le culte de la personnalité et les moyens de s’en détourner. 

    Il se fait maintenant appeler Antoine le guérisseur ou Antoine le généreux ou encore le père et il apparaît désormais revêtu d’une robe noire appelée soutanelle. Il soutient que grâce au dévouement de ses adeptes, il avait dorénavant atteint un fluide plus pur. Il prêche chaque dimanche matin la doctrine nouvelle. Le père s’est laissé pousser les cheveux et la barbe, il ressemble à un prophète antique. Il reçoit jusqu’à 1200 personnes par jour. Aussi, il fait annoncer qu’il ne recevra plus en particulier mais qu’il opérera collectivement les jours fériés et les 1er et 15 de chaque mois. Le 15 août 1906, il va «opérer et sanctifier» la nouvelle religion comme il l’avait annoncé. Il se retire alors lentement de la société, il prie, médite et se nourrit sobrement de légumes et de pain. Il perd régulièrement des forces et se désincarne en 1912. 

    Après le décès de Louis Antoine, son épouse, la mère Antoine continua à développer la «cultuelle antoinisme». De nombreux temples durent, ouverts en France comme en Belgique, et le culte compta jusqu’à près de 150 000 sympathisants. 

    Le culte de l’antoinisme naquit dans les régions industrielles du Nord et connut son heure de gloire. Même si le nombre de ses adeptes a fondu au fil des années il subsiste encore aujourd’hui quelques temples discrets en France et en Belgique. 

    Louis Antoine, enfant du spiritisme, avant de renier ses racines a certainement accompli une belle œuvre inachevée. Médium guérisseur des âmes et des corps, sensible aux misères humaines et conscient de ce que les gens modestes étaient en recherche de soulagement tant physique que moral, il s’est mis au service de son prochain. Il avait la capacité de maîtriser les fluides qui soulagent et d’éveiller à la foi ceux qui l’approchaient. Il a voulu créer une nouvelle religion qui ne lui a pas survécu et il a rejoint le cimetière des nombreux prophètes tombés dans l’oubli.


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  • Le spiritisme en Belgique : 1848-1914

    à lire et télécharger sur : https://fr.scribd.com/doc/112360079/Le-spiritisme-en-Belgique-1848-1914


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  • Titre :     Le spiritisme
    Auteurs :    Yvonne Castellan (psychologue et professeur honoraire en psychologie clinique)
    Editions :    PUF, Que sais-je ? n°641, 130 pages, 1954 (pour la 1ère édition)

    Table des matières:
    Introduction
    Chapitre premier. - Naissance et définition du spiritisme
        I. Qu'est-ce que le spiritisme ?
        II. Quelques faits spirites.
    Chapitre II. - Les médiums
        I. Le dédoublement
        II. Les médiums à "aura"
        III. Les divers procédés de communication avec les Esprits
        IV. L'évocation
    Chapitre III. - Allan Kardec et la philosophie spirite
        I. Cosmogonie
        II. Les Esprits
        III. La mort, l'incarnation et la réincarnation
        IV. La morale
        V. Ancienneté et nouveauté du spiritisme
    Chapitre IV. - Le spiritisme après Allan Kardec (1870 à nos jours)
        I. La théosophie
        II. Le cao-daïsme
        III. Diffusion
    Chapitre V. - Le spiritisme devant la science
        I. La tentation métapsychique
        II. Les faits spirites
        III. Les subterfuges
    Chapitre VI. - Les positions doctrinales adverses
        I. L'Église catholique
        II. L'occultisme indien
        III. Le spiritisme et la médecine
    Conclusion
    Bibliographie

    Recension :
        On trouvera dans ce petit livre, après une définition du spiritisme, "doctrine fondée sur l'existence, les manifestations et l'enseignement des Esprits", une histoire bien documentée du mouvement spirite, guère plus que centenaire, et, pour finir, un examen des positions prises à l'égard du spiritisme par la science et les grandes confessions religieuses, notamment l'Église catholique. Bien mis en évidence sont l'étrange personnalité d'Allan Kardec et le rôle déterminant exercé par sa "philosophie" sur la formation de la doctrine spirite.
    Chroniques, Antoine Guillaumont, Revue de l'histoire des religions, 1960, Volume 158, Numéro 158-2, pp. 257-258 (persee.fr)

    Critique personnelle :
        Après un rappel des faits définitionnels et historiques, l'auteure en vient très vite à la critique. On lit par exemple : "Ce n'est pas en vain que le XIXe siècle voyait justement triompher la science véritable, celle qui s'attache à la mesure des phénomènes, à la détermination rigoureuse des lois naturelles, à l'institution d'expériences indéfiniment reproductibles, identiques à elles-mêmes, toutes choses égales d'ailleurs" (p.89) ou "La faculté médianimique se révèlent souvent chez des êtres peu développés, parfois illettrés telle Eusapia Paladino, analphabètes et incapable d'articuler quelques mots de français après plusieurs années d'expérimentation en France" (p.92-93). Signalons qu'hormis Eusapia Paladino, ou Daniel Dunglas Home qui meurt très affaibli par la tuberculose et récuse alors la spiritisme, ou encore les Soeurs Fox qui récuseront également leur pouvoir, ce livre n'évoque que des cas précis pour en faire des généralités. De plus, l'apologie de la science ne saurait étonner venant d'une psychologue, d'autant plus dans les années 50, mais un peu plus de neutralité aurait été la bienvenue (on trouve cette neutralité sur wikipedia, par exemple).
        L'auteure nous rappelle que la critique du spiritisme viendra de lui-même par son courant métapsychique (l'auteure en profite d'ailleurs pour passer sa publicité pour un autre volume de la même collection Que sais-je ? sur La parapsychologie) qui continue "de nos jours sous le nom de parapsychologie dans maints pays, dans toutes sortes de directions, intéressant très peu de gens, d'une façon générale distingués et de bonne foi" (p.95). Intéressant très peu de gens, "pas même la plupart des savants qui haussent simplement les épaules, peu soucieux de voir étendre leurs hypothèses, avec plus de hardiesse que de discernement, souvent, il faut bien le dire, à des domaines inattendus auxquels ils n'ont jamais accordé la moindre attention ni même la moindre estime. Les hypothèses métapsychiques à la différence des hypothèses freudiennes, leurs voisines - combattues elles-mêmes par les psychiatres contemporains - ne sont pas génératrices de traitements, donc ni féconds, ni véritables dans leurs effets" (p.96) et surtout non rentable, le désintéressement prévalant dans ce milieu. "Ces études mènent à des conclusions plus philosophiques et métaphysiques que véritablement scientifiques." Pourtant pourquoi continuer la recherche extraterrestre, de façon scientifique ou pseudo-scientifique ?
        Mais les critiques continuent : "il ne faut pas oublier en effet que la faculté médianimique va de pair avec un certain état hystérique" (p.97-98). Nous sommes là dans le chapitre V, le spiritisme devant la science. On aura droit à une redite dans le chapitre suivant, les positions doctrinales adverses, III. le spiritisme et la médecine.
        Peu après les critiques, dont certaines reprises du Père Mainage, l'auteure cite le témoignage de Houdini se déclarant émerveillé par 2 séances auxquelles il a assisté. Mais l'auteure revient à la charge en finissant par dire que, par la pression d'un public 'qui veut croire' tout est possible, et même les scientifiques souffrent de cet orgueil (p.105).
        On en vient pour finir sur les positions doctrinales : Églises catholique (détraction de longue date pour qui le spiritisme est l'oeuvre du diable), la tradition indienne (peu encline à la dispute et l'auteure n'arrive pas à convaincre), la médecine (la plus véhémente et blessante).
        En conclusion, l'auteure évoque à côté ds multiples écoles et dissension du spiritisme, la rapprochement du spiritisme expérimental d'avec la parapsychologie scientifique.
        Signalons enfin que l'auteur parle rapidement de l'antoinisme (p.85, Chapitre IV. - Le spiritisme après Allan Kardec 1870 à nos jours, III. Diffusion) : "Un peu plus tard, en 1888 à Jemmapes/Meuse, un ouvrier métallurgiste belge de quarante-deux ans, Antoine Louis, s'initiait aux tables tournantes et se découvrait médium. Il donna à sa révélation un tour thaumaturgique, et connut comme guérisseur un succès prodigieux (voir les médiums guérisseurs, ci-dessus p.36. En dehors des Antoinistes, nous ne parlerons pas du spiritisme thaumaturgique : il faudrait une étude considérable pour épuiser le sujet de la médecine "spiritualiste" au XIXe siècle). Il ne put se retenir de fonder une secte l'Antoinisme, dont il fut le "Père". Sa doctrine, des plus vagues, kardécistes, teintée d'évangélisme et d'occultisme élémentaire, est couronnée d'une morale en tous points traditionnelle. L'essentiel de son succès résidait dans l'imposition des mains, accompagnée d'une prière qui ne pouvait manquer de faire effet si la pureté de l'opéré et de l'opérant était suffisante. En 1910, il recueillit dans le bassin minier belge plus de cent cinquante mille signature de sympathie. L'Antoinisme peut compter à l'heure actuelle environ cent cinquante mille adhérents. Le noyau essentiel est toujours en Belgique, avec quelques filiales en France, en Allemagne et en Angleterre."
        L'auteure cite sa source qu'on aurait cependant pas eu de peine à retrouver : Maurice Colinon, Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui, Paris, Plon, 1953. On y retrouve en effet les mêmes erreurs sauf pour Jemmapes : inversion du nom et prénom (Antoine Louis), erreur sur la date de découverte du spiritisme par Antoine (1884-1886 et non 18888), expression "tables tournantes" et "les tables valsent éperdument" (alors que le Père a toujours préféré la moralisation que l'expérimentation, à partir de là, peut-on dire qu'il fut médium lui-même ? Pierre Debouxhtay y met quelques réserves, cf. p.64), similitudes de jugement sur la doctrine ("notions théosophiques assez obscures, accompagnées d'une morale aussi simpliste qu'efficace qui ravit ses familiers" dit Colinon), évangélisation chez Castellan & "ses promoteurs organisent un véritable plébiscite dans le bassin minier", quelques filiales en France vient des quelques villes ayant un temple cité par Colinon, et les fidèles en Allemagne et dans les pays anglo-saxons.
        On s'étonne de voir le caodaïsme occupé tout un chapitre et pas l'antoiniste, on regrette que l'auteure ne donne pas un livre essentiel sur le spiritiste thaumaturgique, on regrette surtout que l'auteure n'ait pas confronté le témoignage de Colinon avec celui de Debouxhtay et donc de reproduire autant d'erreurs en si peu de lignes.
        Il est donc dommage que ce numéro ne soit pas réédité avec les corrections nécessaires voire même réécrit par un autre auteur qui aura soin de se tenir au fait. Il y a bien Le paranormal qui évoque succinctement le spiritisme, et édité en 2006, dont l'auteur est chercheur au CNRS, mais cela est peu compte tenu de l'importance de ce mouvement. Le numéro L'ésotérisme évoque quant à lui la Théosophie.


    Une synthèse du spiritisme, du Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec critique également ce volume :
        Contrairement à des affirmations d’intention, notamment celles d’Yvonne Castellan dans son « Essai sur le Spiritisme » paru dans la collection «Que sais-je ? », les effets de la pratique spirite sur les médiums dignes de ce nom n’ont aucun effet négatif sur leur mental. Au contraire, ce sont les fluides bénéfiques des Esprits supérieurs qui leur donnent un charisme qui s’étendra sur tous ceux qui les approchent : conseils, consolations, encouragements à développer leur volonté, à agir dans le sens du beau, du bien, du juste seront leurs adages. Dire que le médium est fragile car son rôle tient dans sa passivité est une contrevérité, en tous les cas, un signe d’ignorance. Prendre des cas particuliers pour en faire une généralité démontre une faiblesse dans le raisonnement par suite d’une étude peu approfondie du problème.
        Le médium spirite est celui qui fondamentalement doit se perfectionner moralement, or ce perfectionnement ne peut se réaliser que par des exercices de volonté gradués mais constants. Lire chez Madame Castellan que le Spiritisme réalise une contre-éducation, affaiblit sa volonté et livre ses adeptes à toutes les fantaisies de l’inconscient automatique, démontre que cette dernière fait preuve d’une accablante ignorance. Elle ne cite et n’a vu que des cas d’obsessions sur des personnes ayant des facultés médiumniques mais sans aucune culture et enseignement spirite. Elle oublie de citer le nombre de possédés ou d’obsédés guéris dans les centres spirites, là où tous les traitements psychiatriques échouent, faute d’en déterminer la vraie cause.Il est une responsabilité qu’enseigne le Spiritisme : c’est celle de rechercher et de pratiquer une permanente recherche de la Vérité. Dire que la réincarnation est fondamentale, ne signifie pas pour autant qu’il faille laisser s’entretenir une vanité naïve chez les impétrants du Spiritisme.
    source : http://spirite.free.fr/synthese.htm


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  • Titre        Le théosophisme: histoire d'une pseudo-religion
    Auteur        René Guénon
    Éditeur        Éditions traditionnelles, 1965
    Longueur    477 pages
    à télécharger sur archive.org

    et

    Titre        L'erreur spirite
    Auteur        René Guénon
    Éditeur        Editions traditionelles, 1984
    Longueur    406 pages
    à télécharger sur megaupload.com

        Critique l'Antoinisme en les rapprochant de ses influences, le spiritisime et la théosophie.

    source : Google Books

    L'Erreur spirite

    DISTINCTIONS ET
    PRÉCISIONS NÉCESSAIRES
    Définition du spiritisme p.7
    Les origines du spiritisme p. 17
    Débuts du spiritisme en France p. 31
    Caractère moderne du spiritisme p. 41
    Spiritisme et occultisme p. 61
    Spiritisme et psychisme p. 75
    L'explication des phénomènes p. 93
    EXAMEN DES THÉORIES SPIRITES
    Diversité des écoles spirites p. 125
    L'influence du milieu p. 135
    Immortalité et survivances p. 149
    Les représentations de la survie p. 159
    I.a communication avec les morts p. 183
    La réincarnation p. 197
    Extravagances réincarnationnistes p. 227
    Les limites de l'expérimentation p.247
    L'évolutionnisme spirite p. 275
    La question du satanisme p. 301
    Voyants et guérisseurs p. 329
    L'Antoinisme p. 349
    La propagande spirite p. 363
    Les dangers du spiritisme p. 385
    CONCLUSION p.399

    Résumé de l'Avant-Propos
        Les spirites ont été, dès l’origine, divisés en plusieurs écoles, qui se sont encore multipliées par la suite, et qu’ils ont toujours constitué d’innombrables groupements indépendants et parfois rivaux les uns des autres. Mais beaucoup de gens font du spiritisme isolement, sans aucun rattachement à une organisation spirite quelconque.
    “[…] si le spiritisme était uniquement théorique, il serait beaucoup moins dangereux qu’il ne l’est et n’exercerait pas le même atrait sur bien des gens; et nous insisterons d’autant plus sur ce danger qu’il constitue le plus pressant des motifs qui nous ont déterminé à écrire ce livre.” (p. 3)
        Les nouvelles théories concernant le sacré sont désigné par René Guénon selon le nom de «néo-spiritualisme», ou «contre-vérités», ou «pseudo-religion».
        Le spiritisme, bien qu’il affiche souvent des prétentions scientifiques en raison du côté expérimental dans lequel il trouve la base et la source de sa doctrine, n’est au fond qu’une déviation de l’esprit religieux, conforme à cette mentalite «scientiste» qui est celle de beaucoup des contemporains.
    source : http://elkorg-projects.blogspot.com/2005/07/ren-gunon-lerreur-spirite-note-de_29.html


    Le théosophisme: Histoire d'une pseudo-religion

    Théosophie et théosophisme p. 7
    les antécédents de Mme Blavatsky p.13
    Les origines de la Société Théosophique p.19
    La Société Théosophique et le Rosicrucianisme p. 33
    La question des Mahatmas .. p.43
    L'affaire de la Société des recherches psychiques p.61
    Mme Blavatsky et Solovioff. p. 72
    Pouvoir de suggestion de Mme Blavatsky p. 80
    Dernières années de Mme Blavatsk. p.85
    Les sources des ouvrages de Mme Blavatsky. p.93
    le Bouddhisme ésotérique p. 102
    Principaux points de l'enseignement théosophiste p.109
    Le théosophisme et le spiritisme. p. 125
    Le théosophisme et les religions p.140
    Le serment dans le théosophisme p. 148
    Les antécédents de M- Besant p. 155
    Début de la présidence de Mne Besant. p. 160
    Au Parlement des Religions p.169
    Le Christianisme ésotérique p. 176
    La duchesse de Pomar p.183
    Le Messie futur p. 192
    Les tribulations d'Aleyone p. 204
    L'Anthroposophie de Rudolf Steiner. p.213
    L'Ordre de l'Etoile d'Orient et ses annexes. p. 228
    L'Eglise vieille-catholique. p. 236
    Théosophisme et Franc-maçonnerie p.243
    Les Organisations auxiliaires de la Société Théosophique .. p.253
    Le Moralisme théosophiste ... p.267
    Théosophisme et Protestantisme. p.276
    Rôle politique de la Société Théosophique p.283
    Conclusion p. 302

        Par sa prétention à distribuer un enseignement ésotérique de source orientale, la Société Théosophique ne pouvait manquer d'attirer l'attention d'un auteur qui se propose précisément de faire connaître aux Occidentaux les authentiques conceptions orientales. René Guénon a donc étudié d'une façon très détaillée les origine, les théories, l'histoire et le rôle de la société fondée par Mme Blavatsky et le colonel Olcott et qui constitue un des plus curieux aspects du monde moderne. Il résulte de dette étude que les théories théosophiques, bien loin d'être l'expression ultime d'une archaïque sagesse orientale, sont des produits déguisés de la pensée occidentale la plus moderne. Dans un dernier chapitre sur le rôle politique de la Société Théosophique, on aperçoit les causes probables, sinon de la création, du moins de la persistance et de la vitalité relative de cette organisation.

    Panégyrique involontaire, 14 juillet 2003
    Par "spiritus-mundi"
        Cet ouvrage est significatif à la fois des dons de polémiste et de la qualité de la documentation de René Guénon. Mais, cette fois, cette virulence se retourne pratiquement contre son auteur qui reconnaît implicitement l'importance de la Société Théosophique.
        Celle-ci apparaît en effet dans la plénitude du rôle, controversé mais indiscutable, qu'elle a joué dans l'ésotérisme contemporain et dans la vulgarisation d'idées nouvelles (corps subtils, réincarnation, maîtres spirituels, ...) qui nous sont désormais si familières qu'on en oublie l'importance de Madame Blavatsky et de ses (nombreux) successeurs.
        A lire donc comme un documentaire, la matière de cet ouvrage est suffisamment riche pour se faire une opinion clairement fondée.
    source : http://www.amazon.fr/th%C3%A9osophisme-Histoire-dune-pseudo-religion/dp/2713800609

     

    L’ERREUR SPIRITE, par René Guénon, Edition Rivière, 1923. 

    Ce n’est pas la première fois que nous parlons de M. Guénon. Après que M. Léon James eut attiré l’attention des lecteurs de Foi et Vie sur son « Introduction à l’étude des doctrines hindoues » on a signalé dans cette revue le rapprochement que M. Guénon, dans son ouvrage sur le « Théosophisme » croyait pouvoir faire entre le protestantisme et les doctrines de Mme Besant. Aujourd’hui, c’est un gros livre sur le spiritisme que nous présente M. Guénon. Comme ceux qui l’ont précédé, ce livre n’est pas écrit en un style tendre ; il affirme, il tranche, il dénonce avec une rare vigueur. M. Guénon ne cherche pas à se concilier la faveur de personne au prix de louches compromission ; ce qu’il pense, il le dit sans ambages, avec une sincérité absolue, Le laconisme de son titre est significatif : « L’erreur spirite ». Voilà qui est net ; il ne s’agit pas d’hypothèse, de possibilité, d’approximation, mais d’erreur pure et simple. De tout autre que de M. Guénon cette intransigeance pourrait étonner, voire même scandaliser. Mais pour qui connaît cet esprit curieux et profond, pour qui sait quel homme se cache derrière cet impitoyable censeur et pour qui se rend compte de tout l’arrière fond intellectuel sur lequel sont arcboutées les affirmations massives de l’auteur, le tranchant des mots devient un charme ; car il fait partie d’un système d’idées point invulnérable à la critique assurément, mais à tout prendre fort original et très clairvoyant, et certainement fécond, ne fut-ce que par les horizons nouveaux qu’il ouvre. M. Guénon est un anti-moderne. C’est en disciple de M. Maritain qu’il étudie le spiritisme. Ce point de vue renouvelle une étude qui pouvait sembler épuisée où pour le moins banale. M. Guénon n’a pas entrepris, comme dans son « Théosophisme » de nous retracer l’histoire d’une pseudo-religion ; il y a bien quelque chose de cela dans son livre, mais tandis que le point de vue historique prenait le pas dans le « Théosophisme » sur le point de vue doctrinal, ici c’est l’examen du principe spirite qui occupe l’auteur plutôt que l’histoire d’une secte. Mais M. Guénon a à sa disposition une telle quantité de documents inédits, son érudition « es pseudo-religions », si j’ose dire, est tellement prodigieuse que les quelques 400 pages de son livre fourmillent de renseignements inédits et étranges sur tout ce que le monde a pu produire en fleurs de satanisme et de magie, blanches ou noires. Mais avant de nous égarer dans les inquiétants parages de l’occultisme, précisons le point de vue de M. Guénon sur le spiritisme. 

    Il y a spiritisme pour M. Guénon, quand il y a croyance à la possibilité d’une communication sensible avec les morts. Le spiritisme n’est pas le psychisme et n’est pas l’occultisme. Après la première partie sur les distinctions et les précisions nécessaires, M. Guénon en vient à l’examen des théories spirites et s’en prend alors au principe même du spiritisme. Ce principe est une absurdité métaphysique. M. Guénon nous dit pourquoi au Ve chapitre de la seconde partie de son livre. Son point de vue est si différent de celui qu’on adopte en général pour discuter et même réfuter le spiritisme, que nous n’essaierons même pas de l’exposer. Le fait n’intéresse que médiocrement M. Guénon. La possibilité métaphysique seule lui importe et par métaphysique il entend, je ne sais pas exactement quoi, mais en tout cas quelque chose de très différent de la métaphysique officielle, universitaire et occidentale pour laquelle on ne saurait avoir, à ses yeux, assez de mépris. Il y a dans ce point de vue qui constitue l’originalité de l’ouvrage, comme un occultisme à rebours. M. Guénon nous parle constamment de la « vraie » métaphysique ; elle constitue un critère devant lequel le fait perd toute signification cruciale. Qu’est-elle exactement ?» « L’Introduction à l’étude des doctrines Hindoues » en parlait un peu, mais indirectement ; le « Théosophisme » y faisait allusion, l’« Erreur spirite » en fait sa charpente, c’est fort bien, mais M. Guénon doit à ses lecteurs de plus amples explications. On aimerait le voir exposer la vraie métaphysique pour elle-même, nous renverrait-elle à M. Maritain qui nous adresserait à Saint-Thomas, c’est probable ; mais j’aimerais savoir comment de Saint-Thomas on va aux Indes. M. Guénon nous le dira peut-être un jour. 

    Ce qu’il nous dit dès à présent, c’est le peu de bien qu’il pense des milieux spirites. Pour M. Guénon, ils ne seraient rien moins que recommandables, certains du moins ; non seulement ils tendent à déclancher une foule de maladies mentales, mais incitent trop souvent à un érotisme mal dissimulé. M. Guénon aurait à ce sujet des dossiers écrasants sur certains personnages bien connus dans les milieux spirites. Il n’y a rien d’étonnant à cela, les fiches de M. Guénon sont si riches et si diverses ; elles touchent à tous les mondes : psychisme, occultisme, magie, satanisme, rien de tout cela n’est mystérieux pour M. Guénon. Il connaît l’histoire de chacun des aventuriers du surnaturel ; il a noté leurs exploits ; il est au courant de leurs ‘desseins, tout se tient dans ce monde. A propos du spiritisme, M. Guénon est amené à nous informer de la magie et du satanisme. Ses opinions sur ce dernier point sont des plus curieuses. M. Guénon croit â Satan, il avoue être une exception dans le monde « cultivé » d’aujourd’hui, mais il ne redoute point l’originalité ; il est de bon ton de ne plus croire à Satan. C’est là, dit-il, la dernière rouerie du prince des ténèbres : se faire nier, pour mieux agir. Les chapitres si’ intéressants du satanisme et de l’occultisme, puis de l’antoinisme ne rompent-ils pas l’unité de l’ouvrage ? tout cela n’est pas à proprement parler du spiritisme. Mais cette question de composition est secondaire. Il demeure qu’on s’étonne et qu’on réfléchit, en lisant M. Guénon, de quelque sujet qu’il nous entretienne. 

    Notons un à-côté de l’ouvrage. Au cours de 1’ «Erreur spirite », M. Guénon parle maintes fois du protestantisme. Un chapitre spécial du « Théosophisme » nous l’avait montré très peu sympathique à l’esprit protestant, symbole de toutes les dégénérescences occidentales. Dans l’« Erreur spirite », M. Guénon maintient sa thèse : l’esprit protestant se montre apparenté au spiritisme ; et cela en fait. Pour ce qui est de la question de principe, M. Guénon ne dit rien. Peut-on voir là une concession chez cet esprit tranchant et impérieux. Dans le « Théosophisme », il avait abordé la question de principe. A la page 307 de « L’Erreur spirite », (M. Guénon écrit en note : « On nous a reproché ce qu’on a cru pouvoir appeler un préjugé anti-protestant ; notre attitude à cet égard est en réalité tout le contraire d’un préjugé, puisque nous y sommes arrivés d’une façon parfaitement réfléchie, —comme conclusion, dans maintes considérations que nous avons déjà indiquées en divers passages de notre « Introduction à l’étude des doctrines Hindoues ». Point de concessions apparentes. Pourtant M. Guénon devrait bien distinguer entre les fâcheuses compromissions de l’esprit protestant et cet esprit lui-même. Le protestantisme n’est pas du tout prédestiné à s’acoquiner avec tous les aventuriers intellectuels du siècle ; les apparences sont contre lui, j’en conviens, et c’est très grave, mais le lien n’est pas nécessaire, ou du moins il reste à prouver qu’il le soit. C’est là un gros problème dont la solution rendrait à la cause protestante un singulier service. Pourquoi le protestantisme paraît-il se complaire aux mauvaises compagnies et pourquoi donne-t-il l’impression d’un fantôme inconsistant au travers duquel passent toutes les ombres plus inconsistantes encore d’un siècle en gésine ? L’anti-protestant a une réponse qui s’impose à son esprit : le protestantisme est un germe de mort, décrète-t-il. Le protestant « clairvoyant » reconnaît le fait, médite devant l’accusation, hésite, se lamente un peu, mais sait bien qu’à côté d’une intellectualité protestante anglo-saxonne plus ou moins anémiée, il y a un protestantisme latin profondément différent de l’esprit du siècle. Que dirait M. Guénon si, délibérément, on s’amusait à confondre la métaphysique officielle et occidentale avec la vraie métaphysique transcendantale et orientale ; il en serait certainement très fâché. Il en est absolument de même pour nous ; il s’obstine à confondre sous la formule générale d’ « esprit protestant » deux réalités extrêmement distinctes. Un historien comme lui devrait s’en aviser une fois pour toutes. Ses thèses en fait gagneraient en force. Comme il y a métaphysique et métaphysique, il y a protestantisme et protestantisme ; et dans les deux cas il ne s’agit pas de sectes, mais d’esprit.

    Après avoir qualifié William James de « sataniste inconscient »,— il serait trop long d’expliquer pourquoi, — qu’on sache seulement que cette épithète un peu ahurissante est longuement justifiée, – M. Guénon écrit à ce sujet : « Nous avertissons d’abord nos contradicteurs éventuels, de-quelque côté qu’ils se trouvent, que nous tenons en réserve beaucoup de choses autrement grosses encore » (page 39) ; et, dans la conclusion de son livre nous lisons ces lignes : « L’histoire telle qu’elle est enseignée officiellement s’en tient aux événements extérieurs qui ne sont que l’effet de quelque chose de plus profond et qu’elle expose d’ailleurs d’une façon tendancieuse où se retrouve nettement l’influence de tous les préjugés modernes. Il y a même plus que cela, il y a un véritable accaparement des études historiques au profit de certains intérêts de parti & la fois politique et religieux. Nous voudrions que quelqu’un de particulièrement compétent ait le courage de donner nettement avec preuves à l’appui la manœuvre par laquelle les historiens protestants ont réussi à s’assurer un monopole de fait et sont parvenus à poser comme une sorte de suggestion leur manière de voir et leurs conclusions jusque dans les milieux catholiques eux-mêmes (C’est nous qui soulignons). Ce serait une besogne fort instructive et elle rendrait un service considérable » (page 404). On ne peut qu’approuver : ce serait une besogne « fort instructive », et son utilité serait a considérable », d’autant que nous avouons n’avoir aucune idée de ce qu’elle pourrait être. Mais, attention ! nous demandons qu’avant de commencer son enquête « l’homme compétent » – qui pourrait bien être M. Guénon – sache bien de quoi il parle, quand il chargera l’esprit protestant de toutes les manœuvres, falsifications et abominations imaginables, sa compétence éclatera s’il sait distinguer la religiosité protestante, la livrée anglo-saxonne de la religion protestante, à blason latin et français. S’il arrive enfin à faire cette distinction essentielle, nous l’assurons qu’il donnera le jour à une œuvre de la plus haute originalité, fort instructive, et non moins utile pour tout le monde, à commencer par les protestants « orientaux », pourrait-on dire, pour se faire entendre de M. Guénon. 

    Nous voici loin du spiritisme, c’est que le livre et l’auteur, qui nous occupent dépassent de beaucoup le sujet qu’ils traitent. Il en est ainsi de bien des ouvrages contemporains où à propos de problème particulier se" posent à nouveau mille questions d’ordre général dans la perspective desquelles le protestantisme français est très directement intéressé. Malheureusement il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir. 

    Paul ARBOUSSE-BASTIDE.
    Foi et vie : revue de quinzaine, religieuse, morale, littéraire, sociale,
    Les livres, 1 février 1924, Paris, pp.149-154


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