• La chanson du métier de Benjamin Ledin rend hommage aux passementiers tisseurs de rêves, extrait :

    "A l’œuvre donc ! Courbe ton torse,
    Pan, pan ! tic tac ! C’est ton destin ;
    Ici le goût prime la force,
    Tisse velours, tisse satin.
    Frappe battant ; vole navette
    Votre rythme dolent, berceur,
    De notre existence inquiète,
    Nous fait oublier la noirceur.

    Artiste, tu produis sans cesse
    Des rubans bleus, rouges ou verts,
    Dignes du front d’une princesse,
    Et qu’admire tout l’univers.
    Si les belles de ces merveilles
    Se parent, pauvre méconnu,
    Bien qu’elles attestent tes veilles
    Tu n’as que le droit d’aller nu.

    Refrain

    Tic tac ! tic tac ! C’est du métier
    La chanson plaintive et légère
    Qui berce ta longue misère O mon frère passementier !... "

    source : http://www.forez-info.com/encyclopedie/memoire-et-patrimoine/33-anciennes-chansons-du-peuple-stephanois.html


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  •     Des métiers d'autrefois ont déjà disparu de la Flandre industrialisée. La chanson du Petit Quinquin, où tient toute la vieille misère des cités du Nord, est la chanson des dentellières de Lille. Où sont les dentellières aujourd'hui ? Pas une ne reste. La dentelle est faite par des hommes sur les métiers mécaniques de Calais et de Caudry. Mais on fait ailleurs qu'à Lille la dentelle à main. Tandis que la fine toile à l'épeule ne se fait que dans le Cambrésis. Si elle disparaît de là, elle disparaît du monde.
        Verrons-nous mourir le dernier tisseur qui travaillait une pièce de 350 grammes en 18 mètres de long et 30 centimètres de large ? Un bon ouvrier agile ne laissait cette merveille qu'un mois sur le métier, mais comme le plus grand nombre de tisseurs à l'épeule étaient vieux et que le fin fil manié dans l'ombre avait usé leurs yeux, ils mettaient souvent deux mois à tramer les 18 mètres de chaîne. La femme du tisseur enroulait le fil sur des fétus
    de paille d'avoine, qui servent de canette dans l'épeule.
        Tout dans ce métier a la légèreté des choses dociles au moindre vent. A la maison du tisseur on voyait la canetière, assise sur le seuil de briques rouges, tourner lentement son bobinoir, et de la cave à grand soupirail venait le battement du métier.
        D'autres tisseurs à main, dans le Cambrésis et autour de Bailleul, travaillent à la sonnette, qui est un renvoi de corde sur laquelle ils tirent pour lancer la navette. Leur canette est en bois et non en fétu d'avoine. Le tisseur à l'épeule lance directement à la main. Son fil est si fin qu'il ne supporte rien que le geste doux et attentif de l'homme patient.

    Pierre Hamp, Travail invincible (1916)
    source : gallica


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  •    Cette situation est normale dans le textile. Les morts par tuberculose forment 25 % du contingent des décès à Lille. Nous comptons ici 6.000 tuberculeux pauvres. 1.000 à 1.200 meurent chaque année.
        Cette fréquence du mal terrible chez nos ouvriers est imputable tout d'abord à l'insalubrité même des métiers de tisseur et d'ouvrier de filature. Les poussières provoquées par les différentes manipulations de la matière première (peigneurs de lin), l'hygiène défectueuse des ateliers, mal aérés, dépourvus souvent de ventilation (cardeurs), l'humidité et la chaleur très élevée qui rognent en certains locaux (fileurs de coton, pareurs), l'humidité constante et le contact de l'eau chaude, le séjour dans la vapeur d'eau (fileuses au mouillé), l'absence totale d'aération (tisserands : l'air fait casser les fils de lin, de coton et de laine), voilà les premières causes de la santé précaire de ces ouvriers, ainsi jugés par M. Albert Aftalion, professeur d'économie politique de l'Université de Lille, peu suspect de partialité : « La phtisie guette ces travailleurs. Si on les a employés dès leur jeune âge dans la filature, ils périssent pour la plupart avant 45 ans ». [...]

        En 1860, Jules Simon écrivait : « Rien n'est plus douloureux à voir qu'une filature de lin mal entretenue. L'eau couvre le parquet pavé de briques, l'odeur du lin et une température qui dépasse parfois 25° épandent dans tout l'atelier une puanteur intolérable. La plupart des ouvrières, obligées de quitter la plus grande partie de leurs vêtements, sont là, dans une atmosphère empestée, emprisonnées entre des machines, serrées les unes contre les autres, le corps en transpiration, les pieds nus, ayant de l'eau jusqu'à la cheville et lorsqu'après une journée de douze heures de travail effectif, c'est-à-dire de treize heures et demie, elles quittent l'atelier pour rentrer chez elles, les haillons dont elles se couvrent les protègent à peine contre le froid et l'humidité. Que deviennent-elles si la pluie tombe à torrents, s'il leur faut faire un long chemin dans la fange et l'obscurité ? Qui les reçoit au seuil de leur demeure ? Y trouvent-elles une famille, du feu, des aliments ? Toutes questions qu'il est impossible de se poser sans une émotion douloureuse ». [...]
        L'ouvrière se marie jeune. Elle ne cesse pas d'aller à l'usine : sur 470 ménages ouvriers, M. le docteur Verhaeghe en a noté 362 où la femme continue de travailler en « filature » ou « en tissage », soit 72,02 % des ménages. Ses grossesses successives la retiennent à peine.  Et la famille flamande est prolifique. Sur 970 familles, 872 ont des enfants (soit 89 familles fécondes pour 11 stériles). Le total de ces enfants s'élevant à 3.837, donne une moyenne de plus de 4 enfants par ménage, 273 familles ont eu chacune de 5 à 10 enfants, 65 comptent de 11 à 20 enfants.
        Mais les familles sont trop pauvres pour nourrir tant de petits. La mortalité des enfants est considérable. Chez les fils de filles-mères, elle atteint 60 pour cent. Sur 168 femmes mariées, 147 ont perdu des enfants : le total de ces petits cadavres se monte à 240 (pour 495 naissances) soit 49 %! 537 familles ont perdu ensemble 1.462 enfants (soit plus de 2 par famille) ; 110 en ont perdu de 3 à 5 ; 77 ont vu mourir de 6 à 10 de leurs enfants.
        De quoi meurent tous ces petits ? Sur 1.285, 622 (près de la moitié) sont morts de gastro-entérite et d'athrepsie. « Ces causes de mortalité sont consécutives, le plus souvent au manque de soins, au défaut d'hygiène alimentaire et notamment à l'allaitement artificiel par des soigneuses ignorantes et routinières ».

    M. & L. Bonneff - Vie tragique des travailleurs - L'Enfer des Tisseurs (1908), p.14-15 & 19-20
    source : gallica


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