• Le Père Dor (Les célèbres défenseurs), 16 mai 1917

    Lucien Lebeau, avocat de Charleroi
    Louis Morichar, avocat à la cour d'appel de Bruxelles

    LES CÉLÈBRES DÉFENSEURS du CHRIST au XXe SIÈCLE
    16 MAI 1917


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  • Un nouveau prophète au pays noir - Illustration (Excelsior, 13 janvier 1913)

     

    Le père Dor, successeur d'Antoine le
    Guérisseur
    , qui vient de créer à Roux,
    en Belgique, une nouvelle religion.

    Illustration de l'article Un nouveau prophète au pays noir  (Excelsior, 13 janvier 1913), geste reproduisant celui de l'Esprit consolateur. Un photo existe, reproduite dans son livre Christ parle à nouveau.


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  • Un nouveau prophète au pays noir (Excelsior, 13 janvier 1913)

    Lundi 13 janvier 1913

       Un nouveau
          prophète
       au pays noir

    C'est le père Dor, stimulateur
                    des vertus.

        BRUXELLES, 12 janvier (Dépêche particulière d' « Excelsior »). – On n'a certes pas oublié Antoine le Guérisseur, ce brave homme mort l'an dernier et qui, dans son village natal, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, au cœur du pays wallon, avait fondé une religion nouvelle. De très loin venaient le voir de pauvres malades qui mettaient en lui, dans son curieux pouvoir de suggestion, leur dernier espoir de guérison.
        La grande presse, dans le monde entier, a consacré de nombreux articles au Père Antoine et à ses fidèles en lévite. L'antoinisme, sa religion, n'est pas mort avec lui. Sa veuve, la Mère Antoine, ainsi qu'on l'appelle, continue à professer, avec quelques lieutenants dévoués, son enseignement moral. Mais ils sont loin d'avoir cette autorité, cet incontestable prestige du maître qui furent pour beaucoup dans le succès de sa très simple doctrine de charité. D'ailleurs, l'antoinisme menace d'être détrôné par une religion nouvelle, celle de « la fraternité universelle », que professe, dans son temple, dans son « école morale », de Roux-lez-Charleroi, un nouveau thaumaturge, le Père Dor, surnommé le « Stimulateur des vertus » ou le « Docteur sans médicament ».
        Il y a là un nouvel avatar de ce mysticisme étrange qui persiste dans certaines régions industrielles de la Wallonie.
        La Flandre conserve farouchement, depuis la domination espagnole, sa foi dans la doctrine de l'Eglise catholique. Le Père Dor, qui a aujourd'hui une cinquantaine d'années, est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége. C'est un parent d'Antoine le Guérisseur. Comme lui, après avoir exercé de durs métiers, et notamment celui de terrassier, il fut en Russie où, sans doute, il rencontra des moines guérisseurs en qui les moujiks ont une aveugle foi. Ils sont légion là-bas. D'aucuns ont une noblesse d'âme singulière (qu'on se souvienne du Père Zossima des Frères Karamazow). L'actuel Père Dor subit leur prestige et, revenu en Belgique, il voulut les imiter.
        Il affirme guérir les malades qui viennent le consulter de très loin, de partout et spécialement de la province de Namur et du nord de la France : pauvres femmes atteintes de maladies nerveuses, ouvriers rongés de tuberculose. Il ne m'étonnerait point que le Père Dor eût réussi dans certains cas, sur certaines malheureuses capables de grandes réactions nerveuses et facilement suggestionnées de réelles guérisons. Sa tête de Christ aux longs cheveux bouclés qui lui retombent sur les épaules, ses grands yeux noirs lui donnent un air fort imposant. Mais pour quelqu'un d'un peu intelligent, le prestige s'évanouit bien vite, car le nouveau prophète, être des plus incultes, s'exprime péniblement dans un charabia où reviennent sans cesse quelques clichés : amour, loi morale, le bien, le mauvais fluide, etc.
        Le dimanche après midi, a lieu au temple de Roux – un vaste temple tout neuf inauguré il y a quelques mois — un office qui s'ouvre par une « opération générale » — le Père fait agir les fluides sur l'assistance — suivie d'une consultation. L'un de ces derniers dimanches, nous avons assisté à un de ces offices. Il y avait là plus de 600 personnes. Le Père Dor était debout dans une vaste chaire haut suspendue, dans une attitude de profond recueillement. A chaque instant, un fidèle, se levant, rompait le silence et, d'une voix tremblante, posait au Père une question. On l'interroge sur les sujets les plus abracadabrants. Une bonne femme lui a demandé devant nous s'il fallait détruire les punaises quand on en a sur soi !... Un électeur voulut savoir s'il ne manquait pas à la loi morale en exerçant son droit de vote. La réponse fut affirmative.
        Vraiment, cette assemblée de pauvres gens, malades pour la plupart, n'avait rien de risible, mais, au contraire, de très attristant : quelle somme de détresses affolées elle représentait !
        A l'intérieur du temple, comme dans les tracts, on trouve l'avis suivant :
        Le Père vous recommande de ne rien lui présenter pas plus en cadeaux qu'en argent. De plus, il vous prie de ne rien lui envoyer, pas même anonyme. Car faire ceci, c'est encore croire qu'il aime l'argent ; c'est, en un mot, douter de sa personne. Or, douter de quelqu'un, c'est manquer de confiance et, par conséquent, c'est empêcher la satisfaction.
       
    Mais, alors, de quoi vit le Père Dor, qui n'est pas riche ? Sans doute, de quelques subventions que lui versent des fidèles de condition aisée et du produit de la vente des brochures et du journal qu'il publie. On vend à Roux le portrait que nous donnons ici.
        Dès à présent, le temple de Roux a des succursales dans plusieurs communes du bassin industriel de Charleroi, à Bruxelles, à Lavaqueresse (dans l'Aisne) et même... à Porto-Félise, dans l'Etat de Sao-Paulo, au Brésil (quelque émigrant, sans doute...)
        Les médecins n'ont qu'à bien se tenir : ils vont avoir, dans le Père Dor, un redoutable concurrent. – PAUL DESENNE.

    Excelsior, 13 janvier 1913

        Cet article repris par d'autres journaux est un résumé de l'article en deux parties publié dans Le Soir (8 et 9 janvier 1913).


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  • El Paso herald (Texas), February 24, 1917, Page 11

    Leader of Queer Sect
        In Belgium Says He Is
           Sent to Purify Church

        Brussels, Belgium, Feb. 24. – Sensational trial which attracted large numbers of spectators and caused excitement throughout Belgium recently occupied the criminal court of Brussels five days. The defendant in the case was Pierre Dor, the leader of a religious sect which has caused considerable trouble to the Belgian authorities and later to the German administration of the occupied territory.
        Over 100 witnesses were heard, and the trial ended with the conviction of Dor, who was found guilty of fraud, larceny and practising medicine without a license.
        The “Son of God,” as he calls himself was sentenced to four years imprisonment.
        The “prophet” claimed that he had been sent to earth by Jesus Christ to purify religion. With the aid of Dor, whom he made his principal disciple, he attracted a number of followers. The sect became known as “Antoinism” and grew rapidly in spite of all measures taken by the clergy and the authorities to suppress it.

    El Paso herald (Texas), February 24, 1917, Page 11

     

    Traduction :

    Le chef d’une étrange secte
        En Belgique, dit qu'il est
           Envoyé pour purifier l'église

        Bruxelles, Belgique, le 24 février. – Un procès sensationnel qui a attiré un grand nombre de spectateurs et qui a suscité l'enthousiasme dans toute la Belgique a récemment occupé le tribunal correctionnel de Bruxelles pendant cinq jours. Le défendeur dans cette affaire était Pierre Dor, chef d'une secte religieuse qui a causé des troubles considérables aux autorités belges, puis à l'administration allemande du territoire occupé.
        Plus de 100 témoins ont été entendus et le procès s'est terminé par la condamnation de Dor, qui a été reconnu coupable de fraude, de vol et d'exercice de la médecine sans licence.
        Le "Fils de Dieu", comme il se nomme lui-même, fut condamné à quatre ans de prison.
        Le "prophète" prétendait qu'il avait été envoyé sur terre par Jésus-Christ pour purifier la religion. Avec l'aide de Dor, dont il fit son principal disciple, il attira un certain nombre de disciples. La secte s’est fait connaître sous le nom d'"antoinisme" et s'est développée rapidement en dépit de toutes les mesures prises par le clergé et les autorités pour la réprimer.


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  • Almanach de Bruxelles - 1923 - 1930 - 1956

    Almanach de Bruxelles - 1923 

    Almanach de Bruxelles - 1923 - 1930 - 1956

    Almanach de Bruxelles - 1930 

    On sait qu'il cherchera à s'occuper de commerce

    Almanach de Bruxelles - 1923 - 1930 - 1956

    Almanach de Bruxelles - 1956


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  • Een slachtoffer van Père Dor (Het Vlaamsche nieuws, 16 mai 1917)

     

    Een slachtoffer van Père Dor? – Het Parket van Charleroi komt een nieuw onderzoek te beginnen ten laste van « Père Dor », naar aanleiding van den dod van een meisje uit Chapelle-lez-Herbaincourt, die de «doristische » metode volgde. De lijkschouwing zal de juiste doodsoorzaak vaststellen.

    Het Vlaamsche nieuws, 16 mai 1917

     

    Traduction :

    Une victime du Père Dor ? – Le Parquet de Charleroi est chargé sur le "Père Dor" d'ouvrir une nouvelle enquête sur le décès d'une fille de Chapelle-lez-Herbaincourt (sic), qui a suivi la méthode "doriste". L'autopsie déterminera la vraie cause du décès.

     

    Nota : doit-on lire Chapelle-lez-Herlaimont au lieu de Chapelle-lez-Herbaincourt.


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  • Nouvelles de province (L'écho de la presse intern., 31 déc 1916)

           Nouvelles de province

          La rentrée du Père Dor à Roux.

        On sait – ou on ne sait pas – que le Père Dor a repris ses « opérations » à son Ecole morale de Roux. Le Père Dor revient deux jours la semaine « arroser » de son fluide ceux et celles – celles surtout – qui ont besoin d'un « rafraichissement » moral.
        Le premier jour de nombreux curieux se trouvaient à l'arrivée du train de Bruxelles amenant le Père. Celui-ci descendit accompagné d'un groupe d'adeptes de la capitale. En route vers le Temple de la Vertu !!! Et voilà le Père escorté de la foule gouailleuse et souriant sous des quolibets.
        Pendant que la force armée refoule des antidoristes, à quelques centaines de mètres au-delà, le Père et ses apôtres pénètrent dans le temple où se trouvent massées 12 à 1500 personnes.
        Sans perdre une seconde, il escalade la chaire, d'où, autrefois, il procédait aux « opérations générales » et harangue l'assistance.
        Nous arrivons juste au moment où il dit :
       « Soyez sans crainte, le Père dort bien, le Père mange bien, le Père bois bien, le Père a la conscience nette, et s'il a été condamné à 16 mois de prison et au remboursement que vous savez, c'est pour avoir été trop honnête, c'est pour n'avoir pas satisfait certaines femmes dans des désirs que je n'ose pas dire.
        Un « gloussement » d'approbation se perçoit.
        Le Père annonce ensuite qu'il va recevoir « ses » malades un à un. Il les engage à être brefs, à ne pas entrer dans les détails de leurs souffrances, « vous devez, leur dit-il, savoir que je travaille jour et nuit à votre intention et que d'avance vous êtes exaucée dans ce que vous demandez ».
        Les dix premiers numéros – il y en a 800 distribués – sont appelés et leurs porteurs s'apprêtent à aller recueillir leur part de fluide, lorsque la police apparaît, son chef notifiant à la dame du petit comptoir l'interdiction de tenir une réunion publique.
        Protestation de la dame : « Ce n'est pas une réunion, c'est jour de consultation et ces personnes attendent leur tour d'être reçues ». – « Oui, oui, voici nos tickets », et 800 bras se lèvent brandissant le ticket sauveur... d'une situation équivoque.
        Le Père apparait et explique à son tour aux agents de l'autorité que la réunion de ce jour n'en est pas une. Le « fluide calmant » agit et pendant dix minutes les policiers se tiennent cois.
        A la fin, impatients et désireux d'en finir, ils prennent la décision de mettre tout le monde dehors, y compris le Père lui-même qui est prié d'aller s'expliquer au bureau, ce qu'il fait de la meilleure grâce en affirmant une dernière fois que « tout ce qui est arrivé est pour un bien ».

    L'écho de la presse internationale, 31 décembre 1916


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  • Chez le Christ (La Belgique, 10 novembre 1916)

         Chez le « Christ »

    Le Père Dor, Messie du XXe siècle.

        Trouvé, l'autre matin, dans mon courrier, le billet suivant :
        – Viendra devant le tribunal correctionnel de Charleroi, les 9, 10 et 11 novembre, l'affaire du Père Dor, surnommé le Nouveau Christ ou le guérisseur des âmes. Ce grand-prêtre de la nouvelle doctrine donnait à Roux des consultations quotidiennes suivies par plusieurs centaines d'auditeurs. Il eut quelque succès, mais des plaintes aussi surgirent. Le Parquet, après une laborieuse instruction, se décida à poursuivre. Des centaines de témoins sont cités. Il en est qui habitent Saint-Pétersbourg, car le Père officia en Russie également. La population de Charleroi est divisée en Doristes et Anti-Doristes. Cela nous promet des débats intéressants.

        Et cet autre avis :
        – Allez donc interviewer le Père Dor qui officie 344, rue du Moulin, Uccle-Saint-Job. Très intéressant !”
        Un nouveau guérisseur des âmes ? Voilà bien les effets de la guerre : on ne trouve plus de pommes de terre, mais les „sorciers” et les guérisseurs des âmes affluent... Les tireuses de cartes doivent avoir aussi une plus nombreuse clientèle : certains esprits sont si affaiblis, si désorientés !
        Le Père Dor ! Cet homme n'est pas un inconnu pour des journalistes qui, à diverses reprises, l'ont taquiné. Rien n'est sacré pour un sapeur, dit la chanson. Il y a des journalistes qui se conduisent comme des sapeurs. Quelle engeance !
        Le Père Dor ! Mais, vous le savez sans doute, c'est le neveu de feu Antoine-le-Guérisseur, qui enseignait un nouveau spiritualisme tous les dimanches à Jemeppe-lez-Liége, qui publiait l'„Unitif”, bulletin mensuel de l'antoinisme, et l'„Auréole de la Conscience”, où il affirmait qu'un seul remède pouvait guérir l'humanité : la foi, et que c'est de la foi que naît l'amour. Le neveu est un guérisseur comme l'oncle dont la puissance magnétique a guéri de nombreux malades. Le neveu guérit notamment les névralgies et la jaunisse, l'asthme et la constipation... Les Doristes seront bientôt 200,000, et, comme les Antoinistes, il y a six ans, ils pourront un jour envoyer au Parlement une pétition monstre pour obtenir la reconnaissance du culte doriste.
        Et le Messie du XXe siècle, comme il s'intitule, était attrait devant un tribunal correctionnel, lui qui se proclame, comme Victor Hugo, citoyen de l'Univers ! Quelle engeance aussi, les magistrats belges !
        Voilà pourquoi mercredi, au petit jour, par une pluie battante et crépitante, je faisais la dure ascension de la montagne de Saint-Job lez-Uccle. Et tout en escaladant les pentes abruptes, je songeais qu'un jour Gladstone composa une carte des courants religieux : chrétiens, universalistes, unitaires, théistes, sceptiques, athées, agnostiques, néo-païens, sécularistes, panthéistes, positivistes... Cette carte est à réviser ; elle contient trop de lacunes !
        Un petit bâtiment en briques rouges, propre, fort avenant : „Ecole morale”. C'est là qu’il habite... Une tête de femme derrière un judas... La porte s'ouvre... Me voici dans une sorte de chapelle laïque... Des bancs, des murs blanchis à la chaux. Une pancarte : „Christ parle à nouveau... Pour jouir de la véritable vie, un seul remède, l'amour de soi-même, c'est-à-dire l'amour de la perfection”. Au fond, un grand tableau : un homme, une sorte de moujik tout de noir vêtu, cheveux retombants, barbe étalée, donne une consultation à une femme qui porte dans ses bras un enfant souffreteux. Ce doit être „le Père” ; ce doit être Lui... C'est intitulé : „le Messie nouveau”.
        Une porte s'ouvre... Le moujik apparaît. Je pénètre dans une pièce grande comme une cellule de trappiste. Le „Père”, souriant, m'avance un siège... Il est habillé de noir ; des fils argent ourlent la barbe ; les cheveux ne retombent plus sur les épaules. Physionomie empreinte d'une grande douceur...
       – Je savais que vous alliez venir...” 
        Comment, Lui aussi ! Comme le „sorcier” de Woluwe, alors ? C'était vexant... !
        – On m'avait dit qu'un journaliste viendrait peut-être m'interviewer...” 
        Je le questionne :
        – Pourquoi, monsieur, devez-vous comparaître devant le tribunal correctionnel de Charleroi ?
        – Il y a trois ans, voyez-vous, il y a eu une descente du Parquet à Roux. On m'accusait, par lettre anonyme, de pratiquer, n'est-ce pas, l'art de guérir. Je ne donne pas de médicaments. Je vais à la cause du mal, voyez-vous. Pas d'effet sans cause. Je remonte à la cause. Celui qui ne veut pas se corriger ne peut pas être guéri.
        – Quels genres de maladies soignez-vous ?
        – Toutes les maladies physiques et morales.
        – Avec succès ?
        – Il y a énormément de guérisons.
        – Mais pourquoi donc poursuit-on ?
        – On m'accuse d'avoir commis une escroquerie. Ce n'est pas vrai. Je n'ai aucune instruction...
        – Comment faites-vous vos livres ?
        – Il me faut du temps... Je mets une phrase, puis une autre... Je cherche des mots pour entourer ma pensée. Il y a des mots qui ne sont pas de moi...
        – Vous êtes Belge...
        – Je suis né à Mons-Crotteux, près de Liége. En l'an VIII j'ai été en Russie. L'an IX je me suis établi à Roux-Wilbeauroux... En Russie, j'ai été poursuivi pour avoir guéri... J'aurais dû, voyez-vous, passer au tribunal... Je suis parti...
        – Vous voulez, si je ne me trompe, dématérialiser l'homme ?
        – Oui. Je détruis le mot Dieu... L'amour existe, elle se réincarne...
        – Etes-vous théosophe ?
        – Non, mais je dis qu'il y a, voyez-vous, des réincarnations. Tant que l'homme a une imperfection, il revient sur la terre.
        – Avez-vous beaucoup de visites ?
        – Environ quatre cents par jour. Avant la guerre, j'avais de 500 à 600 malades par jour. Ils achètent mon livre s'ils le veulent... Je vous le donnerai...
        – Je crois me rappeler que vous préconisez l'abstinence charnelle ?
        – Non, l'excès, le trop. Il y a des malades par excès.
        – Etes-vous malthusien ?... Néo-malthusien ?
        Le Père paraît ne pas comprendre…
        – Dites-vous aux ouvriers : „ Pas plus d'enfants que vous ne pouvez en nourrir” ?
        – Je ne dis pas cela !... Il faut laisser tout naturellement venir le fruit de la semence. Je combats l'avortement, voyez-vous... Si l'on m'écoutait, il y aurait dix fois plus d'enfants.
        – Quel est, en somme, votre système ?
        – Je recommande l'effort avant tout. Je démolis la foi, la prière... Je vais à la cause…
        – Laquelle ?
        – La colère, l'égoïsme... Il y a alors des excès. L'homme ne sait pas se contenter de ce qu'il a. Il faut être content de son sort. Tout ce qui arrive est un bien. Il faut voir le mal en autrui pour soi-même. Nous ne souffrons que de notre imperfection. On peut lire les mauvais livres, pour voir où est le vice. Ici, il n'y a pas de religion. Je démolis Dieu, la prière, la foi, Voyez-vous...
        – Eloignez-vous les catholiques de l'église ?
        – Non... Je guéris des personnes pour qu'elles aillent à la messe. Il y a des guérisons par la foi. J'ai les prêtres contre moi. Je suis poursuivi à l'instigation d'une dame et de prêtres. Me Lebeau, du barreau de Charleroi, me défendra, avec Me Morichar, de Bruxelles. Il y a des personnes achetées qui vont dire des choses atroces... C'est un complot, une vengeance... Il y a des femmes qui se sont amourachées de moi... J'ai refusé... Elles vont dire que j'ai commis des attentats à la pudeur...
        – Savez-vous ce que c'est que l'hypnotisme ?
        – Moi, ouvrier, j'ignore tout de l'hypnotisme, autant que ce poêle...”
        Le Nouveau Messie me reparle des devoirs des époux, des poursuites qu'on lui intente pour escroquerie.
        – Je vends mon livre fr. 2.50... Il me revient à fr. 0.80. Il y a une femme qui n'est pas contente... J'ai une liste de neuf cents personnes guéries dont je n'ai pas accepté un centime... L'homme doit trouver son bonheur en lui-même. Pas de religion. C'est un obstacle pour l'avancement moral. Je démolis l'antoinisme...”
        Sainte Vierge, que de démolitions !
        – L'homme ne doit pas s'adresser à Dieu, à aucun dieu. Dieu est une invention, l'homme existe de toute éternité... Je détruis l'athéisme...”
        Cette fois, je n'y suis plus du tout... Destructions et démolitions : démolition du théisme, destruction du „pole” opposé, l'athéisme... Venons-en à la pluralité des mondes...
        – Pensez-vous que d'autres mondes soient habités ?
        – Oui...
        – Mais, jusqu'à présent, malgré des primes alléchantes, aucune communication interplanétaire n'a été établie... Pourquoi ?
        – Il y a des mondes supérieurs et des mondes inférieurs... Nous ne pouvons pas communiquer avec des mondes qui ne sont pas égaux au nôtre. Les autres mondes, en communiquant avec nous, nous rendraient de mauvais services.”
        Nouvelle bifurcation :
        – Tout vient de nos imperfections... Je sens par une sensibilité que je ne sais pas expliquer. Il est inutile d'expliquer les choses incompréhensibles. A chacun selon ses œuvres... On dit : „Mon Dieu, aidez-moi !” C'est se remettre à d'autres du soin de se corriger soi-même.
        – On vous aime bien ?
        – Si on m'adore, c'est que je suis adorable.”
        Voilà qui est parler net. Comme il remarque que je jette les yeux sur une porte vitrée qui donne accès à ce que j'ai appelé une chapelle laïque, Il me dit :
        – Il y a, dans le bas, des vitres claires, afin que du dehors on puisse voir ce qui se passe ici... Il y a eu des femmes enragées...
        – De grandes amoureuses ?
        – ...qui se jetaient sur moi... J'ai dû une fois me barricader à l'aide de chaises et de mon bureau...”
        Quelle engeance aussi, les femmes !
        Sur ma demande, le Père, dont la bonhomie est infinie, laisse pénétrer des malades... Je m'assieds dans un fauteuil... Je regarde et j'écoute...
        Une femme entre dans la cellule...
        – Eh ! bien, ma fille...
        – Cela va un peu mieux, mon père...”
        Mais que fait donc le Père ? Planté droit sur un tapis en face de la malade, il se tourne de côté, étend le bras droit, ouvre la main... Il penche la tête... La malade est recueillie... Les pythies, dans l'Ancienne Grèce, s'asseyaient sur un trépied... Leurs cheveux se dressaient, elles rendaient, comme le raconte saint Basile, de l'écume par la bouche, elles proféraient des mots pleins d'ivresse et de folie. On sait pourquoi... Le Père est calme sur son tapis, la figure souriante... Cela dure une demi-minute...
        – Et maintenant, ma fille ?
        – Cela va mieux, mon père... Mon mari fume de trop... Je voudrais qu'il se modère...
        – Il doit venir me consulter...
        – Je le lui ai dit...
        – Ne le forcez pas... C'est bien. Allez, ma fille...”
        Ce bras droit étendu, cette main ouverte... J'y suis !... C'est le signal de l'opération, au moment pendant lequel Il répand sur les malades le baume salutaire... Ce n'est pas le fameux fluide magnétique de Mesmer, l'agent thérapeutique par excellence, à cette époque de barbarie.
        Une autre femme est introduite...
        – Il faut être sage... le plus possible ma fille... Ne pas douter... Le mal attire le mal, et la peur de mourir attire la mort. Il faut vous humilier le plus possible...
        – Je ne sais pas prendre d'œufs, mon père...
        – Suivez le régime végétarien... Allez, ma fille, bon courage...”
        Le Père, après ces consultations, me montre dans une pièce voisine des rayons charmés de piles de livres noirs... Ce sont des exemplaires du livre : „Christ parle à nouveau”.
        – J'en avais commandé 10,000 il y a cinq ans... Il m'en reste environ 5,000... Je n'ai donc pas gagné beaucoup d'argent à les vendre…”
        Quelques mots encore...
        – Viendrez-vous, demande-t-Il, à Charleroi ?
        – Oui…
        – Qu'allez-vous dire ?
        – Le pour et le contre, sans parti pris.”
        Dans la chapelle, devant le tableau...
        – Je suis le Messie pour ceux qui croient en moi...”
        Je serre la main au Messie, la main qui se lève, qui annonce la venue du baume guérisseur.
        Cet homme est un charmeur... Oui, j'irai à Charleroi, jeudi...

                                                                   Pierre GRIMBERGHS

    La Belgique, 10 novembre 1916


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  • Le Prophète en pays noir (Le bruxellois, 30 juillet 1916)

           TRIBUNE LIBRE

    Le Prophète du Pays Noir

        Un de nos collaborateurs nous envoie ces notes sur l'apostolat du Père Dor, dont on a lu récemment dans le Bruxellois une curieuse lettre que celui-ci nous adressa en réponse à une appréciation parue ici en « Tribune libre ».
        « En janvier 1913, Antoine le Guérisseur, de Jemeppe-sur-Meuse, venait de mourir, auréolé d'une popularité singulière de thaumaturge. Pierre Dor apparut comme une nouvelle incarnation du révélateur de religion nouvelle qui prétend guérir les maux physiques comme les peines morales par la seule vertu de sa parole. Ce personnage opère surtout au pays noir. Il correspond au rebouteux, au berger magicien de la campagne, qui est légion...
        Toujours, en Wallonie, se sont développées, en marge des religions ancestrales, du catholicisme et du protestantisme, de curieuses croyances qui se traduisent par des manifestations impressionnantes ou... baroques. Ne parlons pas des associations spirites du pays de Charleroi, des darbistes du Borinage, du Bon Dieu de Ressaix, ou de cette explosion de foi farouche qui précipite aux calvaires du pays de Mons, dans la nuit du Réveillon, des centaines de pauvres gens à des cérémonies au cours desquelles on « étrenne » le bon Dieu et d'où les prêtres sont bannis. (La même coutume se retrouve sur le littoral.) Mais l'étude qu'a faite George Eekhoud, pour la Flandre du passé, dans ses « Libertins d'Anvers », que l'on a faits aussi pour les stévenistes de l'ouest brabançon, mériterait d'être tentée à propos de certaines croyances et superstitions du pays noir.
        Rappelons, pour mémoire, le règne éphémère de Jules Buisseret, dit Baguette, le bon Dieu de Ressaix, dont la divinité se compromit dans les aventures amoureuses et en correctionnelle ; Antoine le Guérisseur, le Père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, créa une religion, un culte organisés. L'Antoinisme n'est pas mort avec lui, l'influence de celui-ci persiste, son autorité morale, sa puissance de suggestion lui survivent. Mais son enseignement que professent encore la mère Antoine et quelques lieutenants, est concurrencé par celui du père Dor, qui opère à Roux.
        Nous avons vu l'opération générale suivie d'instruction à laquelle se livre chaque dimanche le thaumaturge du pays de Charleroi.
        Nous avons lu son journal mensuel : « Le Messager de l'Amour-Dieu », « directeur de la fraternité universelle ».
        Il y a là-dedans du charabia, des expressions fort divertissantes qu'expliquent une pensée confuse et une méconnaissance de la langue française. La doctrine du Père Dor est un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, la croyance à la loi d'amour total, à la charité chrétienne poussée au suprême degré et aux fluides.
        Déjà en janvier 1913, un collaborateur du « Soir » constatait que les idées actuelles du nouveau prophète ont mis du temps à se préciser. Au début, dans les premiers numéros du « Messager », il est souvent question de l'enseignement du Christ, on cite des passages de l'Evangile. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela. On trouve même dans les instructions du Père des opinions qui témoignent de l'influence qu'a exercée la propagande rationaliste au pays de Charleroi. Le Père Dor ne croit pas à un Dieu créateur. Dieu, pour lui, c'est un mot, une entité morale : « J'ai déjà dit et je répète que Dieu n'est qu'un mot. Je ne veux pas par la détruire la loi qui conduit à Lui. Mais au lieu de dire Dieu, je dis : Amour, Charité, Désintéressement ».
        Et ailleurs : « De tout ceci tâchez de vous convaincre que Dieu n'est qu'un mot et non le créateur de toutes choses. Ce problème est à résoudre, mais la solution ne se trouve que dans son amélioration. S'il ne dépendait que de Dieu pour notre bonheur, nous aurions le droit de le traiter de cruel, de laisser ainsi ses rejetons dans la souffrance malgré le grand désir qu'ils ont de ne plus souffrir.
        « On ne comprend pas le pourquoi de cette vie, parce qu'on ignore qu'une seule chose est nécessaire pour être sauvé : l'Amour du Bien, sentiment de Justice et de Progrès de l'être pensant. »
        En néospirite, le Père Dor croit aux « fluides » bons et mauvais. Il fait agir les bons pour guérir les maux et les peines morales. Dans son esprit, fluide est parfois synonyme « d'âme ». Et il croit non pas à l'immortalité, mais, comme les colinsiens, à l'éternité da l'âme. « J'ai déjà pu dire que l'homme existe depuis toujours et qu'il existera toujours. Quand je dis homme, comprenez-moi bien, je veux dire âme ou plutôt fluide-homme. »
        Cela c'est ce qu'on dit dans les instructions du Père Dor reproduites dans le « Messager », et l’on avouera qu'il y a là-dedans une certaine élévation de pensée.
        Mais il y a aussi ce que j'ai vu à Roux certain dimanche. Et cela est de la superstition en action… »

    Le bruxellois, 30 juillet 1916


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  • Roux, Père Dor (De Werkman, 5 januari 1917)

    - Te ROUX is wederom aangehouden in zijnen « Tempel der Deugd, » de vermaarde PÈRE DOR; 800 zieken waren hem daar afwachtende; korts te voren had hij te Charleroi 15 maand gevang gekregen... 't Volk uit die Walenstreek is betooverd voor Père Dor.

    De Werkman, 5 januari 1917

    source : aalst.courant.nu

     

    Traduction :

    - À ROUX, le célèbre PÈRE DOR a de nouveau été arrêté dans son "Temple de la Vertu" ; 800 malades l'attendaient ; peu de temps auparavant, il avait été emprisonné à Charleroi pendant quinze mois... Les gens de la région wallonne ont été envoûtés par le Père Dor.


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  • Le Père Dor et le Spiritisme (Le Bruxellois, 4 juin 1916)

    TRIBUNE LIBRE

    LE PERE DOR ET LE SPIRITISME

        Un de nos lecteurs et un spirite nous écrit :

    « Sous le titre : Le Père Dor ovationné à l'instar du Père Antoine de Jemeppe-sur-Meuse, n. 602 B, du 30 mai 1916, je lis le récit d'un de vos correspondants anonymes, qui juge bon de rompre une lance en faveur du bon sens outragé. Le Père Dor, dit-il, se permet de soigner et ose même guérir de pauvres gens que la Science officielle n'a pu soulager.
        Vraiment, pour agir de la sorte, il faut que cet être soit bien vil et bien méprisable, pour que le Parquet s'occupe de lui plutôt, que des accaparateurs. Ouvrier, comme Jésus, fils du charpentier, il fait une concurrence déloyale et honteuse à tous les médecins du pays, osant même refuser tout salaire, toute rétribution ; il se borne simplement à vendre ses deux modestes brochures où sont résumés ses principaux enseignements. Que contiennent donc cos infâmes brochures ! La Fraternité universelle. Comme Christ, il dit qu'on doit aimer ses ennemis et ne jamais juger son semblable. Votre correspondant, ferait chose sage en méditant ce dernier enseignement, cela lui éviterait de porter un jugement sur des choses qu'il ne connaît pas, puisqu'il confond le Dorisme avec le Spiritisme.
        Le Spiritisme est une science expérimentale, faite donc d'observations. Or, le spiritisme expérimental est destiné à acheminer les êtres de bonne foi, vers une philosophie admirable qui n'est, après tout, que le Christianisme primitif, après que l'expérimentation leur a démontré, en faisant appel à la logique et à la raison, que le principe spiritual survit à la destruction de l'enveloppe matérielle.
        Il est évidemment des cerveaux qui craignent la lumière et la folie latente qui fait partout des victimes, s'infiltre même chez des correspondants de journaux. A ces intelligences chancelantes, ou inaverties, nous disons : non, ni le Dorisme, ni le Spiritisme ne vous conviennent pas. Mais de grâce, ne pérorez pas sur des sujets qui vous inspirent personnellement tant de crainte.
        Un de nos grands savants belges, M. le Dr Marcel Monier, écrivait dernièrement dans votre honorable journal que le matérialisme est anti-scientifique. Il a raison. Le matérialisme est en effet anti-scientifique, car il transplante chez lui le dogme qu'il combat à juste titre dans les religions.
        Rien ne doit rebuter le chercheur sinon il borne sa mentalité. N'oublions pas que la folie se révèle dans tous les domaines, qu'elle peut éclore autant dans les systèmes religieux que scientifiques. N'est-elle pas, après tout, la résultante d'une tare organique ? Ce qui peut nous consoler c'est que le génie n'est, dit-on, qu'une des formes de cette folie que nous redoutons tant.
                                                                           A.-A. Lummen. »

        D'autre part le Père Dor, lui-même, nous écrit.

        Voici la lettre du directeur de l'Ecole morale de Roux :

                                                    Roux, 1 juin 1916.
        « Quelle folie que de prendre des leçons de sagesse, de morale, afin de ne plus souffrir, ni physiquement, ni moralement ! Voyez le Père Dor, professeur de l'Ecole Morale, en le consultant bien sincèrement, c.-à-d. avec le désir de surmonter vos vices, vos passions, l'égoïsme, l'hypocrisie et le mensonge, vous êtes amené naturellement à pratiquer l'Amour de bien faire et ainsi vous devenez adepte du Culte de la Liberté, de la Solidarité et de la Fraternité universelle. N'est-ce pas scandaleux ! Et dire qu'au XXe siècle, il existe encore un homme pareil, malgré la leçon que l'on a infligée à Jésus il y a 2,000 ans !!
        Voilà ce que veulent dire les soi-disant intelligents, c.-à-d. ceux qui vivent au détriment des gens malhonnêtes et qui s'irritent comme des possédés contre les hommes qui enseignent le Bien, la Vérité, la Justice et qui donnent à leurs frères l'exemple de la droiture, du désintéressement.
        J'ajoute qu'il n'existe pas de « Doristes », ni par conséquent le « Dorisme », car à l'Ecole Morale il n'y a ni religion, ni secte, ni société, ni rien qui puisse porter un nom, J'ai pour temple l'Univers et pour Autel ma conscience. J'ai donc pour devoir de ne pratiquer aucune religion, de n'avoir aucun parti, afin de bien avoir le respect à tous les goûts qui sont dans la nature de l'homme, que, seuls les temps et la souffrance, effet de sa mauvaise nature, peuvent changer. C'est ainsi Moise a dit : « œil pour œil, dent pour dent ». Jésus a dit : « Aimez vos ennemis ». Le temps est venu où moi je dis : « N'ayez pas d'ennemis ». Je donne à comprendre par là, qu'un seul remède peut sauver l'homme : l'Amour de soi-même c.-à-d. l'Amour de la perfection.
        Je dois dire que l’accès de cette morale n'est réservé qu'aux travailleurs sincères, car beaucoup cherchent, mais ils cherchent mal, pour la seule raison qu'ils n'ont pas pour base le désintéressement. Tout le monde admire la morale, chacun en proclame la sublimité et la nécessité. Mais peu d'hommes la comprennent, moins encore la connaissent à fond et savent en déduire les conséquences, c'est pourquoi, l'homme vertueux est haï, presque, de tous les autres hommes, au point que, si on ne le fait pas mourir, des complots, par jalousie se forment contre lui et emploient le mensonge pour le diffamer, pour le dénigrer. »
        Agréez, mes salutations bien distinguées.
                                                                         Le Père Dor.

    Le Bruxellois, 4 juin 1916


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  • Le Père Dor, successeur (L'Égalité de Roubaix-Tourcoing, 11 janv 1913)

    UN NOUVEAU FAISEUR DE MIRACLE

     Le " Père Dor "
             successeur
           d'Antoine-le- Guérisseur

        Bruxelles, 10 janvier. — Antoine-le-Guérisseur, le thaumaturge de Jemeppe-sur- Meuse, mort l'an dernier, a fait un émule qui opère actuellement avec grand succès à Roux, village du pays minier, des environs de Charleroi. Le nouveau prophète est connu sous le nom de « Père Dor ». Il édite sa doctrine dans une publication mensuelle, le « Messager de l’Amour-DIEU », directeur de la fraternité universelle. Agé d'environ 40 ans et originaire de Mons-Crotteux, près de Liège, le Père Dor se dit le neveu d’Antoine-le-Guérisseur ; il a exercé plusieurs métiers, dont celui de terrassier, et a séjourné à trois reprises en Russie.

        L’ECOLE MORALE

        Il y a quatre ans déjà, il bâtit à Roux un « temple » simple salle adossée à un cabaret. Les « fidèles » sont venus nombreux et tout récemment, le 1er novembre dernier, on inaugurait un nouveau temple, celui-ci très vaste, situé à côté de l'ancien. C'est une construction en briques, de 30 mètres de long, sur près de 90 de large, couverte d'un toit au milieu duquel s'ouvre un large lanterneau et que domine une inscription en lettres blanches : « L'Ecole morale ». Toute la semaine, les pèlerins affluent, pour consulter le Père Dor, qui leur prodigue de bonnes paroles et, par son « fluide », guérit tous leurs maux.
        Le dimanche après-midi, le Père Dor procède à une opération générale, fais agir le fluide sur l’assistance qui remplit le temple, puis répond à toutes les questions qu'on lui pose. Le confrère qui a assisté à la consultation dimanche dernier raconte en ces termes ce qu'il a vu et entendu :
        Une large salle blanchie à la chaux, éclairée par un lanterneau sous lequel on remarque l'armature de fer de la toiture, chauffée à l'excès par deux énormes calorifères. Sur les vastes murs nus quelques inscriptions soulignées de bleu, encadrées de chêne clair, dans ce goût-ci : « Le Père Dor donne à ses enfants de bon, de beau soulagements. » Il y a là, assises sur les bancs jaunes, plus de 600 personnes. L'atmosphère est étouffante. Il monte de cette foule une odeur de corps malades et en sueur, de vêtements mouillés.

            LE « PERE DOR » OFFICIE

        A un bout de la salle, à trois mètres au-dessus du sol, une vaste caisse peinte en blanc et bordée de noir et qui surplombe un abat-son, tient lieu de chaire. Le Père Dor y discourt, le torse serré dans une veste boutonnée jusqu'au cou et qui rappelle celle du « général » Gustave Hervé. Ses longs cheveux bouclés encadrent un visage au teint de cire où l’on voit des yeux tantôt pleins de recueillement, tantôt pétillants de finesse. Au pied de la chaire un pupitre où une jeune fille qui disparaît derrière un vaste chapeau, sténographie les propos du Père Dor.
        Après que celui-ci a terminé son opération générale, les fidèles lui posent des questions le plus souvent saugrenues, sur les sujets les plus inattendus, les plus extraordinaires. Les réponses sont à l'avenant. Le Père, qui connait à peine le français, se recueille longuement après chaque question, baisse les yeux, se frotte la bouche avec un grand mouchoir à carreaux blancs et bleus, puis répond lentement, très lentement. Il a quelques clichés qu'il sert constamment : « Le mal est en nous, il faut s'améliorer, L'amour total ». Dès qu'il sort de là, ses propos deviennent plutôt incohérents. Quand il a fini sa réponse, un lourd silence froid que trouble parfois le vagissement d'un enfant.

         QUAND ON A DES PUNAISES...

        Tout à coup, au fond de la salle, se lève un jeune homme à mine souffreteuse :
        – Père, quand on a des punaises, faut-il les détruire ?
        Le Père Dor répète, comme toujours, la question : « Ce fils me demande si quand on a des punaises, il faut les détruire ? Ce n'est pas un mal chez certaines personnes. Il en est de même des escargots, des limaçons et autres bêtes de jardin... »
        Puis une paysanne se lève à son tour et d'une voix mal assurée demande : « N'est-ce pas encore un doute que de tenir chez soi des chats, puisque les chats mangent les souris ? »
        Réponse : « Si ! Il en est de même pour les chiens. Ces animaux dégagent trop de mauvaises odeurs.
        Pratiquant la loi morale, un homme, jeune, demande si je puis encore exercer mon devoir d'électeur ? »
        – « Cela est contraire à la loi morale, à la loi d’amour, répond le Père Dor, parce que donner son suffrage à un candidat, c'est désapprouver l’autre. »
        La sortie s'opère lentement. Le Père Dor y assiste avec, semble-t-il, un petit air finaud. A la sortie, sa femme, derrière un grand comptoir, vend des brochures, des journaux, des photographies.
        Dès à présent, il existe des succursales de l’Ecole morale de Roux à Gilly, à Chapelle-lez-Herlaimont, à Marchiennes, à Souvret, à Lavaqueresse, dans l’Aisne, à Bruxelles et jusqu'à Porto-Félice, au Brésil... Tous les dimanches, en gare de Roux, les trains déversent de nombreux pèlerins.
        Le Père Dor, travaille même par correspondance et iI se vante de guérir non seulement les gens, mais aussi les bêtes...

    L'Égalité de Roubaix-Tourcoing, 11 janvier 1913

    Source : http://roubaix-bnr.cd-script.fr/fr/presse-ancienne.php

        Cet article est en grande partie inspiré de l'article de l'Excelsior.
    Le journal La Liberté reprend le même article à la même date (11 janvier 1913) :

    Le Père Dor, successeur (L'Égalité de Roubaix-Tourcoing, 11 janv 1913)


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  • Père Dor - Roux (Het volk (christen werkmansblad) 23 Dezember 1916)

        ROUX. - Père Dor. - De aanhangers van Père Dot hadden bij de overheid de aanvraag gedaar eene huldebetooging ter zijner eere te mogen organiseeren, dit bij gelegenheid der herneming zijner werkzaamheden in de gemeente. De betoogers, ten getalle van wel 1500, werden uiteengedreven en Père Dor werd naar de naastgelegen gendarmerie geleid.

    Het volk - christen werkmansblad, 23 Dezember 1916

     

    Traduction :

        ROUX. - Père Dor. - Les partisans du Père Dot avaient demandé au gouvernement la permission d'organiser un hommage en son honneur à l'occasion de la reprise de ses activités dans la municipalité. Les manifestants, au nombre de 1500, ont été dispersés et le Père Dor a été conduit à la gendarmerie voisine.


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  • Le Père - Professeur de l'Ecole Morale - Roux-Hainaut (Belgique)

    Information

    Name : Pierre DorJPG

    Type : Family picture

    Date : 07-14-2017

    Private picture : No

    Permalink : https://www.geneanet.org/media/public/pierre-dorjpg-9288075

     

     

    15 mai 1862 :

    Naissance - Mons (Liège)

    --- :

    Premier mariage avec Elisabeth Marie Box (née le 16 mars 1865 - Liège et décédée le 23 juin 1896 rue du Bois-de-Mont à Jemeppe-sur-Meuse à l'âge de 31 ans).

    Profession guérisseur, initiateur du dorisme, un schisme de l'Antoinisme créé par son oncle le Père Antoine Il a été actif surtout dans la région de Charleroi qu'il a dû quitter pour continuer son oeuvre à Uccle; Le Dorisme est mort en même temps que lui.

    24 déc. 1896 :

    Mariage (avec Josèphe (Joséphine) MONET) - Mons (Liège)

    5 mars 1947 :

    Décès - Uccle

    Notes individuelles

    Il a habité à Uccle Vieille rue du Moulin 344 de 1923 à 1947 où il est mort (quartier Fort Jaco) Almanach de la ville de Bruxelles

     

    Notes concernant l'union

    Union avec Josèphe ( Josèphine ) MONET, deux enfants :

    1.Louis Léon, Né à Jemeppe sur Meuse (rue des Tombales 1 au café à côté du temple antoiniste) le 7/10/1897 - pas de descendance connue, décédé à Uccle après 1958.

    2.Pierre Joseph Napoléon, né à Jemeppe sur Meuse le 25/3/1901. Lui-même a eu un fils unique : Pierre Jean Louis, né à Etterbeek en 1926 et décédé à Uccle en 2017, et qui a été Docteur en Médecine, chirurgien à l'Institut Bordet et professeur à l'ULB.

     

    Arbre généalogique de Henri PAULISSEN 

     

    source : https://gw.geneanet.org/dryedani?lang=fr&n=dor&nz=paulissen&oc=0&p=pierre+joseph&pz=henri+jose+pierre&type=fiche


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  • Père Dor (La Lanterne 12 jan 1913)

    Les Propos
                du Lanternier

        A plusieurs reprises j'ai eu le plaisir de vous parler d'Antoine le guérisseur, le thaumaturge de Jemeppe-sur-Meuse, un citoyen qui pensait qu'il n'y a aucune raison pour que les hommes d'aujourd'hui soient moins bêtes que leurs devanciers, et qui, en conséquence, avait décidé de leur faire avaler les pires sottises, Antoine le guérisseur a un successeur. Il fallait s'y attendre.
        Celui-ci exerce aux environs de Charleroi. Il a fait bâtir un temple où il donne des consultations publiques. Ce qu'il dit étant complètement dépourvu de sens, il obtient auprès de ses « paroissiens » un grand succès.
        Les fidèles de la religion qu'a fondée ce Père Dor, car tel est son nom, lui posent des questions du genre de celle-ci :
        – Père, quand on a des punaises, faut-il les détruire ?
        Le père répond : « Ce n'est pas un mal chez certaines personnes ». Evidemment il y a déjà des saints dans la religion du Père Dor.
        Autre demande :
        – Pratiquant la loi morale, je me demande si je puis encore exercer mon devoir d'électeur ?
        Réponse :
        – Cela est contraire à la loi morale, à la loi d'amour, parce que donner son suffrage à un candidat, c'est désapprouver l'autre.
        Pourvu que le Père Dor n'exerce pas sa propagande au Parlement. Nous risquerions de n'avoir jamais de président.
        Le Père Dor, parait-il, se vante de guérir non seulement les gens, mais aussi les bêtes.
        C'est même sur cette seconde catégorie de clients que ses cures doivent le mieux réussir.

    La Lanterne, 12 janvier 1913


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  • Père Dor (L’Egalité de Roubaix-Tourcoing/Le Réveil du Nord, 4 mai 1914)

    COMPTES DU LUNDI

    UN NOUVEAU DIEU

        Surtout, ne tombez pas frappé d'apoplexie à la lecture de la nouvelle que je vais vous annoncer. Le Père Eternel est sur terre.
        Et à deux pas d'ici : à Roux, petit village du Hainaut Belge. Le Père Eternel délaisse la Terre Sainte qui est envahie par les touristes anglais, les guides allemands et les capucins internationaux. Il a préféré venir villégiaturer dans la patrie de Beulemans.
        Il habite une bonne maisonnette où il y a le chauffage à la vapeur et toutes sortes de commodités, car le Père Eternel aime avoir ses aises et il est sujet en hiver, aux rhumes de cerveau.
        On appelle sa maisonnette le « Temple de la Vertu ». Le Père Eternel se fait désigner tout simplement sous le nom de Père Dor, professeur de l'Ecole Morale de Roux.
        Il guérit les malades, sans médicaments, il console Ies affligés, donne des conseils pour vivre vertueux, pour avoir les enfants, pour soigner les panaris et pout raccommoder les ménages.
        Ça vaut mieux que d'aller au café, bien sûr.

        Pour expliquer plus commodément sa doctrine le Père a fait un petit catéchisme. Aujourd'hui, même le Bon Dieu est obligé de passer par l'imprimerie pour se faire connaitre. Ça fera sûrement du tort à ces Messieurs du clergé. La concurrence directe de Dieu, c'est comme qui dirait la suppression des intermédiaires et, dame, les intermédiaires : MM. le Pape, les évêques et autres, vont la trouver mauvaise.
        D'autant plus que le Père leur dit leurs quatre vérités, avec sa franchise bien connue :

        – « Je dois vous dire que le Christianisme tel qu'on l'a enseigne jusqu'à ce jour est souillé de toutes sortes d'absurdités, Mais j'espère que les faibles idées inculquées dans l’âme, l'ignorante du Vrai, du Beau, du Juste, s'évanouiront bientôt par la Connaissance de la Morale moderne, car celle-ci démolit la prière, la foi et le Dieu tourmenté.
        On doit avoir que le christianisme est de résultat de la prédication de l'Evangile, fait par les apôtres aux juifs et aux gentils (païens) après la mort de Jésus. (Ici je ne dirai pas la mort du Christ, parce que celui-ci n'est pas mort).
        « Ces résultats, ces révélations sont des fables, inventées par les hommes sectaires, religionnaires, c'est-à-dire par les hommes matériels. La preuve est qu'ils se contredisent les uns les autres. Le christianisme doit sa propagation à quelques rois fanatiques et il est reste debout grâce à leurs efforts et leur opiniâtreté à combattre et à détruire l'hérésie secondés aussi par leur Dieu : l'argent.
        « Et ces dirigeants sectaires, ces dignes de la foi, c'est-à-dire les chrétiens qui prétendaient enseigner une religion de paix, de pardon et de mansuétude, n'hésitèrent pas, pour assurer la prépondérance de leur croyance, d'immoler des milliers d'hérétiques en les vouant à des tortures atroces, n'épargnant ni vieux ni jeunes, pas même les enfants qui tétaient… »

        Il n'est pas si bête qu'on aurait pu le croire, ce vieux Père Eternel et quand la « Croix » prétendait le séquestrer dans le Paradis, c'est bien parce qu'elle redoutait cet accès de vérité, un jour ou l'autre.

        Mais dans sa retraite de Roux, le Père prépare désormais toute une série de révélations. Moyennant 2 fr. 75 en mandat-poste (0 fr. 25 en plus pour envoi recommandé) il vous envoie son « livre précieux » : Christ parle à nouveau.
        Le prospectus ajoute : « L'Administration n'est pas responsable des envois non recommandés ». Dieu peut tout, sauf s'y retrouver dans le gâchis des bureaux de poste !
        L'Administration du Nouveau Christ a bien raison de faire toutes réserves. La vie divine serait infernale s'il fallait que le Bon Dieu aille lui-même se chamailler avec les employés des postes qui sont souvent athées et l'enverraient au Diable…

        Réjouissons-nous.
        Il n'y aura bientôt plus d'athées, ni de faux prophètes, ni de faux dieux...
        Les apôtres du Père le proclament dans une brochure (0 fr. 30 par la poste) qu'ils ont eu la délicate pensée d'éditer « à l’occasion de la Toussaint jour de la Grande Opération pour les vivants et les morts » – ? –

        – Vous le dites, mon père : dans la morale comme dans l'art, dire n'est rien, faire est tout. Concevoir le bien, en effet ne suffit pas, il faut le faire réussir parmi les hommes. C'est là votre mission, mon Père et c'est de vos exemples que nous reconnaissons la grandeur de votre travail. Vous avez dû, mon Père, passer par bien des filières pour acquérir seul cette puissance qui fait reconnaitre en Vous, le Conducteur de ce Monde, ce qui veut dire : le Messie du XXe siècle...
        « Oui, cher et vénéré Père, Vous voulez nous cacher votre essence surnaturelle, c’est-à-dire qui vous êtes, mais vos enfants Vous ont reconnu et vous le crient bien haut : Vous êtes le Christ !
        Ah ! ouf, elles nous éclairent maintenant les paroles que vous avez prêchées, il y a deux mille ans et notamment celles-ci : Je m'en vais vous préparer le lieu et après que Je m’en serai allé et que je vous aurez préparé le lieu, Je reviendrai et Je vous retirerai à moi, afin que là où Je serais, vous puissiez y venir aussi ».

        Il y a deux mille ans qu'il dit cela, l'Eternel Père Dor, de Roux (Hainaut belge) ? Après tout, c'est bien possible. Je ne m'en souviens pas.
        Cette phrase biblique sans embrouille n’évoque en mes souvenirs que cette maxime analogue : « On est prié de toujours laisser le lieu comme on voudrait le trouver soi-même en y venant ».
        Et ce n'est pas dans l'Evangile que j'ai lu ça.

        Tout cela est bel et bien : il ne faut pourtant pas oublier l'essentiel.
        Le Nouveau Christ, le Père Eternel réincarné, le Père Dor, pour tout dire, est un spécialiste guérisseur pour toute maladie. Il nous dit dans son prospectus :

        « Je veux faire comprendre à l'Humanité que par le calme, la patience, la simplicité, la sobriété et la mise en pratique des instructions que renferme mon livre précieux intitulé : Christ parle à nouveau, on peut arriver à se guérir de tous ses maux, maladies, peines, embarras, etc., etc., à moins qu'on ne me consulte trop tard, car si le cas est mortel je ne peux malgré tout que donner un soulagement à seule fin que le moribond s'éteigne sans douleur et courageusement ».

        Le Père Eternel du Hainaut Belge empêche donc de trépasser, à moins qu'on ne meure. Il avait eu un précurseur dans la personne de M. de la Palisse.
        Son système curatif est simple : s'abstenir de viande, de beurre, d'œufs, de graisse, etc., et se vouer au végétarisme ou à la diète, et à l'eau sucrée. Par dessus le marché : croire au fluide du Père.
        D'innombrables attestations proclament les miracles accomplis.
        Un brave homme était asthmatique et poitrinaire. Le médecin se déclara impuissant. Les curés se mirent de la partie :

        « Le clergé ayant appris que ma mort était proche, écrit le miraculé de Roux, délégua un vicaire. Deux jours de suite j'eus à subir ses instances pour remplir les devoirs religieux, c'est-à-dire pour me confesser. Consulté à ce sujet par ma femme, vous (le Père Dor) lui dites que je ne pouvais recevoir absolument personne contre l'amour de bien faire, si je voulais guérir. Quand ces personnes se présentèrent de nouveau, ma compagne eut une lutte à soutenir pour les empêcher de se rendre à mon chevet : victoire fut pour elle, ils se retirèrent en la menaçant... »

        Le miraculé est tiré d'affaire, grâce au système du Père Eternel Dor. Celui-ci, qui connaît l’étendue de la puissance divine, déclare que son disciple « pourrait très bien commettre une infraction à la loi morale et de ce fait me pas farder à se désincarner ». L'avenir est ainsi garanti contre toute surprise fâcheuse.
        Les infirmes et affligés sauront désormais ou s'adresser.
        Surtout, insiste le Père Dor, qu'ils ne se trompent point : près de Roux, dans le Hainaut belge, il y a Jemmeppes : et à Jemmeppes, il y a le Temple du Père Antoine, de célèbre mémoire ; ne confondons pas : l'Antoinisme, c'est de la camelotte ; seul le culte du Père Dor, le « Nouveau Christ, le sauveur du Monde et le Créateur du Vrai, du Bon, du Juste, du Bien », est efficace.
        La maison est au coin du quai.

        Il y a un dieu de plus. Les derniers chiffres de statistique en recensaient trente-trois mille six cent dix-neuf qui tous se proclamaient le seul et l'Unique.
        Le Père Eternel de Roux proclame qu'il ne veut recevoir « ni cadeaux, ni argent ».
        Par là du moins il ne va ressembler à aucun de ses trente-trois mille six cent dix-neuf confrères !

                                                                                ALEX WILL

    L’Egalité de Roubaix-Tourcoing / Le Réveil du Nord (éd. Lille), 4 mai 1914


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  • Un nouveau prophète, le Père Dor (Le Radical 14 jan 1913)

    UN NOUVEAU PROPHÈTE

    Le Père Dor – A l'instar du Père Antoine
    Le « Messager de l'Amour-Dieu »
    Les fluides

        BRUXELLES, 11 janvier. – De notre correspondant particulier. – Un nouveau prophète nous est né. On l'appelle le Père Dor et il prêche la bonne nouvelle au pays de Charleroi. Il prétend guérir les maux physiques comme les peines morales par la seule vertu de sa parole. Chose curieuse, ce personnage opère surtout au pays noir, dans ces grandes régions industrielles de la Wallonie qui offrent une si puissante image de notre civilisation moderne. Il correspond au rebouteux, au berger magicien de la campagne, qui est légion.
        Toujours, en Wallonie, se sont développées, en marge des religions ancestrales, en marge du catholicisme et du protestantisme, de curieuses croyances qui se traduisent par des manifestations impressionnantes ou... baroques. Ce n'est ni le lieu ni le moment de parler ici des associations spirites du pays de Charleroi, des darbistes du Borinage, ou de cette explosion de foi farouche qui précipite aux calvaires du pays de Mons, dans la nuit du réveillon, des centaines de pauvres gens à des cérémonies au cours desquelles on « étrenne » le bon Dieu et d'où les prêtres sont rigoureusement bannis. (La même coutume se retrouve sur notre littoral.)
        Qu'il nous suffise aujourd'hui de rappeler brièvement le règne éphémère de Jules Buisseret, dit Baguette, le bon Dieu de Ressaix, dont la divinité se compromit lamentablement dans les aventures amoureuses et les ennuis de la correctionnelle ; Antoine le Guérisseur, le Père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, créateur d'une religion, d'un culte organisés, dont la presse a parlé dans le monde entier. L'antoinisme n'est pas mort avec son créateur ; l'influence de celui-ci persiste, sa réelle autorité morale, son incontestable puissance de suggestion agissent encore. Mais son enseignement, que professent encore la mère Antoine et quelques lieutenants fidèles, est fortement concurrencé par celui du Père Dor.
        Le nouveau thaumaturge publie un journal mensuel, le Messager de l'Amour Dieu, directeur de la fraternité universelle.
        A l'aide de cette publication, on parvient à formuler la doctrine – pour autant qu'on puisse employer ce grand mot – du Père Dor.
        C'est un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, la croyance à la loi d'amour total, à la charité chrétienne, poussée au suprême degré, et aux fluides.
        Les idées actuelles du nouveau prophète ont mis du temps à se préciser. Au début, dans les premiers numéros du Messager, on parle souvent de l'enseignement du Christ, on cite des passages de l'Evangile. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela. On trouve même dans les instructions du Père des opinions qui témoignent de l'influence qu'a exercée la propagande rationaliste au pays de Charleroi. Le Père Dor ne croit pas à un Dieu créateur. Dieu, pour lui, c'est un mot, une entité morale : « J'ai déjà dit et je répète que Dieu n'est qu'un mot. Je ne veux pas par là détruire la loi qui conduit à lui. Mais, au lieu de dire Dieu, je dis : Amour, Charité, Désintéressement. »
        Et, ailleurs : « De tout ceci, tâchez de vous convaincre que Dieu n'est qu'un mot et non le créateur de toutes choses. Ce problème est à résoudre, mais la solution ne se trouve que dans son amélioration. S'il ne dépendait que de Dieu pour notre bonheur, nous aurions le droit de le traiter de cruel, de laisser ainsi ses rejetons dans la souffrance, malgré le grand désir qu'ils ont de ne plus souffrir.
        « On ne comprend pas le pourquoi de cette vie, parce qu'on ignore qu'une seule chose est nécessaire pour être sauvé : l'amour du bien, sentiment de justice et de progrès de l'être pensant. »
        Le Père Dor croit aux fluides bons et mauvais. Il fait agir les bons pour guérir les maux et les peines morales. Dans son esprit, fluide est parfois synonyme d'âme.
        Et il croit non pas à l'immortalité, mais, comme les colinsiens, à l'éternité de l'âme.
        « J'ai déjà pu dire que l'homme existe depuis toujours. Quand je dis homme, comprenez-moi bien, je veux dire âme ou plutôt fluide-homme. »
        Voilà ce qu'on lit dans les instructions du Père Dor, reproduites dans le Messager, et l'on avouera qu'il y a là-dedans une certaine élévation de pensée.
        C'est à Roux, une grosse commune industrielle du bassin de Charleroi, que se trouve le temple du Père Dor, inauguré il y a quelques semaines. Au-dessus de la porte d'entrée, on lit cette inscription : L'Ecole morale.
        Toute la semaine, les fidèles y affluent : pauvres paysans de l'Entre Sambre-et-Meuse et même du Nord de la France, vieux ouvriers du Centre et du pays de Charleroi, rongés par la tuberculose, femmes de mineurs atteintes de maladies nerveuses.
        Tous viennent voir le Père dans l'espoir de trouver la guérison que n'ont pu leur donner les médecins.
        Le Père Dor est âgé de quelque quarante ans. Il est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége, se dit le neveu d'Antoine le Guérisseur, a exercé plusieurs métiers, dont celui de terrassier, a séjourné trois fois en Russie, où les guérisseurs de son genre pullulent, a bâti, il y a quatre ans, à Roux, avec ses économies, le premier temple, puis le vaste temple inauguré à la Toussaint. On vient le voir de partout. Il travaille même par correspondance. « Non seulement, dit-il, je guéris les hommes, mais aussi les bêtes : cochons, vaches, chevaux. »
         Non frères inférieurs, sans avoir la foi, sont touchés par le fluide.
        Dès à présent, il existe des succursales de l'Ecole morale de Roux dans un grand nombre de communes belges, dans l'Aisne et jusqu'à Porto Felice, au Brésil...
        Tous les dimanches, en gare de Roux, les trains déversent de nombreux pèlerins.

    Le Radical, 14 janvier 1913


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  • Père Dor dans la foule

    "Quant au Père Dor il assistera, en 1912, aux funérailles du prophète de Jemeppe-sur-Meuse." 

    Jacques Cecius, Spa, Une dissidence de l'antoinisme : le dorisme
    source : http://prolib.net/pierre_bailleux/libresens/208.014.antoinisme.htm


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  • Antoine, Dor et Cie (Le XXe siècle 02 07 1917)

     

    HISTOIRES DE RELIGION...

    ANTOINE, DOR & Cie

        Nous recevons d’un ecclésiastique de nos amis la piquante lettre ci-dessous :

                       Monsieur le Directeur.

        J’ai lu avec infiniment de plaisir les chroniques précises, pittoresques et ironiques à souhait de votre collaborateur J. Flament sur les aventures judiciaires du Père Dor.
        J’ai vécu plusieurs années dans le pays de La Louvière et dans le pays de Charleroi, qui comptent beaucoup d’adeptes de l’Antoinisme et des succédanés de l’Antoinisme. J’ai interviewé nombre de personnes et lu nombre de brochures. Vous estimerez sans doute intéressant que je rappelle l’essentiel de ces « religions ».
        Le Père Antoine et ses disciples professent que tous le mal vient de la chair.
        Pour combattre le mal, il faut donc, prêchent-ils, se désincarner.
        On se désincarne, dès cette vie, en se privant d’aliments qui proviennent du genre animal : la viande et le beurre : oui, le beurre – Et pour faciliter la tâche de ses fidèles, l’apôtre – ou sa femme – débitait de l’« axa » – beurre végétal – à la porte du temple. Vous imaginez sans peine les scènes qui se passaient dans les ménages dont un des membres seulement adhérait à l’Antoinisme ; il prétendait, celui-là, contraindre au végétarisme – et par les plus ingénieuses raisons, des raisons de conscience – toute la maisonnée.
        Mais la désincarnation essentielle, totale, ne s’obtenait – faut-il le dire ? — que par la mort.
        Aussi la mort ne causait-elle pas le deuil. Le père décédé, la mère décédée, pourquoi, je vous le demande, pourquoi s’endeuiller ? On n’endeuillait ni ses habits, ni sa maison, ni les lettres de faire-part. On godaillait même un peu...
        Et cette désincarnation suprême accomplie, que devenait-on ?
        Eh ! bien, on se réincarnait ; les braves gens, souvenez-vous que les Antoinistes se recrutaient presque exclusivement dans les classes ouvrières, les braves gens se réincarnaient, eux, dans des hommes soustraits aux fatigues du travail manuel : inspecteurs d’enseignement ou inspecteurs d’assurance, par exemple. Les autres se réincarnaient, mais dans des conditions qui les condamnaient à mener une misérable vie. Ainsi, les curés et les vicaires – méchantes gens s’il en est – se réincarnaient d’ordinaire dans des chevaux de halage !... Tel curé que j’ai connu, le curé de M..., s’était réincarné dans un cheval de halage qui trimait le long du canal de Charleroi à Bruxelles. Et l’ahan du cheval n’était autre chose que les mélancoliques soupirs du pauvre curé passant et repassant à proximité de son presbytère, à proximité de sa cave, disaient les Antoinistes les mieux informés...
        Enfantillages, sottises et rancunes ! Enfantillages surtout, et qui venaient de Russie. Le Père Antoine, houilleur presque illettré, avait travaillé dans le bassin du Donetz ; il y avait reçu les éléments de sa religion. Bref, une sorte de Raspoutinerie.
        Mais peut-être ne savez-vous pas que deux personnalités politiques de Belgique prétendirent, en 1914, obtenir de la Chambre et du Sénat la reconnaissance de l’Antoinisme par l’Etat ? Ainsi, cette farce religieuse, cette église burlesque se serait vu reconnaître l’existence légale tout comme le catholicisme ! Le Père Antoine aurait marché l’égal de l’archevêque Mercier !
        Les auteurs de ce projet saugrenu cherchaient-ils à organiser une concurrence au catholicisme, fût-ce par la plus ridicule des contre-Eglises ? N’exagéraient-ils pas plutôt la logique du libéralisme doctrinal, qui reconnait les mêmes droits, comme on sait, à toutes les doctrines, sans aucun souci de leur valeur intrinsèque et de leur utilité, par la seule raison qu’elles existent ?
        Je n’en sais rien, mais le fait doit laisser rêveur tout homme qui réfléchit.
        N’êtes-vous pas de cet avis ?

    Nous sommes aussi d’avis que ces deux « honorables », éclairés par l’expérience, ne pousseraient plus aujourd’hui à ce point la logique de leurs principes. Pour eux non plus, l’union sacrée n’est pas un vain mot, et ils ont appris par expérience qu’il y a religion et religion, comme il y a fagot et fagot...

    Le XXe siècle, 02 septembre 1917


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