• Je dis ce que j'ai vu et ce que je crois
    Et qui dira que je n'ai pas vu ce que j'ai vu
    Je lui déchire maintenant la tête
    Car je suis une irrémissible brute
    Et il en sera ainsi jusqu'à ce que le temps ne soit plus le temps
    Ni le ciel, ni l'enfer, s'ils existent,
    Ne peuvent rien contre cette brutalité qu'ils m'ont imposée
    Peut-être pour que je les serve, qui sait, en tout cas pour m'en déchirer
    Ce qui est, je le vois avec certitude
    Ce qui n'est pas, je le ferais si je le dois
    Voilà longtemps que j'ai senti le vide,
    Mais que j'ai refusé de me jeter dans le vide
    J'ai été lâche comme tout ce que je vois

    Quand j'ai cru que je refusais ce monde
    Je sais maintenant que je refusais le vide
    Car je sais que ce monde n'est pas
    Et je sais comment il n'est pas
    Ce dont j'ai souffert jusqu'ici, c'est d'avoir refusé le vide
    Le vide qui été déjà en moi
    Je sais qu'on a voulu m'éclairer par le vide
    Et que j'ai refusé de me laisser éclairer
    Si on a fait de moi un bûcher
    C'était pour me guérir d'être au monde
    Et le monde m'a tout enlevé
    J'ai lutté pour essayer d'exister
    Pour essayer de consentir aux formes, à toutes les formes
    Dans la délirante illusion d'être au monde a revêtu la réalité
    Je ne veux plus être un illusionné

    Mort au monde, à ce qui fait pour tout les autres le monde
    Tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais
    J'ai un corps qui subit le monde et dégorge la réalité
    J'ai assez de ce mouvement de lune
    Qui me fait appeler ce que je refuse et refuser ce que j'ai appelé
    Il faut finir, il faut enfin trancher avec ce monde
    Qu'un être en moi, cet être que je ne peux plus appeler
    Parce que s'il vient, je tombe dans le vide
    Cet être a toujours refusé

    C'est fait, je suis vraiment tombé dans le vide
    Depuis que tout de ce qui fait ce monde
    Vient d'achever de me désespérer
    Car on ne sait que l'on n'est plus au monde
    Que quand on voit qu'il vous a bien quitté
    Mort, les autres ne sont pas séparés
    Ils tournent encore autour de leur cadavre
    Ils tournent encore autour de leur cadavre
    Et je sais comment les morts tournent autour de leur cadavre, tournent autour de leur cadavre
    Depuis exactement trente-trois siècles que mon double n'a cessé de tourner

    Or, n'étant plus, je vois ce qui est
    Je me suis vraiment identifié avec cet être
    Cet être qui a cessé d'exister
    Et cet être m'a tout révélé
    Je le savais mais je ne pouvais pas le dire
    Et si je peux commencer à le dire
    C'est que j'ai quitté la réalité

    C'est un vrai désespéré qui vous parle
    Et qui ne connais le bonheur d'être au monde
    Que maintenant qu'il a quitté ce monde
    Et qu'il en est absolument séparé
    Mort, les autres ne sont pas séparés
    Ils tournent encore autour de leur cadavre
    Ils tournent encore autour de leur cadavre
    Je ne suis pas mort, mais je suis séparé


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  •  source : Base Joconde

       - Surtout, ne pensez pas tant, cher monsieur Antoine. Cela ne fait pas de bien, croyez-moi. Pratiquez, et vivez en paix.
       - Méfiez-vous, mon ami. Il est très dangereux de penser, quand on n'a pas assez d'instruction, pour le faire. laissez penser pour vous ceux qui savent, et n'oubliez pas que Dieu punit les orgueilleux.

    Robert Vivier - Délivrez-nous du mal
    Ed. Labor - Espace Nord, p142-43 & p.143-44


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  • Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ne nous ressemblent-ils pas ? Ils n'ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu'à eux. Des choses et d'eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos.

    Que l'un d'entre eux soit libéré de force de ses chaînes et soit accompagné vers la sortie, il sera d'abord cruellement ébloui par une lumière qu'il n'a pas l'habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l'on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n'est qu'en se faisant violence qu'il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d'imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ?.

    source : wikipedia

    --------------

    - Ils nous ressemblent, répondis-je; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face?
    - Et comment ? observa-t-il, s'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

    - Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?
    - Sans contredit.
    - Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ?
    - Il y a nécessité.
    - Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?
    - Non, par Zeus, dit-il.
    - Assurément, repris-je, de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
    - C'est de toute nécessité.
    ----------
    - L'éducation est donc l'art qui se propose ce but, la conversion de l'âme, et qui recherche les moyens les plus aisés et les plus efficaces de l'opérer; elle ne consiste pas à donner la vue à l'organe de l'âme, puisqu'il l'a déjà; mais comme il est mal tourné et ne regarde pas où il faudrait, elle s'efforce de l'amener dans la bonne direction.
    - Il le semble, dit-il.
    - Maintenant, les autres vertus, appelées vertus de l'âme, paraissent bien se rapprocher de celles du corps - car, en réalité, quand on ne les a pas tout d'abord, on les peut
    acquérir dans la suite par l'habitude et l'exercice ; mais la vertu de science appartient très probablement à quelque chose de plus divin, qui ne perd jamais sa force, et qui, selon la direction qu'on lui donne, devient utile et avantageux ou inutile et nuisible. N'as-tu pas encore remarqué, au sujet des gens que l'on dit méchants mais habiles, combien perçants sont les yeux de leur misérable petite âme, et avec quelle acuité ils discernent les objets vers lesquels ils se tournent ? Leur âme n'a donc pas une vue faible, mais comme elle est contrainte de servir leur malice, plus sa vue est perçante, plus elle fait de mal.
    - Cette remarque est tout à fait juste, dit-il.

    source : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep7.htm


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  • ILLUSTRATIONS DE GERMAINE ESTIVAL - FERENCZI, COLL. LE LIVRE MODERNE ILLUSTRE 1933, BROCHE.

        Germaine Estival 

        Il y a des êtres que la chance accompagne. Germaine Estival paraît
    être du nombre de ces élus. Il y a quatre ans, elle travaillait pour
    elle, peignant et dessinant, sans préoccupation de succès, au gré des
    rencontres et de son inspiration. Elle était, sous son véritable nom,
    professeur de dessin de la ville de Paris et, tout en caressant au fond
    de son coeur, le désir de percer qui est inhérent au rôle même de l'ar-
    tiste, elle ne s'agitait point, ne tentait rien pour devancer l'heure,
    ne cherchait surtout pas les motifs qui pouvaient plaire au public.
    Elle plantait son chevalet, ici et là, en son pays d'Auvergne, dans
    les Vosges ou les Alpes, quand elle était en vacances, près de son
    domicile, à Paris, durant le reste de l'année. 

        Or, le spectacle qu'elle avait de ses fenêtres était... Le Père La
    Chaise ! Elle peignit donc le Père La Chaise. Près de chez elle, était
    le quartier lépreux, erripouacré, croulant de Ménilmontaht ; elle
    peignit ce « Ménilmuche » qu'avait chanté Bruant. Elle fit aussi quel-
    ques incursions dans le quartier voisin de Charonne, que décore une
    très belle église entourée d'un bon vieux cimetière, où il paraît bon
    dormir. Que voilà, n'est-ce pas ? des sujets propres à passionner
    le bourgeois ! Eh bien, chose à peine croyable, c'est de ces peintures
    véridiques, sombres, parfois sinistres, que devait soudainement jaillir
    sa réputation. 

        Personne avant elle n'avait peint ces rues sordides, ces maisons 
    aux murs ravalés, ces architectures sans style, habitées par des gens
    qui n'ont pas lé loisir d'avoir de la spiritualité. EUe donnait à tout
    cela, cependant, une valeur d'art insoupçonnée. Elle créa, selon
    l'heureuse expression d'André Thérive, « la fonction de ce peintre
    de la nature inhumaine. » Quand elle exposa, pour la première fois,
    aux Indépendants, en 1926, on remarqua immédiatement ses envois,
    et elle eut des amateurs qualifiés. Non seulement, on goûtait ces
    aspects ignorés d'un Paris qui n'était même pas celui de la tournée
    des Grands Ducs, mais on aimait la fermeté de sa touche, la finesse
    de ses gris, la qualité de sa mise en pages, sa manière propre de faire
    chanter un blanc, un vermillon, un bleu crus, sur ces crépis suintants
    de maisons à bistros, à hôtels borgnes ou à usage de prisons. 

        C'était bien là sa vocation. Sur ces entrefaites, elle lut le Sans Ame,
    de Thérive. Thérive est un écrivain plein d'érudition et de talent ;
    il devait recueillir, au Temps, la difficile succession de Paul Souday,
    esprit d'une rare indépendance et d'une culture presque encyclopé-
    dique, et y réussir. Mais, en Thérive, le critique éclipsait le romancier.
    Germaine Estival sut comprendre ce^dernier et ce.Sans Ame, qui l'en-
    thousiasma, à juste titre — car c'est une oeuvre de pénétrante analyse,
    de vérité et de vie — lui inspira un projet d'illustrations, dont, à
    son tour l'auteur s'émerveilla. On aurait crû que Thérive avait écrit
    Sans Ame pour le crayon de Germaine Estival ! C'est une rencontre
    aussi peu commune que celle de Doré et du Balzac des Contes Drola-
    tiques, de Daniel Vierge et de Don Pablo de Ségovie, de G. Jeanniot
    et d'Adolphe, de Maurice Denis et du Fiqrelti. Aussi, quand l'artiste
    prépara sa première exposition particulière, en mai dernier, l'éminent
    critique réclama-t-il l'honneur d'écrire la préface du catalogue. 

       Cette présentation d'une jeune femme de talent par un maître
    du feuilleton littéraire, fit un bruit considérable. Ce fut un départ
    sensationnel, car tous les journaux firent écho à Thérive. Le nom
    de Germaine Estival était lancé ; le réel et original tempérament
    de l'artiste, portraitiste et paysagiste aussi bien que peintre des rues
    cachectiques, ne le laissera pas retomber. 

                CLÉMENT JANIN. 

    L'Auvergne littéraire et artistique
    7e année - N° 52 - Juin-Juillet 1930


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  • Avant-propos
    Révélation des dix Principes de Dieu par le Père
    Loi de la conscience
    L'origine de la vie
    Le rôle de Dieu
    La non-existence du mal
    La sanction morale
    La prière
    La science et la foi
    L'importance de la pensée
    Cause de la variété des partis et des groupes
    Science et les phénomènes psychiques
    L'intelligence et la foi
    Des diverses directions de la vie et du bonheur
    La charité bien comprise
    Lois dites de Dieu
    Le désintéressement et la foi
    Le fond et la forme
    La foi sauvegarde contre la mauvaise pensée
    L'amour et la solidarité
    Etre ou paraître
    La foi et la charité
    La charité morale
    Comment nous progressons
    La foi et l'amour ne s'acquièrent que pal' le travail moral
    Tout savoir c'est tout aimer
    Le matérialiste, le fanatique et le vrai croyant
    La solidarité
    Le devoir impose la pratique des lois morales
    L'efficacité des lois morales
    Nous ne pourrions posséder ni la foi ni l'amour sans les acquérir par la pratique de la charité
    Le moi conscient et le moi intelligent
    L'épreuve de l'acte du bien et l'épreuve de l'acte du mal
    La foi et le doute dans l'éducation
    La loi humaine comparée à la loi de la conscience
    Dieu pourrait-il avoir créé la souffrance
    L'existence de Dieu est la négation de la matière et l'existence de celle-ci la négation de celle de Dieu
    L'arbre de la science de la vue du bien
    Le Couronnement de l'Œuvre révélée
    L'arbre de la science de la vue du mal
    Le libre arbitre
    Unité individuelle de l'ensemble
    C'est Adam et Ève qui forment la base des termes de comparaison
    Apparence de la réalité
    Réincarnation
    Intelligence
    L'étude de l'enseignement moral
    Le mystère: amour, intelligence et conscience
    La croyance et la foi
    Le vrai bonheur ne résulte que du malheur
    Nous n'acquerrons la vérité que par notre erreur
    Un dernier mot de cette révélation
    Cause, développement et perfectionnement de l'être
    Mes Frères


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