• Histoire universelle des sectes et des societés secrètes, tome 2 : Les temps anciens (1968)
    (ISBN: 2905262761 / 2-905262-76-1 )
    Jean-Charles Pichon


    Description :
    - Sionisme, Kabbale, Témoins du Christ ou de Jéhovah, Antoinistes, Francs-Maçons, les sociétés secrètes groupent aujourd'hui des milliers de fidèles. Il n'en est pas une qui n'ait vu décupler le nombre de ses adhérents depuis 1940. Qui sont-elles? Que veulent-elles? D'où viennent-elles? Le caractère occulte de ces associations rend d'autant plus précieuses les réponses qu'on peut donner à ces interrogations. Fouillant l'ombre du passé et du présent, Jean-Charles Pichon remonte jusqu'aux sources, suit les courants à travers les sociétés où, depuis des siècles, des hommes se sont groupés pour se dépasser, sublimer ou faire progresser leur condition dans de grands rêves d'utopie. La naissance des sectes, leurs idéologies, leurs croyances, leurs rites sont enfin rassemblés ici dans une vaste synthèse.


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  • Antonisti (Le nuove sette religiose)Antonisti
        Per gli Antonisti, movimento diffuso in Belgio e in Francia, il male viene della mancanza di fede e dall'eccessiva fiducia nella scienza. Bisogna ritornare alla fede che dà il potere di guarire, tralasciando la scienza naturalistica. Sia nel loro giornale, l'Unità, sia negli opuscoli, si avverte che il «Culto no va sul terreno della scienza, ed in particolare non compie diagnosi, non consiglia né sconsiglia medicine e operazioni chirurgiche, non fa imposizioni di mani né predizioni del futuro».
        Il fondatore, Antonio, fu condannato nel 1901 per esercizio illegale della professione. Più cautamente i suoi discepoli di oggi non parlano di vera e propria cura anché se la cerimonia del culto ("operazione") si svolge, nel tempio, quattro volte la settimana, e si compone di tre momenti: guarigione collettiva, letture, guarigione individuale dietro un paravento, dove l'operatore riversa ancora fluido sul malato. Gli Antonisti parlano di guarigione spiritica, non per nulla la setta sorse nel periodo di grande diffusione dello spiritismo. Le idee religiose orientali si diffusero in Occidente proprio con la dottrina dello spiritismo che il Karnac e la Blavatski avevano appreso dai Disincarnati. Gli Spiritisti avevano e hanno questi princìpi base: esistenza di Dio, somma sapienza e bontà; immortalità dell'anima; gli spiriti hanno gradi diversi di evoluzione, sono ignoranti, ma perfettibili; anche se le bestie hanno un'anima che arriverà a reincarnarsi in un uomo, tutti gli spiriti seguono questa legge di reincarnazione; l'incarnazione è una prova per lo spirito, non il suo stato naturale; si possono vivere molte vite, che si dimenticano, ma ritornano alla memoria quando si è in stato spiritico; raggiunta la perfezione cessa la reincarnazione.
        Legge suprema è quella del Karma per la quale ci si reincarna secondo le opere compiute. Tutti i corpi celesti sono abitati da spiriti, in diverso stato di evoluzione. Oltre l'anima (lo "spirito", appunto) c'è il "doppio". Esso è un involucro fluidico che assomiglia al corpo e lo accompagna sempre (Pappalardo). V'è dunque un legame tra corpo, "doppio" e anima che rende possibile l'intervento taumaturgico dello spirito sul corpo. Nella stessa logica, i guaritori della Scienza Cristiana intervengono accanto al malato per aiutarlo a lottare contro «il magnetismo animale dannoso, cioè pensieri cattivi e falsi» che sono la vera causa della malattia. Poi si entra nel campo dei guaritori, numerosissimi, che non si riallacciano a sette religiose, che spesso sono persone dotate - almeno così affermano - di poteri parapsicologici scarsamente controllabili.

    Michele C. Del Re, Le nuove sette religiose, p.47-48
    Gremese Editore, 1997 - 256 pages
    source : GoogleBooks


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  • Albert Samuel - Para comprender las religiones de nuestro tiempo (1989)

        El Antonismo, o culto antonista, es sin duda la única secta de origen belga cuya notoriedad y éxito ha desbordado ampliamente nuestras fronteras, especialmente en Francia.
        Su fundador es Antoine Louis (1846-1912), obrero metalúrgico de Lieja, que abandono el catolicismo a los 42 años para interesarse por las asociaciones
    espiritistas, entonces florecientes. Habiendo descubierto sus dotes de curandero, que exploto sin exigir paga alguna, transformo su casa en despacho de consulta donde recibía cada día 50 o 60 personas en 1900 y de 500 a 1200 en 1910. Los medios utilizados eran ante todo la oración, la imposición de manos, el licor Koene, el papel y la tela magnetizados, etc
        Tras un proceso por ejercicio ilegal de la medicina, abandono sus practicas para conservar solo la oración y la imposición de manos.
        El culto se instituyo oficialmente en 1910 con la consagración del primer templo en Jemeppe-sur-Meuse. Al «desencarnar-se» el Padre, el culto fue dirigido por la Madre, su esposa, hasta que murio en 1940. Esta fecha marca el ocaso del Antonismo, acentuado por una guerra de sucesión entre el sobrino de Antoine, el padre Dor, y su oponente.
        El Antonismo tuvo un gran éxito a comienzos de siglo unos 150 000 adeptos, entre ellos 50 000 en Francia, según Woodrow. Se implanto especialmente en los ambientes obreros de Lieja y en algunas aldeas francesas. Hoy habría 31 templos en Bélgica, 28 en Francia y unas 150 salas de lectura (a menudo casas particulares) donde se procede solo a la lectura de la Enseñanza» (La
    Belgique et ses dieux, 360-361).

    Albert Samuel, Para comprender las religiones de nuestro tiempo
    source : scribd.com


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  • Auteur :     Louis Pauwels (Directeur), Hélène Renard (Rédactrice en chef)
    Titre :     Question de [spiritualité, tradition, littérature]
    Editeurs :    n°17 - bimestriel - mars-avril 1977, France
    Sommaire :
    But
    Origine
    Fondateur
    Impact
    Enseignement proposé
    Une pratique spirituelle
    Structure de l'organisation
    Bibliographie

        Evoque l'antoinisme aux pages 53-54 dans le Dossier : sectes, mouvements, écoles (les pages dans mon exemplaire son interverties, sa description se retrouve donc mélangée à l'Ordre Rose+Croix A.M.O.R.C.).

        Cette revue de spiritualité dirigé par le journaliste et écrivain français, né en Belgique, nous offre une description neutre du culte antoiniste. Mais encore une fois on ne peut que regretter les nombreuses erreurs habituelles. Le But est claire et dans le vrai :
        "L'éthique antoiniste s'offre comme une voie de libération fondée sur la foi et le désintéressement, en dehors de toute idée de religion et d'endoctrinement. Entraide, solidarité spirituelle et humaine, disponibilité et accueil, tels sont ses buts."
        Son Origine est bien décrite, étant très courte (3 lignes), par contre dans le Fondateur on lit :
    - "d'une santé fragile, il ne restera pas à la mine", raccourci qui élude la première expérience mystique de Louis Antoine bien décrite par Robert Vivier, sa lampe de mineur s'éteignant...
    - "sa compétence lui vaut d'être appelé en Prusse orientale (or s'est au Royaume de Prusse qu'il se rend en 1871) puis en Pologne. Il y restera avec son épouse près de treize ans (en fait environ 11-12 ans). De retour en Belgique en 1892 (en fait en 1884) avec d'importantes économies, ils s'installent à Jemmapes" (en fait Jemeppe[-sur-Meuse]).
        Dans l'Impact, on parle de temples en Suisse, en Italie, au Brésil, en Angleterre, or, même si on a vite fait d'appeler une salle de lecture un temple (comme au Brésil), il n'y eut jamais de consécration dans ses pays.
        L'Enseignement proposé décrit bien la doctrine : "C'est un code de morale universelle. Il figure dans deux ouvrage dictés par le Père Antoine. On peut le résumer ainsi :
    - Dieu est en l'homme, il faut le découvrir en soi-même ;
    - il faut respecter toute croyance et ne rien imposer ;
    - prêcher la morale est vain, il faut la vivre ;
    - la charité est un devoir ;
    - la solidarité est la loi de l'homme.
        L'homme est perverti par une fausse intelligence. Il ne voit que la matière, source de douleur, car illusion. Il faut se dégager de la matière pour connaître la paix intérieure."
        Dans Une pratique spirituelle, on lit ce qui est distribué dans les temples : "Les tempes sont ouverts à tous. Tout se fait par la prière. Toute liberté est laissée à chacun, on y vient aussi souvent et autant que l'on en ressent le besoin, soit pour demander assistance, soit pour s'instruire et vivre la morale du père."
        La Structure de l'organisation est bien décrite et n'évoque pas encore la dissension entre les temples avec et sans photos.
        Puis la Bibliographie donne à lire les sources habituelles : L'Enseignement du Père, Debouxhtay et Robert Vivier.

        Voilà donc une description qu'on aimerait à lire plus souvent, même si elle reste par trop neutre (on ne nous dit même pas si le culte fait partie des sectes, des mouvements ou des écoles), et on est lassé de lire toujours les mêmes erreurs dans la biographie (même si celles-ci ne compromettent pas la compréhension du reste).


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  • Karel van de Woestijne - Sekten (Antoinisten)(1925)Sekten
    Brussel, 6 Augustus.

    Dezer dagen hebben in het hart van het land, - meer bepaald: te Schaerbeek, Brusselsche voorstad en naar uitgebreidheid en bevolking de vijfde gemeente van België - de zoogenaamde Antoinisten hun hoofdtempel ingehuldigd. Heeren, waarvan de meesten Waalsche mijnwerkers zijn, doch waaronder men ook geestelijk-ontwikkelden kan tellen, en die niet allen Belgen zijn, want de Leer heeft ook in het buitenland aanhangers, - heeren in de lange jas met opstaande kraag der Angel-Saksische clergymen en den hoogen hoed met platte randen van den Zuid-Franschen wijnkoopman van vóór een kwarteeuw, vergezelden dames die er uitzagen als nogal kokette kloosterzusters, ik bedoel nonnen die niet al te strikt het opgelegde habijt eerbiedigen, maar nochtans schuw lijken voor te losse wereldschheid. Zij samen kwamen, in België's hoofdstad, of even daarbuiten, gewapend met een valies en eerbiedwekkende vroomheid, hun geloof bevestigen in den levensregel, die hun door wijlen Antoine-den-Genezer was opgelegd. Enkele jaren geleden hebben zij den Belgischen staat om erkenning gevraagd van wat zij hun godsdient noemen. Gij weet dat die staat drie officieele godsdiensten heeft aangenomen, het wil zeggen, dat hij de bedienaars ervan bezoldigt: het zijn de katholieke, de protestantsche en de Israëlietische. De Antoinisten houden het ervoor, dat zij evenveel recht hebben op het geld van den Belgische staatsburger. Ik weet niet goed of de toenmalige Belgische regeering op hunne wenschen en bevestigingen is ingegaan. Maar
       
    [p. 642]

    ik weet dat de Antoinisten dezer dagen te Schaerbeek een tempel hebben ingewijd, dien ze vermoedelijk met eigen centen hebben opgetrokken. Hetgeen bewijst dat zij eene macht uitmaken, misschien meer geestelijk nog dan geldelijk, want de meeste adepten zijn geen rijke lieden, en het is hun getal meer dan hunne persoonlijke pecuniaire draagkracht die het feit mogelijk heeft gemaakt. Hun getal te Brussel was dan ook niet gering: zij waren een tamelijk-vreemde versiering van het ledig-geloopen vacantie-Brussel.

    Ik kan u in gemoede verzekeren dat ik, met al mijn eerbied voor welke geestelijke overtuiging ook, geen Antoinist ben. Verwacht dan ook van mij geene inwijding in de gezindte dezer sekte. Ik weet dan ook, en dan nog slechts ongeveer, dat zij werd gesticht door een zeer eenvoudig man, die beweerde de macht te bezitten, de kranken te genezen bij eenvoudige oplegging der handen en zelfs alleen bij kracht van het gebed. Deze ‘Antoine le Guérisseur’, zooals men hem in Wallonië noemde, moet in aller daad wonderen hebben verricht, het is te zeggen dat hij eene wonderwekkende overtuigingskracht bezat, die natuurlijk uitging van een heilig geloof in zichzelf. Zijne actie was veelvuldig en verwekte buitengewone belangstelling, die in mystieke geestdrift ontaardde. De geestdrift leidde tot dogma, waar deze Antoine zich toe leende. Zijn thaumaturgie werd een godsdienst, eene liturgie, misschien minder door hem-zelf dan door zijne volgelingen vastgelegd. En toen hij, een vijftiental jaar geleden, stierf, liet hij eene kerk na, met vaste leerstelsels, een stevigen levensregel, en eene oude echtgenoote die na hem als opperpriesteres ging fungeeren. Deze kerk
       
    [p. 643]

    heeft hare tempels, ook in het buitenland, naar het heet. De laatste daarvan is komen te staan in Schaerbeek, eene voorstad die voorloopig alleen om hare krieken bekend stond, en om de koppigheid van hare inwoners die men daarom, cum reverentia, ezels pleegt te noemen.

    Feitelijk is het Antoinisme minder een godsdienstig dan een psychologisch verschijnsel. Gij weet dat de bevolking van België in hare meerderheid onwrikbaar-Roomsch is, zij het dan misschien ook minder in de praktijk dan uit overlevering. Het socialisme heeft echter, sedert de jaren tachtig reeds, aan die voorvaderlijkheid duchtig geknaagd, vooral onder de werklieden van het industriëele Walenland. Nochtans blijkt het wel, dat de behoefte aan een godsdienstig leven er warm is gebleven, warmer zelfs dan in het traditioneel-godvruchtig Vlaanderen van landbouwers. Herinnert u hoe Vincent van Gogh inzag, dat evangelisatie in de kolenstreek van het Borinage vruchtdragend kon worden. Zoo de menschen er de katholieke kerk verlaten, dan is het meermaals om aan spiritisme en occultisme te gaan doen. Geen wonder dan ook dat een Antoine le Guérisseur er gemakkelijk adepten vond, en in grooten getale. Waaruit zou kunnen blijken dat de Walen naar den aard nog meer godsdienstig zijn aangelegd dan de Vlamingen, denwelken men in deze zoo dikwijls hunne stompzinnigheid heeft verweten, omdat zij, met heel wat vrijheid trouwens, en zelfs met zeldzame bandeloosheid, der moederkerk getrouw bleven.

    Die getrouwheid is overigens betrekkelijk, en eene mededeeling op het historisch en archeologisch Congres dat op dit oogenblik te Brugge plaats heeft, komt het doorslaand bevestigen. Niet alleen hebben wij in Vlaanderen, niet ver van Oudenaerde, te Maria-Hoorebeke name-
       
    [p. 644]

    lijk, een dorp dat in zijn geheel, of nagenoeg, Evangelisch-protestantsch is en blijft (een misschien-eenig verschijnsel in België), maar in de Roomsch-katholieke kerk-zelve zou eene sekte bestaan die, zonder eigenlijk heterodoxe te zijn, nochtans, afgescheiden leeft: de sekte namelijk die zich noemt deze der Stevenisten.

    De leerstelling is eigenlijk uit Frankrijk over ons heen gekomen. En hij is tevens eene zoo goed als onbegrijpelijk anachronisme.

    Toen, in 1806, tusschen de paus Pius den Zevende en den eersten Consul Bonaparte het Concordaat gesloten werd, weigerden een aantal Fransche priesters aan de inschikkelijkheid van den Heiligen Vader toe te geven. Acht en dertig bisschoppen, die trouwens de wijk naar Engeland hadden genomen, kwamen tegen de nieuwe regeling op. Men noemde ze de ‘Anticoncordataires’. Hunne houding werd door sommigen in België gevolgd, dat anders over het algemeen vrij onverschillig bleef. Zekere Cornelius Stevens, waarschijnlijk in hoofdzaak gedreven door zijn haat tegen Napoleon en dezes godsdienstige politiek, wilde van het Concordaat niet hooren. Deze priester wist een groot aantal aanhangers te winnen, vooral in het Zuiden van Brabant. Zijne stelling werd tot in het aartsbisdom Mechelen aangenomen; zij verbreidde zich gemakkelijk in West-Brabant uit. Pastoors als Janssens, die te Pepinghen stond, en Winnepenninckx, te Leerbeek, waren zijne vurige aanhangers. En aldus werd eene echte sekte gevormd.

    De laatste Stevinistische priester stierf in 1842. Maar met hem stierf de sekte geenszins uit. Bij gebrek aan bedienaars verzaakten de aanhangers alle sakramenten. Zij kozen zich voortaan wereldlijke pastoors, en onder
       
    [p. 645]

    die pastoors zijn er zelfs vrouwen geweest.

    Het Stevinisme is niet uitgestorven. Talrijke, meestal welgestelde landbouwers uit Zuid-Brabant meer bepaald uit de omstreken van Halle, beroemde bedevaartplaats, blijven, in hunne stevinistische orthodoxie, van de andere geloovigen afgezonderd. Zij trouwen onder elkander, en staan elkander bij. Zij zijn eene kleine kerk in de groote, maar eene zeer geslotene, en die zich meestal afzijdig houdt. Zij heeft trouwens te Leerbeek haar afzonderlijken tempel.

    Ook in West-Vlaanderen vindt men Stevenisten. In 1819 werd Napoleon in den ban der kerk gezet: sommige West-Vlaamsche priesters vonden er het voorwendsel in, om te weigeren na de mis zijn naam in het openbaar gebed te noemen. Het bracht van lieverlede meê, dat tusschen de malcontenten van Brabant en West-Vlaanderen toenadering kwam, al gingen zij van een verschillend standpunt uit.

    En het bracht meê, dat er huwelijken werden gesloten ook tusschen Brabantsche en West-Vlaamsche Stevenisten.

    Wat wellicht van heel de geschiedenis de zuiverste uitslag is.

     
    N.R.C., 8 Augustus 1925.
    Nieuwe Rotterdamse Courant

    bron: Karel van de Woestijne, Verzameld journalistiek werk. Deel 13. Nieuwe Rotterdamsche Courant juli 1924 - augustus 1925 (ed. Ada Deprez). Cultureel Documentatiecentrum, Gent 1994

    source : http://www.dbnl.org/tekst/woes002verz24_01/woes002verz24_01_0080.php

     

    Traduction disponible dans un autre billet


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  • Auteurs :     Jean-Marie Leduc & Didier de Plaige
    Titre :     Les Nouveaux Prophètes
    Editions :     Buchet/Chastel, Paris, 1978, 365 p.

    Table des matières :
    Introduction (p.7-44)
        A la recherche du dieu perdu
        Dieu et les Dieux
        La tentation matérialiste
    Les nouveaux prophètes (p.47-340)
        des Aventistes du 7e jour et Mrs White à Zen
    Postface (p.341-342)
        « Ici et Maintenant »
    Annexe (p.343-356)
        La « Déprogrammation » professionnelle ou les sommets de l'intolérance
    Liste complémentaire (p.357-365)


        Les auteurs sont journalistes : Didier de Plaige à ce qui s'apellait alors Antenne 2, et Jean-Marie Leduc dans la presse musicale et producteur à la télévision. Didier de Plaige est également enseignant de yoga, et on imagine que c'est lui qui apporta la documentation. Cependant c'est peut-être Jean-Marie Leduc, qui par ces références musicales, apporte la petite chose qui fait de se livre quelque chose de différent (on le verra même dans l'antoinisme).
        Tout d'abord, on est en droit de se demander si c'est un livre sur les sectes ? En effet, le titre est Les nouveaux prophètes et les auteurs nous préviennent dans l'introduction : "Pour les sociologues, l'Eglise se distingue par ce qu'elle est « une communauté religieuse se donnant pour but de réunir l'humanité entière sous une seule règle de foi, un groupement comprenant aussi bien des pécheurs que des saints ». Cette définition ne lui seyant plus aujourd'hui, l'Eglise mérite bien désormais l'épithète de sectaire au sens propre comme au sens péjoratif". (p.29-30).
        Ensuite, on lit pour chaque mouvement une description neutre de la doctrine et des pratiques. Mais quand cela s'avère nécessaire, les auteur pointent les dérives sectaires qui ont été ou devraient être punis par la loi ou pour lesquelles le chercheur de voie devraient se méfier.
        Quelques exemples : pour la Méditation transcendantale et Maharishi Mahesh Yogi, on lit : 
        Pratique : « Vingt minutes de méditation matin et soir, à l'aide d'un mantra personnalisé, peuvent éclairer graduellement toutes les régions de l'esprit... La pratique s'effectue sans effort, tranquillement assis et les yeux fermés... » (hormis les yeux fermés, c'est ce que font les Antoinistes dans les temples).
        Le docteur Benson ajoute : « Des recherches et des tests effectués au Thorndike Memorial Laboratory de Harvard ont montré qu'il n'était pas nécessaire d'utiliser la méthode spécifique et le "secret" spécifique (le "son" personnel donné séparément à chaque élève) de la M.T., pour parvenir aux mêmes résultats ». (Question de, n°19, juillet-août 1977)".
        Cependant de nombreux observateurs s'interrogent sur la nécessité de réclamer un prix particulièrement élevé pour les nouveaux programmes de six mois... (environ 15 000 F pour le séminaire de développement des « Siddhis »).

        Concernant Georges Ivanovitch Gurdjieff, les auteurs citent Louis Pauwels (« C'est merveilleux d'avoir connu le démon... ») et Alexandre de Salzmann (« Je suis heureux de partir car je vaix enfin savoir, de l'autre côté, si c'était un Maître ou un démon ».).

        Ainsi, devant ce qui a été considéré comme une secte ou non, on constate deux caractéristiques dans la description : neutralité et pointage des dérives sectaires.
        C'est sur les Enfants de Dieu (The Children of God) et David Brandt Berg qu'on peut constater cette neutralité. Mais on lit aussi les dérives sectaires qui ne sont pas occultées (« Et pour tous, sans juger de l'engagement authentique de nombreux Enfants de Dieu qui cherchent une Nouvelle Compagnie de Jésus, l'idée que David Moïse se fait de ses "Bébés" actuels et futurs, et le climat dans lequel il les plonge, sont trop éloquents »).
        Concernant le Christ de Montfavet et l'Eglise Chrétienne Universelle de Georges Roux, on lit : « Le 21 juin 1968, à la suite de plaintes pour non-assistance à personne en danger et exercice illégal de la médecine, et devant l'attitude des journaux, Georges-Christ s'est volontairement retiré dans sa propriété près d'Avignon... ».
        Le traitement est le même pour tous, ainsi on peut lire, dans le chapitre concernant Moon et l'A.U.C.M. : «S'il est clair que les pouvoirs établis et les appareils politiques sont sur la défensive face à l'AUCM et aux Nouveaux Prophètes, et que la loi française n'a toujours pas prévu les cas de conditionnement psychique et les méthodes de lavage de cerveau, les particuliers touchés personnellement à travers leurs enfants, se sont rapidement organisés. [...] Il s'agit pour l'ADFI de "dénoncer les activités de certaines sectes dont le prétexte religieux ne sert que des finalités peu avouables". Il est à noter que plusieurs groupes de "défenses" contre les sectes émanent précisément de ces groupements politico-religieux qu'il s'agit ici de mettre en lumière, et qui ont trouvé là un excellent moyen de tromper leur monde. (Il convient par conséquent d'examiner avec beaucoup de soin leurs statuts et leurs actions, ainsi que l'identité de leurs responsables avant de s'en remettre à elles...) ». C'était en 1978, travaillant maintenant avec l'Etat, il est certainement clair que le cas ne se présente plus actuellement et l'on peut faire confiance à l'ADFI sans trop de crainte. Mais la mise en garde est valable pour tous. Concernant Moon : « Retenons enfin l'aspect temporel de la croisade de Moon qui, manifestement, ne partage pas l'idée répandue par le Christ pour qui le Royaume n'est pas de ce monde. [...] L'Unification mené par le Father Moon, en particulier dans les pays avancés depuis 1970, a le mérite d'introduire entre le matérialisme capitaliste et marxiste, une nouvelle voie. Mais elle cache mal, ou au contraire trop bien, son ambition temporelle. S'il est clair qu'ils veulent parfaire l'oeuvre commencée par le Christ, Moon et l'AUCM ont, de fait, une ambition puissante, en quête de richesse et de pouvoir. »

        Pour la Soka Gakkaï : « Les faits tendent à prouver que le climat instauré au sein de la S.G. est intolérant, xénophobe (anti-yankee surtout) et militant. [...] La Soka Gakkaï tira parti grâce à des méthodes para-totalitaires et avec une volonté d'hégémonie évidente, de la crise culturelle du Japon moderne. »

        Constatons qu'il aura fallu aux organismes français sur les sectes pas moins d'une dizaine de rapport et une trentaine d'années pour en arrivé au même point que les journalistes (Alain Woodrow en 1977, Jean-Marie Leduc & Didier de Plaige en 1978, Françoise d'Eaubonne en 1982), alors que la bonne méthode était déjà dans ce livre dès 1978 soit bien avant le premier rapport d'Alain Vivien de 1983.

        Venons-en maintenant à « Les Antoinistes et le Père Antoine ».
        Origine : Louis Antoine, né en 1846 près de Liège, en Belgique, accompagne son père et l'un de ses frères à la mine dès l'âge de douze ans. Puis il devient ouvrier métallurgiste. Il témoigne d'une ferveur religieuse exceptionnelle et précoce : quittant furtivement le travail pendant quelques instants, s'isolant dans quelque coin pour mieux prier...
        Après plusieurs séjours en Allemagne et en Pologne, il se fixe à Jemeppe sur Meuse. Il vient alors d'épouser Jeanne-Catherine Collon qui va devenir La Mère. Tous deux dispensent la Bonne Parole et viennent en aide aux pauvres, car ils ont déjà compris le sens de leur vie : « Leur conscience les sollicitait, sans trêve ni merci, d'aller de l'avant dans cette voie. »
        Le Père Antoine professe la religion catholique jusqu'à l'âge de quarante-deux ans, puis il s'applique à la pratique du spiritisme et développe ses qualités morales. Il fonde une première mission christique : Les Vignerons du Seigneur (1).
        C'est en 1906 que commence sa mission de Révélateur, de Prophète : Il crée le Nouveau Spiritisme (2), et obtient d'innombrables guérisons pour ses fidèles. Le Père Antoine est bientôt appelé le Régénérateur de l'Humanité. Ses fidèles introduisent une demande de reconnaissance de leur culte, considérant que le Père n'est en fait rien de moins que l'égal d'Adam, de Moïse et de Jésus.
        Les premiers Temples antoinistes sont déjàs apparus quand, le 25 juin 1912, le Père se désincarne... La Mère quittera ce monde en 1920 (3).

        Pratique et enseignement : Les Antoinistes pratiquent tous les matins l'Opération au nom du Père (sauf le samedi) et le dimanche, l'Enseignement du Père. Les Fêtes principales sont le 25 juin, la Fête du Père, et le 3 novembre, la Fête de la Mère (4).
        L'Enseignement du Père, « c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi. Dans cet enseignement, le Père Antoine révèle le but de la vie, la Loi morale, les moyens d'arriver au Bonheur Suprême ; il raisonne l'âme, depuis son origine jusqu'au but qui lui est fixé ; il démontre l'incarnation et sa cause, l'intelligence et les fluides qui donnent la pensée ». Enfin sa révélation nous instruit sur l'histoire d'Adam et sur sa défaillance, sur la façon dont nous pouvons apprécier le rôle de Dieu, sa bonté, son amour.
        Le Culte est ouvert à TOUS : « On vient demander assistance en dehors de toute idée de religion... » L'Enseignement du Père est un modèle de tolérance, incorporant dans sa sagesse et de manière probablement non concertée, des éléments du christianisme et l'essence même du bouddhisme :
        « La moindre souffrance est due à votre intelligence, qui veut toujours plus posséder... On ne souffre pas à cause d'autrui ; nous sommes les seuls auteurs de nos souffrances... Souvenez-vous qu'il vous a été dit : je suis dans le Connais-Toi. »
        Le Père Antoine se réfère en permanence à une vision fluidique du monde et de notre fonctionnement psychique ; non seulement ce vocabulaire n'est pas contraire à nos connaissances scientifiques actuelles, mais il est proche de l'expérience vibratoire psychédélique, qui affirme : on perçoit le monde selon ce que l'on est..., ou encore à la manière de Cat Stevens : « La laideur est dans l'oeil... »

        Message : Voici selon le Père Antoine comment comprendre que le mal n'existe pas :
        « Telle est la pensée, tel est le fluide qui nous entoure. Ce fluide forme autour de nous une atmosphère par laquelle nous recevons toutes les sensations, qui diffère selon les actes que nous accomplissons. Les bonnes pensées l'éthérisent, les mauvaises l'épaississent. L'imagination du mal tente à accomplir de mauvais actes ; mais on ne peut toucher que ceux qui la possèdent également. Plus d'imagination avons-nous, plus voyons-nous le mal dans les autres et autant donne-t-il prise sur nous ; nous sommes autant insupportables que nous ne pouvons supporter les autres. Voilà la raison pour laquelle il y a des victimes... » (5)

        Implantation : Il y a actuellement de par le monde 59 temples antoinistes et 150 salles de lectures (les futurs temples) en France, Belgique, Hollande, Suisse, Italie, Algérie, Congo, Brésil, Guadeloupe, Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc... Les Antoinistes sont près de 20 000, dont 2 000 frères et soeurs habillés de noir dans l'exercice de leur fonction.
        Chez les Antoinistes, nous est donné l'exemple d'un culte qui existe depuis trois quarts de siècle, à partir du message révélé en toute humilité par un homme pratiquement illettré : aujourd'hui encore, l'impulsion donnée par la Foi du « Grand Guérisseur de l'Humanité » permet à ses adeptes de faire quotidiennement l'Opération (prière et imposition des mains(6)) pour de nombreux malades.
        Autour des Antoinistes, cependant, gravitent quelques groupes certes moins recommandables...

        Bibliographie :
        L'Enseignement, par Antoine le Guérisseur (1905), Ed. Antoinistes.
        Révélation, par Antoine le Généreux (1910), Ed. Antoinistes.
        Le Couronnement de l'Oeuvre Révélée (1910), Ed. Antoinistes.

        Révélation des dix principes de Dieu par le Père [suivent les dix principes in extenso. Une image du Père est également présente en illustration].

    Adresses [suivent les adresses des temples et salles de lectures en France et en Belgique].


    (1) Je ne sais pas en quoi il qualifie les Vignerons du Seigneur comme une mission  christique.
    (2) Il s'agit du Nouveau Spiritualisme.
    (3) La Mère meurt en 1940, autre erreur dont je ne sais pas l'origine.
    (4) Les auteurs oublient le 15 août, Fête de sanctification du culte et de la Consécration du Temple de Jemeppe.
    (5) Ce texte diffère en quelques points du texte de la Révélation. Les auteurs n'ont-ils lus qu'une brochure ?
    (6) Il n'y a pas d'imposition des mains comme chez les Néo-Apostoliques, les Adventistes, les membres d'IVI ou de la Johannische Kirche de Joseph Weißenberg, ni du haut de la tribune, ni dans le cabinet de consultation.

        Didier de Plaige étant enseignant de yoga a réussi à faire ressortir les points communs avec le bouddhisme. Comme le disait Françoise d'Eaubonne, qui cite abondamment ce livre dans son Dossier S comme Secte : « Sans entrer dans les détails, Didier Deplaige, producteur à Antenne 2 et J.-M. Leduc, journaliste et musicien, qui respectent cet insolite mystique, affirment qu'aujourd'hui "autour des Antoinistes gravitent d'autres groupes certes moins recommandables". On peut en effet supposer qu'une secte si fort axée sur la guérison en dehors de la médecine peut s'ouvrir à toutes sortes de charlatans qui abusent de la crédulité et vivent de la pathologie des naïfs » (p.150).


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  • Auteur :     Gérard Dagon
    Titre :     Petites Églises et grandes sectes en France aujourd'hui
    Editions :     SCE, Paris, 1961, 127 p.

        Gérard Dagon (né à Strasbourg le 04 avril 1936) effectue des recherches sur les sectes depuis 55 ans. Auteur de nombreux ouvrages épuisés comme «Les sectes en France» ou «Les sectes à visage découvert», il enseigne également dans quatre écoles bibliques.
        Gérard Dagon a été pasteur pendant 25 ans dans l’Eglise Réformée d’Alsace et de Lorraine, pendant 17 ans dans l’Union des Eglises Chrétiennes Evangéliques (ex-Chrischona). Depuis 2001, il poursuit son ministère dans une église baptiste indépendante en Moselle. Il enseigne depuis plus de 30 ans à l’Institut Biblique et Missionnaire Emmaüs et a été président de la Société évangélique de France. Il préside aussi l'organisation Vigi-sectes depuis sa création en 1998.
        Autant le Père Chéry était le spécialiste des sectes du point de vue catholique, autant le pasteur Dagon en est le spécialiste du côté protestant. Son point de vue est donc intéressant, et c'est en tout cas une des rares personnes à pouvoir s'y retrouver dans le pullulement des dissidences et schismes de la réforme.

        Malheureusement, il n'a pas grand chose à dire sur l'antoinisme, secte qu'il classe parmi les principales en France (savoir celles qui ont fait le plus parler d'elles, ou celles qui sont les plus actives sur notre territoire). Son premier chapitre le concernant est la copie d'"un tract offert aux visiteurs". En effet, concernant les autres "sectes", ils se contentent en général de voir leurs erreurs commises par rapport à la seule Vérité, la Bible et Jésus.
        Explorons ensemble les chapitres : Le fondateur, le Résumé sommaire de la doctrine, le Culte et lieux de culte, enfin la Diffusion.
        Même si l'auteur nous épargne de tout jugement (ce qui est déjà un grand pas dans ce genres d'ouvrages sur les sectes), on trouve quand même des erreurs qui montre la non-neutralité de l'auteur : toujours cette histoire de "longs voyages en Allemagne, en Pologne et en Russie" (cette dernière destination n'est que supposition). On nous dit qu'il "sera ouvrier-métallurgiste en Allemagne et contremaître en Pologne", précisons que c'est là le seul but de ces voyages, y travailler. Un ouvrier comme Louis Antoine n'avait pas le loisir de voyager juste pour voir du pays... Il "épouse en 1873 un Jeanne-Catherine Collin. De ce mariage naîtra un fils anormal qui mourra en 1893". Il 'épouse en 1873 Jeanne-Catherine Collon, et de ce mariage naîtra un fils qui mourra en 1893' me semble plus correcte.
        "Malade de l'estomac, Antoine Louis lit le Livre des Esprits d'Allan Kardec, le grand réformateur français du Spiritisme. Cette lecture le guérit". A ma connaissance le Père n'a jamais vraiment connu de soulagement, hormis par l'adoption du régime végétarien.
        "Antoine Louis a écrit ses révélations en français, en dictant les 'Révélations de l'auréole de la conscience' à ses disciples Madame Desart et F. Deregnaucourt". Si quelqu'un comprend le sens de cette phrase qu'il veuille bien la corriger pour moi... Merci.
        "L'enseignement du Père est résumé dans les Dix principes de Dieu, écrit par le fondateur en vers libres, c'est un enseignement altruiste, moral et très sentimental". Les Dix principes ne résument pas vraiment l'Enseignement. Ils en font partis mais son aussi à part. 'Sentimental' est certainement à comprendre ici dans le sens qu'ils flattent les sentiments, comme cela se fait dans beaucoup de sectes. Cependant, je ne vois pas en quoi, les Dix principes le sont.
        "En 1910, on en [des disciples antoinistes] compte déjà 148.300." Je ne sais pas d'où sort ce chiffre.
        "La femme du fondateur, Mère Antoine, survit à son mari jusqu'au 3 novembre 1941. Elle dirigea la secte de 1910 à 1940." La Mère dirigea le culte jusqu'à sa mort le 3 novembre 1940.
        Concernant le sommaire de la doctrine, on lit que l'"antoinisme est un vaste mélange de spiritisme, d'occultisme, de théosophie, de végétarisme et de christianisme". Admettons. Cependant, l'auteur se contredira en disant pour finir que "ce moralisme mystique parle peu de Jésus-Christ et n'a aucune notion des doctrines fondamentales du péché, de la grâce et de la rédemption". Si ces notions sont fondamentales pour Gérard Dagon, elles ne l'étaient pas pour Louis Antoine. On voit bien que ce livre sur les sectes est écrit d'un point de vue protestant. On lit aussi dans ce chapitre que "Le Père Antoine est une sorte d'incarnation de Dieu sur la terre (c'est l'auteur qui le dit, ce n'est pas l'avis de tous les antoinistes). Les Révélations d'Antoine constituent la seule Vérité (c'est pour ça qu'on lit dans la Révélation que Gérard Dagon n'a pas lu que "Si nous voulons être dans la vérité, croyons toujours que nous n'y sommes pas, c'est ainsi que nous y serons réellement, car j'ai révélé, nous ne la possédons que lorsque nous ne prétendons pas l'avoir.", Le Développement de l'Oeuvre Révélée, Arbre de la science de la vue du mal, le bien, interprété l'opposé de la réalité, p.292). La secte exige la foi à la captation des fluides magnétiques émanant du Père (la secte n'exige rien du tout). Elle enseigne la négation du mal, de la matière, de la mort et de la maladie. La réincarnation bouddhiste joue un grand rôle, ainsi que la foi en Antoine."
        Dans le chapitre Culte et lieux de culte, on apprend que notre emblème est "l'Arbre de la Science et de la Vue du Mal", alors qu'il s'agit de l'Arbre de la Science de la vue du mal. "Les enterrements constituent un culte spécial mais les fêtes chrétiennes n'ont plus aucun sens." (N'en ont-elles jamais eu ?). "Les guérisons ont lieu dans les sacristies, derrière un paravent". (Il semblerait que l'auteur a pris comme source le Père Chéry qui écrivait également l'Arbre de la Science et de la vue du Mal et que les malades désirant la guérison se rendaient à la sacristie ou derrière un paravent.) "On compterait 50.000 guéris par an, dans certains temples !" (Là encore, d'où vient ce chiffre ?).
        "Ceux qui fréquentent les cultes antoinistes sont d'origine catholique ou même musulmane. On y compte quatre fois plus de femmes que d'hommes (encore une fois, sur quoi se base l'auteur pour avancer cette proportion, surtout qu'il dit plus loin qu'il "est impossible de connaître le nombre d'adeptes fréquentant les assemblées antoinistes"...). Les simples ouvriers, mineurs en particulier, aiment cette religion sans faste. Les adeptes, peu sectaires, larges d'esprit, recueillis, silencieux, ne font qu'une propagande discrète".
        "Vingt-trois temples rassemblent ces membres, ainsi qu'une centaine de salles de lecture, embryons de futurs temples, beaux édifices, lieux de culte en pleine activité. Le temple du 10, Impasse Roux à Paris 17e, belle construction qui date de 1955, montre, avec son presbytère, que la secte est loin de mourir, comme l'affirment certains".

        L'auteur aura l'occasion de s'intéresser aux sectes et notamment aux Antoinistes en 1995 et 1997 dans Les sectes à visage découvert (les Antoinistes sont dans le Tome 2).


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  • Titre        Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui
    Auteur        Maurice Colinon
    Éditeur        Plon, Paris, 1953, 280 pages

        Après des années de recherche, il publie en 1953 son premier « vrai » livre, comme il l'appelait : « Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui », chez Plon. Lui succèdent ensuite : « L'Eglise en face de la Franc-Maçonnerie » (1955, Fayard), « Esprit es-tu là ? », un essai sur le. spiritisme, en 1956, « Les Guérisseurs » (1957, Grasset), « Le phénomène des sectes au XXe siècle » (chez Fayard, en 1959, traduit en six langues) et « Pionniers en Soutane » (1960) qui fut couronné par le prix Juteau-Duvigneau de l'Académie Française.
    Nécrologie par Marie-Christine Colinon,
    Monde Gitan, 1979, p.4

     

    Recension dans Etudes d’octobre 1953 :

    Maurice Colinon - Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui (1953)(Études oct.1953)

        Maurice COLINON. — Faux prophètes et Sectes d’aujourd’hui. Plon (Collection Présence), 1953, in-12, 280 pages.

        Voici un livre d’inspiration Catholique dont la nécessité se faisait sentir : Il présente une série d’études rapides et bien informées sur les sectes diverses, qui se propagent actuellement en France et, qu’on confond trop souvent avec le protestantisme auquel, en fait, elles sont étrangères ou dont elles sont une excroissance pathologique : Antoinisme, Christian Science, Adventisms (avec ses rejetons : Amis de l’Homme et Témoins de Jéhovah), etc... De ces sectes M. Colinon rapproche, avec raison, des phénomènes sociologiques analogues : le spiritisme qui est une véritable religion, la théosophie, et aussi l’inquiétante armée des voyantes, des fakirs, des industriels de l’horoscope qui pullulent aujourd’hui. 
        Toutes les sectes ont des traits communs. Elles naissent des fabulations extravagantes, sincères sans doute, de mythomanes. Ces élucubrations, qui prétendent généralement être des interprétations pu des prolongements de la révélation biblique, sont, à proprement parler, insensées ; il est humiliant de constater que, dans notre époque de pensée grégaire, elles séduisent des millions d’hommes. Elles consistent essentiellement en rêves de paradis sur terre, de triomphe immédiat du mal physique. Ces rêves sont une réaction contre le rationalisme mortel de notre temps, une réaction contre le désespoir que fait naître notre civilisation ; ils traduisent, de manière folle et aveugle, le refus de l’humanité au néant. Le succès des sectes est dû, enfin, comme le note Daniel-Rops dans une excellente préface, à ce que leurs assemblées de culte constituent de petits groupes à taille humaine où se pratique une réelle charité fraternelle.
        Le volume se termine par une utile bibliographie à laquelle on ajoutera le cahier de novembre 1952 de la Chronique Sociale et l'article du P. Chéry, Les Sectes, dans Lumière et Vie d'octobre 1952
                                              Robert ROUQUETTE. 

     

    Table des matières :
    Préface, par Daniel-Rops

    Première partie : Les sorciers et leurs pratiques
    I. - Les superstitions
    II. - Les voyantes
    III. - Les fakirs
    IV. - L'horoscope

    Deuxième partie : Les prophètes et leurs sectes
    I. - Allan Kardec et le spiritisme
    II. - Lê-Van-Trung et le Caodaïsme
    III. - « H. P. B., » Annie Besant et la théosophie
    IV. - Le « Père Antoine » et l'Antoinisme
    V. - Mary Baker-Eddy et la Science chrétienne
    VI. - William Miller et l'Adventisme
    VII. - Alexandre Freytag et les Amis de l'Homme
    VIII. - Charles Russell et les Témoins de Jéhovah
    IX. - Joseph Smith et les Mormons
    X. - George Fox et les Quakers

    Troisième partie : Documents annexes
    I. - Lexique des sectes et petites religions de France
    II. - Les superstitions les plus répandues
    III. - Quelques exemples de clairvoyance contrôlée
    IV. - Une séance d'hypnotisme décisive
    V. - L'Eglise catholique et le spiritisme
    VI. - Un exemple d'illusion spirite : Interim
    VII. - L'Eglise catholique et la théosophie
    VIII. - Les « Dix Principes » de l'Antoinisme
    IX. - « Articles de foi » de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons)
    X. - Bibliographie sommaire


        Dans la préface de Daniel-Rops, on peut lire :
        " Maurice Colinon, qui a pris la peine d'aller lui-même rendre visite à toutes les sectes dont il parle, ne cache pas qu'il a été impressionné par la sincérité évidente des adeptes de toutes ces « petites religions », et tout autant par leur touchante fraternité. Alors que les athées matérialistes ne nous proposent qu'un monde terrible, administratif et rigide, où le contact d'homme à homme est presque nul, alors que, il faut oser le dire, trop de chrétiens ont perdu le sens de la charité du Christ et vivent dans l'égoïsme de leur foi comme un bastion, des croyants « antoinistes », ou des « quakers » donnent l'exemple d'une vie religieuse infiniment fraternelle, et humaine. Cette aspiration de tant d'hommes à se fondre dans une âme collective, qui, détournée de son élan spirituel, aboutit à la néantisation de l'homme dans les systèmes totalitaires, cette aspiration que trop de chrétiens ne savent pas satisfaire dans le cœur de leurs frères, c'est à elle que répondent les « petites religions » et les sectes nouvelles. Cela n'est pas sans signification. " (p.III-IV)
        Un petit feuillé de propagande (appelons-le comme ça, car il promet à la fin de sa description que "nous avons là un livre extrêmement intéressant, auquel on peut prédire le plus grand succès"), nous rappelle encore que "l'ouvrage [est] parfaitement documenté".

        Étonnons-nous tout d'abord de voir le livre commencer par Les Sorciers et leurs pratiques. La réponse peut peut-être se trouver à la page 11 où on lit : il y a "un fait que nous devons avoir à l'esprit si nous voulons comprendre quelque chose au mysticisme élémentaire qui anime nos contemporains : il y a, en France, plus de 50 000 devins de toute espèce".  Nous voilà bien dans le ton du livre : hors Jésus-Christ et son Église, point de salut. Page 21 on lit par exemple : "il n'est pas sûr que l'auréole scientifique dont les devins modernes pourront bientôt se parer n'augmente pas encore leur emprise sur des millions d'êtres qui, après avoir quitté la foi de leurs pères, cherchent désespérément une mystique de remplacement qu'ils s'efforcent de concilier avec les progrès de la science."
        En effet, dans cette première partie, l'auteur déclare : "notre grand espoir est donc que la science, en en déterminant prochainement les lois, ôte l'attrait du merveilleux à des phénomènes parfaitement naturels" (p.18). Cependant Maurice Colinon ne pense pas à demander le même fondement scientifique afin de déterminer les lois régissant le prophétisme.
        Le chapitre concernant le « Père Antoine » et l'Antoinisme commence avec un extrait du huitième principe : "Ne vous laissez pas maîtriser par votre intelligence...". Bien sûr l'auteur ne citera pas la suite, notamment "elle foule aux pieds la conscience". Ce sont ces deux éléments (et uniquement ces deux l'un avec l'autre) qui constituent une partie de la morale antoiniste, mais l'auteur n'en a cure.
        Sa biographie n'est pas des plus neutres : "instable et perpétuellement insatisfait ; un fils (malheureusement anormal) ; de plus en plus inquiet, insatisfait et rêveur ; révélation qui va transformer sa vie : il se découvre médium. Sous ses doigts, les tables valsent éperdument ; vie obscure et terriblement quotidienne ; on nomme un conseil d'administration, on se distribue des titres honorifiques...". Ensuite signalons que l'auteur appelle Louis Antoine, "Antoine Louis" (p.112 et p.113). L'erreur vient certainement du fait que l'auteur "a pris la peine d'aller lui-même rendre visite à toutes les sectes dont il parle" et que l'ouvrage est "parfaitement documenté", ou plus sérieusement, selon l'habitude des moines de prendre un prénom de saint et de le faire précéder de Frère ou Père.

        Un point est intéressant : "il est difficile de savoir si c'est Antoine qui va lancer l'Antoinisme, ou l'inverse" (p.114). Mais ce n'est pas pour durer, on lit qu'à la mort de Mère, "des difficultés ont surgi. D'abord entre les temples qui prétendaient à peu près diviniser le Père et ceux qui s'y refusaient. Ensuite entre le propre neveu d'Antoine (le Père Dor), qui s'installa à son compte - si l'on ose dire - dans le Hainaut, et un nommé Jousselin, établi à Verviers. Enfin, entre les antoinistes belges, qui professent que les guérisons doivent se pratiquer collectivement lors du culte dominical et leurs collègues français, qui tiennent pour les « Opérations » strictement individuelles" (p.115).
        On sait donc maintenant d'où vient l'erreur du Père Chéry dans son Offensive des sectes qui sera publié l'année suivante en 1954. Signalons d'autres erreurs : la dissidence du neveu ne pouvait faire de l'ombre à l'antoinisme, car elle avait disparu pratiquement à la mort du Père Dor en 1947. Et concernant Jousselin, le fait qu'on ne sache rien de lui, semble indiquer clairement, qu'il ne réussit pas à faire école. Enfin, les dissensions entre la Belgique et la France ne sont pas si "graves". De plus, la compréhension du culte n'est pas le fort de Maurice Colinon, puisque, encore une fois, c'est pendant l'Opération que "ceux qui ont la foi seront guéris ou soulagés", la consultation est une intercession plus personnelle pour y parvenir.

        La doctrine est également écorchée : "la maladie n'existe pas, seul le péché rend infirme" (p.114) : hors, la maladie n'est pas imputée au péché, mais à la vue du mal.. De plus Régis Dericquebourg et Jacques Cécius précise que la notion de péché n'existe pas dans l'Antoinisme.
        "C'est la « foi qui sauve ». Mais la foi en qui ? En Antoine, dont l'enseignement est la seule, l'unique véritable Révélation. Ce qui justifierait, en bonne logique, les antoinistes « extrémistes » qui divinisèrent le concierge et portèrent son image sur leurs autels" (p.116). On peut dire que c'est la foi qui guérit, et non qui sauve. Ensuite, les choses ne sont plus aussi tranchées maintenant (et peut-être déjà en 1953), puisque le libre arbitre est laissé à chacun. Pour la même raison, la Révélation du Père n'est pas 'la seule', puisque "la vérité n'est que relative et ce qui est aujourd'hui la lumière sera demain l'obscurité".
        On continue dans la dentelle : "Les antoinistes professent ouvertement le plus souverain mépris pour l'intelligence [René Guénon dit presque mot pour mot la même chose, on sait donc maintenant qu'elle a été la source de Maurice Colinon]. (Comme on les comprend !). Parce que, selon Antoine, ce n'est jamais l'intelligence, mais l'intuition qui porte en elle la vérité". Encore une fois, c'est mal comprendre l'Enseignement, et même simplement ne pas l'avoir lu : "C'est la preuve que l'intelligence nous rend un grand service ; elle nous est donc indispensable dans notre incarnation, mais efforçons-nous de lui faire respecter la conscience au lieu de la dominer, car elle est si envieuse qu'elle voudrait empêcher les autres de faire le bien naturellement ; elle nous égarerait tout en croyant nous ramener dans le bon chemin." (p.192) et "J'ai révélé qu'on fat erreur en accusant Adam d'être la cause de nos souffrances, qu'il nous a montré plutôt le véritable chemin du bonheur, que nous devions au contraire lui rendre hommage et bénir sa défaillance. Nous devons considérer l'intelligence de la même façon et autant la revendiquer que j'ai paru l'incriminer dans mes révélations." (p.LIV). Maurice Colinon continue : "Et pour mieux communiquer avec le monde astral, vous magnétiserez vos organes, afin de « leur donner la même longueur d'ondes que celle d'un Esprit-guide »". On ne sait pas où l'auteur a été chercher cette phrase, mais elle n'est pas dans l'Enseignement. Puisqu'il parle du spiritisme kardéciste qui a été "revu par Antoine et les siens, et adapté convenablement à la pratique des guérisons", on peut penser que l'auteur est allé chercher des réponses à ses questions dans les œuvres de spirites. Comme si j'allais chercher des réponses à mes questions sur le christianisme en lisant les œuvres des Hassidiques.
         Et on continue d'écorcher l'Enseignement, en racontant n'importe quoi, histoire de bien faire rire le lecteur (et parfois ça fonctionne) : "Adam était une un grand spirite, doué de l'universelle connaissance par un fluide extraordinairement puissant. Séduit par Eve, il y perdit ses « dons » de médium et dut se contenter, en échange, de l'intelligence, source de tant de maux ! C'est depuis lors que l'homme s'imagine que le mal existe. Mais l'antoinisme, heureusement, vient lui prouver le contraire". Inutile de corriger quoi que ce soit : tout est faux !
        La suite est plus dans le vrai : "L'homme est donc bon naturellement". C'est presque ça : un homme ne peut être plus mauvais qu'il ne l'ait.

        L'auteur, "qui a pris la peine d'aller lui-même rendre visite à toutes les sectes dont il parle", rappelons-le (c'est la préface qui le dit) a du se tromper dans ses fiches, car d'après lui pendant l'Opération, "l'officiant commence par lever les bras vers le ciel en silence, et cette méditation collective dure quelques minutes" (p.119). Je n'ai jamais entendu cette façon de faire. Mère pendant les années 30 procédé de façon similaire. Mais il ne me semble pas que cela fut reproduit par les autres desservants de temple, ni en France, ni en Belgique. Cela dit, même si l'auteur a remarqué que "le rite de guérison avait déjà été l'occasion d'une scission entre antoinistes belges et français, les premiers ne tenant l'opération pour valable que si elle s'effectue au cours d'un culte collectif, les seconds s'étant spécialisés dans les guérisons individuelles", il avoue qu'il n'a "pas eu de contacts avec les adeptes étrangers" (p.120). Voilà qui est honnête. En même temps, vu que la plupart des choses qu'il raconte sur ce qu'il croit être l'antoiniste français est faux, il aurait été juste de raconter aussi n'importe quoi sur la pratique de l'antoinisme en Belgique.
        Pour l'auteur, "l'antoinisme n'existe et ne se propage que comme une vaste entreprise de guérison mystique, largement aidée dans son essor par la propagande extraordinaire faite actuellement par la presse et le livre à la gloire des guérisseurs de toute espèce" (p.120). L'auteur évoque-t-il Les Guérisons miraculeuses modernes de Noël Bayon édité en l'année précédente ? En tout cas, il pensait peut-être que la propagande s'était épuisé en 1957, car lui-même publiera chez Grasset Les Guérisseurs.
        Mais peut-être l'auteur pourrait nous apprendre quelques chose : "Il y a quelque années encore, il y avait des heures fixes pour la réception des malades et des jours entiers où le temple était rigoureusement fermé. Ces moments étaient en principe, ceux réservés aux « frères » et aux « sœurs » pour recharger leurs accus en fluides. Actuellement, toutes ces règles ont été abolies chez nous. On reçoit à toute heure et n'importe quel jour quiconque désire se faire soigner car (nous écrit une personne qui appartient à l'Antoinisme depuis vingt années) : « On s'agrandit ; il faut bien évoluer... »" (p.120). Est-ce encore une extrapolation de l'auteur, où vraiment un changement dans les horaires d'ouverture des temples ? Cela concerne-t-il tous les temples ou seulement celui de la personnes adeptes depuis vingt ans ?
        Concernant le nombre d'Antoinistes, l'auteur accorde le chiffre de 450 000 "comme proche de la réalité. En Belgique, ils possèdent 28 tempes, dont 2 à Bruxelles ; en France, 18, dont 2 à Paris (rue Vergniaud et rue des Grands-Augustins)." Hors, d'après les dates de consécrations, en 1953, il y avait, en Belgique 29 temples, et en France 22 temples. Mais on comprend, pourquoi maintenant il peut y avoir tant d'erreurs chez cet auteur, et mon hypothèse se vérifie : s'il s'est rendue dans la rue des Grands-Augustins (dans le 6e arrondissement), il n'a pas du assister à une Opération ou rencontrer des Antoinistes, le deuxième temple parisien étant dans la rue du Pré-Saint-Gervais. Le 3e temple ouvrira au Passage Roux dans le 17e arrondissement (ces deux temples sont distants de 5 kilomètres de la rue des Grands-Augustins). Est-ce à dire qu'il y avait une salle de lecture dans cette rue ? Possible ? Mais alors là, il ne pouvait y avoir d'Opération. A quoi à donc assisté l'auteur dans la rue des Grands-Augustins : Mystère !
        En tout s'il dit honnêtement ne pas avoir été en contact avec les adeptes étrangers (Belgique, mais d'après lui bon nombre de fidèles serait en Allemagne et dans les pays anglo-saxons), il n'a pas du aller ailleurs qu'à Paris, car d'après lui "la plupart des temples de provinces sont de simples maisons particulières" (p.121). Or, si ce ne sont pas des églises avec clocher, les temples de provinces sont bien des temples, et non de simples maisons.

        Mais laissons conclure l'auteur lui-même, et adoptons sa façon d'étudier le mouvement, à force de 'sic' et de remarques amusantes (j'utilise les crochets pour les signaler) :
        "Partout, ce sont les plus humbles, les plus déshérités [sic], les plus crédules [re-sic] qui se tournent vers cette religion sans fastes et « si utiles quand on a quelque chose qui ne va pas » (comme nous disait l'un d'eux) dont les formules grandiloquentes [on n'a pas peur de se contredire dans la même phrase : 'religion sans fastes avec des formules grandiloquentes'] leur paraissent merveilleuses, et qui leur impose aussi peu d'obligations que possible [notamment pas de quête, d'aumône, ou de récolte de fonds]. L'Antoinisme peut être considéré comme la religion qui, proportionnellement au nombre de fidèles, compte le plus grand nombre d'ouvriers, notamment métallurgistes et mineurs [et donc ? Qu'est-ce que c'est que ça pour une remarque]. Il n'est que juste de faire la part - dans ce succès - du dévouement des « frères » et des « sœurs » dont la sincérité ne paraît pas contestable, quelque jugement qu'on puisse porter sur les mobiles et les aspects douteux de leur action" (p.121-122).
        Nous voilà rassuré : ils sont bizarres, mais ils ne sont pas comme nous, faisons-nous une raison, en attendons qu'ils veuillent bien retourner dans la Vérité du Christ né d'une Vierge et d'un Charpentier, mort et ressuscité, etc., etc., etc.


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  • Auteur :     Michelis di Rienzi
    Titre :     Les petites églises
    Editions :    Paris, Librairie Universelle, 1930, 196 pages

        Pierre Debouxhtay nous renseigne que les pages 17 à 20 sont consacrées à l'Antoinisme.
        L'auteur écrit également plus tard : Les Religions ignorées (1939).

        A lire un extrait du livre sur les Gnotiques : http://www.gnostique.net/documents/gnostiques.pdf

    Recension :

    Michelis di Rienzi - Les petites églises (1930)

    Michelis di Rienzi, Les petites Eglises, Paris, 84, boulevard Saint-Michel, 194 p. in-8°, 15 francs.
        Sous vingt-cinq rubriques différentes, sont mélangés des gens dont les uns forment vraiment des Eglises (et non de petites Eglises toujours : catholiques grecs, vieux-catholiques), tandis que tels autres seraient fort surpris qu'on les assimile aux membres d'une Eglise, c'est-à-dire d'une société chrétienne : ainsi les Mithraïstes. D'autres, au contraire, ont des attaches certaines avec le protestantisme : Salutistes, Quakers, Vaudois. On ne saurait reprocher à l'auteur une documentation insuffisante, car dès la première page, il avertit qu'il a tracé ses « esquisses » avec « bienveillance et respect ».

    Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français (1928 (A77 = SER6,A1))


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  • Eugène Gascoin - Les religions inconnues (1928)

    Auteur :     Eugène Gascoin
    TItre :     Les religions inconnues
    Editions :    Paris, Gallimard, 1928, 224 pages
        118 x 185 mm. Collection Les documents bleus (No 41)

    Table des matières :
        Chez Les Initiés,
        Les Sciences Maudites,
        Hérésiarques et Hérésies,
        Ceux qui Guérissent,
        Les Indépendants.

    Figaro, 10 août 1928


        Pierre Debouxhtay nous renseigne que les pages 155 à 161 se rapportent à l'Antoinisme.

        Le texte est disponible en lecture gratuite sur : http://www.bmlisieux.com/curiosa/gascoin.htm

    recensions :

    Eugène Gascoin - Les religions inconnues (1928)

        Si le mot d'amusant pouvait être accolé au mot grave et rébarbatif de religion, le livre de M. Gascoin, spirituel et anecdotique, est à coup sûr amusant. Inlassable pèlerin des temples inconnus, ou pas connus, ou en marge du connu, il n'a pas son pareil pour dépister les rites cocasses ou les prières invraisemblables qu'ils abritent. J'ai compté : cela fait vingt religions que M. Gascoin nous révèle. Où les a-t-il trouvées ? A notre porte.
        S'il faut dire toute la vérité, certaines de ces religions — et M. Gascoin le sait mieux que personne — sont beaucoup moins inconnues que le titre de son ouvrage ne le prétend. Mais il faut toujours pardonner quelque chose à un titre. Celui-ci au fond, dit parfaitement ce qu'il veut dire, même s'il s'agit de nous révéler le spiritisme, qui compte en France des millions d'adeptes, même s'il s'occupe de l'alchimie, qui tend de plus en plus à émigrer de la foi dans la science.
        Entre cette religion très répandue — si c'est une religion — et cette science naissante, il y a place pour une foule impressionnante d'hétérodoxies, depuis "la vraie religion chrétienne", fondée par Swedenbsy, dont Balzac a célébré les mystères dans Séraphites, jusqu'à l'antoinisme, auquel André Thérive vient de consacrer tout un roman, Sans Ame. Sans doute nous avons tous entendu plus ou moins parler de la théosophie et de sa fondatrice, Mme Blavatsley, laquelle remuait subtilement de petites clochettes épinglées à ses jupes pour simuler la réponse des ésprits familiers ; de l'astrologie, qui est une variété de la voyance, région volontiers soumise au docteur Osty, de l'Eglise libre catholique, de l'Eglise catholique gallicane, qui fit parler d'elle aux jours héroïques de la séparation et qui depuis semble avoir regagné certaines catacombes administratives, du salutisme, — ô miss Helyett ! — de la Christian Science, laïcisée par M. Coué, voire du culte
    de l'Humanité, qui est la religion comtiste.
        Mais, et voilà où j'admire M. Gascoin, voilà où je le suis, où je l'écoute, c'est quand il nous dévoile les arcanes du soufisme, de l'Eglise universelle d'Aquarius, du millénarisme, de Mazdanan, enfin de la religion du légume cru.
        Ne riez pas et surtout ne vous hâtez pas d'interpréter. Ne vous imaginez pas que les sectateurs du légume cru soient des âmes simples qu'attirent les forces de la nature dissimulées sous l'écorce du poireau ou dans le coeur odorant de l'échalote. Non. Il ne s'agit nullement de se transporter à proximité des terrains d'épandage, et là de se prosterner dévotement devant des carrés d'oignon blanc ou des rangées de persil frisé. Pas davantage il n'est question d'utiliser les propriétés occultes des simples. Non. Les légumes on les mange, et on les mange crux, tout est là et ce n'est pas rien.
        Allez plutôt, hommes ou femmes de peu de foi, allez rue Mathis, sur les traces expertes de M. Gascoin, entrez derrière lui dans cette vaste maison d'un bleu agressif, où les végétaliens (attention à l'l) ont établi leurs assises. Vous y verrez fonctionner les mâchoires et la religion que vous ignorez encore. Il y a là des employés peu fortunés, des exotiques, des intellectuels communistes, de vieille demoiselles, bref tout ce qu'il doit y avoir dans une salle consacrée à la eligion du légume cru, y compris le légume lui-même.
        Tous les choix de carottes, de pommes de terre, d'ail, d'oignon, de radis (noirs et rouges), de céleri, de cresson, de scarole, toutes les variétés de laitues et de romaines, et l'armée des choux, et les bataillons de betteraves s'offrent à vous, à vos dents, à votre estomac. A notre discrétion aussi des râpes et des scies pour en faire des copeaux variés, plus faciles à ingurgiter. Et même, pour les néophytes, pour les timides, pour les amateurs, il y a — je ne l'avoue qu'en tremblant — des approvisionnements considérables de légumes cuits, lentilles, riz, haricots et divers potages maigres. Tout lemonde peut se dire adepte du légume cru, fréquenter la maison bleue et pourtant n'être qu'un imposteur. Il est simplement interdit de consommer de l'alcool, même sous les espèces du vinaigre. Le citron est toléré. Un grand avantage de cette religion consiste dans les économies qu'elle fait faire : le repas, fixé d'abord à deux francs, ne coûte malgré tout aujourd'hui que deux francs soixante-quinze. C'est pour rien.
        Une autre religion très curieuse, c'est le Mazdanan, fondée en Amérique par le docteur Hanisch, d'après certaines données iraniennes (vous en retrouverez des traces dans l'ouvrage récent, si curieux, de Mme David Neel : Voyage d'une Parisienne au Thibet)(Plon), et dont le grand secret consiste plus à mâcher des crudités, mais à respirer avec méthode : « Faute de savoir respirer, non seulement nous nous laissons empoisonner par les acides dérivés du carbone, mais àla longue, il se forme dans le corps un organisme étranger, qui peu à peu l'envahit complètement et qui influence et domine tout le système nervo-cellulaire, à tel point
    que celui-ci en devient incapable de fonctionner normalement. Ainsi, l'individualité
    est refoulée, et, au lieu d'être maître de soi, on devient l'esclave d'une influence étrangère, qui s'oppose au progrès individuel. »
        Cela est grave. Il importe de pratiquer la respir, dnas toute son intégralité, pour chasser ces influences, ces intelligences mauvaises, ces esprits du Mal en un mot. En apprenant à respirer, on devient véritablement maître de sa destinée, on connaît Dieu. Bien entendu, la culture du respir proscrit la viande, l'alcool. En revanche, il est recommandé, après le bain, d'avaler un peu du savon dont on vient de se servir. Le porto à l'ail est toléré à midi et le soir on recommande alternativement un petit verre de pétrole, ou, plus bourgeoisement, d'huile de paraffine de haute viscosité, comme tous les pharmaciens (y compris M. Castille) peuvent nous en servir. En assaisonnant ses légumes d'un peu de cendre de bois, laquelle contient du sulfate de soude, on jouira d'un bien-être physiologique et moral sans pareil.
        Vous vous doutez peut-être que M. Gascoin est un humoriste ? C'est un humoriste. Il excelle à raconter plaisamment, sans jamais forcer la plaisanterie, ces petites excursions en terrain bizarre. Rarement est-il sarcastique. Même lorsqu'il tombe sur un numéro sensationnel comme le pasteur swedenborgien, il sait graduer ses effets et mesurer ses coups de griffe. Il y a du mérite car c'est un gibier de choix que ce pasteur d'une religion où les anges portent des chapeaux haut de forme, vivent dans des maisons d'or, — ombragées par des arbres d'argent, tandis que les damnés habitent de formidables dents dans un chaos infernal de cavernes et de ruines.
        Tout cela est excellent, et l'on sort du livre de M. Gascoin plein de mansuétude pour tous ces essais manqués, dans la course de l'homme après le divin.
    Henriette Charasson, La Semaine Littéraire
    La Femme de France - 24-06-1928, p.20
    source : gallica


        En effet, l'auteur sait être drôle. Lisons l'histoire de l'Eglise Catholique Apostolique. Citons par exemple, concernant la Christian Science : "Vous entendez bien qu'il s'agit ici de suggestion. Par cette même persuasion, M. Coué qui raisonnait son pouvoir, et les antoinistes qui ne raisonnent rien, sauvent ou ont sauvé autant de malades que les disciples de cette dame américaine" (p.173).
        Mais il sait aussi être franc, quand par exemple il parle de la Théosophie "dont les adeptes ont un goût un peu pervers pour les spéculations de pensée les plus osées" (p.45).
        Et aussi honnête, quand il parle de la secte : "grande par la flamme spirituelle, mais durement têtue et bornée en ses affirmations" (p.113). C'est d'ailleurs par là qu'il est le plus facile de la reconnaître : quand la doctrine se resserre de plus en plus en un dogme inchangé et inchangeable, ce qui ne peut que manquer de la mener à sa perte, contrairement à un Mouvement religieux, qui saura évoluer dans la société.
        Il sait aussi être fin dans son raisonnement. Lisons ce qu'il dit des Prophètes : "Bien qu'ils aient toujours la prétention d'apporter au monde une révélation personnelle, les fondateurs de religions de qui la culture philosophique est trop souvent indigente, subissent plus que quiconque les influences extérieures. La vérité qu'ils proclament n'est, le plus souvent, qu'une synthèse grossière des idées et des sentiments en vogue dans le pays et à l'époque où ils se sont manifestés" (p.136).
        Il sait aussi être circonspect : "Enfin l'Union libérale (israélite) estime que l'on peut transformer la société 'dans le sens d'un mieux-être économique moral, esthétique et fraternel toujours croissant.' De telles aspirations, pour être pleines de générosité, ne laissent pas que d'être dangereuses, car on peut sur cette pente aller bien loin et justifier, au nom de ces principes, bien des interventions étrangères à la religion et à son esprit. Tout le monde est d'accord sur la nécessité de faire régner la justice parmi les hommes et la paix parmi les peuples ; on ne diffère que sur les moyens à employer pour y parvenir et là commence précisément la politique. Combien plus sage, plus haute, apparaît, même à l'incroyant, la parole sereine du Christ, déclarant qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu" (p.149). Finalement ce n'est pas du judaïsme que viendra le mal (comme on pouvait le penser souvent à l'époque), mais bien de certaines sectes, ce que l'auteur n'imaginait certainement pas à l'époque.

        Concernant l'Antoinisme, qui est bien sûr classé parmi "Ceux qui guérissent", l'auteur ne fait en somme que se moquer du fait que les antoinistes ont pour l'intelligence des réserves à prononcer. Malgré cela, on trouve peu d'erreur, si pas aucune erreur, dans ce long chapitre. C'est assez rare pour le signaler.
        On peut lire le début du chapitre le concernant dans le thème Les adeptes de la première heure, avec frère Baptistin Pastorelli.


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  • Auteur :     Bryan Wilson
    Titre :     Les sectes religieuses,
    Editions :     Paris, Hachette, 1970

        Evoque l'antoinisme à la page 174.
        La Science Chrétienne est qualifiée, par cet auteur, de secte « manipulatrice » (techniques d'accès à la réussite), et l'Antoinisme de secte « thaumaturgique » (interventions miraculeuses de Dieu).
    source : recension de Wilson Bryan - Religious Sects. A Sociological Study - Les Sectes religieuses (persee.fr)

        Ses catégories sont fondamentalement basées sur le rapport du groupe religieux à la société, sur l'éventuel rejet ou intégration des objectifs et des moyens de cette dernière.
        Typologie des sectes : ou comment les sectes réagissent au monde :
    1. conversionnistse (conversion intérieure)
    2. révolutionnaires (Dieu transformera le monde)
    3. introversionnistes (rupture d'avec le monde corrompu)
    4. manipulatrices (techniques d'accès à la réussite)
    5. thaumaturgiques (interventions miraculeuses de Dieu)
    6. réformistes (réforme volontaire de la conscience)
    7. utopistes (reconstruction sociale à partir de la religion)

        1. Les hommes peuvent soutenir que le monde et ses institutions (y compris le plus souvent la religion orthodoxe) sont mauvais et qu'on ne peut gagner le salut que par un profond changement intérieur. Un homme ne se sauvera qu'en acquérant une nouvelle conception de lui-même, en naissant de nouveau. Cette idée a été notamment adoptée par le protestantisme évangélique. La conversion s'oppose de façon radicale aux procédures et aux rituels établis. Elle doit produire à un moment déterminé et elle doit être une expérience vécue. Après quoi l'individu peut se croire touché par Dieu, inspiré par le Saint-Esprit, racheté par le Sauveur. Il sera bon de se remémorer souvent cette expérience et les émotions qui l'accompagnaient pourront être ravivées lorsque les convertis se réuniront pour louer Dieu et lui rendre grâce. Le converti croit que cette expérience et ces actions de grâce sont essentielles au salut ; que les hommes ne seront sauvés par aucun autre moyen, ni par les prières ou offices des prêtres, ni par les tentatives des réformateurs sociaux ou des révolutionnaires pour améliorer l'état de la société. Toutes ces activités sont vaines. Ce dont les hommes ont besoin est une « expérience du coeur », et ce n'est qu'après avoir eu cette expérience du salut que la société pourra escompter un progrès. On parle ici de réaction de conversion.
        Les sectes de conversions qui prétendent changer le coeur de l'homme se vouent au prosélytisme (1), en employant de préférence des techniques de revivalistes. La propagande leur est un moyen d 'occuper leurs membres, de leur proposer des buts positifs, d'entretenir les émotions et d'apporter des résultats concrets comme « preuve de foi ». Ces sectes ont un caractère éminemment émotionnel. Elles insistent sur les sentiments, particulièrement dans leur conception des relation du pécheur avec son Sauveur, Jésus, et elles expriment des émotions intenses au cours de leurs réunions. Le revivalisme renforce ces dispositions. L'on insiste très vivement sur la culpabilité de l'homme, mais moins sur les péchés réellement commis que sur la condition héritée du péché originel. En tant que fondamentalistes ces sectes concentrent leur attention sur les simples vérités de la Bible et sur la « foi ressentie » qu'elles opposent au ritualisme mort des Eglises hiérarchiques, notamment l'Eglise romaine, à l'égard desquelles elles éprouvent une forte antipathie. Bien que les « conversionnistes » s'intéressent beaucoup au recrutement, ce recrutement ne doit pas être identifié à la conversion elle-même. La conversion est une « expérience du coeur » au cours de laquelle l'individu accepte le Christ comme Sauveur. Ces sectes admettent d'habitude qu'il y a des sauvés dans les autres mouvements, en particulier dans des mouvements analogues aux leurs.
    [...]
        4. Quatrième façon de réagir : l'on cherchera le salut dans le monde mais en utilisant essentiellement des moyens peu connus de ce monde. Le salut, dans cette hypothèses, est beaucoup plus proche ; il s'identifie à des idéaux qui sont aussi généralement ceux du monde mais qui, étant donné la nature de l'homme, sont trompeurs et éphémères. La force physique et les dons intellectuels sont peut-être les plus universels de ces idéaux ; mais certaines cultures y associeront le statut social, le pouvoir, ou le contrôle des ressources économiques. Les buts qu'on se propose sont beaucoup plus terrestres que ce n'est le cas chez certains sectaires, mais on ne regarde pas toujours le salut comme appartenant à l'autre monde. Le caractère religieux de cette réaction tient à la croyance que ce sont des moyens surnaturels, joints à une révélation religieuse qui permettront le mieux de parvenir à ces fins. C'est grâce à l'emploi de ces moyens surnaturels, ou de techniques, et souvent ésotériques ou occultes, que le monde sera modifié dans le bon sens. Ainsi les hommes seront-ils sauvés. On parle ici de réaction de manoeuvre, ou de réaction manipulatrice.
        Les sectes « manipulatrices » ont fleuri à différentes époques de l'histoire du christianisme ; elles prétendaient détenir seules un savoir spécial et parfois secret qui leur assurerait le salut. Elles soutiennent que leur enseignement est neuf, masqué ou secret, mais ces principes sont universels et peuvent être appris par n'importe qui. Leur divinité n'est pas un rédempteur, c'est un grand pouvoir abstrait que les hommes peuvent apprendre à utiliser à leur avantage en ce monde. Les membres de ces sectes ne se retirent pas du monde, il y demeurent, ils en jouissent et tirent tout le bénéfice possible de l'usage de leurs connaissances spéciales. Il réinterprètent les Ecritures et s'écartent progressivement de leur sens littéral pour mettre l'accent sur les méthodes de guérison et sur la domination du mal par l'intelligence divine. Les sectes telles que la Science chrétienne et ses dérivés attirent surtout un public plus ou moins sophistiqué. Elles fleurissent dans des milieux urbains, habituellement chez des membres de la classes moyennes, à qui le style de la pensée abstraite n'est pas étranger et que l'éducation et le progrès impressionnent. Les réunions religieuses de ces sectes sont sans grande émotion et, de fait, les adhérents ont peu d'occasions de s'assembler, sauf pour rendre grâce, se faire instruire, passer des examens et se féliciter de leur succès au sein de « la vérité ». L'adoration n'est qu'accessoire ; le rituel et la Bible sont regardés comme symboliques, bien qu'ils assurent une liaison continue avec le christianisme traditionnel (2), lequel passe pour être moins mauvais qu'aveugle, insuffisant et arriéré.

        5. La cinquième sorte de réaction implique une notion étroitement particulière du salut. Ce que désire l'individu est d'être soulagé de ses maux présents, physiques ou mentaux ; le salut résultera de l'intervention quasi magique d'agents surnaturels qui soustrairont l'homme aux lois normales de la causalité. Il n'est pas question ici de sauver le monde mais de réduire les tensions ou de résoudre des difficultés dans l'immédiat et d'y substituer un vague sentiment de béatitude. Cette réaction diffère de la quatrième en raison de la nature très particulière de la notion du salut et de l'absence de toute idée claire sur les avantages que l'on peut attendre. L'action du salut est personnelle et locale ; on ne peut disposer partout des moyens de se l'assurer ni le définir en termes universels. Cette réaction revient en fait à exiger des miracles et non pas à croire que l'on découvrira des principes qui assureront le salut des initiés. On peut la qualifier de thaumaturgique.
        Les sectes « thaumaturgiques » cultivent la croyance aux oracles et aux miracles qui s'est atrophiée dans le christianisme. L'invocation des esprits pour échapper aux maux immédiats est une pratique commune dans toutes les autres cultures, bien que les religions les plus pures l'aient rejetée. Jésus était un thaumaturge, et le mythe chrétien attribue des miracles aux Apôtres et aux saints quoique l'Eglise romaine ait tenté plus tard d'institutionaliser cette thaumaturgie. Le protestantisme a eu beau répudier les pratiques magiques, les mouvements qui professaient la guérison par la foi ont persisté à en demander, avant que le spiritisme moderne donne un nouvel élan à cette quête. Les sectes spirites n'ont généralement aucune doctrine eschatologique cohérente, mais elles insistent sur la vie dans l'au-delà et sur les communications avec les morts. A mesure qu'elles évoluent, les sectes spirites plus avancées s'approprient des idées métaphysiques ressemblant à celles qu'on professe dans les sectes « manipulatrices » ; mais les spirites recherchent un salut beaucoup plus personnel, et comptent sur des médiums et des esprits particuliers ; ces besoins particuliers contrastent de la façon la plus vive avec les principes généraux des « manipulateurs ». Il importe moins aux « thaumaturges » de pratiquer la morale que de se laisser guider par les esprits. De même que les sectes protestantes extrémistes abandonnent les rites en faveur des mots (la Bible, les sermons, les hymnes, les « langues », et les « tracts »), les spirites abandonnent les mots au profit des « communications », des coups frappés, des impulsions, transfiguration et manifestations. Ce qui est communiqué n'est pas un récit ni une objurgation, mais un message rassurant venu d'une source surnaturelle. La relation ne s'établit pas du Sauveur au pécheur par l'intermédiaire des prédicants, comme les « conversionnistes », mais de l'esprit au client, présentés l'un à l'autre par un médium.
    [...]
        7. En dernier lieu, on peut rechercher le salut sans quitter le monde ni le bouleverser mais en tentant de le reconstruire entièrement sur un fondement de principes religieux. Le monde est mauvais parce que les hommes l'on fait tel. L'on se sauvera qu'en revenant aux principes de base promitivement assignés aux hommes par le Créateur. L'on pourra tenir ces principes de la révélation ou les retrouver dans les Ecritures, et c'est sur cette base que le monde pourrait redevenir un endroit où les hommes vivraient en paix. Les moyens de reconstruire la cosiété pourraient être, en eux-mêmes, rationnels : mais le choix des fins (et peut-être même à certains égards le choix des moyens) résulterait d'un contact avec le surnaturel. Nous qualifierons cette dernière réaction d'utopique.
        Les sectes « utopiques » croient à la possibilité du salut au sein de la société ; mais à cet effet la société doit être refaite entièrement, moins par un acte de Dieu que par des hommes travaillant selon des principes divins. Ces sectes s'écartent de la société non pour cultiver la sainteté mais pour s'organiser socialement en vue du salut. Leur conception de la moralité est fortement conditionnée par les besoins des membres de la nouvelle société qu'elles essaient de former, souvent en fondant des colonies dans des contrées désertes ou incultes. Elles se distinguent des utopistes séculiers en ce qu'elles recherchent une foi religieuse commune, habituellement basée sur la Bible, et parfois, plus explicitement, sur l'Eglise de Jérusalem que décrivent les Actes des Apôtres. Elles propagent volontiers leurs idées, mais elles n'accueillent pas de candidats nouveaux sans les examiner sérieusement ; et en pratique elles se referment souvent un peu plus que leur conception initiale ne semblait le demander. Les communautés des sectes « utopiques » se distinguent de celles que fondent parfois les « introvensionnistes » en ce qu'elles se vouent en principe à redécouvrir le mode de vie universel qui a été corrompu par la société. Les communautés « introversionnistes », de leur côté, n'obéissent souvent qu'à un mécanisme de défense visant à sauvegarder la forme de poété qui leur est propre.

    (1) Dans le cas de l'antoinisme, on parle de « prosélytisme de proposition ».
    (2) C'est la raison pour laquelle Anne-Cécile Bégot classe cette secte parmi les dénominations, le groupe tendrait « vers un type d’organisation religieuse intermédiaire entre la secte et l’Église » (article wikipedia Science chrétienne).

    Prof. André Gounelle - Les sectes, Approche sociologique et typologie, caractéristiques et mécanismes des dérives sectaires
    source : http://www.marcelin.ch/doc/gymnase/aumonerie/sectes.pdf

        A mon sens, l'antoinisme n'est plus tellement une secte thaumaturgique (elle le fut du vivant du Père), mais oscillent entre les sectes conversionnistes et les sectes utopistes.
        A la différence des sectes conversionnistes, l'antoinisme a une conception du péché originel différent de celui de la Bible, puisque le Père le réinterprète comme l'imagination de la matière. Et bien sûr, ce n'est pas tant le Christ qui apparaît comme Sauveur, mais soit le Père, soit la propre Conscience de l'adepte, ou n'importe quelle autre divinité, ou même rien.
        A la différence des sectes utopistes, l'antoinisme n'a pas de repli sur soi pour former une société nouvelle, mais espère arriver à réformer la société en vue d'atteindre l'Unité de l'Ensemble.
        On voit donc la difficulté de classifier les sectes. Régis Dericquebourg décrivaient l'antoinisme, selon la typologie de Weber, de 'cult' (parfois traduit par confession, comme le fait le Père Chéry dans son Offensive des sectes, mais ce dernier classé l'antoinisme comme secte guérisseuse).


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  • Titre :     La France aux cent sectes
    Auteur :     Jean-Pierre Van Geirt
    Édition :     Vauvenargues, 1997
    Format :     384 pages

    Résumé :
        A l'heure où vous lisez ces lignes, un homme, une femme, un enfant sont en danger de secte .
        La vie difficile, le chômage, la foi perdue, la famille éclatée... Une triste fin de siècle, un sale tunnel pour les enfants du troisième millénaire...
        Désemparés par un monde qui leur échappe, des milliers de nos compatriotes sont tombés dans le piège des sectes et de leur quincaillerie ésotérico-philosophico-religieux. En France, elles sont plus d'une centaine à régner sur des êtres en voie de perdition.
        Qui et que sont-elles ? C'est la question à laquelle ce livre s'efforce d'apporter une réponse.

    Critiques :
        La France aux cent sectes, J.P.Van Geirt, Vauvenargues (une simple liste sans développements)
    source : http://www.antisectes.net/biblio.htm
        Mais il est dommage de voir apparaître des encadrés " humoristiques " qui nuisent à la crédibilité de l'auteur. D'autre part, l'ADFI a précisé dans une note interne qu'elle ne cautionne pas ce livre.
    source : http://www.prevensectes.com/cent.htm

        Les petits encadrés "humoristiques" sont critiqués. Il y a de quoi en effet : non seulement ils n'apportent rien (cela ne vole d'ailleurs pas très haut, p.59 : "Les gens de chez Subud n'ont pas la foi ni de morale, je veux dire que Subud ne propose rien de tout cela. Les gens de chez Subud ne connaissent qu'un chose : "la force", la force qui est en toi. Luke Skywalker et son pote le Jedi auraient-il fait un séjour dans la secte avant de s'embarquer pour la guerre des étoiles ?"). Mais en plus il critique ce que même les Rapports ministériels sur les sectes se défendaient de faire : critiquer la pensée des groupes (ces encadrés sont même parfois de très mauvais goûts, p.82 : "Le 19 juillet 1999 : l'Apocalypse. Les "surhommes" embarqueront dans leur Arche de Noé-Ovni, probablement pour rejoindre leurs modèles extraterrestres. Et dire qu'il nous faudra attendre l'été 1999 pour les voir partir ! Que les années passent lentement...". Quand on sait que le suicide de Heaven's Gate ou les Portes du Paradis/du Ciel en 1997 a justement pour origine la croyance en l'espoir que leur âme rejoigne un vaisseau spatial supposé caché derrière la comète Hale-Bopp et convoyer Jésus, on s'inquiète du professionnalisme du journaliste. Ce fait, l'auteur doit le connaître puisqu'il en parle dans son introduction, nous le verrons).
        L'auteur pensait certainement une petite critique humoristique manquée au débat. Il a pu donc trouvé un éditeur pour combler ce "manque". Certaines Maisons d'édition ne seraient-elles pas également sectaires dans leur avidité à publier des livres dont le sujet provoquera la ruée ?

        Dans son avertissement, l'auteur nous précise pourquoi 100 sectes, alors même que le rapport (décidé caduque par le rapport de 2003) établi une liste de 200. 100 sectes car :
    - une secte peut avoir plusieurs noms,
    - telle ou telle sectes passe son temps en procès (!),
    - certaines sectes ne durent pas assez longtemps pour être recensées,
    - pour ne pas leur faire de publicité.
        Or l'auteur ne signale jamais les différents noms des sectes (Les Amis de l'Homme, Ecoovie), de même il retient des mouvements qu'il ne considère pas lui-même comme étant des sectes (Amway, Herbalife, Foi Baha'ie, Reiyukai). Il relate aussi des mouvements ne regroupant que quelques personnes (l'Arbre au Milieu, Ecole de l'essentialisme-Sundari), ou étant à peine présent en France (Ghagwan / Osho, Eglise catholique apostolique, Eglise universelle et triomphante), ou même n'existant plus (Château de Magnet, Ordre du Temple Solaire).
        Dans l'introduction une phrase choque : "Tous [les adhérents de sectes] sont à la recherche d'un mieux être qu'ils ne trouveront pas. Sinon pourquoi le "suicide" collectif de Jonestown en Guyane faisant 923 morts en 1978 ou tout près de nous, en mars 1997, les 39 "suicides" de la Porte du Ciel, à Rancho Santa Fé ? Entre ces deux chiffres de désespoir, les sectes sont responsables d'au moins 214 autres suicides recensés." (p.10). L'auteur parle de 200.000 personnes faisant partie d'une secte. A cela il compare (sans aucune réserve) les 923+39+214 = 1176 suicides. Sur 200.000 adeptes cela donne = 0,00588% de mortalité. C'est peu, et même si c'est trop, cela reste peu.
        Remarquons encore quelques chose, notamment pour l'antoinisme : quand ce mouvement guérit, ce ne peut être grâce au Père ou au guérisseur antoiniste : c'est la suggestion, ce n'était pas un "vrai" malade, c'est psychosomatique, c'était neurologique... Bref la guérison n'est pas possible dans ce mouvement. Mais ce même mouvement est accusé de faire des morts (sans qu'aucun tribunal n'ai prononcé de sanction pour dérive sectaire contre ce mouvement).

        Voyons maintenant la fiche que consacre Jean-Pierre Van Geirt à l'antoinisme (p.43-46). On verra qu'il n'y a pas que les encadrés qui nuisent à la crédibilité de l'auteur. Des corrections sont encore et toujours nécessaires. "Rapidité, Rigueur et Recoupement de l'information" nous dit sa biographie wikipedia. Je ne vois là aucun de ces adjectifs à caractériser ce livre.
    L'HISTOIRE
        Après avoir exercé une kyriele de professions (1) en Belgique, en Pologne et en Prusse, le Belge Louis Antoine (1846-1912) se trouve un jour confronté à un drame dont il sortira profondément perturbé : la mort de son fils décédé à l'âge de vingt ans (2). Bien que né dans une famille très catholique, Louis Antoine ne trouve plus de réconfort dans l'Eglise traditionnelle. Il se lance alors dans le spiritisme pour tenter de communiquer avec son défunt fils (3).
        Soudain, c'est la révélation. Louis Antoine se découvre des dons de guérisseur et de médium d'origine divine. Rapidement, il crée donc un groupe spirite, Les Vignerons du Seigneur, et se détache définitivement du catholicisme (4). Parallèlement à ses pratiques d'exorciste, son travail de guérisseur et ses exercices de communications avec les morts, Louis Antoine publie son seul et unique ouvrage intitulé La Révélation de l'auréole de la conscience (5).
        Après son installation à Jemeppe-sur-Meuse en 1888, Louis Antoine se consacre quasi-essentiellement à ses activités de guérison à l'aide de potions magiques, d'impositions des mains, de régimes alimentaires. Mais, en 1901, il est condamné pour "exercice illégal de l'acte de guérir" (6). Loin de se décourager, il s'oriente alors vers la guérison magnétique qui ne repose que sur la bonne foi du guérisseur et des esprits qui l'accompagnent (7).
        1906 marque une rupture pour Louis Antoine qui abandonne le spiritisme et érige un temple dans sa propriété de Jemeppe-sur-Meuse. C'est à cette période qu'il s'autoproclame le "Père" (8), prophétise et guérit ses adeptes baptisés "antoinistes". En toute logique, c'est en 1910 que Louis Antoine institue le culte antoiniste. A sa mort en 1912, c'est sa femme, Catherine Collon, la "Mère", qui prend la tête du mouvement (9). Sous son impulsion, l'antoinisme va connaître un certain essor.
        En 1922, l'antoinisme trouve sa consécration en Belgique grâce au décret royal qui lui confère le statut d'association reconnue d'utilité publique. C'est le point de départ du développement des structures du mouvement aussi bien en Belgique qu'en France. Les salles de lecture antoinistes se multiplient tout comme les temples (10). En 1940, à la mort de Catherine Collon, on ne recense pas moins de vingt-cinq temples en Belgique (11).
        A ce jour, on compte encore un soixantaine de temples antoinistes, répartis entre France et Belgique. A cela, il faut rajouter les nombreuses salles de lectures au nombre de quatre-vingt-dix en France et d'une centaine en Belgique (12). Le mouvement revendique cinquante mille adeptes (13) à travers le monde, notamment au Congo, en Australie, au Brésil et bien sûr, en Europe. En France, on en recense environ deux mille cinq cents sans compter les consultants. La direction du mouvement est assurée de façon collégiale, sans qu'aucun des dirigeants ne soit investi du rôle de représentant du "Père" (14). Il est à noter que le développement de l'antoinisme s'est nettement ralenti ces dernières années.

    LA DOCTRINE
        Pour l'antoinisme, le mal, la matière et la mort n'existent pas, tout comme Dieu qui est en tout. La vie corporelle est considérée comme une illusion. Toute désincarnation appelle une réincarnation. Douleurs et souffrances ne sont dues qu'à l'avidité de notre intelligence. Il ne faut donc que compter sur la foi en soi-même. Cependant, malgré la contradiction, les malades antoinistes se regroupent dans des séances collectives, les "opérations", pour combattre les forces néfastes. Le thaumaturges guérit avec l'aide d'un représentant de l'au-delà. (15)
        Dix principes (16) :
        - Jésus était un médium guérisseur. (17)
        - La père Antoine révèle son enseignement. (18)
        - La réincarnation existe. (19)
        - L'homme est naturellement bon.
        - L'unique péché est la croyance dans le mal. (20)
        - L'homme est le seul responsable de ses souffrances.
        - Tout est Dieu et Dieu est en tout.
        - La vie du corps n'est qu'illusion.
        - Le père Antoine ne veut que soulager les souffrances de l'humanité.
        - Le but du père Antoine est de consoler et de guérir par la foi. (21)

    Le CULTE
        Ouvert à tous, le culte antoiniste est des plus rudimentaires. Le dimanche, on ne s'y adonne à aucun sacrement ; en revanche, on pratique "l'opération" pour combattre les fluides négatifs. Au cours de ces réunions, les adeptes lisent les écrits du "Père", Louis Antoine, prient et sollicitent les témoignages de guérison. (22)

    LA PROPAGANDE ET LE RECRUTEMENT
        L'objectif des antoinistes n'est pas directement de convertir. Il s'agit avant tout de guérir et de consoler par la foi. A ce titre, jamais les antoinistes ne font appel aux médecins ou à la pharmacologie, à une exception près, les décoctions de plantes (23). Il est d'ailleurs nécessaire d'être végétarien pour espérer accéder à la guérison. (24) Toutes les croyances sont respectées et on ne cherche pas à embrigader de nouvelles personnes.

    STATUT ET ORGANISATION
        En France, "L'Association culturelle antoiniste du Collège des Desservants de France" (25) est une association déclarée conformément à la loi de 1901. (26) Le siège mondial du mouvement se situe à Jemeppe-sur-Meuse.
        Les desservants des temples et des salles de lecture ne sont pas rémunérés et ils publient un journal, L'Unitif.

     

       Insolites, ces antoiniste, qui nient en bloc   l'existence de Dieu, du mal, de la matière.   Bah, le père Antoine peut bien l'affirmer,  personne n'est obligé de le croire. (27) Mais   quand il veut nous persuader que les dou-   leurs physiques viennent de l'intelligence, là,  on est en droit de se demander : il nous   prend pour des c... le père Antoine! (28) "Point du tout", me murmure un antoiniste, "c'est    un test, comme un examen médical : si vous   croyez ce qu'il dit, le père Antoine, vous êtes  en bonne santé, sinon il faut vous faire soi-   gner" (29).


    (1) Cela a été le sujet d'un de mes billets : il aura exercé 6 métiers. Quand on connaît l'époque bouleversée durant laquelle Louis Antoine vécu, cela n'est pas étonnant. Il ne connaître cependant que 4 employeurs.
    (2) Plutôt que la mort de son fils (la biographie de Soeur Desart et Frère Deregnaucourt dit "mais grâce à leur grande foi, aucun des deux époux n'en fut découragé ; au contraire, ils se dévouèrent davantage."), c'est surtout l'accident dont il est la cause provoquant la mort d'une camarade de régiment.
    (3) Encore la même erreur : Louis Antoine devient spirite en 1884, et son fils meurt en 1893.
    (4) Le temps entre lequel Louis Antoine découvre le spiritisme et que se fonde les Vignerons du Seigneur dure environ 6 ans.
    (5) Ce n'est pas le seul et unique ouvrage publié par Louis Antoine, hormis le PETIT CATÉCHISME SPIRITE, LE DEVOIR et L'ENSEIGNEMENT D'ANTOINE LE GUÉRISSEUR, l'Enseignement se compose de la Révélation par le Père Antoine, Le Couronnement de l’Oeuvre Révélée et le Développement de l’Enseignement du Père. L'AURÉOLE DE LA CONSCIENCE, parut pendant deux ans est la Revue mensuelle du Nouveau Spiritualisme.
    (6) Louis Antoine revient en Belgique et s'installe à Jemeppe-sur-Meuse en 1884. En 1901, il est condamné à  60 francs d'amende, avec sursis de deux ans, et aux dépenses du procès 78,25 francs pour exercice illégal de l'art de guérir.
    (7) Le magnétisme animal, aussi appelé mesmérisme, est un ensemble d'anciennes théories et pratiques thérapeutiques qui se développèrent de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle en Occident  et qui eurent un impact important sur le développement de la médecine, de la psychologie et de la parapsychologie (source : wikipedia). Il postule l'existence d'un fluide magnétique. Certains spiritualistes prétendent agir directement sur le patient, sans l'influence d'un fluide, par la volonté et la prière. D'autres considèrent que les magnétisés entrent en contact avec des entités supra-humaines. Louis Antoine passa par les deux phases.
    (8) C'est n'est pas Louis Antoine qui se nomma lui-même le Père, mais il avait l'habitude de nommé les gens proches de lui, mes enfants (rappelons qu'on ne nomme frère et soeur dans le spiritisme). De là vient certainement la dénomination de Père et Mère.
    (9) Elle prend la tête du mouvement, par la dénomination de Père. Régis Dericquebourg rappelle que Mère disait : "Quand le Père est parti, il ne m'avait fait aucune recommandation que celle de suivre ses inspirations et j'ai eu beaucoup de tourments après son départ". Dans ce cas, je ne parlerais pas de son impulsion. C'est plutôt sous l'impulsion des adeptes dirigés spirituellement par Mère que l'antoinisme va connaître un certain essor.
    (10) Pour la France, on peut le dire pour les temples (2 temples en 1913, puis il faut attendre 1920 (Vichy), 1921 (Tours) puis 1922 (Villeurbanne et Caudry)). Par contre, en Belgique, il y a eu une voir deux ou trois ouverture de temples chaque année de 1910 à 1919. Il n'y en eu plus en 1920, 1921, et 1922. La plupart des ouvertures de salles de lecture eurent cependant lieu en 1912, 1913 et 1914.
    (11) Je compte pour ma part 29 temples en Belgique en 1940.
    (12) En 1993, Régis Dericquebourg n'en compte plus en France que 44 salles de lecture. En Belgique, Mère décide qu'il n'y aura plus de salle de lecture, à partir de 1932.
    (13) Le mouvement ne revendique aucun nombre d'adepte. Il n'y a pas de baptême ou de registre, donc impossible de revendiquer quoi que ce soit.
    (14) Le rôle de Représentant du Père a réapparu en France en 1988. En Belgique, il y en eu un à partir de 1985.
    (15) Bon, je ne vais pas m'évertuer à expliquer à quelqu'un qui ne veut pas comprendre la doctrine antoiniste. Mais pour l'antoinisme Dieu existe puisqu'il est en tout (le transcendantalisme ne prétend pas le contraire). Toute désincarnation appelle une réincarnation jusqu'à atteindre l'Unité de l'ensemble par son travail moral. Pour vaincre douleurs et souffrances, il ne faut que compter sur la foi en soi-même, par l'intermédiaire d'un guérisseur (c'est ce que les psychanalystes appellent le transfer). Les antoinistes se regroupent dans des séances collectives, les "opérations" dans un temple pour méditer et se régénérer. Le thaumaturge guérit avec l'aide d'un seul représentant de l'au-delà, le Père Antoine (qu'en tant qu'antoiniste, on ne dit pas être dans l'au-delà).
    (16) Euh, je ne sais pas d'où Jean-Pierre Van Geirt a pris ses dix principes... Cela ne correspond en rien aux dis principes révélés par le Père et encore moins à voir avec la doctrine antoiniste.
    (17) Ce n'est même pas complètement vrai pour les antoinistes français, une partie des adeptes peut-être (c'est le libre-arbitre de pouvoir le penser), mais cela ne fait pas partie de la doctrine. La seule référence au Christ, présente uniquement dans les temples en France, dit que l'Enseignement du Christ et celui du Père sont les mêmes.
    (18) Qu'est-ce que c'est que ça pour un principe ?
    (19) La doctrine antoiniste est basée sur un principe de réincarnation. Le Père le démontre. Donc elle existe. Si on est pas d'accord avec ça, alors elle n'existe pas. Je suis antoiniste et je ne suis pas sûr de croire en la réincarnation.
    (20) La croyance que le mal existe est une illusion. Mais il n'y a pas de notion de péché dans l'antoinisme.
    (21) C'est deux derniers "principes" (qui n'en sont pas rappelons-le) semble être tiré de "Un adepte du Père Antoine", au début de la Révélation.
    (22) Il n'y a qu'un adepte qui puissent lire les écrits du Père, c'est le lecteur, qui doit être costumé (il peut être différent d'un jour à l'autre selon l'organisation du temple, mais cela ne sera pas n'importe quel adepte, comme l'auteur semble le laisse croire). Et on ne sollicitent aucun témoignage de guérison dans l'antoinisme (au contraire de la Science chrétienne). Ensuite la prière sera intérieure, et nullement imposée par le culte. Par exemple, je ne prie personnellement pas dans un temple.
    (23) Encore une fois la même idée subjectif et partial. Il n'y a que le Père qui soigna pendant un temps en distribuant entre autre des décoctions de plantes. Il abandonna lui-même tout remède matériel. Et il avérait maintenant (et depuis au moins 1949, on le lit dans Antoine, l'Antoinisme, les Antoiniste de Jacques Michel). D'après le sondage sur mon site (au 14 mai 2010), on voit que la grande majorité des antoinistes n'ont rien changés à leur position vis-à-vis de la médecine : 71% (17 votes) n'ont rien changé par rapport à la médecine et les médicaments. Et 25% (6 votes) évitent les médicaments mais consultent toujours leur médecin. 4% (1 vote) évitent de consulter un médecin et se soigne par médicaments homéopathiques. On est loin du "jamais" de l'auteur.
    (24) Autre préjugé, qui fera l'objet d'un prochain sondage sur mon site. Il n'est pas nécessaire d'être végétarien pour être antoiniste. Le Père l'était parce que cela lui convenait, Mère ne le fut pas à ma connaissance.
    (25) Il s'agit de l'Association Cultuelle Antoiniste du Collège des Desservants de France" (en abrégé "Cultuelle Antoiniste de France") datant de 1962. En 1988, la Cultuelle Antoiniste de France change de titre par modification de ses statuts, et devient Culte Antoiniste.
    (26) En France, le Culte Antoiniste est une association Cultuelle, régie par la Loi de 1905 sur les cultes.
    (27) En effet, personne n'est obligé de le croire, mais il y a cependant des gens pour le croire. C'est leur liberté, n'en déplaise à l'auteur, de partager les vues d'un des plus grand philosophe du XVIIIe siècle, George Berkeley, et avec lui de tout les immatérialistes.
    (28) Comme Mary Baker Eddy prend pour des c... ses quelques centaines de milliers de croyants. La Science chrétienne n'est pas retenu par l'auteur pour sa liste de la France aux cent sectes. Ensuite, on sait qu'en matière de croyance, la c..erie est légion : que penser d'une femme qui enfante en étant vierge et de quelqu'un qui ressuscite 3 jours après sa mort ?
    (29) Je ne commenterai pas cette phrase sortie de son contexte. De plus si c'est le même antoiniste qui lui a donné ces renseignements qui m'ont valu la peine de faire une trentaine de correction, je ne donne pas cher de cet antoiniste.


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  • Titre :     Les nouvelles sectes
    Auteur :     Alain Woodrow
    Édition :     Éditions du Seuil, Points actuels, 1977
    Format :     187 pages

        Le livre est cité en référence dans le dernière édition (Labor - Espace Nord) du livre de Robert Vivier, Délivrez-nous du mal.
     
    Dos de la couverture
        En notre siècle rationaliste, la profusion des sectes constitue un phénomène étonnant de Alain Woodrow cherche à percer le phénomène.
        D'un côté, des organismes puissants, riches, habiles à recruter. De l'autre, des individus - souvent très jeune - épris d'idéal, qui abandonnent famille, études, carrière pour suivre ce qu'ils croient être leur voir spirituelle.
        Comment expliquer le succès foudroyant des unes, la fascination et la soumission des autres? Pourquoi des êtres, avides de liberté et de vérité, gobent-ils en dévots? Que cherchent les sectes? Le pouvoir personnel? L'argent? La domination politique? Surtout comment arrivent-elles à leurs fins? Drogue? Viol psychologique? Lavage de cerveau?
        Une enquête sur les principales sectes. Un dossier qui démonte leur mécanisme.
        Alain Woodrow, spécialiste des affaires religieuses. Chroniqueur au Monde.

        Resencion :
        A.W., journaliste au Monde, met ici sa plume au service de la dénonciation des sectes actuelles. Mormons, moonistes, maharajistes, Amis de l'homme, membre de la Science chrétienne, disciples du Christ de Montfavet, adeptes de la scientologie, enfants de Dieu, antoinistes, baha'istes, sectateurs du Soka Gakkai, adventistes, dévots des Trois Saints Coeurs, Témoins de Jéhovah, et peut-être quelques autres encore, retiennent l'attention de l'A.
        L'information véhiculée par cet ouvrage est de celle qui afflues dans les salles de rédaction. Le Monde, Le Nouvel Observateur, L'Express, Paris-Match, Les Informations Catholiques Internationales figurent parmi les sources les plus fréquemment citées. A.W. n'a consulté aucun des travaux scientifiques, pourtant peu nombreux, traitant des questions qu'il débat.
        Pour l'A., les sectes variées actuellement à l'oeuvre en France meublent le vide créé par "l'immense branle-bas culturel qui secoue notre vieille civilisation occidentale et postchrétienne". Elles constituent un "révélateur de l'état de notre société". A.W. constate que les sectes actuelles (mais toutes celles qu'il évoque n'appartiennent pas à la même vague) se recrutent principalement parmi les jeunes. "Après avoir contesté toutes les formes d'autorité en 1968, voici une jeunesse qui accepte la discipline la plus rigide, l'ascèse la plus totale, l'abandon de sa volonté et de son jugement entre les mains d'autrui... Abandon du sens critique, abdication de liberté : ce sont deux caractéristiques inquiétantes d'une certaine jeunesse, qui entraînent non seulement un reflux du politique mais une remontée de la droite. Et, sans un minimum de discernement, la voie est ouverte à toutes les récupérations, les manipulations, voire les fascismes. Le rapprochement des méthodes de Moon avec celles de Hitler est plus qu'une clause de style." L.A. reproche aux mouvements dont il parle de pratiquer le "viol psychique", de se livrer au racket, etc. Pas une des accusations généralement portées contre les actuelles sectes ne manque à l'appel. Mais c'est surtout l'apolitisme de ces groupements qui tracasse A.W. : "l'apolitisme qui ouvre la porte à toutes les manipulations", écrit-il, page 24.
        Pour lui, les sectes connaissent le succès auprès de beaucoup parce qu'elles apportent des réponses simples aux problèmes de notre époque, font voir "Dieu au bout d'un microscope", fournissent - pour certaines d'entre elles - des "mirages rousseauistes", répondent, enfin, à un "besoin d'ésotérisme et de dépaysement".
        On n'accorderait pas attention à cet ouvrage, s'il ne présentait, par rapport à d'autres, un élément intéressant et nouveau, A.W. se demande par quels moyens mettre fin à l'influence des sectes et décrit les positions et tentatives de certains groupes antisectaires. Il a du mal à se ranger pleinement à leurs côtés. Il s'aperçoit en effet que, au-delà de ses préférences personnelles en la matière, la question posée par l'existence des sectes rejoint, en dernière analyse, celle de notre droit à l'erreur et à la liberté d'opinion. Car, constate-t-il, la plupart des membres de ces groupes sont consentants à la "manipulation" dont ils seraient victimes (p.169). Ceci le mène à affirmer que "la chasse aux sorcières déclenchée par certains milieux, familiaux, politiques ou ecclésiastiques, contre toutes les sectes sans discrimination est tout aussi sujette à caution et ambiguë finalement que le phénomène qu'elle entend combattre" (ibid.).
        La lecture de ce livre fait regretter une fois de plus l'absence de travaux scientifiques sur ces "nouvelles sectes" en France (ceux qui existent sont principalement anglo-saxons). Il faudrait d'ailleurs étudier aussi la polémique qui se développe autour de ces groupements. Leur succès statistiquemet très réduit justifie-t-il tant de hargne à leur égard ? A quoi correspond l'âpreté et l'intensité de la dénonciation dont elles sont l'objet de la part de milieux variés ?
         Jean Séguy.
    Archives des sciences sociales des religions, Année 1978, Volume 46, pp. 317-318
    source : persee.fr

    Table :
    Introduction : Sectes et sectarisme
    1. Un terrain de choix
    2. Des besoins satisfaits
    3. Les méthodes employées
    4. Les buts recherchés
    Conclusion : Le prix de la liberté
    Postface à la nouvelle édition
    Table-répertoire

        L'auteur fait la différence entre l'antoinisme et ce qu'il appelle les sectes à prétention à une doctrine scientifique. La Science Chrétienne en fait partie. On sait maintenant pourquoi Paul Ariès rangeait l'antoinisme à part de la Science chrétienne. Les sectes scientifiques, nous dit Alain Woodrow, citant le théologien Jean Chevalier, ont des prétentions scientifiques "légères, voire grotesques, souvent retardataires et même périmées" (p.24).

        Sur l'antoinisme, on lit dans la table-répertoire :
    Fondateur : Louis Antoine (1846-1912), Belge.
    Enseignement : Antoine impose les mains aux malades, recommande certains remèdes, distribue des morceaux de tissu "magnétisé", prescrit des régimes alimentaires. Par la suite, ses disciples prétendent "chasser les démons, ressusciter les morts, s'entretenir avec les disparus de ce monde et donner gratuitement ce qui leur a été donné gratuitement". (1)
    But : La propagation de cette doctrine et faire reconnaître Antoine comme "prophète". (2)
    Nombre d'adeptes : 150 000 en 1959 dans 55 temples (30 en Belgique, 25 en France).
    Adresse : 49, rue du Pré-Saint-Gervais, 75019 Paris
     (voir pages 52-53 ; 124).

        Le mal est illusoire (p.52-53)
        [après plusieurs paragraphes sur la Science chrétienne]. Louis Antoine, un mineur belge, né en 1846, prétendait détenir un "fluide magnétique" qui pouvait guérir les maladies, triompher du mal et même de la mort. Comme chez les adeptes de la Science chrétienne, pour Antoine le corps n'est rien. Si l'on veut guérir celui-ci, c'est à l'âme qu'il faut s'attaquer.
        L'enseignement des antoinistes, comme s'appelleront les disciples de Louis Antoine, est spiritualiste et occulte. Le thaumaturge opère ses guérisons avec l'aide d'un guide de l'Au-delà, dont il donne cette description : "Il m'apparaît comme un nuage lumineux" - ce qui rappelle l'ectoplasme suscité par le médium lors des séances de spiritisme. (3) Pour favoriser les guérisons, le mouvement recommande de suivre certains régimes alimentaires, et notamment d'être végétarien. (4) On a estimé à 150 000 le nombre d'antoinistes, dont 50 000 Français, au début du siècle, mais il semble que ces derniers ne seraient plus que 5 000 actuellement (5).
        [suit le description du mouvement de Georges Roux, dit le Christ de Montfavet].
        Ces guérisseurs illuminés, du reste, s'apparentent plus aux courants d'occultisme, de sorcellerie et de magie qu'aux mouvements scientistes tels que la Science chrétienne et l'Église de scientologie. (6)
       
        La mégalomanie (p.124)
        Tentation du pouvoir personnel. Il est difficile, en fondant une secte, de ne pas se laisser progressivement "diviniser" par ses disciples. Sans parler de déséquilibrés, comme Georges Roux qui se croit la réincarnation du Christ, nombre de dirigeants de mouvements spirituels - le Père Antoine pour les Antoinistes, la "chère maman" des Amis de l'homme, Mary Baker-Eddy de la Science chrétienne - sont montés petit à petit sur leur piédestal, bercés par le péan qui montait, toujours plus flatteur, de leurs disciples. (7)

    (1) L'auteur ne fait de différence entre les différentes étapes de la pratique de Louis Antoine : après 1901, il arrête toutes formes de remèdes autres que la prière par la foi. Ensuite l'auteur ne citant pas ses sources, on ne sait pas d'où vient que ses adeptes chassent les démons, ressuscitent les morts, etc. Mais je vais vous le dire, c'est ce qu'on trouve sur la dernière page de la couverture verte du Petit catéchisme spirite, édité en... 1896 et plus jamais depuis. On est donc là très loin de l'enseignement antoiniste.
    (2) D'accord pour la propagation de l'enseignement (et non de la doctrine décrite plus haut), par contre on se garderait bien d'imposer la reconnaissance de Louis Antoine comme prophète quand dans son enseignement même qu'on veut porpager il est dit qu'il ne faut pas s'attacher à la figure du prophète.
    (3) Encore un fois, l'auteur n'est pas au courant de l'évolution et confond le spiritisme et l'antoinisme.
    (4) Pas plus le "mouvement" que Louis Antoine ne recommandent d'être végétarien, et encore moins pour guérir. Louis Antoine était lui-même végétarien, certains adeptes l'ont suivis d'autres pas.
    (5) L'auteur s'embrouille dans les chiffres et nous avec : étions-nous 150 000 en 1959 ou au début du siècle ? ou 5 000 ? En tout, ou seulement en France ?
    (6) Quand on pense qu'en 2000, Paul Ariès écrira ses Sectes à l'assaut de la santé en s'appuyant sur ce livre, on ne s'étonne plus du résultat. Désinformation, aucune source fiable citée. Et voilà la raison pour laquelle ce dernier classe les antoinistes à part de la Science chrétienne. Alors que ces deux mouvements sont réunis par Régis Dericquebourg ou Anne-Cécile Begot.
    (7) On verra que l'avis de Françoise d'Eaubonne est tout autre concernant Louis Antoine.



        L'auteur pose cependant certaines bonnes questions. Notamment il préconisait "pas de chasse aux sorcières tous azimuts, ni de 'délit d'envoûtement', mais un examen clair et lucide de tous les aspects avec dénonciation, là où cela s'avère nécessaire, de faits et de pratiques inacceptables, avec poursuites judiciaires éventuelles lorsqu'il y a infraction aux lois existantes" (p.171). Signalons cependant qu'on a vu que l'auteur ne le faisait pas lui même, en mélangeant toutes les époques de l'antoinisme : Antoine spirite, Antoine guérisseur, Antoine prophète.
        Il précise que "objectivement, l'Église chrétienne n'est qu'une secte qui a réussi. Grâce en partie, du reste, à l'utilisation au cours de sa longue histoire mouvementée de bien des pratiques que nous dénonçons aujourd'hui chez les sectes : 'conversions' forcées, endoctrinement abusif, séquestration, intimidation allant jusqu'à la torture et l'assassinat, machinations politiques et recherche de gains personnels sous une couverture religieuse..." (p.171). Il continue le tableau dans la postface à la nouvelle édition : "Au cours de sa longue histoire, du reste l'Église chrétienne - catholique, orthodoxe et protestante - a été l'objet des mêmes griefs, souvent justifiés, que ceux qui sont faits actuellement aux sectes. L'Église a profité de son pouvoir politique, et de la fiction du bras séculier, pour baptiser de force des peuples entiers ; elle a utilisé ses collèges et petits séminaires pour imposer un endoctrinement parfois excessif ; prompte à tendre la main en toute occasion, l'Église l'est moins pour publier ses comptes ; en matière de discipline, enfin, la notion de "liberté religieuse" réclamée à cor et à cri, est comprise davantage comme la liberté de l'Église dans un milieu hostile que la liberté à l'intérieur de l'Église pour ses fidèles ou théologiens..." (p.200).
        Parmis les questions de fond de cette même postface, l'auteur évoque l'ambiguïté du mot 'secte'. "Il faut donc distinguer nettement entre les sectes au sens sociologique du mot - mouvements religieux, philosophiques et politiques qui ont existé de tout temps - et les nouvelles sectes dangereuses, pieuses escroqueries et pièges à crédules.
        "La distinction n'est pas aisée, toutefois, dans la mesure où rares sont les mouvements qui sont totalement bons ou mauvais. C'est pourquoi il faut définir des critères objectifs et précis, qui serviront à juger de la bienfaisance ou la malfaisance de n'importe quel mouvement : secte ou Église (p.197).
        On voit clairement que cela ne fut pas fait par le gouvernement pour établir sa liste. Sans réparation possible.


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  • Titre :     Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui : Religions, églises, sectes, nouveaux mouvements religieux, mouvement spiritualistes
    Auteurs :     de Jean Vernette, Claire Moncelon
    Broché :     360 pages
    Editeur :     Presses Universitaires de France - PUF (23 octobre 2001), réédition en format poche de l'édition de 1995
    Collection :     Quadrige

        "avec un souci d'information scientifique et objective, sans porter de jugement de valeur sur les croyances", nous promet la 4e de couverture :

     Antoinisme (p.18-19)

        Eglise guérisseuse fondée par Louis Antoine (1846-1912) dit "le Père Antoine". Mineur en Belgique, puis ouvrier métallurgiste, il voyage en Allemagne, en Pologne, avant de se fixer à Jemmepe-sur-Meuse en 1888. Catholique, il s'initie au spiritisme dans l'espoir de communiquer avec son fils décédé à l'âge de 20 ans. Il se découvre des dons de médium et devient guérisseur mystique, pensant avoir reçu des révélations. Avec sa femme Jeanne-Catherine Collon - "la Mère" - il fonde une sorte de religion nouvelle à partir du groupe de ses premiers disciples, "les Vignerons du Seigneur", ayant rompu avec le spiritisme en 1906. (1)

    DOCTRINE - Mélange de spiritisme, de théosophie et de christianisme, résumé en dix Principes (2). Jésus n'était qu'un médium guérisseur. Le Père Antoine révèle son enseignement. Croyance à la réincarnation. L'homme est naturellement bon. Le seul péché est de croire au mal. Nous sommes les seuls auteurs de nos souffrances. Tout est Dieu et Dieu est en tout. Il existe au sein de l'homme : "Ne croyons pas en Dieu, n'espérons jamais rien de lui, mais croyons en nous et agissons naturellement". La vie du corps est illusion. Le Père Antoine veut avant tout "soulager l'humanité souffrante". Son but n'est pas de convertir mais de consoler et de guérir par la foi. Il a écrit La révélation de l'auréole de la conscience, résumé de son enseignement. (3)

    FONCTIONNEMENT - Le culte est ouvert à tous : pour consoler et guérir par la foi, car la guérison est la conséquence de celle de l'âme. La couleur des temples et des ornements est le vert, symbole d'une nouvelle vie sur cette terre, meilleure, après la réincarnation (4). L'emblème de l'Eglise est un arbre de la Science, composé de sept branches représentant les sept péchés capitaux ; de deux yeux dans les branches symbolisant la vue de la matière et du mal ; d'un tronc représentant le Moi intelligent, et de racines rappelant ce qui nous relie à la matière, l'intelligence. L'ensemble de l'arbre symbolise ce dont l'homme doit se libérer peu à peu pour retrouver Dieu (5). Le culte n'empiète pas sur le terrain de la médecine, et se limite à l'enseignement et à la prière. Il veut respecter toutes les croyances et ne lie personne à l'Antoinisme. On célèbre cependant baptême, mariage et enterrement, mais pas l'eucharistie (6). Les cinq premiers matins de la semaine se déroule "l'Opération" au nom du Père, pour couper les fluides qui valent l'épreuve, accompagnée de prière silencieuse et de la lecture des Dix Principes. La lecture de l'Enseignement du Père est faite tous les soirs à dix neuve heures sauf le samedi. Le dimanche dans les temples a lieu à nouveau l'Enseignement du Père et l'Opération générale (7). Imposition des mains parfois, mais en privé le plus souvent (8). Fêtes principales : le 25 juin, anniversaire de la "désincarnation du Père", le 15 août, souvenir de l'inauguration du premier temple, le 3 novembre, jour de la désincarnation de la Mère Antoine ; et les principales fêtes chrétiennes.

    DIFFUSION - Le culte antoiniste est répandu dans une quinzaine de pays, surtout en Europe et plus particulièrement en Belgique (27 temples, 100 salles de lecture) et en France (32 temples, 93 salles de lecture)(9). Les 2 500 desservants des temples (titre bénévole et gratuit) acceuillent quelques 200 000 personnes qui passent occasionnellement (les chiffres sont imprécis et contestés)(10). Un journal : L'Unitif (11). Principal temple à Paris. Siège mondial à Jemmepe-sur-Meuse. Le développement du mouvement s'est ralenti.

    (1) On voit donc ici qu'elle a été la source principale de Paul Ariès pour écrire sa description dans Les sectes à l'assaut de la santé. Voir ce qu'en dit pour ce livre. Sauf, que chez Paul Ariès, l'erreur dans le nom de Jemmepe-sur-Meuse est corrigé. Il n'a donc pas fait qu'un simple copier-coller, cependant il ne cite pas ce livre dans sa bibliographie, mais uniquement Régis Dericquebourg, Religions de guérison, et d'autres, tous critiques, sur les sectes.
    (2) Cela explique donc pourquoi Paul Ariès ne se donnera pas la peine de lire les ouvrages du Père, en se contentant d'extrapoler à partir uniquement des Dix Principes. Je me permet une question ici à Mgr Jean Vernette : peut-on dire que le Décalogue est le résumé de la Bible ?
    (3) A croire Mgr Jean Vernette, il n'y a dans l'Antoinisme que des résumés de résumés.
    (4) Je ne le savais pas moi-même. Mais quand on ne donne pas assez de matière à un auteur et qu'il faut quand même remplir une page d'un livre, on finit par chercher des détails et généraliser ce qu'une personne a pu dire pour en faire un dogme.
    (5) Là encore cette idée n'est pas générale à tous les adeptes, en tout cas en Belgique, cette idée est inconnue. Elle est déjà présente chez Paul Lesourd, en 1973. Peut-être cela vient d'une interprétation de frère Pestalozzi, dont Régis Dericquebourg nous dit que ces commentaires de la Révélation, sans être institutionnaliser, furent bien suivis ?
    (6) Ce sont des adeptes qui avait demandés à Mère ce qu'on pouvait faire pour célébrer les moments de la vie. Sa réponse avait été, pour ceux qui le souhaitent, d'essayer d'assister aux 4 Opérations dans la semaine, et de faire une pensée avec le desservant. La encore ce n'est pas institutionnalisé. Par contre on voit bien les croyances de l'auteur qui voudrait à tout pris qu'on célèbre l'eucharistie, "célébration ou le mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus". La encore si un adepte veut le faire, il peut le demander en privée à un desservant qui lui concédera cette demande.
    (7) A lire ce passage, on dirait que cela est une obligation à suivre pour tous les adeptes. Ce n'est pas le cas.
    (8) On se rend compte ici que les sources de Mgr Jean Vernette sont son confrère le Père Chéry, et son Offensive des sectes, car on y lit la même erreur. Voir ce que j'en dis également.
    (9) Je ne sais pas quelle est ici la source. D'accord pour les 27 temples (en déduisant ceux qui sont vendus (2) et ceux en attente de desservant), mais il n'y a plus de salles de lecture en Belgique depuis 1932. Pour la France, 32 temples est correct, mais le nombre des salles de lecture est largement surestimé. Régis Dericquebourg en comptait 44 en 1993.
    (10) Il n'y a pas 2 500 desservants, mais il y aurait 2 500 adeptes costumés, qui peuvent avoir a remplir un rôle dans le temple. De plus, de dire "à titre bénévole et gratuit", n'est pas à mon sens objectif : on en déduit qu'ils fournissent un travail pour lequel ils ne sont pas payer, le travail moral doit être un désintéressement. J'aurais préféré "de façon désintéressé", ce qui aurait prouvé que l'auteur avait lu la Révélation, ce qui ne doit pas être le cas. De même "imprécis et contesté" est subjectif. Le Père Chéry disait : "Évaluation numérique globale impossible, les chiffres donnés à la source semblant fantaisistes". De quelle source parlait le Père Chéry, je ne sais pas, peut-être la brochure "Aperçu sur l'antoinisme" qui dit : "il semble que l'on puisse évaluer à 150.000 le nombre des pratiquants et à plusieurs millions le nombre de sympathisants". C'est certainement fantaisiste pour des prêtres qui considère qu'il faut un baptême pour être membre d'un groupe religieux. Par pratiquant, il ne faut donc pas comprendre le nombre de costumés, mais le nombre de personnes venant régulièrement. Les sympathisants sont toutes les personnes qui ont pu être soulagées un moment donné et dire simplement du bien de l'antoinisme.
    (11) Le Journal a disparu. Il n'est plus édité depuis 1914 ! Le Père Chéry en parle comme un instrument de propagande, sans périodicité fixe (plutôt un tract), format journal. C'est ce que l'on peut acheter à Paris, rue du Pré-Saint-Gervais, pour (de mémoire) 50 centimes d'euro. Je tiens encore à corriger le nom de Jemeppe (1 m et 2 p, pas de s à la fin).

        Donc en effet, pas de jugement de valeur sur les croyances. Mais je ne dirais pas que l'information est scientifique et objective.

        Ce livre a fait l'objet de recensions :
    http://www.religiologiques.uqam.ca/recen/vern.html
        Celui-ci note : plusieurs références sont vagues et imprécises ; absence de références bibliographiques aux différentes notices ; plusieurs erreurs, allant de la simple coquille à la publication d'informations inexactes.
    et http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1995_num_92_1_1011_t1_0170_0000_6
        On y lit : Riche, informé, généralement sûr, parfois flou ou insuffisamment précis ; ne permet pas de vérifier quand on a un doute ; information vérifiée ou une rumeur, un on-dit ? ; on s'interroge sur le sens du projet.


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  • Auteur :    Paul Ariès
    Titre :        Les sectes à l'assaut de la santé, Le pluralisme thérapeutique en danger
    Paru le :     26/07/2000
    Editeur :     Golias (editions)
    Collection :     les dossiers de Golias
    Nombre de page : 123 p.

        Evoque l'antoinisme aux pages 49-50.

        Le sous-titre a son importance : le pluralisme thérapeutique en danger. En effet la thèse intéressante du livre est qu'à force de combattre les sectes, on finit pas combattre tout ce qui n'est pas la norme. Mais le problème est donc de définir la norme. Ne se laissons donc pas avoir par le poteau rose. Il fallait un titre accrocheur, il a vite été trouvée. Trop vite peut-être, car le problème de la liste du rapport Parlement revient.
        La thèse est bonne, et elle permet de faire la critique aussi de ce qui devient la norme dans la médecine actuelle : la médecine scientifique marchande et technicienne. Celle qui calcule le besoin en médicament en fonction de ce qu'ils rapporteront aux laboratoires et celle qui déshumanise le patient en le compartimentant en organe sain ou non et qui oublie d'écouter ce que le patient veut pour sa guérison. Et donc qu'il participe à cette guérison, qu'il devient "un sujet et non un objet" (p.13).
        En ça, la médecine a à apprendre de certaines "sectes". Cependant l'auteur pense qu'un patient parcellisé se trouve protégé à l'égard du praticien, et donc échappe à l'emprise du médecin et apprend a se méfier de l'extrémisme des groupes sectaires. De plus l'auteur, citant le docteur Abgrall, précise qu'il y a parfois certaines médecines qui abritent des remèdes douteux (p.9) mais il oublie de dire qu'il peut y avoir des gens de bonne foi (sans mauvais jeu de mot) faisant partie de groupes stigmatisés comme secte, et que leur réprobation a parfois, comme le disait Mgr Jean Vernette, secrétaire national de l'épiscopat français pour l'étude des sectes et nouveaux mouvements religieux, amener à considérer que cette liste « comportait de semblables qualifications abusives pour certains groupes épinglés faussement comme sectes avec toutes les conséquences désastreuses pour leurs membres et leurs activités, la liste étant largement publiée dans les médias. Or aucun n'avait été entendu. Aucun n'a pu obtenir réhabilitation ou nouveau jugement, car aucune instance ne se reconnaît qualifiée pour reprendre le dossier. La chose est grave dans un état de droit et l'on s'inquiète qu'elle risque de se renouveler par un autre biais ». (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lutte_antisectes_en_France). D'où la constitution d'associations de défense de ces mouvements religieux contestés (comme le CAP-LC ou le CICNS). Concernant Vernette, cependant, il se vente d'écrire des livres objectifs et neutre et l'on verra aussi que ce n'est pas le cas, mais on est quand même pas dans le même fiel que Paul Ariès, nous le verrons.

        L'autre thèse est que les sectes recyclent des thèses et des thèmes d'extrême-droite (p.8), profitant "du contexte de détresse et du contenu fantasmagorique qu'exprime ce culte de la 'santé parfaite'" (p.113), inaccessible du fait du "karma" et du système de la réincarnation, et donc qui provoque l'inégalité des malades en ce qui concerne la santé. Cette thèse n'est pas nouvelle puisqu'elle est reprise d'Alain Woodrow, dans Les nouvelles sectes (1977).

        Paul Ariès relativise la "pratique des listes" de sectes jugées dangereuses par l'Etat, en disant qu'elle "était sans doute nécessaire, à un moment donné, pour prendre conscience de l'ampleur d'un phénomène, mais elle est toujours suspecte d'amalgame" (p.18). Cependant il se servira de cette liste pour stigmatiser certains groupes, dont les Antoinistes.
        Et cela discrédite ainsi la thèse de départ. D'autant plus quand des erreurs grossières sont présentées pour prouver la dangerosité des sectes.

        Voyons le chapitre sur l'antoinisme pour s'en rendre compte, nous verrons qu'on est loin de "la description [...] juste et le ton modéré" dont nous parle le site vigi-sectes.org (http://www.vigi-sectes.org/biblio/nouveaux_livres.html) :
        On commence à un extrait des dix principes (c'est en général ce qui sert dès qu'on veut discréditer la Révélation de Louis Antoine) : "Tâchez de vous pénétrer que la moindre souffrance est due à votre intelligence qui veut toujours plus posséder ; elle se fait un piédestal de la clémence en voulant que tout lui soit subordonné". Sortons un extrait des Dix commandements et voyons ce que cela donne : "l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent. Et qui fais miséricorde jusqu'en mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements." (Exode  20,5-6). Ca donne envie d'être chrétien catholique !
        On lit ensuite une courte biographie de Louis Antoine et on apprend qu'il est très catholique, et qu'il fonde d'abord un groupe spirite Les Vignerons du Seigneur, puis qu'il "se sépare de l'Eglise. Il désire alors entrer en communion avec son fils, décédé à l'âge de 20 ans". Or, le fils même des Antoine avait participé à des séances spirites, et Louis Antoine devient spirite à part entière en 1889. La mort de son fils survient en 1893. Et le terme "entrer en communion" avec son fils est mal choisi. L'auteur voulait-il dire "en communication" ?
       Pour l'auteur, "il voyage en Allemagne et en Pologne". Là aussi, ce passage a lieu avant la période spirite. Le terme "voyage" est aussi particulièrement mal trouvé. Un ouvrier métallurgiste de la fin du XIXe siècle n'a pas le loisir de "voyager". Dans ces pays, il rencontre "l'occultisme et quelques Grands Initiés". Ce sont là des suppositions, on ne sait pas où Paul Ariès apprend ce moment important ignoré par Pierre Debouxhtay. Peut-être l'extrapole-t-il de Régis Dericquebourg.

        On suit la suite de la vie de Louis Antoine et la fondation du culte, ainsi que le travail de Mère. Là rien a signaler. Puis vient le moment où l'auteur décrit en quelques mots les pratiques de l'antoinisme : "ses fidèles pratiquent l'imposition des mains, récitent ses textes et chantent ses louanges. Le culte est ouvert à tous et on pratique la guérison en s'habillant de noir". Encore une fois, l'accusation d'imposition des mains qui n'a jamais été pratiqué par les guérisseurs antoinistes (ou alors en dehors de ce que demandait Mère qui avait à coeur d'institutionnaliser les textes de son mari et l'intercession des guérisseurs entre le Père et les malades par une pensée). Cependant ici on ne parlera pas du prosélytisme inexistant dans l'antoinisme, non plus de la liberté laissée aux adeptes, l'absence de quête et de dîme... bref, on ne signalera pas ce qui peut détruire le reste de la thèse du livre.
        Pour l'auteur, l'antoinisme "nie l'existence de la matière, donc de la maladie et de la mort mais aussi de Dieu et du mal". Il a donc compris à l'envers. Selon la Révélation, on subit la maladie, parce qu'on croit que l'intelligence nous fait croire en la matière. Si on oublie la matière, la maladie disparaît également, car l'Esprit divin, présent en chaque homme, ne peut souffrir étant parfait. Mais Louis Antoine était bien conscient qu'ignorer la matière n'était pas chose à la porté de tout le monde, et selon la foi du malade acceptait d'intercéder en sa faveur ou l'envoyait chez le médecin si le patient montrait qu'il avait moins de foi au prophète qu'au praticien. Ensuite on ne nie pas l'existence de Dieu, car il est dit plusieurs foi que nous sommes dieu nous-même. Mais l'auteur n'a pas pris la peine de parcourir la Révélation, c'est évident.
        Ensuite, on apprend que "la guérison est apportée lors de séances collectives où on rejette le Bien et le Mal". Là encore, voilà le processus de l'Opération bien ridiculisé et minimisé. Ce n'est pas à ce moment qu'on "rejette" le Bien et le Mal". Je dirais d'ailleurs qu'on ne le rejette pas, mais on le relativise.
        "L'antoinisme condamne la science (illusion) et la médecine, sauf à base de plantes." Là encore quelles sont les sources de Paul Ariès ? De plus l'Antoinisme ne condamne rien. Il ne va pas sur le terrain de la science, il traite l'âme. Quand l'âme sera guéri, le corps ne souffrira plus.
        "Il [l'Antoinisme] recourt également à l'imposition des mains, à l'eau bénie par le Père Antoine, etc. La guérison peut s'effectuer par correspondance grâce à du papier bénie et magnétisé." Encore l'imposition des mains. A force, je vais finir par la réclamer à mes guérisseuses qui n'ont jamais daignées me la pratiquer (gardons notre sens de l'humour, s'il vous plaît). Surtout je pense à la déception de beaucoup de malade qui se sont vue soignés "que" par une pensée ! L'eau bénie est une invention, encore une fois, où l'auteur a-t-il pu lire cela ? Ici l'auteur mélange certainement toutes les époques : l'époque où le Père invoquait les esprits pour guérir, se servait de papier magnétisé et imposait les mains. Alors que le Père abandonna après son procès cette méthode, comprenant (grâce à Léon Denis) que les passes et la matière étaient inutiles dans le processus de guérison. Dès lors, les guérisseurs antoinistes n'auront pas recours aux papiers magnétisés pour guérir. Il n'intercède encore une fois qu'entre le Père et le malade.
        Puis on apprend que parmi les 20 000 membres, une partie importante se trouve au Brésil. C'est certainement la raison pour laquelle il n'y a toujours pas de temple et qu'on y a même fermée une Salle de lecture.
        Mais selon Régis Dericquebourg, "pour ce qui est des opposants aux sectes, tant qu’on ne leur sert pas la soupe en dressant des portraits calamiteux et en faisant des analyses négatives des groupes religieux minoritaires, ils nous considèrent comme des apologistes", il est clair que Paul Ariès est un opposant ("ses travaux nourrissent largement les rapports parlementaires et ceux de la MILS qui le citent directement" lit-on sur wikipedia), et Régis Dericquebourg devient donc un apologiste (http://www.regis-dericquebourg.com/2009/12/29/tu-crois-quoi/).

        Une autre procédé de l'auteur nous étonne : l'auteur scinde les sectes guérisseuses en deux groupes : les sectes guérisseuses traditionnelles dont le but est de guérir des incurables (dont fait partie l'antoinisme) et les sectes guérisseuses modernistes qui pathologisent des biens portants (où est rangé la Science chrétienne, qui pour l'auteur n'est pas une secte : en effet, le rapport d’enquête n° 2468 de l’Assemblée nationale de 1995 l'a examiné mais non épinglé, cependant plusieurs organismes de lutte contre les sectes la perçoit comme sectaire. Pour la sociologue Anne-Cécile Bégot, la Science chrétienne est proche de la secte, pointant la « rupture avec le monde environnant (...) [et la] reconnaissance et soumission à une autorité », bien qu’elle considère qu’il faille nuancer ces éléments en France car le mouvement a dû s’accommoder de la laïcité environnante. En définitive, elle estime que le groupe tendrait « vers un type d’organisation religieuse intermédiaire entre la secte et l’Église : la dénomination ». Elle considère également que le mouvement est peu prosélyte en privilégiant « la qualité de ses recrues plutôt que la quantité » (wikipedia)). Paul Ariès, suivant le rapport, prend soin de ne pas trop flétrir la Science chrétienne, on le sent beaucoup plus neutre. Et il ne parlera pas des influences de Mary Baker (Phineas Quimby et Richard Kennedy). Même Philippe Delorme n'est pas aussi complaisant.
        Pour notre auteur, les sectes guérisseuses modernistes ne "s'adressent plus à des malades icurables ou gravement atteints, mais à des bien-portants". "Ces groupes sont modernes au sens où ils utilisent les images et normes dominantes". (p.58)
        Signalons que l'antoinisme ne sera repris nulle part ailleurs dans le corps de l'ouvrage pour le stigmatiser, sauf à dire qu'il est "épinglé par les rapports parlementaires", dont l'auteur dit lui-même le danger.
        Enfin, l'auteur souligne que le "transfert" (quand le malade s'en remet corps et âme au thérapeute dans l'espoir d'un guérison, opérant ainsi un glissement entre celui qui le soigne et lui qui guérit (ou non)) n'est pas en soi condamnable, "car il est une des conditions de l'efficacité" (p.112).

        Pour finir, la bibliographie marque le livre de Régis Dericquebourg sur les Religions de guérison comme source. Je pense que je vais devoir y jeter un oeil pour vérifier si Paul Ariès ne se serait pas servie uniquement de ce livre pour [mal] comprendre l'antoinisme. Je pense quant à moi, qu'il se serait surtout servi du livre de Mgr Jean Vernette, le Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui (1995 & 2001).


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  • Titre :        L' offensive des sectes
    Auteur :     H.-Ch. Chery.
    Séries :     Rencontres, 44
    Édition :     1954, 3e éd. revue et augmentée, 1959
    nombre de pages : 503 p. et 520 p. pour l'édition augmentée

        Cette troisième édition revue et augmentée de la désormais classique Offensive des Sectes conserve la division primitive de l'ouvrage. Cependant les pages relatives à l'implantation des sectes région par région ont été supprimées. Par contre des fiches nouvelles ont été ajoutées concernant des 'groupements dont quelques-uns ont un caractère occultiste ou syncrétiste, tout en se réclament du christianisme" (p.14). Autre addition : un document nouveau sur Georges de Montfavet, une liste des prétendus "Christs" contemporains, une note sur l'implantation du Pentecôtisme chez les Tziganes, etc. Enfin les statistiques ont été modifiées et une place à part réservée à une étude neuve et fortement documentée sur les petites Eglises catholiques non romaines.
        AU début de cette troisième édition, le Père Chéry s'interroge (p.28-34), comme il le faisait déjà dans les deux premières, sur la typologie de son sujet et donne son adhésion à la classification de Léopold von Wiese et Howard Becker dans leur Systematic Sociology. Malheureusement il n'est plus question de cette division dans le reste de l'ouvrage. Toutes les dissidences nous sont présentées comme sectes, sauf les Eglises catholiques non romaines judicieusement rapportées en appendice dans l'ouvrage actuel. En réponse à certaines critiques déjà faites contre ce procédé, l'auteur insiste sur le caractère pastoral de son travail. Il veut simplement "fournir une documentation sur les dissidences chrétiennes à propos desquelles on peut s'interroger" (p.15). Cette fin est légitime. Mais pourquoi dès lors ne pas intituler ce livre : le non conformisme ou les dissidences religieuses en France ? Il ne resterait plus qu'à classer les différenciations en question suivant une typologie. Le point de vue pastoral lui-même gagnerait à ces clarifications.
        Cette réserve ne doit pas empêcher de reconnaître les qualités de ce bon travail. Le sociologue y trouvera un abondant matériau. S'il y a des rectifications à faire, elles sont de détail. La fiche sur l'Anabaptisme contient ainsi une erreur notable : le mouvement anabaptiste militant ne sort pas de celui, essentiellement pacifique, de Grebel et de Hutter, contrairement à l'affirmation de l'auteur (p.50-51).
        Reste à parler des statistiques. On sait les divergences qui ont opposé les différents auteurs traitant de ces questions pour notre pays. Le Père Chéry a revu ses statistiques précédentes et surtout ses principes de comptabilité. S'agissant de groupements de convertis, il adopte cette fois le nombre des membres baptisés connu officiellement comme seul normatif. Il faut se réjouir de ce progrès dans la méthode. Pour les groupements dont les statistiques ne sont pas communiquées au vulgaire, nécessairement des divergences subsistent suivant les appréciations d'un chacun. Au total, c'est-à-dire en tenant compte de la demi-douzaine de groupements nouveaux étudiés dans réédition et des progrès réalisés par certaines sectes depuis 1951 date de la première enquête du Père Chéry, on arrive à 125.000 dissidents en France. Cela représente une estimation en recul de plus de 25.000 membres sur la première. On voit donc se réduire le fossé séparant les auteurs. Ainsi l'effectif des "sectes protestantes" atteint actuellement d'après le P. C. 89.000 individus au lieu des 120.000 avancés par la précédente édition. Si l'ont tient compte de l'importante augmentation survenue ces dernières années dans les rangs des Témoins de Jéhovah et des Pentecôtistes (peut-être 25.000 en tout entre 1954 et 1959), il semble que les statistiques fournies dans la présente édition puissent être acceptées comme valables. Elles représentent vraisemblablement un maximum mais qui ne semble pas indûment gonflé.
        On le voit, l'ouvrage du Père Chéry est tout recommendable. M. Desroche le qualifiait lors de sa première édition "l'un des travaux les plus intelligents sur la question" ; la mise au point actuelle mérite au moins les mêmes compliments.
    Séguy Jean, in Archives des sciences sociales des religions, Année 1960, Volume 9, pp. 176-177
    source : persee.fr


        Pour notre part, on ne voit pas qu'à critiquer la typologie, on y trouve concernant l'antoinisme beaucoup d'erreur. Concernant la typologie, d'un côté dans l'introduction on aurait envie de classer l'Antoinisme parmi les Confessions, de l'autre il se retrouvera dans le corps de l'ouvrage parmi les sectes guérisseuses (avec la Christian Science, la "Soeur Gaillard" et les Disciples de Georges "Christ"). En effet, l'auteur signale que dans l'ouvrage, il utilise "le terme "Secte" comme vocable commode et court, mais sans ignorer qu'il recouvre des réalités fort diverses".
        Pour l'auteur (reprenant le travail de Léopold von Wiese et Hovard Becker, également repris par Jean Labbens) qu'est-ce qu'une confession ? :
        "La Confession ne prétend nullement rassembler en elle tous les citoyens d'un même pays, encore moins tous les hommes. Elle accepte qu'il y ait plusieurs vois d'accès auprès de Dieu, plusieurs organes chargés d'assurer la transmission de la grâce et du salut. C'est ainsi que les confessions protestantes évitent généralement d'ouvrir entre elles des controverses, préférant polémiquer contre Rome, justement parce que celle-ci ne renonce point à ses prétentions universalistes. Mais, comme l'Eglise, - et même plus que l'Eglise - la Confession admet l'ordre établi et la culture ambiante dont elle ratifie les normes."

        Régis Dericquebourg reprend le mot de Weber "cult" comme équivalent de "confession".

        La fiche signalétique signale succinctement entre autre la doctrine : mélange de spiritisme, de théosophie, de métempsychose et de christianisme (le Christ étant réduit à un rôle de médium guérisseur), - le tout orienté vers le "soulagement de l'humanité souffrante".
        Puis il parle, dans les culte et pratique, du fait qu'on "impose les mains aux malades, en public en Belgique, en privé en France". Dans la 2e partie on comprend que l'auteur déduit cela par une erreur de jugement : pour lui, les Belges ne guérissent qu'en séance publiques, au cours d'une "Opération générale" ; les Français ne guérissent que par des opérations individuelles en rencontrant le guérisseur dans la sacristie (sic). Erreur car il n'existe pas d'imposition des mains.
        Un rite important est l'enterrement, c'est en effet, le seul rite existant, les baptêmes, communions, mariages n'étant pas "célébrés".

        La deuxième partie, les Principales sectes au travail en France, nous offre un grand chapitre : p.251 à 266.
    - Une "Opération" au Pré-Saint-Gervais
    - Qui fut "le Père Antoine" ?
    - La "doctrine" antoiniste
    - Les Antoinistes en France
        Les 5 dernières pages consacrées à la carte géographique de l'Antoinisme en France. Elles nous serons utiles pour montrer l'origine des temples.
        Cette partie commence en déclarant : "Évidemment, on froisserait singulièrement les disciples de Mme Mary Baker-Eddy si on leur disait que la Christian Science est un Antoinisme pour dames distinguées, et l'Antoinisme une Christian Science pour milieu populaire. Et pourtant."
        On suit avec le Père Chéry (truffé d'erreur d'appréciations) une Opération au temple de la rue du Pré-Saint-Gervais (voir dans le thème correspondant).
        L'auteur signale que "presque tous les Antoinistes" sont des anciens catholiques qui n'ont rien trouvé dans les Eglises qui correspondît à ses aspirations. Un frère lui disant que certains fidèles iront vraisemblablement faire brûler un cierge à l'Eglise catholique. Mais les fidèles, continu le frère, viennent de toutes les religions, catholiques, mais même mahométans, etc.
        Suivent trois chapitres prenant leur source dans le livre de Pierre Debouxhtay et surtout un tract de M. l'abbé Desmettre, "Nos quartiers", Lille, 1949 : Un chrétien devant l'Antoinisme ; et le chapitre consacré à l'Antoinisme par M. Maurice Colinon dans son livre d'ensemble Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui (Plon, 1953), pp.112-122. Signalons que Jean Séguy disait à propos d'un autre ouvrage de cet auteur, Guide de la France religieuse et mystique, où il évoque également Louis Antoine que "l'à-peu-près semble avoir présidé à la rédaction de certaines notices." L'auteur s'est aussi inspiré d'un Aperçu sur l'Antoinisme (de 1953) écrit selon l'auteur par le frère Albert Jeannin, desservant du temple du Pré-Saint-Gervais. Selon d'autres sources, le fascicule est de Yves Montreuil. 

        Entre autre erreur, on apprend que le fils des Antoine, qui travaillait comme chef de gare à Jemeppe était "anormal", qu'ensuite Louis Antoine prêchera un "nouveau spiritisme". L'auteur compare sa physionomie à Karl Marx, Jemeppe est rebaptisée Jemeppes, et que le 25 juin est devenu la Pâque des Antoinistes. Pour l'auteur, nous l'avons déjà relevé, les Belges ne guérissent qu'en séance publiques, au cours d'une "Opération générale" ; les Français ne guérissent que par des opérations individuelles en rencontrant le guérisseur dans la sacristie (sic) le tout en imposant les mains (contrairement à ce qu'affirme Paul Lesourd). La Révélation aurait été sténographiée par M. E. Deregnaucourt et Mme Desart. Le frère Florian Deregnaucourt se voit donc ici rebaptiser (un prêtre en à bien le droit dans son ministère, mais dans un ouvrage pour le public) par un E., et il prend le rôle de plus du frère Ferdinand Delcroix.
        On se demande comment ce prêtre qui prétend impossible de résumer clairement les théories de l'antoinisme, s'en tire si bien dans son chapitre sur la "doctrine" antoiniste. Hormis son parti pris péjoratif, on ne découvre qu'une erreur à propos de l'éther où le corps s'évade après plusieurs incarnations, et que l'on peut "capter les messages lancés dans l'éther par un Esprit, quand on a la même longueur d'ondes que lui. Pour l'avoir, il faut magnétiser ses organes, renoncer à son intelligence pour retrouver son instinct primitif, qui est naturellement bon et altruiste, etc.".
        L'Auréole de la Conscience, livre unique pour le Père Chéry, est un indescriptible fatras, et il conseille d'avoir du temps et du courage pour le comprendre.
        Puis il plagie Pierre Debouxhtay (on comprend pourquoi il s'en tire à si bon compte) concluant que la doctrine antoiniste est "un mélange de spiritisme, de théosophie, d'occultisme, mal assimilé, mal digéré, attribué à des "révélations" d'En-Haut [...] aboutissant à une sorte de matérialisme spiritualiste - voilà l'Antoinisme".
        On apprend dans le chapitre suivant l'organisation des Antoinistes en France qu'on s'occupait de faire des traductions en quelques langues étrangères. Peut-être cela a été abandonné, ou cela est encore en court, cependant on ne trouve nul part de traduction des oeuvres de Louis Antoine.
        Les dons anonymes (ou le travail non rémunéré des adeptes) ont permis la construction des temples, par exemple celui d'Evreux en 1948 (5.500.000), celui de Rouen en 1950 (3.900.000), celui de Bernay (un peu plus de 4 millions), etc.
        Suit la carte géographique de l'Antoinisme en France qui nous servira pour recouper les informations de 1934 de Pierre Debouxhtay.


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  •     Auteur : Paul Lesourd
        Titre : Solutions Religieuses Autres Que Les Grandes Religions Pour Les Âmes À La Recherche De Dieu
            Les religions minoritaires et les mouvements philosophico-spiritualistes.
        Editeur : Presses De La Cité - Coll. Coup d’œil, 1973 - 332 pages
        cf. https://books.google.de/books?id=PNv5DwAAQBAJ&pg

        L'Académie des sciences morales et politiques a décerné le prix du baron Stassart à M. Paul Lesourd pour son ouvrage Solutions religieuses autres que les grandes religions pour les âmes à la recherche de Dieu.
    Prix académiques et littéraires, Bibliothèque de l'école des chartes, 1973, Volume 131, pp. 705-706
    source : persee.fr

        Le prix Stassart, que décerne l'Académie des sciences morales et politiques, a été fondé par un écrivain belge, Goswin baron de Stassart, mort en 1854, de son vivant membre correspondant de cette Académie. Par son testament, en date du 19 mai 1854, il a légué une rente de 500 francs pour faire l'objet d'un prix à décerner tous les six ans par l'Académie (section de morale), alternativement au meilleur éloge d'un moraliste désigné par l'Académie, ou au meilleur mémoire sur une question de morale. L'Académie a plusieurs fois proposé pour ce prix des sujets relatifs à la pédagogie, notamment une étude sur Channing (concours de 1871), et la question des devoirs et des droits de l'Etat et de la famille en matière d'enseignement et d'éducation (concours de 1882).
    source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3670
    http://www.hiram.be/Goswin,-baron-de-Stassart-1780-1854_a1550.html

    4e de couverture :
        Innombrables sont ce qu'on appelle "les petites religions" que le professeur Lesourd préfère nommer les Religions minoritaires. Mais généralement, si on connaît leur nom ou leur réputation, on ignore tout de leur doctrine, de leur théologie, de leurs rites.
        Le présent livre donne, pour les principales, tous les détails tous les renseignements historiques et liturgiques. Il montre leur importance en rappelant les grands traits de leur histoire, de la vie de leurs fondateurs et de leur évolution. Il indique comment ces religions minoritaires bénéficient ou tentent de bénéficier de la crise que traversent l'Eglise catholique et certaines branches de l'Eglise protestante. De plus, par l'exposé qu'il fait des doctrines de ces religions, il ouvre pour les âmes inquiètes ou désorientées, une fenêtre vers l'au-delà à travers des croyances ou des rites qui leur apporteront le calme, la sérénité et peut-être la foi qu'elles étaient en train de perdre.

        Le professeur Lesourd traîte ces religions minoritires très objectivement, sans parti pris, sans porter de jugeent de valeur, sans discuter leur théologie. C'est une oeuvre d'historien, d'archiviste. Il a joint à ces religions minoritaires quelques-uns des mouvements philocophico-spiritualistes qui ne sont pas des religions proprement dites mais qui parfois en tiennent lieu. Tout cela forme un ensemble de grande valeur historique et psychologique.


        Chapitre III - Les Antoinistes (p.79-88)
        Une page d'illustration représentant le Père, la Mère et l'Arbre de la Science de la Vue du Mal.
        Introduction présentant le Père, et signalant que les dix principes (cités in extenso) sont "la base de ce culte".
        L'auteur est renseigné et cite souvent les Tomes ou les propos des adeptes : "la fortune n'est qu'un dépôt qui nous est confié et dont nous devons rendre compte à notre entrée dans le monde des âmes. Si on nous retire la lutte matérielle, c'est pour nous permettre d'élever notre âme et de servir Dieu".

    Extraits :     
        L'auteur précise que "le culte n'établit aucun diagnostic, ne conseille ni ne déconseille un médicament ni une opération chirurgicale, ne fait ni passe, ni imposition des mains, ni prédiction d'avenir".
        Par rapport aux autres mouvements religieux, le Culte Antoiniste se borne à faire son travail spirituel pour l'humanité souffrante. Il s'efforce de répandre, dans ses temples et salles de lecture, l'amour et la loi morale pour celui qui veut les connaître. Il ne voit en tous les hommes que des frères, en toutes les religions que des individualités travaillant à un idéal commun.
        L'opération est plus importante qu'une bénédiction car "par la bonne préparation de cette prière en commun faite au nom du Père, on coupe les fluides contraires qui valent l'épreuve à ceux qui viennent demander assistance, on les opères de ces fluides. L'opération s'étend sur l'humanité entière. Celui dont la foi est encore incertaine trouve au cabinet de consultation, l'aide spirituelle pour se relier au Père et les conseils nécessaires pour sortir de ses épreuves. Aucun constat médical n'est établi. Chacun se rend compte par lui-même de ce qu'il a obtenu..."
        Le culte est légalement une religion à l'égal de toutes les autres, dont il a les caractéristiques extérieurs essentiels, ses livres sacrés contenant la Révélation du Père, ses temples, ses ministres, son emblème religieux, ses exercices rituels ; ceux-ci sont réduits au minimum, car le Culte étant tout intérieur ne s'harmonise qu'avec la plus grande simplicité de forme. C'est dans le recueillement et le silence que naissent et se développent les plus nobles aspirations de la pensée.
        L'Antoinisme est le pacificateur des esprits, puisqu'il travaille à se dégager de tout ce qui divise les êtres. Nous ne sommes divisés que par l'intérêt, dit le Père. Le culte est étranger à toute préoccupation politique et dénué de toute ambition d'aucune sorte ; il supprime toute distinction honorifique dans son sein (il n'y a que des frères et des soeurs et un desservant dans chaque temple) ; il écarte toute idée de salaire quelconque pour les adeptes, refuse tout testament s'il y a de la famille, toute forme de subside ou de cotisation, il n'accepte que des dons anonymes.
        "Le Père était un prophète. Il s'est tourné vers Dieu pour puiser en Lui la Révélation de notre temps.
        "La mission de la Mère fut de mettre le travail moral à la portée de ces forces humaines. Elle mit le culte au point pour permettre aux enfants du Père de se rapprocher de Lui. Elle s'est tournée vers les masses pour les amener à la pratique de la parole de Dieu et au travail moral.
        "Père et Mère sont les fondateurs du Culte Antoiniste. Ils constituent l'unité. Nous n'étions pas trop de deux, disait la Mère, pour soulever la grosse pierre."
        L'auteur fini par dire que le nombre d'adeptes du Culte Antoiniste est impossible à déterminer étant donné la liberté complète laissée par le culte à chacun, vis-à-vis de la pratique religieuse. Néanmoins on estime à 150 000 le nombre des pratiquants et à plusieurs millions le nombre des sympathisants. Le principal centre à Paris est : 49, rue du Pré-Saint-Gervais, Paris (XIXe).


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  • Auteur      Eaubonne, Françoise d’ (1920-2005)
    Titre         Dossier S comme sectes [Texte imprimé]  / Françoise d’Eaubonne
    Publication     Paris : A. Moreau, 1982
    Description mat.     313 p. ; 22 cm
    Collection     Collection Confrontations
    ISBN         2-85209-002-3 (Br.)  : 79 F
    Note générale     Bibliogr. p. 307-308
        La couv. porte en plus : "voyage chez les marchands d’absolu et d’alternatives, gourous et gouroufiés"
    Mat-Collectivité
        Association internationale pour la conscience de Krishna
        Association pour l’unification du christianisme mondial
        Mission de la Lumière divine
    Mat-Nom commun     Sectes -- 20e siècle
            Antoinisme
            Ecoovie (Mouvement)
            Enfants de Dieu (Mouvement)
            Longo Maï (Mouvement)
            Pentecôtistes
            Rose-croix
            Scientologie
            Sectes
            Témoins de Jéhovah
            Trois Saints Coeurs (Mouvement)

    source : opac.prov-liege.be

        L'auteure semble honnête et elle l'est dans la plupart des cas. Chose rare, elle alla même enquêter sur le terrain pour diverses sectes, comme les Témoins de Jéhovah.
        Cependant elle tombe, pour l'antoinisme, dans le même travers que beaucoup d'autres qui se contente de promesse sur la 4e de couverture. Ainsi, on ne sait pas quelles sont ses sources pour la secte belge, mais les erreurs sont légions.

        4e de couverture : Après le lointain massacre de la Guyana, la cascade de procès intentés à l'Eglise de Scientologie, les scandales Moon, la mort du fils de l'écrivain Roger Ikor, le public s'est passionné et inquiété.
        Le phénomène "secte", en passe de devenir un véritable fléau social, nécessite d'autant plus une enquête approfondie que beaucoup de celles-ci ne disent pas leur nom et se cachent derrière l'apparence de communautés et de coopératives, profitant du légitime besoin d'"alternative" des jeunes pour les mystifier et les exploiter. Quand Dieu ne fait plus recette, on recourt à la vie associative et à l'écologie.
        Que ce soit la prostitution institutionnalisée des "Enfants de Dieu", la mystique de pacotille des "Hare Krishna" au prétendu orientalisme, les captations d'énormes capitaux par Moon, le néo-nazisme de la "Nouvelle Acropole" ou les électromères science-fiction des Scientologues, que ce soit la famine et la danse à la plaine lune d'Ecoovie, l'exploitation sexuelle des femmes et du travail des fugitives du Nicaragua par telle secte "guyanesque" de Provence, chacun de ses groupes est ici étudié dans son histoire, son idéologie, ses avatars, sa finance et souvent ses morts suspectes. Religieux ou non, il range sous le joug les plus divers de la grande déception gauchiste.
        Françoise d'Eaubonne fait preuve dans ce compte rendu des qualités d'analyse et de dénonciation, d'humour et d'érudition qu'on lui connaît depuis "Le féminisme, histoire et actualité" aux mêmes éditions.

        Citations générales (p.162) : Mystifiés par des gourous : voilà leur trait commun. Mais la définition est plus importante que le nom. Continuons donc à placer sous celui, désuet à notre sens, de "secte" ces groupuscules qui se caractérisent par une vie communautaire fermé, rompant les ponts entre l'adepte et tout son passé, prétendant plus ou moins à l'autarcie et se signalant par le fanatisme commun pour une idée centrale, de moins en moins religieuse - en générale un aspiration "à la mode", écologique, alternative, voire parapsychologique, néo-fasciste, ou néo-révolutionnaire émise par un gourou (qui ne dit pas son nom) et régenté par une chefferie (groupée autour de lui et, en général, s'enrichissant du travail et des dons communs.)
        Cette définition a l'avantage de réunir tous les traits qui prédisposent un groupe à devenir mystificateur, dangereux et antisocial. Cependant, nous verrons par la suite que des sectes authentiques n'y correspondent pas dans la mesure où elles se contentent de diffuser un "enseignement" (infaillblement : une idéologie, religieuse ou non, à dormir debout) sans exiger une vie communautaire rompant les liens avec l'extérieur. Ce sont, en général, les plus vieilles sectes, et les moins néfastes car moins susceptibles d'attenter à la liberté individuelle.
        L'auteure précise sa pensée à la page 243 : Les sectes déjà anciennes comme les Antoinistes, les Rose-Croix, etc., ne montrent pas ce type d'avidité. Peut-être parce qu'elles sont en perte de vitesse ?
        Remarque injustifiée car se sentant en perte de vitesse, une vraie secte, comme l'explique Jean-Yves Roy dans Le Syndrome du Berger, s'enferme dans sa croyance de détenir la vérité et va jusqu'au bout de ses moyens, même si c'est la mort qui garantira la solution et de sauver la face.

        A la page 201, l'auteure se demande si le régime giscardien était-il si favorable aux sectes, et pour quelles raisons ? En retour, on se demander si le rapport n'était pas une réponde expéditive au laxisme des gouvernements précédents ? En effet, le rapport ne sort qu'après le double mandant de Mitterand alors qu'un rapport avait déjà été réalisé sur cette question en 1983 par Alain Vivien (qui commence son travail en 1978, donc sous Giscard d'Estaing, travail qui sera interrompu par la dissolution de l’Assemblée Nationale de 1981), à la demande du premier ministre Mauroy durant lequel la France voit l'abolition de la peine de mort, l'autorisation des radios locales privées, la loi d'amnistie, qui inclut les délits homosexuels, la régularisation des immigrés sans papiers qui exercent un travail et peuvent le prouver, la création de l'impôt sur les grandes fortunes, la loi-cadre Defferre sur la décentralisation, le passage de la majorité sexuelle à 15 ans pour tous, homos et hétéros, le durcissement du contrôle des changes, la loi Roudy sur l'égalité salariale entre hommes et femmes dans les entreprises...
        Alain Vivien reviendra plus tard semble-t-il sur l'idée de légiférer contre les sectes comme en témoigne cet extrait d’interview publiée dans le Figaro le 29 avril 1992 : « Il ne faut pas créer de législation particulière au risque de faire apparaître les sectes pour des martyrs. L'arsenal dont nous disposons est tout à fait suffisant, il suffit de l'appliquer ! ». (source : wikipedia).

        Françoise d'Eaubonne donne, elle, comme moyen d'action contre les sectes, un peu les mêmes que Alain Woodrow à savoir :
    - application des lois existantes (p.282);
    - information (j'ajouterai information des faits avérés allant contre les lois existantes)(p.278), sinon "après avoir voulu protéger l'individu contre les sectes, il serait déplorable de livrer toute association d'individus marginalisés à l'Etat" (p.282)(c'est ce que font actuellement les rapports ministériels);
    - un changement de société proposant une alternative, notamment de la société d'abondance actuelle (pp.283 & 272).
        Bref, on voit que le gouvernement de droite de Chirac n'a pas suivi l'avis de la journaliste, et ne s'est pas donner la peine de consulter des chercheurs sur la question, mais se basent sur des informations fournies par les Renseignements généraux et par des associations spécialisées, telles l'UNADFI. Le premier rapport officiel datant de 1995 a établi une liste de sectes, désormais considérée comme caduque par le rapport de 2003, nous renseigne Wikipedia (cf. http://www.prevensectes.com/mivi3.pdf). Ce dernier parle des dérives sectaires concernant les atteintes à la santé, en remontant aux années précédentes, mais on n'y lit aucune condamnation contre l'antoinisme.
        Le problème est en fait que le rapport avec la liste reste diffusé sur internet. Et on ne lit plus rien dans les précédents et suivants rapports sur l'antoinisme, même par une atténuation du rapport caduque, comme pour les Témoins de Jéhovah, qui refusent la transfusion sanguine, mais dont il est dit qu'ils restent un mouvement qui " ne peut être assimilé à une secte absolue, mais dont certains aspects du comportement sont inacceptables dans la mesure où ils remettent en cause des droits fondamentaux de la personne humaine " (source : http://www.prevensectes.com/rev0202.htm#21a) ou la Science Chrétienne, qui pour la sociologue Anne-Cécile Bégot, est proche de la secte, pointant la « rupture avec le monde environnant (...) [et la] reconnaissance et soumission à une autorité », bien qu'elle considère qu’il faille nuancer ces éléments en France car le mouvement a dû s'accommoder de la laïcité environnante. En définitive, elle estime que le groupe tendrait « vers un type d'organisation religieuse intermédiaire entre la secte et l'Église : la dénomination ». Elle considère également que le mouvement est peu prosélyte en privilégiant « la qualité de ses recrues plutôt que la quantité ». (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Science_chr%C3%A9tienne#Point_de_vue_sociologique)
       Il n'y a que le rapport belge qui dénonce : "L'établissement d'un répertoire des mouvements sectaires (cf. le rapport de la commission d’enquête française) lui [M.Nefontaine] paraît dangereux, parce que cela donnerait également une mauvaise image d’organisations tout à fait honorables (par exemple l’Ecole de la Rose-Croix d’or, l’antoinisme, les Hommes d’affaires du plein évangile)" (source : http://www.ciaosn.be/49K0313007.pdf).

        Maintenant voyons le chapitre que consacre l'auteure au mouvement religieux qui nous intéresse. Il fait partie de la Deuxième partie, sur les Petites déviations ou les Bourgeonnements du délire, avec les Pentecôtistes, les Trois Sains Coeurs (ou Les adeptes de Jason), la Mission de la lumière divine, les Rose-Croix (ou L'ésotérisme séculaire) et les Témoins de Lucifer (ou L'humour noir ?).
        Le chapitre 5 sur l'antoinisme ou la foi du guérisseur comporte pas plus de 3 pages (pp.149-151), et on s'étonne de trouver autant d'erreurs en si peu de pages. Nous consacrerons donc une petite note pour chaque phrase qui appelle un commentaire.

        Trois adresses à Paris ; vingt-cinq en provinces ; trente-deux en Belgique ; n'est-ce pas beaucoup pour une secte de vingt mille membres ? (1)
        Le fondateur, né en 1846, est un pauvre mineur, puis ouvrier métallurgiste qui n'a de remarquable, outre sa beauté physique, qu'un extraordinaire piété. Comme il est de culte catholique, ses parents pensent l'envoyer au séminaire. Mais il préfère se marier (2) ; il épouse Jeanne-Catherine Collon après avoir voyagé en Allemagne et en Pologne où il a peut-être rencontré des initiés. Le spiritisme le passionne après la quarantaine ; il sera l'auteur d'un greffon étrange du spiritisme sur le catholicisme, et fondera ainsi "Le Nouveau Spiritisme" en 1906 (3).
        Sa réputation de guérisseur s'étend si rapidement qu'on fait bientôt de lui "l'égal d'Adam, de Moïse et de Jésus". Il est le Père, et son épouse la Mère. Il mourra en 1912, et Jeanne-Catherine huit ans plus tard (4).
        Une célèbre photo du culte antoiniste le représente, majestueux, impressionnant. Déjà âgé, il rayonne, barbe fleuve et cheveux torrentiels. Leur blancheur contraste avec le noir profond du regard. Le nez est droit comme une colonne grecque. Il élève la main d'un geste emphatique. "Le Régénérateur de l'Humanité" sait tirer parti de son apparence (5).
        Ses fidèles le fêteront le 25 juin, et sa femme aura le 3 novembre. On récite des prières et on chante en leur honneur dans tous les temples antoinistes français et belges (6).
        L'enseignement de cet apôtre de l'imposition des mains (7) est surtout contenu dans une dizaine de petits poèmes libres qui s'intitulent "principes". Ses disciples les diffusent ; ils tiennent des réunions et des conférences auxquelles tous sont conviés par prospectus (8) car le culte est ouvert à tout venant. Là on recommence à prier et on tente de guérir, les mains posées sur le mal. Les guérisseurs sont vêtus de noir (9).
        Les "principes" montrent une tolérance fort estimable ; on ne doit pas prêcher, on doit respecter toutes les croyances, et aussi l'incroyance ; faire la charité n'est jamais que la faire à soi-même ; toute souffrance est due au besoin de posséder ; imposer le respect aux autres est agir selon l'intelligence, mais contre la conscience. Âme profondément charitable, Antoine niait l'existence du mal ; il avait une conception "fluidique" du monde et du fonctionnement de notre mental qui correspondait à cette époque spiritiste où tout l'inconnu était placé sous le nom fourre-tout de "fluide". Et c'est bien un fluide lumineux qui semble émaner de lui, sur la photo du culte antoiniste.
        Sans entrer dans les détails, Didier Deplaige, producteur à Antenne 2 et J.-M. Leduc, journaliste et musicien, qui respectent cet insolite mystique, affirment qu'aujourd'hui "autour des Antoinistes gravitent d'autres groupes certes moins recommandables". On peut en effet supposer qu'une secte si fort axée sur la guérison en dehors de la médecine peut s'ouvrir à toutes sortes de charlatans qui abusent de la crédulité et vivent de la pathologie des naïfs (10).
        Tel est en effet l'écueil réservé à tout ce qui, sous forme de secte, voit le jour ; y compris à celles animées des meilleures intentions. Alors que les Partis et les Eglises ont donné l'exemple d'une telle détérioration de la foi ou de l'idéologie qui leur a donné naissance, en dépit d'un si grand nombre de personnes à surveiller leur évolution et à leur rafraîchir la mémoire, comment voudrait-on que des minorités fragiles et circonscrites par un milieu global indifférent ou hostile puissent maintenir, au-delà de leurs premiers fondateurs, l'excellence de leurs objectifs ? (11)
        De nombreux exemples peuvent être produits à l'appui de cette remarque. L'antoinisme ne fait pas exception. Après l'apostolat d'un illettré qui semble avoir montré toute sa vie une vertu naïve mais solide et sincère, ce serait "miraculeux" (12) si ceux qui se réclament du "nouveau spiritisme" avaient été capables de se montrer aussi honnêtes qui lui, aussi dévoués à "régénérer l'humanité", surtout dans un domaine où abondent les marchands d'élixir et d'orviétan de toute sorte.


    (1) C'est d'autant beaucoup de temples quand on en compte plus qu'il n'y en a : en Belgique il n'y a jamais eu plus de 31 temples. Par contre, en 1982, il y avait 28 temples en France. On ne sait pas quelle est la source de l'auteur pour donner le chiffre de 20.000 membres.
    (2) C'est la première fois que je lis cette histoire de séminaire. En tout les cas, il a 27 ans, c'est déjà un homme quand il se mari, et n'a donc pas à demander l'autorisation de ses parents pour cela. Il se mari d'autant plus que Catherine Collon est alors enceinte.
    (3) En 1906, c'est le Nouveau Spiritualisme qu'il fonde, et non le Nouveau Spiritisme. Il s'en était séparé officiellement en 1905.
    (4) Ce n'est pas 8 ans, mais bien 28 ans plus tard.
    (5) L'auteure insiste sur la beauté de Louis Antoine. C'est une femme. Jules Bois, cependant (certes c'est un homme) en fera un autre portrait : "C'est un microcéphale, les cheveux coupés très ras, une barbe de l'avant-veille, et je ne sais quelle teinte grisâtre sur tout sa personne, provenant sans doute de l'âge, qui a décoloré ses cheveux et ses regards, de cette fumée aussi qui remplit tout Jemeppe, habille les êtres et les choses. Il parle avec une certaine difficulté, soit que le français ne lui serve pas de langage habituel, soit que sa nervosité, toujours en éveil, donne un tremblement à ses paroles."
    (6) On ne récite pas de prières et on ne chante pas dans les temples antoinistes où le silence est de rigueur, sauf pour le lecteur. L'auteure n'a donc pas pris la peine d'aller dans un temple pour vérifier ses sources, alors qu'elle le fit pour d'autres sectes bien plus dangereuses.
    (7) Louis Antoine n'imposera plus les mains à partir de 1901.
    (8) Je n'ai jamais eu connaissance de prospectus. Mais admettons.
    (9) Il n'est pas nécessaire de prier, mais on peut le faire. Ensuite on ne tente pas de guérir dans les salles de lectures, mais uniquement dans les temples où les adeptes assistent à l'Opération Générale pour obtenir selon sa foi. De plus, on ne pose pas les mains sur le mal, ni dans les temples ni dans les cabinets de consultation, ni dans les salles de lecture. Pour finir, il faut porter le costume pour être guérisseur, mais ce n'est pas parce qu'on est guérisseur qu'on porte le costume. C'est donc par un flot d'erreur que l'auteur fini son plaidoyer contre le culte pour ensuite pendre presque la défense de Louis Antoine.
    (10) C'est encore cependant mal connaître le fonctionnement du mouvement : tous dons revient au centre, Paris pour la France, Jemeppe pour la Belgique. Un charlatan ne pourrait donc pas vivre de la pathologie des naïfs, car il ne peut rien en garder pour lui. De plus, en cas de manquement au pratique du culte (qui ne va pas sur le terrain de la science, rappelons-le), l'exclusion est possible.
    (11) Je trouve justement que l'Antoinisme a très bien réussi à se maintenant dans la même foi, le même amour et le même désintéressement. Même si bien sûr, il n'est pas exclu que certains adeptes aient agi contre la loi. Comme le dit le Père, les lois humaines sont alors là pour servir pour punir le contrevenant, mais pas pour autant tout le groupe.
    (12) Pour les adeptes du "nouveau spiritisme", je ne sais pas, mais pour les adeptes du "nouveau spiritualisme", je témoigne encore une fois, de leur bonne foi. C'est d'ailleur la raison pour laquelle le groupe ne va pas sur le terrain de la science, et laisse le libre-arbitre à chacun de se soigner selon leur foi, en ayant recourt au médecin, au culte, ou au deux. Signalons d'ailleurs que pour l'antoinisme, il n'y a pas de miracle, il n'y a que la foi et la conscience qui compte.


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  • Auteur      Mat-Hasquin, Michèle
    Titre         Les sectes contemporaines
    Édition     2e éd. rev. et augm
    Publication     Bruxelles : Ed. de l'Université de Bruxelles, 1983
    Description mat.     119 p. ; 24 cm
    Collection     Laïcité. Série "Documents" ; 1
    ISBN         2-8004-0806-5
    Note générale     Bibliogr. p. 114-115. Indexographique
        Index
    Mat-Collectivité     Association pour l'unification du christianisme mondial
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            Sectes -- Belgique -- 20e siècle
            Sectes -- Occident -- 20e siècle

    source : opac.prov-liege.be

        Il s'agit ici d'une thèse, et non d'un ouvrage à sensation d'un journaliste (même si on doit avouer sur les ouvrages d'Alain Woodrow et Françoise d'Eaubonne n'étaient pas si mauvais). Cet ouvrage sur les sectes est édité par les Editions de l'Université de Bruxelles, et fait partie de la collection Laïcité, éditée par le Centre d'Action Laïque qui comprend quatre séries : Recherches, Pédagogie, Documents, Manuels de morale. L'ouvrage est dans la série Documents.
        Nous voilà donc endin devant un ouvrage général sur les sectes (et évoquant l'antoinisme) qui ne soient pas un brûlot anti-secte, mais une étude du phénomène qui prend soin de comparer aussi ces mouvements religieux avec les Eglises établies.
        "Ni historique, ni catalogue exhaustif, cette étude tentera de mettre en évidence des structures dogmatiques et des mécanismes institutionnels, des fonctions et des formes essentielles du phénomène sectaire à partir d'exemples choisis parmi les groupes actifs aujourd'hui en Belgique et en France" (p.15). On peut dit que c'est un pari réussi.
        On comprend donc finalement que l'auteure n'a pas grand chose à dire à propos de l'antoinisme. Relevons les occurences :
    - "Lieu commun dans l'histoire des religions, l'origine divine du message est souvent attesté dans le corpus doctrinal des sectes. Le nouvel Evangile de la secte des Trois Saints Coeurs rassemble les messages dactylographiés par le pape Jean, alias Roger Melchior, sous la dictée de Dieu le Père. Louis Antoine, prophète de l'Antoinisme, et Ellen White, qui a organisé le mouvement des Adventistes du Septième Jour, bénéficièrent de révélations divines" (p.22).
    - "Même discrédit jeté sur la matière dans les textes doctrinaux de l'Antoinisme, assez diffus eux aussi mais tout aussi catégoriques que les écrits de la Christian Science. "La matière n'est que de l'imagination de l'esprit, lit-on dans le Développement de l'Enseignement du Père (s.l.n.d., p.109), l'obstacle qu'on doit surmonter pour arriver au vrai bonheur". Le mal, la souffrance, la mort n'ont donc pas d'existence réelle. Ils sont l'effet de notre appréciation des choses, de l'incompatibilité radicale entre la conscience et l'intelligence qui ne nous rend compte que des effets, sans nous éclairer en rien sur les causes, puisqu'elle perçoit par l'intermédiaire de la matière. Quand aux plaies du corps, "vêtement de l'âme", elles sont toujours la cause des plaies de l'âme, de ses imperfections (voir infra, pp.99-100)" (p.31-32). [les pages 99-100 citent quatre des Dix principes (le 6e, le 7e, 8e, et le 10e) et un extrait du Développement, pp.364-367].
    - "De la canonisation à la divinisation, il n'y a qu'un pas et les marques de respect dont les dévots entourent la personne du leader charismatique ou son souvenir montrent qu'il est souvent franchi. Les Antoinistes et les Amis de l'Homme vénèrent avec dévotion la mémoire de leurs prophètes, Louis Antoine, le "Père", et Lydie Sartre, la "chère maman". Dans le temple de Boston, un sanctuaire, éclairé par l'étoile de Bethléem, est réservé à Mary Baker-Eddy." (p.75).

        Comme nous le disions, l'auteure inclue une critique de phénomène sectaire dans les Eglises établies. On peut lire notamment : "Il procède, comme le remarquait Jacques Ellul à propos de Harvey Cox, un des théologiens de la sécularisation, de cette assimilation entre christianisme et religion que nous avons évoqué, de la 'certitude implicite que le christianisme étant la meilleure religion, tout renouveau religieux doit forcément aboutir à un renouveau chrétien', qu''il vaut mieux un homme religieux qu'irreligieux : sa demande religieuse prépare à la foi au Christ'." (p.73). C'est un phénomène sectaire que ne connaît pas l'antoinisme qui demande de "[respecter] toute croyance & celui qui n'en a pas". La conclusion de l'ouvrage abouti à ce constat : "Légalement, la ligne de démarcation est difficile à tracer entre conversion et lavage de cerveau". Et comprenant qu'il n'est pas aisé à l'homme "d'assumer sa difficile condition dans cette société-ci", Michèle Mat-Hasquin en arrive à la conclusion que "ce n'est point par perversion que l'homme s'est fabriqué de nouveau cette gangue mythique et cette topographie sacrée. Ce n'est point par stupidité mais par l'impossibilité de vivre dans cette tension, dans ces affrontements." Et si l'on veut que cette 'gangue mythique' disparaissent, il faut, citant Jacques Ellul que "l'on apporte une réponse qui soit satisfaisante et qui en même temps éclaire. Réponse et raison de vivre qui doivent être conjugués. (p.94-95). Cela était vu et étudié par Jean-Yves Roy dans le Syndrôme du berger.

        Donc comme je le disais, l'auteure n'a pas grand chose à dire ou à critiquer à propos de l'antoinisme : le terme apparaît ) propos de l'origine divine de la Révélation (ce qui vaut pour la plupart des religions), sur les textes diffus condamnant la matière (ce qui est un point de la doctrine qui est "à prendre ou a laisser", comme le caractère divin de Jésus, Dieu s'étant fait chair ou le caractère tout aussi diffus de la Trinité), et enfin la vénération ou dévotions des adeptes envers le Père (encore une fois ce qui vaut pour le christianisme et Jésus ou l'islam et Mahomet, et le bouddhisme et Bouddha, etc., etc., etc.).

        Cependant quelque chose me gène quand même dans cette étude. On dirait que l'auteure semble prendre comme un fait établi que l'Antoinisme est une secte. En effet, les Textes en fin cite la Révélation comme des textes de l'A.U.C.M., des Enfants de Dieu, de la Mission de la lumière divine, ou des Trois Saints Coeurs. Mais pas d'extraits là de la Bible (même si on en trouve dans le corps de l'ouvrage). Le but de l'auteure, comme le prouve sa conclusion, est de comparer les Eglises établies avec les sectes. Et l'antoinisme, pour l'auteure, fait partie des sectes. Mais on ne sait pas quel moyen l'auteure est arrivé à cette conclusion, hormis le fait de suivre l'avis de H.-Ch. Chéry ou Maurice Colinon dont les compétences en ce domaine ne sont pas des plus fondées. 

        L'auteure semble donc de parti-pris, et l'antoinisme se retrouve étudié à côté de mouvements religieux dont le caractère sectaire ne fait aucun doute. C'est donc de la diffamation. On lit en effet l'expression "les textes doctrinaux de l'Antoinisme", l'expression mal choisie, car connaissant l'antoinisme, on sait que le Père dit qu'il faut en comprendre en en appliquer ce qu'on veut selon son degré de compréhension. Ensuite, parlant de la contestation de la doctrine (p.76) comme étant interdite dans la secte ou l'Eglise, on sait que le cas ne se présente pas dans l'antoinisme, puisque des temples suivent le travail moral de Mère, alors que d'autres l'on contestés et ont décidés de retirer les photos. Finalement, l'auteure ne critique même pas le fait que l'antoinisme pratique la guérison spirituelle, car elle n'a aucun procès sur lequel s'appuyer pour le condamner.
        On peut donc finalement se demander pourquoi l'antoinisme figure dans cette étude, hormis le fait qu'il soit, par parti-pris, considérer comme une secte, sans en avoir les traits caractéristiques. Et il est dommage que cela n'ait pas été spécifié, car c'est ce qu'on aurait pu attendre de ce genre d'ouvrage.


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  • Titre        Guide de la France religieuse et mystique
    Auteur        Maurice Colinon
    Éditeur        Tchou (Centurion), 1969
    Longueur    769 pages

        Evoque l'antoinisme brièvement.

        L'ouvrage pose, d'abord, un certain nombre de problèmes quant à sa description bibliographique. La couverture proclame les éditions du Centurion comme éditeur. A l'intérieur, au dos du faux-titre, la maison Tchou est associée au Centurion. De plus, on nous indique, ici encore, que "ce guide a été réalisé à l'initiative de François Caradec". Qu'est-ce qui distingue un auteur d'un initiateur ? Surtout lorsque l'auteur de la couverture confesse, toujours au dos du faux-titre : "qu'il tient à exprimer sa particulière gratitude à M. l'abbé Paulet, ... qui a bien voulu mettre à sa disposition une irremplaçable documentation, sans laquelle ce livre n'eût pas été possible"? Quelle a donc été la part de M. Colinon ?
        L'ouvrage prend un partie générale et un dictionnaire alphabétique des lieux retenus comme particulièrement intéressants et significatifs. Les pèlerinages reçoivent la part du lion. Leurs légendes sont rapportées abondamment, avec une note bibliographique de ci de là. On a du mal à formuler un jugement sur un ouvrage de cette taille, tant il y faudrait de compétences diverses. Pour nous en tenir à ce que nous connaissons, signalons l'importance donnée aux sectes, confessions et religions non-catholiques ou non-chrétiennes. Mais l'à-peu-près semble avoir présidé à la rédaction de certaines notices. Ainsi celle sur les baptistes (p.82-83), où l'on relève au moins quatre erreurs, dont l'une statistique : il n'y a pas - et de loin - 20.000 baptistes en France ! Les dix-sept lignes consacrées aux mennonites (p.89) contiennent dix erreurs ou approximations, dont l'une statistique : il n'y a pas 10.000 mennonites en France, mais quelques 2.000 baptisés (Arch., 29, n°243) représentant une population ethnique d'au plus 5.000 personnes. Les pentecôtistes, par contre, sont probablement beaucoup plus de 10.000, en dépit de l'affirmation les concernant ici (p.94). On nous assure (p.95) que les quakers ont "supprimé... le culte" ; ce qui contredit ce qui affirmé plus bas concernant leurs réunions.
        On a des surprises du même genre dans la partie alphabétique. Ainsi à l'article Cahors (p.218-220), où Jean XXII, présenté en parallèle avec Jean XXIII, semble n'exister que par ce dernier ("Jean Vingt-Trois-Moins-Un, pape" !). On oublie de nous dire que ce pape du XIVe siècle entretenait des opinions peu orthodoxes sur la vision béatifique. De même on nous signale d'Alain de Solminihac que son "heureuse influence a été comparée à celle de saint Charles Borromée". Sans doute veut-on par là suggérer que le premier avait fait du second son modèle. Enfin on n'a quasi rien dit sur Cahors "religieux et mystique" lorsqu'on a évoqué Jean XXII, Solminihac et une liste d'évêques des premiers siècles sur lesquels on ne sait pas grand-chose. Carcassonne, il est vrai, se trouve encore plus mal traîté, puisque de cette ville même il n'est pratiquement pas question dans l'article sub verbo (p.224). Sans parler du caractère anecdotique pouvant être sujet à caution, comme dans l'article Montbéliard (p.459) où l'on détecte "une colonie mennonite, la plus importante d'Europe occidentale". C'est beaucoup dire pour une Assemblée de 300 membres au maximum. Amsterdam en compte beaucoup plus ! L'A. aurait dû s'en douter, qui fait venir de Hollande les mennonites français, en réalité bernois d'origine. De même aurait-on pu s'éviter de contredire ici ce qui est dit p.89 au sujet des ministères dans les communautés mennonites, sans jamais, d'ailleurs, être exact !
        Dernière caractéristique : l'ouvrage est écrit d'un point de vue catholique. Ceci nous vaut une carte des "apparitions de la Vierge en France" (p.32), qui pourrait être intéressante. Mais en lisant le texte de la page précédente on s'aperçoit qu'il s'agit en fait d'une carte des "vingt-cinq apparitions de la Vierge en France" qui "selon les spécialistes... méritent une attention particulière". Donc même pas une représentation de toutes les apparitions tenues pour orthodoxes par l'Eglise catholique et ayant suscité un culte public ! Enfin, l'historien même catholique ressentira éventuellement une certaine gêne devant des affirmations de ce genre : "Le culte de la Vierge Marie date  des premières années du christianisme. Les Pères de l'Eglise pensent que les apôtres, qui allaient souvent prendre conseil auprès d'elle de son vivant, entourèrent de dévotion son souvenir, à défaut de ses restes charnels (puisqu'on sait qu'il est admis que Marie fut ravie au Ciel, au jour de son Assomption)" (p.68). Admis par qui ? Par les Pères de l'Eglise ? Les historiens ? Les uns et les autres ? Ou ni les uns ni les autres ? Ou encore certains parmi les uns et personne parmi les autres ?
                  J.S.

    Jean Séguy, in Archives des sciences sociales des religions, 1970, Volume 29, pp. 199-200
    source : persee.fr


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