• Les Antoinistes Leclercq - L'autopsie (Le Journal, 25 juil 1912)

    Les “Antoinistes”

            L'autopsie de la petite Leclercq.
        Sur réquisition de M. Kastler, juge d'instruction, le docteur Charles Paul, médecin légiste, a procédé hier à l'autopsie du cadavre de la petite Augustine Leclercq, décédée dans les circonstances que nous avons relatées, au domicile de ses parents, le couple d' « antoinistes » de la rue de la Parcheminerie.
        Le praticien, qui a conclu à la mort par broncho-pneumonie, n'a relevé aucune trace de violence sur le corps.
        Ce résultat n'a rien qui puisse surprendre. On se rappelle qu'en ce qui concerne tout spécialement le décès de la fillette, on avait tout simplement reproché à Leclercq et à sa maitresse de ne pas avoir fait donner à la malade les soins nécessaires. Ceux-ci n'avaient, au reste, nullement cherché à se défendre contre cette inculpation. Ils s'étaient contentés, pour se justifier, d'invoquer leur entière confiance aux doctrines d'Antoine le Guérisseur.

    Le Journal, 25 juillet 1912


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  • Les deux Antoinistes Leclercq (Le Journal, 22 juil 1912)

         Les deux “Antoinistes”

    Comment mourut le Premier Enfant

        L'arrestation de Jules Leclercq et de sa maitresse, Mathilde Santel, le couple fanatique de la rue de la Parcheminerie, a causé une vive émotion dans le coin si populeux et si animé de la rive gauche, qui s'étend de la place Maubert à la rue Saint-Séverin et où, comme nous l'avons dit, le groupe d’ « antoinistes » était très connu. Non pas que cette mesure ait causé la moindre surprise – elle a été, au contraire, accueillie avec un sentiment de véritable soulagement – mais les faits qui l'ont nécessitée ont mis le comble à l'indignation qu'avaient déjà provoquée, le mois dernier, les circonstances dans lesquelles succomba le premier enfant de l'étrange ménage.
        C'est ce dernier point, du reste, qui va faire maintenant le principal objet de l'information judiciaire, les déclarations mêmes du marchand de sacs et de sa compagne ne laissant aucun doute sur les causes du décès de la petite Augustine. Et il semble bien, ainsi que les premières investigations de M. Mélin, commissaire de police du quartier de la Sorbonne, nous permettaient, hier, de l'indiquer, que là encore la responsabilité des deux adeptes d'Antoine le Guérisseur soit terriblement engagée.
        Le repos dominical a marqué un temps d'arrêt dans l'enquête ; mais nous avons pu, au cours de la journée, recueillir néanmoins certains témoignages qui fortifient singulièrement les soupçons de la veille. Fournis, pour la plupart, par d'anciens voisins des deux fanatiques, ils se rapportent à l'époque toute récente où ces derniers demeuraient 8, rue Saint-Julien-le-Pauvre, et on sait qu'ils n'occupaient la baraque de la rue de la Parcheminerie que depuis la date du petit terme, le 8 juillet.
        Toutes ces déclarations peuvent se résumer dans celle que nous fit une ménagère qui fut, rue Saint-Julien-le-Pauvre, la voisine immédiate du couple :
        – Jules Leclercq, nous dit-elle, est venu habiter ici il y a trois ans environ. Taciturne et fantasque, il eut bientôt au surplus, dans le quartier, la réputation d'un brutal. Après avoir vécu seul pendant quinze mois, il installa une compagne chez lui. C'était Mathilde Santel, une veuve qui avait été concierge rue de l'Hôtel-de-Ville. Elle arrivait avec un garçonnet, malingre et rachitique, âgé de dix-huit mois environ. Une année s'écoula sans incidents extraordinaires. Nous avions bien tous remarqué que l'enfant était odieusement délaissé, mais personne ne voulait faire de remontrances trop sévères à la mère pour ne pas s'exposer à la colère du marchand de sacs.
        » Sur ces entrefaites, au début du mois dernier, le garçonnet, déjà très affaibli, se mit à tousser à fendre l'âme ; comme ses parents n'allaient pas chercher le médecin, je leur en fis personnellement le reproche. Leclercq me répondit :
        « – Nous avons recommandé notre enfant au père Antoine ; il ne nous reste plus qu'à prier Dieu jusqu'à ce que la guérison se fasse. »
        » Deux jours après, l'état du bambin ayant empiré, plusieurs locataires menacèrent le couple de prévenir la police s'ils ne se décidaient pas à lui donner les soins nécessaires. Effrayée, la veuve Santel courut chez un docteur.
        » Nous devions apprendre par la suite que Leclercq avait décommandé la visite en assurant que le garçonnet se portait mieux. Et le soir une scène terrible eut lieu entre les deux amants. Nous entendîmes soudain le bruit d'une gifle, puis la chute d'un corps sur le parquet, des cris douloureux d'enfant et la voix de la femme qui protestait :
        » – Misérable ! tu as tué mon petit !
        » Vers trois heures du matin, la veuve Santel se décida à aller chercher le médecin de nuit. Celui-ci accourut. Il était trop tard. Le garçonnet mourait au petit jour. »
        La veuve Santel avait déjà perdu, rue de l'Hôtel-de-Ville, une fillette âgée de près de trois ans.
        Après le décès du garçonnet, rue Saint-Julien-le-Pauvre, les commérages avaient été bon train. A maintes reprises Leclercq et sa compagne s'étaient vu publiquement accusés déjà d'en être responsables. Mais personne alors n'avait osé informer le commissaire de police du quartier, pour ne pas encourir les représailles de l'antoiniste, chez qui le mysticisme n'excluait ni la violence, ni la brutalité.

    Le Journal, 22 juillet 1912


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  • Leclercq et Camus - Les Antoinistes (Gil Blas 28 juillet 1912).

    Nouvelles judiciaires

    Les Antoinistes

        M. Kastler a interrogé hier en présence de Mes Henry Bigeard et Pierre Turpaud, Jules Leclercq et sa maitresse, la veuve Sautet, accusés d'avoir laissé mourir, le 21 juillet, par privations de soins, leur fillette de quatre mois, la petite Antoinette.
        Jules Leclercq a exposé au juge le culte Antoiniste d'après les déclarations d'Antoine le Généreux et le bulletin l' « Unitif » que reçoivent tous les adeptes. D'après lui, ses préceptes religieux lui interdisaient d'appeler un médecin ou de prendre des remèdes. Il lui suffisait de croire au père Antoine et de prier Dieu. C'est ce traitement qu'il a voulu appliquer à sa fille nommé Antoinette, en souvenir de l'apôtre.
        Leclercq est devenu Antoiniste au mois de février dernier ; il a suivi, affirme-t-il, ces préceptes de la sœur Marie Camus, qui représente ce culte officiellement en France. Au moment de son arrestation, il avait écrit au procureur de la République pour porter plainte contre la sœur Marie Camus qu'il accusait d'avoir provoqué la mort de sa fille, en lui persuadant de ne pas consulter un médecin, mais hier, il a renoncé à cette plainte. « Ma fille est morte, a-t-il dit, c'est la volonté de Dieu ! et il a lu au juge une prière qu'il a composée pour la maladie de sa fille.
        M. Kastler a ensuite interrogé la veuve Sautet : « Je ne suis pas Antoiniste, a-t-elle déclaré, et si je n'ai appelé immédiatement un médecin, c'est afin de ne pas contrarier mon amant. Ma fillette a pris froid le 15 juillet, elle est tombée malade le 19. Je l'ai soignée de mon mieux, tout en la croyant peu gravement atteinte. Deux heures avant sa mort, des voisines ont parlé de prévenir un médecin, mon amant s'y est opposé, j'ai fait signe que j'irais le chercher aussitôt après son départ, mais ma fillette est morte quelques instants plus tard. »

    Gil Blas, 28 juillet 1912


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  • Leclercq et sa compagne passeront en cour d'assises (Le Petit Parisien 21 juillet 1912).jpg

    LES « ANTOINISTES » DE LA RUE DE LA PARCHEMINERIE

    Leclercq et sa compagne passeront en cour d'assises

        Leclercq et sa compagne, la veuve Sautet, adeptes du culte antoiniste, qui, le 21 juillet, 4, rue de la Parcheminerie, laissèrent mourir, faute de soins, leur fillette Antoinette, âgée de quatre ans, ont été interrogés, hier, par M. Kastler, juge d'instruction, en présence de MM. H. Bigeard et P. Turpaud.
        Leclercq, qui parait déséquilibré, a tenu, tout d'abord, à exposer au magistrat la doctrine antoiniste, d'après la révélation d'Antoine Le Généreux, et le bulletin l'Unitif, distribué aux adeptes.
        Suivant cette doctrine, si on veut guérir, il ne faut jamais appeler un médecin, ni prendre aucun remède, mais simplement croire au père Antoine et prier Dieu.
        C'est à la suite de la publication d'un article, dans un journal, il y a quelques mois, que Leclercq est devenu antoiniste. Il est allé trouver la personne indiquée par l'article comme l'apôtre français du culte. C'est elle qui a défendu à l'inculpé d'appeler jamais un médecin.
        Aussi Leclercq, au moment de son arrestation, avait-il déposé une plainte contre cette femme, l'accusant de l'avoir induit en erreur et d'être cause de la mort de son enfant. Hier, il a déclaré qu'il se désistait de cette plainte, le décès de sa fillette ayant été voulu par Dieu.
        La compagne de Leclercq n'est pas antoiniste. Elle a déclaré que la petite Antoinette ayant pris froid, le 15 juillet, au Sacré-Cœur, elle l'avait soignée aussitôt.
        Malheureusement, elle ne se doutait pas que l'enfant avait une broncho-pneumonie : elle crut, tout d'abord, à un mal de dent. Cependant, comme la fillette toussait, elle lui mit des cataplasmes. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, voyant le mal empirer, elle voulut aller chercher un médecin. Leclercq s'y opposa. Mme Sautet ne voulut pas le contrarier et elle résolut d'attendre quatre heures du matin, heure à laquelle l'antoiniste se rendait aux Halles, à son travail. Elle comptait bien faire venir un médecin à ce moment. La mort n'attendit pas. Elle survint à deux heures, alors que Leclercq n'était pas encore parti.
        Mme Sautet a indiqué au juge que, le 19 juin dernier, elle avait déjà perdu un enfant. Comme celui-ci n'était pas de Leclercq et qu'il était baptisé l'antoiniste était allé cherché lui-même un médecin pour lui donner des soins. Il avait dit ensuite à sa compagne :
        – Tu vois, si nous nous étions conformés au culte d'Antoine le Généreux, ton enfant vivrait peut-être encore !
        Ajoutons qu'en présence de M. Kastler, Leclercq a demandé à Mme Sautet si elle voulait régulariser sa situation par le mariage : celle-ci a nettement refusé.
        Le magistrat les a inculpes fous deux, en vertu de l'article 312 du code pénal, qui punit des travaux forcés les parents qui, par privation volontaire de soins, ont causé la mort de leur enfant.

    Le Petit Parisien, 21 juillet 1912


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  • Bavardage (L'Aurore littéraire, artistique, sociale 22 août 1912)

     

     

                             Bavardage 

        On vient de rendre la liberté à un excellent père de famille qui, la tête troublée par les stupidités mystiques de l’antoinisme, a tué son enfant en lui refusant tous soins médicaux et en mettant sa guérison entre les mains de Dieu.
        Qu’il soit fou, cela ne fait doute pour personne. Mais quand on déclare officiellement qu’il n’est pas dangereux et qu’on doit le rendre à la société, sans plus s’en préoccuper, j’estime que peut-être on va un peu loin dans la voie de l’optimisme.
        A beaucoup il paraitra que d’avoir déjà causé la mort d’un être humain n’est pas un gage parfait pour la sécurité d’autrui.
        Cet homme – qui est de très bonne foi, je n’en disconviens pas – tuera évidemment sa femme avec la même foi, il fera des prosélytes, il multipliera le nombre des antoinistes et répandra sa doctrine idiote et éminemment périlleuse.
        Je voudrais voir la tête de ses libérateurs quand il en sera à son second cadavre.
        En fait, le théoricien de la prière est plus dangereux qu’un véritable conseiller de meurtre ; et, s’il rôdait autour de quelque membre de ma famille, je m’en défierais comme de la peste. Car rien n’est plus contagieux que le mysticisme, gui détraque les cerveaux et obscurcit les consciences.
        Quelquefois l’on rencontre encore, dans les campagnes, des paysannes qui brûlent une pauvre fille comme sorcière. L’antoinisme est une école de superstition qui peut mener fort loin.
        Est-ce à dire qu’a fallait punir cet inconscient ? Non pas. Le mysticisme est une maladie qui peut se soigner et se guérir. Nous imitons un peu trop les antoinistes en laissant ces déments libres de faire le mal, et en comptant sur le hasard. Il fallait demander à la science délivrer ce cerveau de ses hallucinations morbides.
        On ne l’a pas fait, on a eu tort. On le verra bien.
                                                       JULES LERMINA.
     

    L’Aurore littéraire, artistique, sociale, 22 août 1912


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