• Leclercq et Camus - Les Antoinistes (Gil Blas 28 juillet 1912).

    Nouvelles judiciaires

    Les Antoinistes

        M. Kastler a interrogé hier en présence de Mes Henry Bigeard et Pierre Turpaud, Jules Leclercq et sa maitresse, la veuve Sautet, accusés d'avoir laissé mourir, le 21 juillet, par privations de soins, leur fillette de quatre mois, la petite Antoinette.
        Jules Leclercq a exposé au juge le culte Antoiniste d'après les déclarations d'Antoine le Généreux et le bulletin l' « Unitif » que reçoivent tous les adeptes. D'après lui, ses préceptes religieux lui interdisaient d'appeler un médecin ou de prendre des remèdes. Il lui suffisait de croire au père Antoine et de prier Dieu. C'est ce traitement qu'il a voulu appliquer à sa fille nommé Antoinette, en souvenir de l'apôtre.
        Leclercq est devenu Antoiniste au mois de février dernier ; il a suivi, affirme-t-il, ces préceptes de la sœur Marie Camus, qui représente ce culte officiellement en France. Au moment de son arrestation, il avait écrit au procureur de la République pour porter plainte contre la sœur Marie Camus qu'il accusait d'avoir provoqué la mort de sa fille, en lui persuadant de ne pas consulter un médecin, mais hier, il a renoncé à cette plainte. « Ma fille est morte, a-t-il dit, c'est la volonté de Dieu ! et il a lu au juge une prière qu'il a composée pour la maladie de sa fille.
        M. Kastler a ensuite interrogé la veuve Sautet : « Je ne suis pas Antoiniste, a-t-elle déclaré, et si je n'ai appelé immédiatement un médecin, c'est afin de ne pas contrarier mon amant. Ma fillette a pris froid le 15 juillet, elle est tombée malade le 19. Je l'ai soignée de mon mieux, tout en la croyant peu gravement atteinte. Deux heures avant sa mort, des voisines ont parlé de prévenir un médecin, mon amant s'y est opposé, j'ai fait signe que j'irais le chercher aussitôt après son départ, mais ma fillette est morte quelques instants plus tard. »

    Gil Blas, 28 juillet 1912


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  • Leclercq et sa compagne passeront en cour d'assises (Le Petit Parisien 21 juillet 1912).jpg

    LES « ANTOINISTES » DE LA RUE DE LA PARCHEMINERIE

    Leclercq et sa compagne passeront en cour d'assises

        Leclercq et sa compagne, la veuve Sautet, adeptes du culte antoiniste, qui, le 21 juillet, 4, rue de la Parcheminerie, laissèrent mourir, faute de soins, leur fillette Antoinette, âgée de quatre ans, ont été interrogés, hier, par M. Kastler, juge d'instruction, en présence de MM. H. Bigeard et P. Turpaud.
        Leclercq, qui parait déséquilibré, a tenu, tout d'abord, à exposer au magistrat la doctrine antoiniste, d'après la révélation d'Antoine Le Généreux, et le bulletin l'Unitif, distribué aux adeptes.
        Suivant cette doctrine, si on veut guérir, il ne faut jamais appeler un médecin, ni prendre aucun remède, mais simplement croire au père Antoine et prier Dieu.
        C'est à la suite de la publication d'un article, dans un journal, il y a quelques mois, que Leclercq est devenu antoiniste. Il est allé trouver la personne indiquée par l'article comme l'apôtre français du culte. C'est elle qui a défendu à l'inculpé d'appeler jamais un médecin.
        Aussi Leclercq, au moment de son arrestation, avait-il déposé une plainte contre cette femme, l'accusant de l'avoir induit en erreur et d'être cause de la mort de son enfant. Hier, il a déclaré qu'il se désistait de cette plainte, le décès de sa fillette ayant été voulu par Dieu.
        La compagne de Leclercq n'est pas antoiniste. Elle a déclaré que la petite Antoinette ayant pris froid, le 15 juillet, au Sacré-Cœur, elle l'avait soignée aussitôt.
        Malheureusement, elle ne se doutait pas que l'enfant avait une broncho-pneumonie : elle crut, tout d'abord, à un mal de dent. Cependant, comme la fillette toussait, elle lui mit des cataplasmes. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, voyant le mal empirer, elle voulut aller chercher un médecin. Leclercq s'y opposa. Mme Sautet ne voulut pas le contrarier et elle résolut d'attendre quatre heures du matin, heure à laquelle l'antoiniste se rendait aux Halles, à son travail. Elle comptait bien faire venir un médecin à ce moment. La mort n'attendit pas. Elle survint à deux heures, alors que Leclercq n'était pas encore parti.
        Mme Sautet a indiqué au juge que, le 19 juin dernier, elle avait déjà perdu un enfant. Comme celui-ci n'était pas de Leclercq et qu'il était baptisé l'antoiniste était allé cherché lui-même un médecin pour lui donner des soins. Il avait dit ensuite à sa compagne :
        – Tu vois, si nous nous étions conformés au culte d'Antoine le Généreux, ton enfant vivrait peut-être encore !
        Ajoutons qu'en présence de M. Kastler, Leclercq a demandé à Mme Sautet si elle voulait régulariser sa situation par le mariage : celle-ci a nettement refusé.
        Le magistrat les a inculpes fous deux, en vertu de l'article 312 du code pénal, qui punit des travaux forcés les parents qui, par privation volontaire de soins, ont causé la mort de leur enfant.

    Le Petit Parisien, 21 juillet 1912


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  • Bavardage (L'Aurore littéraire, artistique, sociale 22 août 1912)

     

     

                             Bavardage 

        On vient de rendre la liberté à un excellent père de famille qui, la tête troublée par les stupidités mystiques de l’antoinisme, a tué son enfant en lui refusant tous soins médicaux et en mettant sa guérison entre les mains de Dieu.
        Qu’il soit fou, cela ne fait doute pour personne. Mais quand on déclare officiellement qu’il n’est pas dangereux et qu’on doit le rendre à la société, sans plus s’en préoccuper, j’estime que peut-être on va un peu loin dans la voie de l’optimisme.
        A beaucoup il paraitra que d’avoir déjà causé la mort d’un être humain n’est pas un gage parfait pour la sécurité d’autrui.
        Cet homme – qui est de très bonne foi, je n’en disconviens pas – tuera évidemment sa femme avec la même foi, il fera des prosélytes, il multipliera le nombre des antoinistes et répandra sa doctrine idiote et éminemment périlleuse.
        Je voudrais voir la tête de ses libérateurs quand il en sera à son second cadavre.
        En fait, le théoricien de la prière est plus dangereux qu’un véritable conseiller de meurtre ; et, s’il rôdait autour de quelque membre de ma famille, je m’en défierais comme de la peste. Car rien n’est plus contagieux que le mysticisme, gui détraque les cerveaux et obscurcit les consciences.
        Quelquefois l’on rencontre encore, dans les campagnes, des paysannes qui brûlent une pauvre fille comme sorcière. L’antoinisme est une école de superstition qui peut mener fort loin.
        Est-ce à dire qu’a fallait punir cet inconscient ? Non pas. Le mysticisme est une maladie qui peut se soigner et se guérir. Nous imitons un peu trop les antoinistes en laissant ces déments libres de faire le mal, et en comptant sur le hasard. Il fallait demander à la science délivrer ce cerveau de ses hallucinations morbides.
        On ne l’a pas fait, on a eu tort. On le verra bien.
                                                       JULES LERMINA.
     

    L’Aurore littéraire, artistique, sociale, 22 août 1912


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  • La doctrine antoiniste  

       La doctrine „Antoiniste”

        L’ «antoiniste » Leclerc est poursuivi pour avoir laissé mourir son enfant malade faute de lui donner les soins nécessaires. Au juge d’instruction, M. Kastler, qui l’interrogeait hier, Leclerc a fait une profession de foi avant de répondre à toute autre question. Il s’est écrié :
        « Il faut croire au père Antoine. La foi en ce messie est seule capable de guérir les malades, et si l’on veut périr, il ne faut jamais appeler de médecin ni prendre de remèdes. Il faut seulement prier Dieu et le père Antoine le Généreux. »
        M. Kastler lui a demandé alors comment il était devenu antoiniste.
        – C’est en lisant un article de journal hostile au père Antoine que je me suis senti converti à cette religion, et à partir de ce jour, j’ai regardé comme l’apôtre française de ce culte la sœur Marie Camus demeurant A Paris, rue Esquirol, 7.
        – Vous avez eu cependant devant le cadavre de l’enfant une lueur de bon sens, car vous avez spontanément adressé au procureur de la République une plainte contre les gens qui vous avaient initié à cette doctrine.
        – Mais je relire cette plainte, répond Leclerc. Dieu le veut ! Ma fille est morte ; j’avais pourtant composé de belles prières.

    Le Messin, 31 juillet 1912

     


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  • La foi d'un Antoiniste

     

        La foi d'un Antoiniste”

        Nous avons conté comment, sous prétexte d'« antoinisme », Leclercq et sa compagne avaient laissé mourir faute de soins leur petite fille. Voici la lettre trouvée par le commissaire de police dans le logis des deux prévenus. Elle fut écrite quelques heures avant son arrestation par Leclercq pour être adressée au successeur du père Antoine :
                 « Bon père,
        Le commissaire va venir dans quelques instants au sujet de la mort de ma petite fille, que le Très Haut, malgré nos prières, a voulu rappeler auprès de lui. L'on me reproche de ne pas avoir appelé le médecin. Ces ignorants ne savent pas que seule la foi peut sauver les malades quand Dieu le permet.
        Unissons nos prières pour que je sorte victorieux de l'épreuve à laquelle je vais être soumis.
        Que la volonté du Tout-Puissant soit faite ! »

    Le Messin, 25 juillet 1912


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