• Père Dor, neveu (15 mai 1862-5 mars 1947)

    Père Dor, neveu

    Pierre Dor avec Elisabeth Marie BOX (née le 16 mars 1865 à Liège et décédée le 23 juin 1896 rue du Bois-de-Mont à Jemeppe-sur-Meuse à l'âge de 31 ans). 

    Père Dor, neveu

    avec Josèphe (Joséphine) MONET (né le 6 janvier 1875 à Flémalle Grande et décède avant 1947), il s'agit de la soeur de frère Léopold Monet.

    ils auront ensemble deux fils :
    - Louis Léon, né rue des Tombales 1 au café à côté du temple antoiniste le 7 octobre 1897. Sans descendance connue, décédé à Uccle après 1958, et
    - Pierre Joseph Napoléon, né à Jemeppe sur Meuse le 25/3/1901. Employé, lui-même a eu un fils unique : Pierre Jean Louis, né à Etterbeek en 1926. En 1958, il habite à Ixelles, Avenue de la Forêt. Il a été Docteur en Médecine, chirurgien et cardiologue à l'Institut Bordet et professeur à l'ULB. Il meurt à Uccle en 2017 (quartier Coghen).

    [source geneanet et personnelle de dryedani].

     

        Dans l'Almanach de Bruxelles (1956), il est mentionné habitant alors à Uccle, comme homme de lettres. Ses écrits seraient en grande partie plagiés non seulement sur l'Enseignement de son oncle, le Père, mais aussi d'autres oeuvres théosophes et spiritualistes.
    Des plaintes sont déposées contre lui. Selon la presse, Dor fait payer ses consultations, contrairement à Antoine. Accusé d'attouchements, il se défend en affirmant que de nombreuses femmes étaient amoureuses de lui et l'avaient faussement accusé d'attentat à la pudeur parce qu'il avait refusé leurs avances. Il lui est aussi reproché d'avoir capté l'héritage. Le parquet de Charleroi diligente aussi une enquête sur la mort d'une jeune fille imputée à la doctrine doriste. Après sa condamnation, Dor déménage à Uccle et son mouvement disparaît peu après sa mort.

  • Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)Un nouveau Prophète
    au Pays Noir
    Le Père Dor stimulateur des vertus. – L'Ecole morale. – Une opération générale du thaumaturge.
    (De notre envoyé spécial.)

        Antoine le Guérisseur est mort ! Vive Antoine ! Vive du moins un autre Antoine, une nouvelle incarnation du thaumaturge, du révélateur de religion nouvelle qui prétend guérir les maux physiques comme les peines morales par la seule vertu de sa parole. Chose curieuse, ce personnage opère surtout au pays noir, dans ces grandes régions industrielles de la Wallonie qui offrent une si puissante image de notre civilisation moderne. Il correspond au rebouteux, au berger magicien de la campagne, qui est légion...
        Toujours, en Wallonie, se sont développées, en marge des religions ancestrales, en marge du catholicisme et du protestantisme, de curieuses croyances qui se traduisent par de manifestations impressionnantes ou... baroques. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de parler ici des associations spirites du pays de Charleroi, des darbistes du Borinage, ou de cette explosion de foi farouche qui précipite aux calvaires du pays de Mons, dans la nuit du Réveillon, des centaines de pauvres gens à des cérémonies au cours desquelles on « étrenne » le bon Dieu et d'où les prêtres sont rigouresement bannis. (La même coutume se retrouve sur le littoral). Mais l'étude qu'a faite magistralement Georges Eekhoud, pour la Flandre du passé, dans ses « Libertins d'Anvers », que l'on a faite aussi pour les stévenistes de l'ouest brabançon, mériterait d'être tentée à propos de certaines croyances et superstitions du pays noir.
        Qu'il nous suffise aujourd'hui de rappeler brièvement le règne éphémère de Jules Buisseret, dit Baguette, le bon Dieu de Ressaix, dont la divinité se compromit lamentablement dans les aventures amoureuses et les ennuis de la correctionnelle ; Antoine le Guérisseur, le Père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, créateur d'une religion, d'un culte organisés, et dont la presse a parlé dans la monde entier. L'antoinisme n'est pas mort avec son créateur : l'influence de celui-ci persiste, sa réelle autorité morale, son incontestable puissance de suggestion agissent encore. Mais son enseignement que professent encore la mère Antoine et quelques lieutenants fidèles est fortement concurrencé par celui du père Dor, qui opère à Roux, et dont Piccolo parlait philosophiquement dans sa dernière « Semaine ».

    * * *

        Nous avons voulu voir, de nos propres yeux, voir, l'opération générale suivie d'instruction à laquelle se livre chaque dimanche ce nouveau thaumaturge du pays de Charleroi.
        Auparavant, nous avons lu avec beaucoup d'intérêt son journal mensuel : « Le Messager de l'Amour-Dieu », « directeur de la fraternité universelle », dont neuf numéros ont paru déjà.
        A parier franc, il y a Ià-dedans un peu beaucoup de charabia, des expressions fort divertissantes qu'expliquent une pensée confuse et une méconnaissance remarquable de la langue française. Mais avec un peu de bonne volonté, on parvient à formuler la doctrine – pour autant qu'on puisse employer ce grand mot – du père Dor.
        C'est un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, la croyance à la loi d'amour total, la charité chrétienne poussée au suprême degré et aux fluides.
        Les idées actuelles du nouveau prophète de Roux ont mis du temps à se préciser. Au début, dans les premiers numéros du « Messager », il est souvent question de l'enseignement du Christ, on cite des passages de l’Evangile. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela. On trouve même dans les instructions du Père des opinions qui témoignent de l'influence qu'a exercée la propagande rationaliste au pays de Charleroi. Le Père Dor ne croit pas à un Dieu créateur. Dieu, pour lui, c'est un mot, une entité morale : « J'ai déjà dit et je répète que Dieu n'est qu'un mot. Je ne veux pas par là détruire la loi qui conduit à Lui. Mais au lieu de dire Dieu je dis : Amour, Charité, Désintéressement ».
        Et ailleurs : « De tout ceci tâchez de vous convaincre que Dieu n'est qu'un mot et non le créateur de toutes choses. Ce problème est à résoudre, mais la solution ne se trouve que dans son amélioration. S'il ne dépendait que de Dieu pour notre bonheur, nous aurions le droit de le traiter de cruel, de laisser ainsi ses rejetons dans la souffrance malgré le grand désir qu'ils ont de ne plus souffrir.Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)
        « On ne comprend pas le pourquoi de cette vie, parce qu'on ignore qu'une seule chose est nécessaire pour être sauvé : l'Amour du Bien, sentiment de Justice et de Progrès de l'être pensant ».
        Le Père Dor croit aux « fluides », bons et mauvais. Il fait agir les bons pour guérir les maux et les peines morales. Dans son esprit, fluide est parfois synonyme « d'âme ». Et il croit non pas à l'immortalité, mais, comme les colinsiens, à l'éternité de l'âme. « J'ai déjà pu dire que l'homme existe depuis toujours et qu'il existera toujours. Quand je dis homme, comprenez-moi bien, je veux dire âme ou plutôt fluide-homme ».
        Cela c'est ce qu'on lit dans les instructions du Père Dor, reproduites dans le « Messager », et l'on avouera qu'il a a là-dedans une certains élévation de pensée.
        Mais il y a ce qu'on voit, ce que j'ai vu à Roux dimanche après-midi. Et cela est moins reluisant...
        (La fin à demain.)                                                      FRAM.

    Le Soir, 8 janvier 1913 (source : Belgicapress)

     

     

     

    et Journal de Charleroi, 9 janvier 1913 (Belgicapress)


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  • Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)Un nouveau Prophète
    au Pays Noir
    (De notre envoyé spécial.)
    Le Père Dor stimulateur des vertus. – L'Ecole morale. – Une opération générale du thaumaturge.
    (Suite et fin.)

        C'est à Roux, au seuil du pays noir... Du moins c'est là que le voyageur venant de Bruxelles, après avoir vu l'une des verreries de Courcelles, aperçut les premiers terrils de charbonnage. L'un d'eux, ou une haute « belle-fleur » semble plantée, est au sommet d'une colline qui commande tout le village. Celui-ci est noir et triste : de petites maisons enfumées, bordant des rues tortueuses composent l'agglomération où vivent un peu plus de 10,000 personnes...
        On connaît Roux comme le siège d'une des plus anciennes associations spirites de notre pays. C'est là aussi que se déroula l'un de plus douloureux épisodes de 1886.
        Le temple actuel au Père Dor, inauguré le 1er novembre dernier, se trouve rue du Calvaire à côté de la gendarmerie. C'est une vaste construction en briques neuves, de 30 mètres de long sur près de 20 de large, couverte d'un toit rose, au milieu duquel s'ouvre un large lanterneau et que domine une inscription en hautes lettres émaillé blanc : « L'Ecole morale ».
        A distance on croit que ces lettres annoncent une usine. Pas d'ouverture, ni porte, ni fenêtre, au flanc de ce bâtiment. Sans doute, dont se sert le Père Dor, de s'échapper. Mais ce souci a contrecarré les règles hygiéniques les plus élémentaires...
        Attenant au nouveau temple se trouve un café, le Café des Pèlerins du Père Dor où l'on se livre à un commerce fort important de boissons et de victuailles, de souvenirs et de cartes postales illustrées.
        Derrière le bâtiment se trouvent l'ancien temple, de dimensions assez restreintes, et la maison du Père.
        Toute la semaine, du dimanche au vendredi, les fidèles affluent vers l'école morale, vers le temple du « stimulateur des vertus », du « docteur sans médicament » : pauvres paysans de l'Entre-Sambre et Meuse et même du Nord de la France, vieux ouvriers du Centre et du pays de Charleroi rongés par la tuberculose, femmes de mineurs atteintes de maladies nerveuses. Tous viennent voir le Père dans l'espoir de trouver la guérison que n'ont pu leur donner les médecins.
        Le Père Dor a beau dire « qu'il est bien plus le médecin de l'âme que du corps ». Ah ouiche ! les bonnes femmes se soucient bien moins de leur paix morale que de leur dérangement d'estomac.
        D'ailleurs, le Père Dor dit lui-même dans son « Catéchisme de la Restauration de l'âme » :
        « Certains viennent se prosterner devant moi me demandant grâce pour que je guérisse soit leur femme, leur mari, leur enfant, leurs parents. Voyant leur foi, leur désir de voir revivre leur malade qui, d'après la science, n’avait plus qu’un instant ou quelques jours à vivre, je leur dis, après avoir opéré : « Allez, cela ira bien ». Seulement ce bien que je sens, on ne le comprend pas toujours, mais pour moi qui ne vise que le côté moral j'entrevois un bien. Par mon intervention, ce moribond qui n'avait plus que quelques jours ou quelques heures à vivre, par son grand désir de vouloir rester parmi les siens : mari, femme, enfant, etc. reprend vigueur, se relève, reprend des forces et se sent renaître à une vie nouvelle. Alors, tous sont dans la joie, on crie au miracle et le « Père Dor est proclamé Dieu ». On doit savoir qu'à tous ceux qui me consultent j'ai pour devoir de leur dire, s'ils veulent que mon fluide les guérisse, qu'ils ont un devoir à remplir. Ce devoir consiste à pardonner du fond du cœur, ne s'exalter pour rien que ce soit, et sur tout à n'accepter aucun conseil d'une personne qui serait hostile à l'Amour du bien. »
        Tous les jours, de 7 à 1 heure, sauf le samedi, le Père Dor reçoit les malades et les « opère ». Le dimanche, à 2h. 30, a lieu le grand office au début duquel le Père procède à une opération générale, fait agir le fluide, puis à une consultation, au cours de laquelle il répond à toutes les questions qu'on lui pose.
        Les malheureux malades qui viennent à lui, suggestionnés, ayant mis en lui leur dernier espoir, peuvent être impressionnés par les longs cheveux bouclés, les yeux baissés, l'air de profond recueillement du Père. Mais pour que la « foi guérisse », une fois de plus, de grâce qu'ils n'écoutent pas, les malheureux, qu'ils bouchent leurs oreilles ! Car rien n'est plus lamentable, plus baroque, plus incohérent que les discours et les réponses du stimulateur des vertus.

    * * *

        Une large salle blanchie à la chaux, éclairée par un lanterneau sous lequel on remarque l'armature de fer de la toiture, chauffé à l'excès par deux énormes calorifères. Sur les vastes murs nus quelques inscriptions soulignés de bleu, encadrés de chêne clair, dans ce goût-ci : « Le Père Dor donne à ses enfants du bon, du beau, du soulagement. » Il y a là, assises sur les bancs jaunes plus de 600 personnes. L'atmosphère est étouffante. Il monte de cette foule une odeur de corps malades et en sueur, de vêtements mouillés.
        A un bout de la salle, à trois mètres au-dessus du sol, une vaste caisse peinte en blanc et bordée de noir et que surplombe un abat-son, tient lieu de chaire. Le Père Dor y discourt, le torse cerné dans une veste boutonnée jusqu'au cou et qui rappelle celle du « général » Gustave Hervé. Ses longs cheveux bouclés encadrent un visage au teint de cire où l'on voit des yeux tantôt pleins de recueillement., tantôt pétillant de finesse et comme de malice.
        Au pied de la chaire, un pupitre où une jeune fille, qui disparaît sous un vaste chapeau, sténographie les propos du Père Dor.
        Après que celui-ci a terminé son opération générale, les fidèles lui posent des questions, le plus souvent saugrenues, sur les sujets les inattendus, les plus extraordinaires. Les réponses sont l'avenant. Le Père, qui connaît à peine le français, se recueille longuement après chaque question, baisse les yeux, se frotta la bouche avec un grand mouchoir à carreaux blancs et bleus, puis répond lentement, très lentement. Il a quelques clichés qu'il sort constamment : « Le mal est en nous. Il faut s'améliorer. L'amour total ». Dès qu'il sort de là, ses propos deviennent plutôt incohérents. Quand il a fini sa réponse, un lourd silence plane que trouble parfois le vagissement d'un enfant, triste, triste infiniment.
        Et puis, le silence se brise. Là-bas, au fond de la salle, à côté du calorifère, se lève un jeune homme à mine souffreteuse :
        – Père, quand on a des punaises, faut-il les détruire ?
        Le Père Dor répète, comme toujours, la question : « Ce fils me demande si quand on a des punaises il faut les détruire ? Ce n'est pas un mal chez certaines personnes. Il en est de même des escargots, des limaçons et autres bêtes de jardin... »
        Puis une paysanne – une tête à la Breughel comiquement chevauchée par un chapeau impossible – se lève à son tour et d'une voix mal assurée demande : « N'est-ce pas encore un doute que tenir chez soi des chats, puisque les chats mangent les souris ? »
        Réponse : « Si ! Il en est de même pour les chiens. Ces animaux dégagent trop de mauvais fluide. »
        Ici se place une question tout à fait émouvante. Une pauvre jeune femme, d'une voix tremblante, dit au Père Dor, comme si elle s'adressait à Jéhovah lui-même :
        « Récemment, par pitié, par bon cœur, j'ai recueilli chez moi un petit chat égaré. Ai-je mal fait ? »
        On croit rêver... Quand le « docteur sans médicament » répond, de vieilles femmes, dans l'assistance, secouent la tête de bas en haut, approbativement.
        Près de la chaire, prostrée sur sa chaise, est une pauvre femme en deuil. Quelle détresse ce corps ployé en deux, cette face ravagée traduisent-ils ?
        A un moment donné, un homme qui, visiblement, s'intéresse au spiritisme, pose une question au Père Dor touchant les « désincarnés. La réponse est confuse. « C'est une des choses qu'on ne peut comprendre, qu'il ne faut pas savoir », dit notamment le Père.
        Alors, près de moi une vieille femme se penche à l'oreille de sa voisine et j'entends qu'elle murmure : « C'est tout à fait comme I'curé. »
        Une femme de Chapelle-lez-Herlaimont raconte ensuite que sa sœur étant malade, elle lui a déconseillé d'appeler encore le médecin. La douleur aurait cessé alors. « C'est l'Amour qui a opéré », dit le Père Dor.Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)
        Puis une question drôlatique ; c'est la seule que nous voulons rapporter encore : « Pratiquant la loi morale dit un homme, je me demande si je puis encore exercer mon devoir d'électeur ? » Le Père Dor a compris « directeur » au lieu d'électeur (le fluide n'a pas agi sans doute) et il fait une réponse tout à fait à côté.
        Mais l'électeur insiste, veut savoir s'il doit voter. « Cela est contraire à la loi morale, la loi d'amour, dit enfin le Père Dor, parce que donner son suffrage à un candidat c'est désapprouver l'autre. »
        Voilà quelques moments de la consultation à laquelle j'ai assisté. La sortie s'opère lentement. Le Père Dor assiste avec, semble-t-il, un petit air, finaud. A la sortie, sa femme, derrière un grand comptoir, vend des brochures, des journaux, des photographies et le petit commerce, ma foi ! marche très bien.
        J'ai un moment d'entretien dans la rue avec quelques fidèles. Une bonne femme qui comme moi, s'en fut naguère à Jemeppe-sur Meuse, chez Antoine le Guérisseur, me dit combien c'est mieux chez le Père Dor : « vous comprenez, me dit-elle, le fluide est plus gros ici. Mais aujourd'hui cela n'a pas bien marché. Mauvaise réunion ! Nous, les médiums, nous avons senti combien c'était dur. »
        J'ai sollicité Ie grâce d'être reçu en tête à tête par le prophète. Cela n'est pas très facile à obtenir. Le dimanche il ne reçoit personne en particulier, à moins qu'il ne s'agisse d'un cas très urgent. J'insiste et finalement réussis à voir le Dieu face à face. Il veut bien m'appeler son cher fils. Je le laisse entendre que je ne demande qu'à être initié. Et j'apprends en quelques mots l'histoire du Père Dor, âgé de quelque quarante ans. Il est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége, se dit le neveu d'Antoine le guérisseur, a exercé plusieurs métiers, dont celui de terrassiers, a séjourné trois fois en Russie où les guérisseurs de son genre pullulent, a bâti il y a quatre ans, à Roux, avec ses économies, le premier temple puis le vaste temple inauguré à la Toussaint. On vient le voir de partout. Il travaille même par correspondance. Non seulement me dit-il, je guéris les hommes, mais aussi les bêtes : cochons, vaches, chevaux. »
        Nos frères inférieurs, sans avoir la foi, sont touchés par le fluide.
        Dès à présent, il existe des succursales de l'Ecole morale de Roux à Gilly, a Chapelle-lez-Herlaimont, à Marchienne, à Souvret, à Lavaqueresse, dans l'Aine, à Bruxelles et jusqu'à Porto Felice, au Brésil !... Tous les dimanches, en gare de Roux, les trains déversent de nombreux pèlerins.
        Nous fûmes là-bas sans préventions, plutôt bien disposé par la lecture du « Messager de l'Amour-Dieu ». Nous voulions voir.
        Maintenant que nous avons vu nous déclarons en toute sincérité que ce nouvel avatar du mysticisme est une chose navrante, infiniment navrante.
                                                                                 FRAM.

    Le Soir, 9 janvier 1913 (source : Belgicapress)

     

     

    et Journal de Charleroi, 11 janvier 1913 (Belgicapress)

     


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  • L'école morale devient un cloître (Gazette de Charleroi, 22 septembre 1923)(Belgicapress)

    ROUX
        Avatars d'un temple.
    – Le nom du Père Dor est encore dans toutes les mémoires. Le « temple de la Vertu » qu'il fit construire en 1912 est toujours debout. Jusqu'en ces derniers jours, l'inscription « Ecole Morale » tout au faîte du bâtiment, resta visible sous la couche de couleur noire recouvrant les lettres d'émail blanc.
        Construit dans le courant de 1912, le temple fut solennellement inauguré le jour de la Toussaint de la même année. De cette date à novembre 1915, il y eut chaque dimanche une « instruction » suivie d'« opération » générale, l'ensemble des « instructions » réunies dans la suite en volume sous le titre « L'Ere nouvelle » et « Couronnement de l'œuvre ».
        Dans les premiers temps de son installation à Uccle (Fort Jacco), le Père revenait chaque quinzaine procéder à une petite « opération » spirituelle tout en veillant au bon ordre et à l'entretien de ses biens matériels.
        Le temple était cependant en disponibilité. Allait-on le vendre, le démolir ? On voulut en faire cadeau à l'Université du Travail de Charleroi pour l'installation d'un home. Les servitudes attachées au legs firent décliner l'offre.
        De 1916 à 1919 le temple reçut une nouvelle destination. Il devint caserne, hébergeant avec une égale complaisance allemands et anglais.
        Libéré de ses occupants, l'immeuble finalement fut mis en vente, l'acquéreur regrettant bientôt la bonne affaire qu'il avait cru traiter.
        Un locataire se présenta ayant en vue l'installation d'un cinéma. Il en existait déjà un dans le voisinage. Le nouveau venu ne devait guère espérer faire fortune dans ces conditions.
        L'installation faite, un premier bailleur de fonds, après une perte de 10 à 20.000 frs, passa la succession à un second, le cinéma vivotant à grand renfort de calicots.
        Entretemps, l'acquéreur qui avait emprunté les neuf dixièmes du capital nécessaire à son achat se vit dans l'impossibilité de satisfaire aux obligations consenties.
        Une nouvelle mise en vente fit passer la propriété aux mains d'une communauté religieuse, les Dames de Ste-Julienne. Sans se faire prier, le cinéma céda la place, et une nouvelle transformation se dessina.
        Extérieurement le bâtiment conserva momentanément l'aspect qu'on lui connaît, un colossal cube de briques dépourvu d'ouverture autre qu'une porte de sécurité imposée au ciné. L'inscription à la chaux, « Ciné moderne » couvrant le mur de l'allée d'accès subsiste même encore.
        D'importants travaux d'aménagements transformeront la grande salle et la mettront en harmonie avec sa nouvelle destination.
        Le Père Dor avait voulu que la lumière vint d'en haut. Les Dames de Ste-Julienne se satisferont de la lumière de tout le monde et qu'il est d'usage d'introduire latéralement dans les locaux.
        La partie de l'édifice accessible au public est une chapelle qui a été inaugurée mardi par le clergé de Roux qui y a célébré plusieurs services de caractère solennel.
        Cette chapelle est aménagée dans une annexe où le Père Dor procédait à ses « Opérations » d'importance secondaire.
        Voilà donc l'épilogue d'une lutte ouverte par le Dorisme contre l'une des religions nationales. Et visiblement, c'est le Père Dor qui en est le vaincu, ce qu'il pourrait nier d'ailleurs en vertu d'un de ses principes fondamentaux : « les uns peuvent comprendre noir tandis que les autres, blanc. »
        Il se trouvera certainement des gens qui affirmeront que nous voyons tout en « bleu ».

    Gazette de Charleroi, 22 septembre 1923 (source : Belgicapress)


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  • A propos du dorisme (Gazette de Charleroi, 17 juillet 1914)(Belgicapress)A PROPOS DU
                    “DORISME„

        Il est curieux, a écrit Diderot, d'observer combien les sectateurs d'une religion sont clairvoyants, pour celle des autres.
        La Wallonie, la sceptique et légère Wallonie est devenue, – qui l'eût pensé, – le berceau de religions nouvelles. Depuis quelques années, elle a fourni plusieurs thaumaturges, dont deux sont parvenus à conquérir une célébrité universelle. L'un, le « Père Antoine », s'est « désincarné » il y a deux ans environ, et c'est sa femme, la « Mère Antoine », qui continue à diriger son Eglise. Celle-ci s'est répandue en Europe et jusqu'en Amérique. Elle a un temple à Paris. Elle en possède à Jemeppe-sur-Meuse, à Courcelles, à Ecaussinnes, etc. Elle en a inauguré un, dimanche, à Verviers, et l'on dit qu'il est presque somptueux. L'antoinisme n'a pas encore d'organisation ecclésiastique. Mais il est à supposer que celle-ci se créera peu à peu, par la logique des choses : les religions commencent généralement sans hiérarchie sacerdotale, et ce sont les anciens qui tiennent lieu de prêtres.
        De l'antoinisme est né le dorisme. Le « P. Dor », neveu de celui qu'il appelle courtoisement M. Antoine, ne professe pas la doctrine de celui-ci. Il en a fondé une qu'il enseigne à Roux et répand dans ses brochures. Le P. Antoine, c'est le saint Jean-Baptiste de la religion doriste. Au moins est-ce l'impression qu'on éprouve à lire les évangiles du P. Dor, lequel ne dit pas nettement qu'il est le Christ réincarné, mais qui le laisse entendre avec cette insinuante habileté qui n'appartient qu'aux mystiques.
        Sa doctrine est un peu confuse. En cela elle ne diffère point des autres, qui sont toujours un peu sibyllines et permettent d'y trouver plus tard tout ce qu'on veut. Tel Dieu qui a prescrit : « Tu ne tueras point » est qualifié par ailleurs de « Dieu des armées ». Ces obscurités, que les disciples et les commentateurs ont coutume d'aggraver encore sous prétexte de les expliquer, sont d'un précieux secours pour justifier tous les actes de la vie. Il s'y trouve un verset pour applaudir à ceci, et un autre pour approuver cela, qui en est exactement le contraire.
        Le P. Dor n'a qu'une culture plus que pauvre. Il n'a pas fait d'études et l'on s'en aperçoit. Ce n'est ni un savant, ni un philosophe. Au reste, les savants et les philosophes n'ont jamais fondé de religions. Tous les créateurs de sectes furent des ignorants et des simples : Mahomet n'était qu'un chamelier arabe, et il a parlé dans son Coran de Jésus de Nazareth, fils de charpentier, dans lequel il ne voulait voir qu'un saint prophète comme Abraham et Elie.
        C'est évidemment à cette simplicité et à cette ignorance qu'ils ont dû leur succès. Le peuple ne comprend pas les savants, qui sont précis et rationnels. Il lui faut une littérature naïve, imagée, avec des histoires qui satisfont son goût du mystère et son désir de connaître l'inconnu. Car il a besoin de certitudes en même temps que de surnaturel.
        Le P. Dor ajoute à sa « doctrine » les démonstrations sans lesquelles elle risquerait de ne recueillir aucun adepte : il accomplit des guérisons miraculeuses. Par la simple imposition des mains, il effectue des cures extraordinaires : « Ayez confiance en moi, dit-il, mangez des légumes et de la margarine ». Comme on voit, c'est une thérapeutique assez sommaire. Il est possible qu'elle réussisse en certains cas, – par exemple d'affections d'estomac résultant d'excès de nourriture. Mais les sceptiques préfèreront, tout de même, les soins d'un médecin, voire de deux ou trois dans les cas graves. Et encore, se diront-ils que la Faculté n'est pas infaillible, et qu'il faut s'abandonner philosophiquement au destin et aux docteurs.
        En définitive, la religion du P. Dor en vaut une autre. Elle n'est ni meilleure, ni pire. Elle est ingénue encore, n'ayant pas jusqu'ici suscité de théologiens. Sa morale s'enchevêtre dans les pratiques d'un mysticisme tout neuf. Elle ne serait dangereuse que le jour où, ayant vaincu les vieux cultes, elle aspirerait à dominer la terre au nom de son absolue vérité et des pouvoirs reçus de son créateur transformé en Dieu tout-puissant. Ces temps ne viendront sans doute pas. Le P. Dor ne court aucun danger d'être mis au supplice, et ses disciples ne serviront pas au dîner des bêtes féroces. Or, il est excellent, pour une religion, qu'elle ait des débuts sanglants et difficiles ; ceux-ci exaltent l'imagination des foules et aident à leur conversion. La douceur de nos mœurs sociales actuelles sont néfastes au développement indéfini d'une Eglise.
        Mais où donc le P. Dor trouve-t-il ses sectateurs ? Parmi les simples que le catholicisme ne satisfait plus. Celui-ci est une religion établie depuis des siècles, et par conséquent un peu matérialisée. Il se prête peu aux explosions du mysticisme. Il les craint et les condamne, car il y flaire, avec raison, un danger d'hérésie. Il a quelque chose de figé. Son personnel sacerdotal, qui exagère ses prétentions à dominer la société entière, remplit son office religieux avec la conviction apaisée de fonctionnaires que des excès de zèle, sous ce rapport, signaleraient vite à l'inquiète méfiance de leurs supérieurs.
        Les « doristes » sont des catholiques l'hier, des croyants qui fréquentent même parfois et le temple du « Père » et les églises du culte traditionnel.
        C'est pourquoi nous concevons que les Journaux catholiques mènent contre le « dorisme », une campagne passionnés : la concurrence devient sérieuse, et il s'agit de la combattre au risque de lui faire une publicité profitable.
        Le « Rappel » se distingue dans cette campagne. Ses articles prouvent combien Diderot avait raison lorsqu'il notait la clairvoyance des sectateurs d'une religion au sujet de la religion des autres. Il traite les doristes de gogos. Il raille leurs superstitions. Il parle de la déchéance physique de ces végétariens qui deviennent maigres comme des perches à haricots. Il qualifie de farces ridicules les pseudo-guérisons du thaumaturge de Roux.
        Examinons ces quelques accusations. Pour quoi les « doristes » sont-ils des gogos, plus que les adhérents à telle ou telle autre religion qui n'a pas coutume de prodiguer gratuitement ses services ?
        Pourquoi les doristes n'auraient-ils pas le droit de devenir des ascètes comme les anciens moines du désert, dont le chef saint Antoine est une des gloires de l'Eglise ?
        Et pourquoi les miracles du P. Dor seraient-il plus faux que ceux de Lourdes ou de la Mecque ? Les doristes vous disent, si vous les interrogez, qu'ils ont été témoins de cures merveilleuses. L'un d'eux nous a écrit, l'autre mois, à la suite d'un article de douce ironie publié en ces colonnes, que le P. Dor l'avait guéri d'une phtisie au troisième degré, alors que tous les médecins l'avaient abandonné. Est-ce qu'on fait mieux à la grotte ?
        Le « Rappel » affirmera que seuls les miracles catholiques sont vrais. Les doristes riposteront en réclamant pour les leurs le monopole de cette vérité. Les mahométans traiteront d'imposteurs catholiques et doristes en s'écriant : « Il n'y a que les nôtres qui vaillent ! » A quoi les fakyrs indiens répondront : « Pardon, c'est nous qui sommes les détenteurs exclusifs du surnaturel ! »
        Lesquels croire ? Il y a des sincères et des malins chez les uns et chez les autres. Tous s'appuient sur des témoignages qu'ils estiment indiscutables.
        Nous laissons à chacun le soin de se retrouver dans cette querelle, et nous gardons notre scepticisme vis-à-vis de tous les disputeurs. Nous nous abstenons de choisir et de croire, pour une foule de motifs non dépourvus de valeur à nos yeux.
        Le « Rappel », qui attaque le dorisme avec tant de fougue, n'a-t-il pas songé qu'en lisant certains de ses arguments, plus d'un de ses lecteurs pourrait être tenté de réfléchir et de conclure : « Eh ! mais tout ça ne s'applique pas au dorisme seulement !
        L'organe clérical, dans une chronique de Couillet, rappelle qu'autrefois on « brûlait les sorciers ». Oui, en effet. La sainte Eglise rôtissait en grande pompe de malheureux déments et des vieilles à qui l'âge avait brouillé la cervelle. Voudrait-il, par hasard, appliquer ce sort aux doristes ? ? Ou bien voudrait-il conseiller à la foule de leur infliger des brimades, à défaut de pouvoir les envoyer au bûcher ? ?
        Confrère, votre zèle vous entraîne. Vous oubliez que la Constitution, – cette charretée d'ordures ! – garantit la liberté des cultes et des croyances. Que diriez-vous si des malembouchés s'avisaient de troubler vos processions et vos messes ? Vous réclameriez les gendarmes et, dans ce cas-là, nous vous approuverions !
        Et puis, savez-vous que la violence, à votre point de vue, serait une gaffe ? Les doristes persécutés grandiraient en nombre, et qui sait si leur religion, stimulée par le « martyre », ne ferait pas la conquête de l'univers ? C'est pour avoir attaqué les chrétiens en dehors des bornes d'une concurrence permise que les prêtres du paganisme ont ruiné leur cause.
        Souvenez-vous de ce précédent, confrère ! Et soyez convaincu qu'un seul principe est capable d'arracher l'homme aux superstitions et aux thaumaturges : c'est le rationalisme.

    Gazette de Charleroi, 17 juillet 1914 (source : Belgicapress)


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  • Le Père Dor en correctionnelle (La Région de Charleroi (17-11-1916), belgicapress.be)

    issu de l'article de La Région de Charleroi du 17 novembre 1916 (belgicapress.be)


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  • L'école morale devient un cinéma (Gazette de Charleroi, 9 janvier 1921)(Belgicapress)

        L'Ecole morale. – Le Temple de la Vertu érigé par le Père Dor au moyen des fonds fournis par ses « opérés », vient de recevoir une destination depuis longtemps prédite : le foyer du dorisme se mue en cinéma.
        L'aménagement de la salle est conçu dans la note la plus moderne, et un confort inconnu dans les cinés de village caractérise l'ensemble.
        A savoir si l'« opérateur » nouveau vaudra l'ancien, et si le Père a laissé à ses successeurs une ample provision du « fluide » qui attire et retient les foules.

    Gazette de Charleroi, 9 janvier 1921 (source : Belgicapress)


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  • À l'ombre du temple, le Père Dor (La Dernière Heure, 28 mai 1922)(Belgicapress)À l'ombre du temple, le Père Dor (La Dernière Heure, 28 mai 1922)(Belgicapress)

    A L'OMBRE DU TEMPLE

    LE PÈRE DOR NE S’OCCUPE PLUS QUE DE MORALE
    …MAIS IL GUÉRIT LES CHEVAUX MALADES

        Une allée ombreuse aux confins d'Uccle, en ce charmant quartier du Fort-Jaco, où la verdure s'étale, tapissant les vallons, étoilant la cime des arbres.
        – C'est ici, nous dit un passant. Et il nous indique une claire maisonnette en briques rouges, précédée d'un jardinet et flanqué d'un portique. Un écriteau : « L'Ecole Morale » désigne à l'étranger la retraite du messie.
        Le messie du XXe siècle : ni plus, ni moins. C'est ainsi que s'intitule Celui (typographes, accordez une majuscule à cet homme-dieu) qui va bientôt nous recevoir.
        – Bientôt, dans quelques minutes, à votre tour, nous a dit l'accorte jeune fille tout de blanc vêtue qui est accourue à notre coup de sonnette.
        La salle où nous faisons antichambre est simple et proprette. Deux rangers de dix bancs, une horloge, un tronc et un poêle constituent tout le mobilier. Il y a aussi un bureau où s'étagent de multiples volumes sous bandes et devant lequel s'est remise à broder la jeune portière. Aux murs blanchis à la chaux sont appendus quelques cadres où se lisent des préceptes et un tableau où le messie du XXe siècle est représenté, grandeur naturelle, la main droite inclinée, d'un geste protecteur, vers une pauvre femme tenant en ses bras un enfant malade.
        Nous attendons. Un homme en deuil, un enfant, trois femmes d'âge mûr et deux jeunes filles – l'une modestement vêtus, l'autre en brouillard de dentelles – nous ont précédé.
        A chaque « consultation », une porte s'ouvre au fond de la salle, sur un petit cabinet et dans l'entrebâillement apparaît le messie prêt à recevoir le visiteur.
        Notre « tour » est venu ; mais il ne s'agit point pour nous d'une consultation : notre but est uniquement de nous rendre compte de l'épilogue véritable d'un grand procès.
        Et le Père Dor, très aimablement, nous accueille. Sa taille élevée, sa barbe de fleuve, ses yeux gris-fer, son bonnet d'apothicaire, son veston de coutil n'ont rien qui puisse laisser soupçonner un messie, fût-il du XXe siècle. Les cheveux raccourcis à la longueur normale ne donnent même plus l'air d'apôtre ou de grand initié que le Père Dor prenait autrefois.
        Cet autrefois, c'était au temps des procès : celui qui eut lieu devant le tribunal correctionnel de Charleroi, le 16 novembre 1916 ; celui qui se déroula, en appel, à Bruxelles, le 16 mai 1917. Condamné pour exercice illégal de la médecine, le père Dor fut acquitté de la prévention d'escroquerie.
        – J'ai compris ce jugement, nous dit-il. Je ne m'occupe plus que de morale.
        Dans une lettre qu'il adressait sa sœur, Louis Veuillot (qui n'avait point connu le Père Dor) signalait une statistique d'après laquelle « le bon Dieu se permet de tuer encore neuf cents personnes, bon an, mal an, rien qu'en France, avec son tonneur ». Et il concluait : « La science ne serait donc qu'un vain mot ? »
        L'opinion du Père Dor n'est guère différente de celle de l'écrivain catholique. Il estime que la science n'est rien sans la foi :
        – Vous n'êtes donc plus guérisseur ? lui demandons-nous.
        – Je veux détruire ce mot en faisant comprendre qu'il ne suffit pas de supprimer les effets de la maladie, comme font les médecins. Il faut remonter à la cause. Et c'est ici que la morale intervient. Chacun doit se guérir en faisant disparaître ses défauts, ses vices, ses mauvaises habitudes qui engendrent le mal...
        – Votre doctrine est donc celle de l'amélioration du « moi » ?
        – Oui. Mais j'opère aussi sur les effets en coupant la douleur.
        – Ah ! et quelle est votre thérapeutique ?
        – Tout simplement la foi que l'on a en moi. En réalité, je soulage mais je ne guéris pas puisque, comme je l'ai dit, pour guérir, il faut traiter la cause. Néanmoins, je guérir des chevaux que des fermiers m'aconduisent.
        – Il ne peut cependant plus être question de la foi en pareil cas ?
        – Alors, c'est mon fluide qui agit par transmission ; car, vous le savez, nous avons tous un fluide, bienfaisant ou malfaisant, comme la fleur qui dégage une odeur. C'est un fluide d'amour que j'ai en moi ; alors, il suffit que je mette la main comme vous voyez sur cette gravure et paf ! je fais sauter le fluide mauvais. Mais, je le répète, ma force est surtout de démontrer la cause du mal.
        – Au point de vue philosophique, quelles sont vos idées ?
        – Je crois à l'âme, simplement, à l'âme désincarnée et à la réincarnation. Pour moi, Dieu est une invention et c'est pourquoi, contrairement à feu Antoine, mon oncle, le fondateur de l'Antoinisme, j'estime que la prière est nuisible, parce qu'elle ne contribue pas à l'amélioration de l'individu. Je suis l'ennemi du fanatisme, quoique tolérant.

    Ancien restaurateur...

        Ayant cité le nom d'Antoine, le Père Dor nous raconte alors longuement comment, de restaurateur établi près du temple de son oncle à Jemeppe-sur-Meuse, il lâcha son commerce qui lui rapportait plus de 50 francs par jour pour se révéler lui aussi, nouveau messie.
        Un jour, nous explique-t-il, sa compagne étant souffrante, il parvint à la guérir, grâce « à son fluide supérieur à celui d'Antoine ».
        Comme son oncle, Dor s'en fut alors en Russie. Il s'installa ensuite à Bruxelles, rue du Vautour, puis à Roux, pour revenir définitivement à Uccle en 1916.
        – Ici, ajoute-t-il, je ne donne plus qu'une « instruction » par an, le jour de la Toussaint ; mais je donne des « consultations », d'ailleurs gratuites, quatre jours par semaine. Il n'est pas permis de m'offrir ou de me promettre de l'argent ou des cadeaux.
        – Ce tronc qui se trouve dans le temple...
        – Ça, ce sont les oboles pour l'entretien du temple : la peinture, les réparations.
        – Et vous donnez de nombreuses « consultations » ?
        – Des centaines par semaine. J'en donnais des milliers à Roux ; mais je préfère dix adeptes qui me comprennent à dix mille qui ne me comprennent pas. Je ne veux pas, moi, fonder une religion. Je suis adversaire des religions.

        L'auteur de « Christ parle à nouveau » nous remet alors quelques brochures relatives à ses « instructions ». Il y est question de morale, d’esprits dématérialisés, de passions, de sports, d'élections et aussi de la femme qui « doit, après toute querelle, s'avouer coupable comme, en effet, elle l'est toujours » (sic).
        Nous prenons congé du Père Dor et nous revoici, comme devant, attendant le messie qui nous tendra les mains, avec, au bout des doigts, l'ombre et la fraîcheur.
        Car il règne, en cette matinée caniculaire, une chaleur à faire sécher l'encre sur la plume d'un journaliste.          R. H.

    La Dernière Heure, 28 mai 1922 (source : Belgicapress)


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  • Un enterrement doriste (Gazette de Charleroi, 8 juillet 1914)(Belgicapress)La religion nouvelle !
    Un enterrement doriste...

        On commence à s'alarmer sérieusement des théories dangereuses de l'Antoinisme et de ses succédanés. Des gens se laissent mourir de faim, des malades reçoivent des prières pour tous soins. Il semble qu'un vent de folie souffle sur toute la région...
        L'Antoinisme était déjà très fort, mais il y a mieux, il y a plus cocasse que lui, c'est la doctrine du « Père Dor »...
        On prie beaucoup selon cette nouvelle religion, mais on réduit tout ce qu'on peut à la plus grande simplicité.
        La mort, pour les Doristes, n'est qu'un détail auquel il ne faut attacher aucune importance...
        C'est ainsi que la femme d'un officier de police de Couillet, converti au « dorisme » était morte, dimanche, personne n'en fut avisé, à part le bureau de l'Etat-civil.
        Le mari continua son service comme à l'ordinaire, et on ne connut la nouvelle de la mort que hier matin en voyant un corbillard arriver devant chez lui.
        Le corbillard « chargea » une caisse rectangulaire servant de cercueil et fila seul, vers le cimetière, sans aucun accompagnement.
        Le mari était resté chez lui. La maison était ouverte, les volets n'étaient pas clos.
        Sa femme était morte, mais le « dorisme » enseigne qu'il ne faut pas pleurer les morts...

    Gazette de Charleroi, 8 juillet 1914 (source : Belgicapress)


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  • Père Dor - voyage aux États-Unis

    carte postale envoyée par Jean Dor à sa soeur (Joséphine Dor) et son frère (Pierre Dor, le neveu de Louis Antoine).
    Merci à Henri Paulissen  (petit-fils de Joséphine Dor et Pierre Paulissen) pour avoir partagé ce document.

        On sait d'un fascicule rédigé par le Frère Céleste LOBET que l'américaine Soeur Guillaume et sa fille Cécile Litienne auraient fait la connaissance du Père par l'intermédiaire de Pierre Dor, en 1903. Le mari de Mme Guillaume, en faisant la traversée du Havre à New-York, parla avec le neveu de Père Antoine.
        À Jemeppe pour se faire guérir par le Père, la fille Cécile raconte : "Nous avons pris une chambre chez Jean Dor qui tenait commerce au coin. Au bout de quelques semaines, Maman allait très bien ; elle marchait partout où elle voulait, aller même monter la grande côte avenue Smeets." (L'avenue Smeets désigne la rue Rousseau qui monte vers le quartier Bois-de-Mont). Les recherches de Henri Paulissen n'ont cependant pas pu confirmer une traversée de Pierre Dor vers les Amériques. Et en 1903, Jean devait être aux États-Unis. Les souvenirs de la famille de soeur Guillaume sont certainement flous : la fille aurait inversée dans son récit les noms des frères Dor.

        Par le site du C.A.H.P.M. (Cercle Archéohistorique des Pays de Meuse) et les renseignements données par le petit-fils de Joséphine Dor, Henri Paulissen, on apprend que ce Jean Joseph Dor, le cadet de Marie Josèphe Antoine (épouse de Pierre Joseph Napoléon Dor et soeur de Louis Antoine), partit pour le Mexique. Embarquant au Havre avec le paquebot "La Savoie" le 2 novembre 1901, il est arrivé à New-York le 9 novembre 1901. Il a envoyé une carte postale à son arrivée à New-York, puis n'a plus donné de ses nouvelles. Il serait parti en Basse Californie du Sud vers Santa Rosalia.
    source : http://kiminvati.com/paysdemeuse/Pages/ZDIV7CPh12e.php

        Affecté sur la ligne de l'Atlantique Nord, "La Savoie" prend son service avec un premier départ du port du Havre le 31 août 1901, il arrive à New York après 6 jours et 11 heures de traversée. Le voyage de retour au Havre s'effectue en 6 jours 13 heures et 2 minutes.


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  • Le Dorisme à son déclin (Le Messager de Bruxelles (28-11-1916) warpress.cegesoma.be)

    Le Dorisme à son déclin

        Nos lecteurs ont suivi avec un intérêt croissant parfaitement compréhensible en ces temps où les diversions aux sombres préoccupations qui nous alarment sont avidement saisies, les débats trop suggestifs, hélas !! d'un procès curieux intenté à Dor, l'homme impénétrable, qui se fait appeler le Messie du XXe siècle, le Christ réincarné, etc.
        Ces débats nous ont révélé la triste mentalité des foules à l'égard d'un adroit farceur, d'un illuminé, qu'il soit sincère ou non. Mais, en réalité, peu de personnes se rendent compte de ce qu'est le Dorisme qui, aux dires des adeptes du Père Dor, est appelé à devenir la religion de demain !
        De Socrate à Spencer, les philosophes de toutes les époques et de toutes les nations se sont ingéniés à élaborer des systèmes de morale dont l'application des principes à la vie humaine doit assurer à l'homme un bonheur parfait, une félicité absolue. En sondant ce qu'il prétendait être son ignorance, le savant Socrate fit cette découverte qui donne la clef des différentes variétés de morale : « Il y a des lois non écrites supérieures aux lois écrites et qu'il faut toujours observer. » Au nombre des lois non écrites figure l'éternelle et immuable loi Morale. Si l'on considère qu'une loi écrite reçoit autant d'interprétations qu'il se présente d'interprétateurs, à plus forte raison une loi non écrite, et qui laisse ainsi le champ libre aux imaginations fantaisistes, est-elle l'objet de divergences de compréhension lorsqu'il s'agit de la traduire en langage clair. Il est généralement admis que toute morale doit être l'expression du Souverain Bien. C'est à partir d'ici que les philosophes s'abandonnent à leur inspiration personnelle. De leurs travaux ont surgi différentes écoles morales, écoles classiques connues sous les appelations : morale formelle, morale du plaisir, morale sentimentale, utilitarisme. eudomonisme, esthéticisme, égoïsme, altruisme, etc. Dans les etc., il faut comprendre non seulement la morale positiviste, la morale évolutionniste, d'autres encore, minutieusement cataloguées, mais aussi quantité de systèmes que l'on a pu étiqueter qu'en faisant dériver leur terminologie du nom même de leur auteur, tels l'Hobbisme, l'Hégélianisme. Ceci suffit à justifier la qualification de Dorisme appliquée à l'ensemble des principes de morale d'après la conception d'un particulier, d'un citoyen du nom de Dor. Le Dorisme est lui-même issu de l'Antoinisme, duquel il se diffère que par des points de détail, le fond des deux doctrines étant le même : recherche du bonheur par l'amélioration spirituelle. Mais ce bonheur idéal n'est pas ce que le vulgaire profane s'imagine. Plaisir, douleur n'ont plus la signification attribuée jusqu'ici à ces vocabules, car c'est dans la douleur qu'il faut chercher le plaisir, tandis que c'est sous le manteau du plaisir que se cache la douleur.
        Les philosophes des siècles passés avaient accoutumé l'humanité à discerner le Bien et le Mal. Nos prophètes contemporains ne connaissent plus le Mal, celui-ci n'étant qu'une nuance d'un Bien Universel. Tous les mots usuels seront de la sorte l'objet d'un renversement. Ainsi, d'après la nouvelle Ecole, vivre c'est mourir ; mourir, c'est renaître à la vie. De telles modifications apportées à la valeur des mots doivent fatalement avoir pour conséquence le bouleversement des concepts.
        Au temps où Antoine « révéla » sa morale, on ne manqua pas de le traiter de fumiste et d'illuminé. Il n'en recruta pas moins un nombre considérable de disciples, et l'Antoinisme pris une ampleur telle qu'à certain moment le gouvernement belge fut sollicité par une requête couvet de 130,000 signatures, d'accorder la reconnaissance officielle de la religion nouvelle. Le Dorisme et né de l'Antoinisme : affaire d'imitation d'abord, de concurrence ensuite.
        Neveu d'Antoine, Dor était un fervent disciple de son oncle, lorsqu'un jour le démon « Evolution », petit-cousin du tentateur « Progrès », s'infiltra en l'âme du néophyte, du disciple fit un Maitre, et le Fils à son tour devint Père. En se posant en rival d'Antoine, le nouveau Père Guérisseur et moraliste, n'entendait pas ajouter une religion aux 900 et plus existant déjà, ni donner naissance à une secte particulière, pas même fonder une société quelconque : il ne manifestait d'autre ambition que d'ériger un temple à la vertu. Mais c'est là simple question de mots ; qu'on le veuille ou non, dès l'instant ou plusieurs personnes se réunissent dans un but commun, ils forment société ou secte. Et de secte à religion, il n'y a que l'épaisseur d'une brique. La brique a multiplié et le monument connu sous le nom d'Ecole Morale (Jeu de Massacre a dit M. Bonnehill) est la plus flagrante contradiction des affirmations doristes.
        – La thérapeutique doriste repose sur l'observance de la Loi Morale ; soyez dans la loi, et vous jouirez d'une excellente santé. Force est donc aux malades désireux de guérir, de s'initier à cette loi et de s'y conformer. Le Souverain Bien consistera en l'amélioration de soi-même, ou mieux, en l'épuration de l'âme, non au cours d'une seule vie, mais à travers un cycle d'existences d'autant plus nombreuses que l'âme sera lente à se désintoxiquer. Il y a donc à admettre avant tout le principe de la réincarnation, basée sur la loi du Progrès, clame le Père Dor.
        La morale doriste adopte comme formule : Etre sans rancune. Pour se trouver dans cet état d'âme, il faut pratiquer la Tolérance. Encore un mot à la valeur élastique, car chacun comprend à sa façon et voit les choses de même. Etre tolérant, par exemple, ce sera battre en brèche toutes les cérémonies du culte catholique !
        Les premières « instructions » doristes ont paru en 1909 en une brochure ayant pour titre « le Devoir ». Dans cet opuscule sont exposés les principes d'une morale bourgeoisement sage et qui ne froisse les opinions philosophiques de personne.
         Il y est question de Dieu, « source de vie », en qui il faut croire, car cette croyance, c'est la consolation, l'espérance de ceux qui souffrent, le suprême refuge des affligés, des abandonnés. C'est du Dorisme de la première heure et rien dans ce « premier livre » ne laisse percer les sentiments révolutionnaires, on si l'on veut une expression atténuée, les projets rénovateurs du Père. Certains malades guérissent, d'autres sont soulagés. Pour un grand nombre, c'est le statu-quo. A ceci, il y a une cause, et cette cause n'est rien autre que l'état de trop grande imperfection de l'âme. La maladie, en ce cas, est une « épreuve » qu'il faute supporter avec résignation, cette épreuve étant une condition « sine qua non » d'amélioration future. La mort, ou « désincarnation » qui s'ensuit doit être considérée comme une grâce accordée à l'âme, une libération si l'on veut, un « salaire » qui lui permettra, pour son « avancement », d'aspirer à une prompte et propice réincarnation. Il fallait faire accepter ce principe de réincarnation par ceux-là même qui appartenaient à une religion considérant comme blasphématoires les théories de la métempsychose. La réincarnation ne se prouve pas scientifiquement, mais s'explique, et cette explication est plus facilement acceptée qu'elle émane d'une source inspirant confiance ! L'argument décisif sera l'interprétation donnée par Dor aux paroles de Jésus-Christ conversant avec Nicodème : « En vérité, en vérité, je vous le dis, personne ne peut voir le royaume de Dieu s'il ne naît à nouveau », paroles d'évangile... apocryphe. Cette citation de source divine, texte authentique ou non, ces paroles du Fils de Dieu convainquirent les... Enfants du Père Dor, et, actuellement, nombreux sont les chrétiens qui ont versé dans le Dorisme, en conservant cette idée qu'ils continuent à vivre en Jésus-Christ, tout en suivant les enseignements doristes. Jésus devient ainsi l'allié, le protecteur de Dor. L'idée germe même dans les esprits que l'on pourrait bien être la réincarnation de l'autre, car Jésus a dit aussi : « Je reviendrai parmi vous pour vous entraîner, par l'exemple de mes vertus, vers des mondes supérieurs à celui-ci. » Dor n'est-il pas Celui qui doit venir ? La question est posée, comme par hasard, lors d'une instruction. Le Père, qui « a surmonté » tout orgueil, toute vanité, sur qui l'envie et l'ambition n'ont pas, n'ont plus de prise (c'est lui qui le déclare du moins) n'a garde de répondre à cette question discrète autant qu'indiscrète. Il indique simplement le moyen d'être fixé sur ce point délicat : « C'est par la pratique des instructions de ce livre précieux, qui s'appelle Charité, que vous connaîtrez la réponse à la demande que nous m'adressez. Ce livre qui s'appelle Charité, est le volume in-8° de 220 pages, paru sous le titre : « Christ parle à nouveau » (dont de nombreuses citations ont été faites au Tribunal tour à tour par les défenseurs du prévenu et de la partie civile), révision et amplification des brochures antérieures. Le conseil est bon, les adeptes en font leur profit, et un certain jour, en réunion publique, l'un d'entre eux apporte la conviction qu'il s'est formée après avoir lu et relu l'ouvrage signalé à l'attention des curieux. Il dit : Vous voulez nous cacher votre essence surnaturelle, c'est-à-dire qui vous êtes, mais vos enfants vous ont reconnu, et vous le crient bien haut : Vous êtes le Christ, vous êtes le Conducteur du Monde, vous êtes le Messie du XXe siècle ». (Page 27, brochure bleue, discours de la Toussaint).
        Lors de l'audition des témoins, le Tribunal a connu aussi pareilles émotions !
        La loi Morale est un précieux atout en mains du malade qui cherche la guérison. Le maître a tout, l'as, un brelan d'as même, se trouve dans le jeu du guérisseur, c'est-à-dire dans le travail personnel du Père, que nous analyserons ci-après :
        Les lacunes de la pharmacopée, l'efficacité inopérante de maints médicaments ont de tout temps inquiété et les malades et les médecins. Molière ne manqua pas de noter le fait et de commenter à sa façon en imaginant les pilules de « matrimonium » que Sganarelle, « médecin malgré lui » administrait avec succès dans certain cas d'affection... cordiale compliquée d'aphonie simulée. Un siècle plus tard. Mesmer, médecin authentique, s'inspirant de Molière et reprenant la « théorie des fluides » émise par Paracelse au début du XVIe siècle, inventa un baquet magique dans lequel se trouvaient concentrés les fluides guérisseurs captés par des procédés occultes, ou tout au moins procédés tenus soigneusement secrets. Depuis ce temps, la théorie des fluides, le magnétisme, l'hypnotisme, la suggestion ont fait du chemin. Pendant que les facultés de Paris et de Nancy s'occupaient de ces questions au point de vue scientifique, l'Amérique les étudiait plus pratiquement du point de vue commercial. C'est l'Amérique qui lança les institutions connues sous les noms de « Christian » et « Mental Scientists », « Magnetic » et « Thelepatic Healers », dont Antoinisme et Dorisme sont des décalques, des adaptations nationales, des contrefaçons belges.
        Toutefois, le Dorisme se défend d'une telle filiation, et le Père nous dit : « Sachez que je suis le guérisseur, et non pas un médecin, ni un thaumaturge, ni un magnétiseur ». Il ajoute : « Suggestion, mot des hommes sceptiques, c'est-à-dire doutant du vrai comme du faux ». Lui, le Père, travaille non avec le « mot », mais avec la « chose », essence même du mot, la chose... « le fluide Amour aux effluves bienfaisantes et régénératrices ». Soyons conciliant, acceptons l'hypothèse du fluide, cause essentielle, mais ne rejetons pas la suggestion, cause officiente sans laquelle le fluide le plus radiant reste en stagnation. Fluide et suggestion, le contenu et le contenant se complètent donc l'un et l'autre, mais chose curieuse, si le fluide ne peut agir sans qu'il y ait suggestion, la suggestion opère parfaitement sans le concours du fluide qu'elle est censée recéler.
        Les suggestions doristes agissent selon le degré de suggestibilité des malades ou patiente. Tel sujet sera déjà vivement frappé à la seule que du monument « Ecole Morale » ; tel autre sera ébranlé jusque dans ses fondements par la gravité de ce lieu ; un troisième se sentira frôlé par le fluide au simple contact de la médaille-numéro de réception qui lui sera remise à l'entrée du temple ; tous éprouveront des picotements à la plante des pieds en franchissant le seuil du cabinet de consultations, la plupart se sentiront comme anesthésiés à l'apparition spectrale du Père ; beaucoup se verront dans l'impossibilité d'articuler une syllabe : c'est le fluide paralysant qui agit. En cet état semi-cataleptique, bien que parfaitement éveillé, le malade oublie son affection, il ne sent plus rien, ses douleurs ont disparu, est guéri instantanément et comme par « enchantement ». Le Père, lui, n'a rien dit encore, le voici qui parle : « Allez, tout ira bien, pensez à moi », ces paroles ponctuées d'un geste bénisseur. C'est là le traitement applicable aux cas bénins : mal de dent, torticolis, « resticlage ». Les affections réellement sérieuses, les maladies graves, nécessitent un traitement de longue haleine, comportant l'emploi de suggestions verbales savamment appropriées. Le Père alors questionne, s'enquiert des antécédents moraux, du régime alimentaire, des habitudes sociales. La petite enquête terminée, il découvre sans plus tarder la cause du malaise : imperfection de l'âme, cause d'ordre moral invariablement doublée d'un autre d'ordre physique.
        De temps en temps, en présence de cas épineux, le Père, prudent, se déclare incompétent et envoie le malade à un médecin : Commencement de la fin du Dorisme. Emoi des adeptes, série de questions s'enchainant dans un ordre logique. Le Père, malin comme pas un, répond : « J'envoie au médecin pour des raisons que je ne puis dire parce qu'il est en cette vie des choses qu'on ne peut divulguer... » En termes moins fluidiques : Ceci ne vous regarde pas. Et le secret professionnel donc !
        Que prend le Dorisme ? « La restauration » de l'âme par la culture exclusive et intensifiée d'une unique faculté, l'amplification à outrance du sens moral, ce qui engendrerait une monstruosité psychique sans nom.
        Figurons-nous un corps humain sans bras ni jambes, et nous obtiendrons le pendant matériel de l'âme « dépouillée de ses imperfections » ; jolie perspective de l'amélioration de notre personnalité.
        Quel est donc le véritable auteur du méfait imputé au Dorisme ? « Cherchons » et nous découvrirons « la cause » dans le Dorisme n'est qu'un « effet », cause à laquelle son caractère d'abstraction évite le désagrément d'une comparution à la barre : l'ignorance des masses, mère de la crédulité de foules.
        « Etudions » ! et quand l'Ignorance aura cédé le pas au Savoir, les Aliborinismes présents et à venir auront vécu.
        Et enfin « observons » ! Observons l'évolution du Dorisme, sa naissance, son développement, son désagrégement, et nous devrons convenir que le système incriminé n'est qu'un infime incident de la vie universelle. Observons et nous n'aurons pas besoin d'être devin ou prophète pour nous apercevoir que l'incident va se clore de lui-même et que le spectacle touche à sa fin. Le denier acte commence : Le Dorisme déménage, on vend le temple que nul ne s'empresse d'acquérir ; le Père cherche dans une retraite « aux environs d'une forêt et d'une vaste campagne » un milieu favorable au rétablissement de sa santé physique qu'il sent « s'affaiblir d'une façon rapide ». Sans préjuger de l'épilogue qui va se dérouler après le délibéré que prononcera vraisemblablement M. le Président du Tribunal Correctionnel de Charleroi et qui clôturera les « opérations multiples » du Père, nous pouvons cependant affirmer sans trop craindre de nous tromper, que d'autres illuminés, succédant à Antoine et à Dor, réapparaîtrons sur la scène, afin d'exploiter comme leurs devanciers la crédulité des foules.
        Un grand penseur n'a-t-il pas dit :  « la bêtise humaine est incommensurable ! Stulto rum numerus est infinitus !

                                                                     R. M.

    Le Messager de Bruxelles, 28 novembre 1916
    Source : warpress.cegesoma.be


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  • Roux-Wilbeauroux (Carte industrielle du bassin houiller de Charleroi par Félix Jottrand)(gallica)
    extrait de la Carte industrielle du bassin houiller de Charleroi par Félix Jottrand

        Le Père Dor s'installe à Roux-Wilbeauroux en août 1909. Père Dor qui s'identifiant avec le Christ, considérait son oncle comme son saint Jean-Baptiste. Ayant laissé pousser barbe et cheveux, et s’étant revêtu d’une robe noire, il va dispenser son enseignement spirituel et recevoir les malades.
        On connaît de lui notamment une photo bénissant un malade comme le Christ guérisseur. Un petit fascicule, Catéchisme de la restauration de l'âme, est de couleur verte, et indique Un seul remède peut guérir l'humanité : l'amour du bien (c'est-à-dire désintéressement). Oh ! Amour du bien fluide béni et consolant : Heureux ceux qui te connaisse. Pour eux, la voie est éclairée, car tout le long de leur route, ils peuvent lire les moyens d'arriver au but. Cet amour résume tous les devoirs de l'homme et le mène sûrement à Dieu, c'est-à-dire à la charité pure.
        Lorsqu'il a fait construire le temple de l'Ecole morale, « le Temple de la vertu. Culte de la miséricorde » en 1912, pouvant accueillir cinq à six cent personnes, les visiteurs (pour la majorités de la classe bourgeoise : des commerçants, des adjoints de police, des chefs de fabrication, etc. dont certains ont été spirites et/ou théosophes, plusieurs ont connu son oncle, le Père Antoine) reçoivent une carte avec un numéro d'ordre. Il donnait 300 à 400 consultations quotidiennement. Pour guérir, il faut avoir foi en lui. On le consulte tous les jours ordinaires, excepté le Samedi, de 7 heures du matin à midi. Tous les Dimanches à 2 h. 30, il y a opération générale suivie d'une instruction morale. Un éclairage particulier de la grande salle de l’Ecole morale le fait baigner de clarté quand il arrive à la chaire. Les offices de la Toussaint ont une grande importance dans le culte doriste.
        Il ne demande pas d'argent mais vend 2 fr. 50 un livre de prières et sur sa doctrine, ainsi qu'un journal hebdomadaire, et des troncs récoltent les dons (les troncs sont remplaçaient ensuite par un plateau parcourant la salle à vue de tout le monde). On vend à Roux un portrait le montrant bénissant un enfant dans les bras de mère agenouillée. On appose sur un paquet de margarine une vignette : „Margarine du Père Dor”.
        On sait par un témoignage à son procès qu'au moins une fois un pèlerinage à sa maison natale, à Mons-Crotteux-lez-Liége, le 15 août 1914 (Dor empocha le prix de plusieurs coupons destinés à payer le voyage). Une adepte porte dans un médaillon le portrait du Père Dor.


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  • Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    Avis et Cachet dans Christ parle à nouveau (1913)

    Uccle (Fort-Jaco) Rue du Moulin (Tram 6)

    La photo est prise au bout de la Vieille Rue du Moulin, au niveau de la Chaussée de Waterloo.


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  • Henegouwen - Het Antoinisme (Belgisch dagblad, 9 juin 1916)

    Henegouwen.

     Het Antoinisme.

        Het Parket van Charleroi heeft een bevel tot inhechtenisneming uitgevaardigd tegen twee personen van Morlanwelz. Zij worden beschuldigd wegens ontvreemding van rijst, een zaak dateerende van de maand December, toen op aanklacht van het Amerikaansch Komiteit, een wagon rijst, welke op het punt stond verzonden te worden, in de statie van Morlanwelz in beslag genomen werd. Di wijze van optreden is dezelfde zooals overal inzake van opkoopingen: opkoospers die lieden zochten, die de hoeveel heden rijst, waarop zij recht hadden niet kochten, en welke zij dan aan groothandelaars gaven, die ze dan tegen de overdreven prijzen, zooals men die in den handel vraagt, verkochten. Het onderzoek van deze zaak zal wellicht tot nieuwe aanhoudingen aanleiding geven, daar binnen kort nieuwe getuigen zullen gehoord worden.
        Vader Dor is vroeger een werkman geweest, van zijn eigen naam Pierre Dor, die, zegt men, een verwant is van „Pere Antoine” de stichter van het Antoinisme, en die hier sedert eenige jaren een sekte „Lorisme” geheeten, ge sticht heeft; welke eenige overeenkomst heeft met den godsdienst van den Apostel van Jemeppe a/d Maas. Vader Dor wordt thans wegens het onwettig uitoefenen der geneeskunst vervolgd. Heden, toen hij de verhoorzaal verliet, heeft een menigte zijner aanhangers, welke om het Paleis van Justitie geschaard was, eene manifestatie van sympathie voor Vader Dor gehouden, en terzelfdertijd van protest tegen de vervolgingen waarvan hij het voorwerp is. Vrouwen begeleidden hen, bloemen werden hem aangeboden, kreten aangeheven, in 't kort te veel leven voor niets.
        Verleden Woensdagmorgen heeft de politie van Gosselies naar Marchienne een arme gekke vrouw teruggebracht die op de markt van Gosselies opgeraapt werd, waar zij, in het hartje van den nacht, aan het gillen was. Als identiteitsbewijs had de ongelukkige niets anders bij zich dan het portret van Vader Dor. Zij was een zijner volgelingen, of eerder, een slachtoffer van zijne theorieën.

    Belgisch dagblad, 9 juni 1916

     

    Traduction :

        Le père Dor était un ouvrier, de son vrai nom Pierre Dor, qui serait un parent de "Pere Antoine", le fondateur de l'antoinisme, et qui a fondé ici il y a quelques années une secte appelée "Lorisme" [sic], qui présente une certaine similitude avec la religion de l'apôtre de Jemeppe s/ Meuse. Le père Dor est actuellement poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Aujourd'hui, lorsqu'il a quitté la salle d'interrogatoire, une foule de ses partisans, réunis autour du Palais de Justice, a organisé une manifestation de sympathie pour le père Dor, et a en même temps protesté contre la persécution dont il fait l'objet. Des femmes les accompagnaient, on leur offrait des fleurs, on criait, bref, beaucoup trop de bruit pour rien.
        Mercredi matin dernier, la police de Gosselies a ramené à Marchienne une pauvre folle qui avait été ramassée au marché de Gosselies, où elle criait au milieu de la nuit. Comme preuve d'identité, la malheureuse n'avait rien d'autre sur elle que le portrait du père Dor. Elle était l'une de ses adeptes, ou plutôt, une victime de ses théories.

    Journal belge, 9 juin 1916


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  • Christ parle à nouveau - du Beau, du Bon et du Soulagement

    morceau de carton illustré collé sur la page de l'exemplaire de Christ parle à nouveau


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  • Père Dor (photographie)

        Cette photographie était inséré un dans un exemplaire du livre Christ parle à nouveau. Elle était accompagnée d'un bout de papier avec écrit : Abbé Thomas à Soheit. S'agit-il donc de cet abbé Thomas ? Le col blanc peut nous le faire penser. Jean-Paul D'Haeyer me confirme en tout cas qu'il ne s'agit pas du Père Dor.


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  • LE PÈRE ou le Messie du 20ème siècle

        Il s'agit de la même photo (plan plus large), prise dans le Temple de la Vertu, qui a été inséré dans son fascicule Discours du jour de la Toussaint. On y voit le parquet et le chauffage central, sujet de la discorde entre Mme Délisée et le Père Dor, qui aboutira à un procès.


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  •     Un indice pourquoi le Père Dor s'est installé particulièrement dans le quartier du Fort-Jaco, à Bruxelles. Ce quartier, proche de la Forêt de Soignies, abrite sur l'Avenue Jacques Pastur 43-45-47-49 le sanatorium Fort-Jaco depuis le début du 20e siècle.
        Créé par le docteur Théodore Marin de Mont, sur une parcelle défrichée du bois de Fond’Roy (Vronerodepark), l’établissement accueillaient plusieurs centaines d’indigents en proie à des problèmes psychologiques, psychiatriques ou de dépendances.
    source : https://document.environnement.brussels/opac_css/elecfile/IF_EV_Parcs_Parc_Fond_Roy_FR.PDF

        L'établissement porte ensuite le nom de Clinique psychiatrique Fond’Roy, puis actuellement de Centre Européen de Psychologie Médicale « PsyPluriel-Pastur » (http://cluster006.ovh.net/~psypluri/).

    Le Fort-Jaco. Uccle-lez-Bruxelles. Vue d'ensemble de l'Etablissement


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  • Avis sur l'Antoinisme (par Le Père Dor ou Le Messie du XXe siècle)

        Dans le livre rassemblant quelques écrits du Père Dor, on peut lire un passage dans lequel il donne son avis sur l’Antoinisme, le premier acheteur du livre que je possède donne les pages en question :

    Question.
        Père.
    - Un de ces derniers dimanches, je me trouvais tout près d'une sorte d'église d'où je vis sortir un petit groupe d'hommes et de femmes revêtus de costumes peu ordinaires. Curieux, je m'adressai à l'une de ces personnes et lui demandai à quelle religion elle appartenait. Un homme s'avança et me dit : « Nous sommes Antoinistes, notre enseignement est celui du Christ, révélé, en ce temps, par la foi. »
        Je lui demandai ce qu'il entendait par la foi, il me répondit qu'il n'en savait rien, et ajouta :
        « Dire que l'on a la foi, c'est démontrer qu'on ne l'a pas, car il faut avoir la foi pour comprendre la foi. »
        Comme il ne m'appartenait pas d'entrer en matière de discussion avec cet homme sur sa réponse, je me contentai de me taire, quoique n'ayant rien compris pourtant, et le laissai continuer à parler de la puissance de la foi, seul remède, dit-il, pouvant guérir l'Humanité !
        Il me causa de la vertu, de l'épreuve, de la prière, aussi de l'esprit du Père Antoine.
        Après quelques questions que je me permis de lui poser sur l'esprit du Père Antoine, il me dit : « Notre est proclamé chez nous le sauveur du monde, nous Ie considérons comme étant Dieu, car sans cesse il veille nous. – Lorsque, affaiblis, nous allons à lui, pleins de confiance, nous le prions avec amour, et il nous soulage, nous guérit, il nous relève et ramène l'espoir dans nos cœurs en détresse, etc. »
        A ce sujet, mon Père je voudrais savoir si réellement un esprit, celui du Père Antoine ou un autre, peut avoir, par la croyance en lui, par la prière, le pouvoir de rendre la santé aux malades et de ramener l'espoir dans tous les cœurs endoloris ?

    Réponse.
       
    Comme l'on sait que je suis le neveu du Père Antoine, j'ai eu, à plusieurs reprises, l'occasion de causer de lui avec des personnes me rendant visite.
        Au cours d'une conversation avec l'une d'elles, elle me dit qu'elle avait une amie qui vénérait l'esprit du Père Antoine, et que, quand elle le priait pour un embarras quelconque, elle était souvent exaucée, et elle s'avouait coupable, en se disant qu'elle ne priait pas assez, quand elle ne recevait pas satisfaction.
        Cette personne me demandait ce que je pensais du Père Antoine, c'est-à-dire de son esprit, puisqu'il est désincarné.
        Je lui répondis ceci :
        Si les personnes qui prient l'esprit du Père Antoine pouvaient se rendre compte de son état d'âme, je vous assure qu'elle prieraient pour lui plutôt que pour elles-mêmes.
        Pensez bien, lui dis-je, que le père Antoine a été, dans les dernières années qu'il a vécues sur la terre, sous influence dominatrice d'un esprit sectaire, d'un esprit tout-à-fait contraire à l'amour du prochain et par lequel il s'est laissé surprendre, autrement, il n'aurait jamais commis la bêtise de créer une religion nouvelle : l'Antoinisme.
        Je dis la bêtise, car, comme je l'ai toujours dit, toutes les religions, indistinctement, sont l'effet d'un parti-pris, et le parti-pris n'existe que dans l'homme prétentieux, ambitieux, orgueilleux et ayant le fond dominateur.
        Or, bien compris, les sectes, les religions, comme l'athéisme, étant menées par l'esprit de parti, ne peuvent être, les unes et les autres, qu'exploitation obscure séduisant les hommes peu réfléchis. Donc, quiconque professe une religion est dupe d'une invention néfaste, malheureuse, qui cause un retard considérable pour son bien-être moral, c'est-à-dire pour son bonheur présent et à venir.

        Voilà ce qu'il faut retenir des effets de toute secte, de toute religion, voilà aussi l'œuvre du Père Antoine, et c'est ce qui est regrettable pour lui, attendu que celui qui commet une faute aussi grave : avoir créé un culte, une religion, ne peut être qu'obsédé lorsqu'il est désincarné ; car chacun est responsable de toute idée, de tout enseignement contraire à la loi morale, si d'autres sont victimes de ces idées, de ces enseignements.
        Quant aux guérisons, aux grâces que l'on obtient, en priant l'esprit du Père Antoine, je puis vous dire avec certitude, avec justice, que ce sont là des inventions.
        Tous ces racontars sont donc une grosse farce, une comédie jouée avec ruse, avec intérêt, afin d'influencer les esprits faibles de compréhension.
        Il faut remarquer, noter, que les personnes qui prient avec foi les Saintes et les Saints proclamés miraculeux, sont, dans les mêmes conditions, exaucées dans leurs demandes, dans leurs prières, que celles qui prient le Père Antoine.
        Et pourtant, ni Saints, ni Saintes, n'existent pas plus que des montagnes sans vallées.
    Une bonne preuve que Saints et Saintes n'existent que dans l'imagination des gens qui y croient, c'est que ceux qui les ont dans leurs chapelles, dans leurs églises, n'y croient pas eux-mêmes.
        En effet, jamais on n'a vu le propriétaire d'une de ces chapelles, ni un prêtre, s'adresser aux Saints, lorsqu'ils sont malades. Au contraire, car malgré que l'on trouve plus de timbrés dans la profession médicale que dans toute autre, ces gens ont recours à la science, aux médecins, chaque fois qu'ils sont indisposés.
        A moins qu'il ne s'en trouve parmi eux comme certains que j'ai connus, et qui, étant menteurs de profession, finissaient, à force de voir qu'on les croyait, par croire eux-mêmes à leurs mensonges.
        Donc, avec un peu de réflexion, il n'est pas difficile d'admettre que ce qui est produit, tout ce qu'on obtient par la prière, par l'invocation de Dieu, des Saints, ou des esprits, n'est que l'effet de la foi.
        Or bien compris, l'Antoinisme, qui a pour base la foi et ses effets, ne peut être autre chose que toutes les autres religions : une tromperie.
        Je plains donc de fout mon cœur les gens qui ont la faiblesse d'y croire.
        Suite à cette instruction, on pourrait me demander ce qu'est réellement la foi ?
        Et bien, la foi fait partie d'une sorte de fanatisme, c'est la superstition même, c'est un fluide matériel qui se marie avec l'âme maladive, peureuse, craintive et paresseuse.
        Toujours est-il que les résultats obtenus par la foi, comme je viens de le dire, sont des obstacles et chose nuisible pour son bonheur présent et à venir ; en plus, les effets produits par la foi ne se font jamais sentir que pour un petit temps, alors quelle avance y a-t-il ? C'est pourquoi j'ai dit que la foi en elle-même est chose stérile pour ce qui concerne le bien-être réel et durable de chacun, car pour l'avoir trop bien servie, on la trouve ingrate et non pas reconnaissante.


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  • CPA Belgique Belgie ROUX CHARLEROI Hainaut - Habitation du Père (Grand Docteur sans médicament - Ecole Morale)-recto

    CPA Belgique Belgie ROUX CHARLEROI Hainaut - Habitation du Père (Grand Docteur sans médicament - Ecole Morale)-recto

    Porte-Bonheur

    The Américan and boss
    The Good meet lisson digne
    The Victory Y Woud
    Soldiers and sailors

     -  -  -  -  -  -  -  -

     Copiez ceci et envoyez le à 9 personnes différentes et à qui vous voulez du bien, à partir du jour où vous l’aurez reçu comptez 9 jours et le 9ème vous aurez une grande joie. Ne rompez pas la chaîne, ceux qui la couperont auront de grands ennuies !
    Cette carte a été transmise par un Américains et doit faire le tour du monde, comme je vous veux du bonheur et du bien, je vous l’envoie.

    ?  ?  ?  ?  ?

     

        Le Père Dor s'est exprimé sur cette prière, dans un toute-boîte intitulé "Chez le Père, à Roux, 28 février 1915." :

        A propos de la prière, je veux vous dire un dernier mot. Depuis un temps, certaines personnes vont passer des prières sous les portes, et dans cette même prière il est dit qu'on doit la lire pendant 9 jours, puis la communiquer à une autre personne, sous menace que celle qui manquera de remplir ce devoir sera frapper par le malheur. Cette menace atteint assez bien de gens qui, par là, commettent la bêtise de repasser la prière comme il est dit et ainsi de suite. Pour les personnes qui sont dans ce fluide, il n'y a là qu'un retard pour elles. Mais pour celles qui ont confiance au Père, il y a non pas seulement un retard, mais un faute, un doute en mes instructions, faute et doute qui pourraient faire que dans l'avenir elles s'écartent de moi et sûrement, retomber dans le piège du Diable. Car cette prière comme les autres, n'est autre chose que l'oeuvre du Démon, c'est-à-dire du mauvais.
        Vous devez comprendre de cela que vous avez tout avantage, si on vous comme ou si on vous passe cette prière, ou plutôt cette fourberie, de la jeter au feu, où quelqu'autre part, sans même la lire si vous voulez. Savez-vous où l'on commettrait une faute ? ce serait de critiquer les personnes qui vous font parvenir cette prière ; ce serait d'en faire une risée, ou de la refuser d'une façon malhonnête. Parce que : quiconque fait une chose, ne croit jamais mal faire.


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  • Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    Uccle-Fort-Jaco - Rue du moulin (le n° 344 est tout à droite)

        On apprend par divers journaux et par les livres du Père Dor que le bâtiment de Roux qui lui servit de Temple est vendu en novembre 1917. En 1929, ce bâtiment devient un cloître pour religieuses (kloosterzusters) nous apprend le Pasteur Verlinden. On a déjà évoqué son état et son utilisation actuelle.
        Le Père Dor a habité ensuite à Uccle (quartier Fort Jaco), Vieille rue du Moulin 344, de 1917 environ à 1947. On lit dans le Bruxellois en avril 1917 :
        " Sur la lisière de Saint-Job, dans un endroit pittoresquement écarté, rue du Moulin, 234, ou pour mieux dire « Drève », — car c'en est une dans toute l'acception du mot, — se dresse une modeste maison basse, construite plutôt en profondeur qu'en hauteur, et dont l'architecture un peu spéciale frappe tout de suite le regard. Sur une sorte de porte cochère, toute pimpante de fraîche peinture, se détache, à hauteur d'homme, une enseigne, qui porte en belles lettres bien lisibles : « Ecole Morale » avec, en dessous, la mention : Le Père reçoit le jeudi de 7 à 2 heures. D'autres indications de jours de la semaine sont supprimées au moyen d'une simple bande de papier blanc collée dessus...
        " C'est là, — dans son sanctuaire, — que le « Père » nous reçoit, — le « Père » tout court, car son pontificat ne semble pas trop volontiers s'encombrer d'une désignation familiale plus précise. On longe le bâtiment dans toute sa longueur, pour pénétrer, dans le fond, sur la gauche, dans une salle, qui a plus d'un prétoire de justice de paix, que d'un temple ou d'une salle d'école. De nombreux bancs sans dossiers, simples, mais confortables, s'alignent là. Dans le fond, au centre, en plein mur, se détache une photo au charbon, presque grandeur nature, représentant le « Père » Dor qui, d'un geste accueillant et protecteur encourage une femme éplorée, qui se traîne, suppliante, à ses pieds. Cela rappelle un peu, — oh ! très vaguement, — le fameux tableau figurant le Christ accueillant d'un geste plein de mansuétude et d'indulgence, Madeleine repentie, se prosternant devant lui... En face de la petite porte donnant accès dans la salle de réunions, dans un coin, se dresse un petit pupitre devant lequel trône une brave dame, dans laquelle, du premier coup d'œil, on reconnaît une fervente adepte. Elle est préposée à la vente des « ouvrages » du Père, dont le prix, — 2 fr. 50 le volume — est affiché bien visiblement sur les murs." (Le bruxellois, 14 avril 1917).

    Le Père Dor y meurt en mars 1947. Jacques Cécius rapporte dans un article : "Lors de sa dernière « Instruction de la Toussaint », en 1936, il dira aux fidèles rassemblés « Tout mon travail consiste uniquement à rendre les âmes lucides et fortes. Lucides afin qu’elles voient clair en elles-mêmes, et soient fortes pour vaincre. Sans cela, je ferais fausse route comme tant d’autres qui se sont révélés « Prophète » ou « Sauveur du monde »."

    Son fils Louis Léon y habite et y décède en 1958 environ. Un deuxième fils, Pierre Joseph Napoléon semble s'y installer. Son fils en tout cas naît à Etterbeek en 1926, il décède à Uccle (mais pas dans cette même maison) en 2017. Il a été Docteur en Médecine, chirurgien à l'Institut Bordet et professeur à l'ULB.

    Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    photo de la façade (merci à Henri Paulissen)

    Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, UccleDorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    photo vue du ciel 1944-1953 (ici.be)                                               photo satellite 1996 (ici.be)

    Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    Vieille rue du Moulin 344, Uccle (Google, Vue globe)

        On aperçoit bien sur ces photos la dépendance à l'arrière de la maison qui servait de salle de réception au Père Dor pendant son activité à Uccle.

    (Merci à Henri Paulissen pour son concours à l'élaboration de ce billet)

    Dorisme - Vieille rue du Moulin 344, Uccle

    Bruxelles - Uccle - Chaussée de Waterloo et vieille rue du Moulin (le n°344 se trouve tout dans le fond)

    Jean-Paul D'Haeyer a laissé un commentaire qui informe sur le passé proche de la maison, merci à lui :

    J'ai eu l'occasion de voir et de visiter cette maison; et la personne qui l'habitait à l'époque (maintenant je l'ignore, parce qu'elle n'avait pas l'air si âgée à l'époque; mais je vous parle d'il y a plus de 35 ans) elle ignorait tout de cette maison, et qu'elle avait abrité un guérisseur ... peut être bien qu'elle en avait fait l'achat à Pierre Louis Napoléon qui si ma mémoire est bonne est le petit fils du Père Dor. (Nota : en fait, Pierre Joseph Napoléon est le 2e fils du Père Dor et Pierre Jean Louis est son fils, donc le petit-fils du Père Dor)

    J'ai d'ailleurs eu l'occasion de l'avoir au téléphone, Pierre Louis Napoléon, (il y a 30 ans ...) et à la question "vous ne savez pas, par hasard où est enterré votre grand-père ?" Il me fût répondu "vous savez on n'est pas fétichiste dans la famille, et moi quand je mourrai on ne saura pas où je suis enterré non plus ..."


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