• Jules Leclercq - N'exagérons rien (Le Fraterniste, 15 août 1912)

    N'exagérons rien

     

        On connait l'histoire affligeante de ce malheureux antoiniste M. Jules Leclercq, demeurant à Paris, 4, rue de la Parcheminerie, inculpé d'avoir laissé mourir son enfant de faim ou, tout au moins, de n'avoir pas réclamé les soins d'un médecin, cas très grave et passible de la prison, paraît-il.
        Heureusement pour M. Leclercq, l'autopsie faite par le docteur Paul a démontré « que la mort était due à une bronchopneumonie, FAUTE DE SOINS (?), mais que le corps ne portait aucune trace de sévices ou de mauvais traitements ».
        Accusé également d'avoir laissé mourir son ainé, le 19 juin, dans les mêmes conditions, l'instruction a dû reconnaitre que cela était faux et qu'il avait été soigné par un médecin du Bureau de bienfaisance du quartier qu'il habite.
        Comment se terminera ce procès ? Il éveille la curiosité.
        Cette affaire m'amène, pour aujourd'hui, à donner une appréciation sur un point délicat de la question des guérisons. Je me garderai bien de donner un conseil, chacun agissant suivant les déterminantes qui le conseillent particulièrement ; simplement, je raisonne :
        La machine humaine doit s'alimenter d'air, de liquide et de comestible, tout comme la machine à vapeur a besoin d'air, d'eau et de combustible.
        À l'humain, Dieu, les Forces cosmiques, Allah, ou le Grand Architecte, etc... etc..., selon que l'on voudra bien le dénommer, en somme : L'Immense Force qui actionne l'Univers et de laquelle nous dépendons, Dieu, dis-je, a placé l'humain dans un milieu où se trouve ce qui est indispensable à son fonctionnement.
        La machine à vapeur, par le charbon qui brûle et l'eau qui bout en elle, si elle n'est pas nettoyée de temps en temps, aura son foyer bouché par les scories qui en empêcheront la ventilation dont elle a besoin, sa cheminée pourra être obstruée par la suie qui s'accumulera et sa chaudière incrustée de dépôts de calcaire que l'eau en ébullition déposera. Il faut donc la nettoyer, la débarrasser de tout ce qui l'empêche de fournir le complet rendement de sa force initiale à l'état de neuf, et, suivant que le charbon fournira plus ou moins de scories, de fumée, et que l'eau déposera plus ou moins de calcaire, selon qu'il faudra nettoyer plus ou moins souvent la machine dans ses parties de chauffe, de formation et de concentration de la vapeur.
        Pour ce faire, est-il besoin d'aller chercher l'inventeur ou le constructeur de la machine à vapeur ? Non, on n'a qu'à la purger de tout ce qui obstrue ses organes de vitalisation.
        Eh bien, il en est de même de l'humain. Suivant le liquide et les matières comestibles qu'il ingère pour entretenir l'action de sa machine, suivant qu'il devra, plus ou moins souvent la nettoyer, la purger de tous les dépôts qu'il y aura accumulés, en employant le moyen qui lui semblera le plus efficace.
        Si, pour la machine à vapeur, on emploie des désincrustants énergiques et violents, à la machine humaine on donnera des décomposants très doux ou plus actifs suivant le tempérament.
        Ce raisonnement établi, ce ne sera donc pas moi qui dirai : N'ayez jamais recours à la médecine. Et pourquoi le dirai-je, puisque moi-même j'emploie le purgatif simple, naturel ? Pourquoi le dirai-je, puisque les malades qui me viennent voir à l'Institut ne sont que les délaissés de la médecine, ceux que celle-ci a abandonnés en leur disant ces mots typiques : PRENEZ ET FAITES CE QUE VOUS VOULEZ ! Puisque je ne reçois que ceux à qui la science médicale du jour s'est déclarée impuissante à obtenir leur guérison.
        Eh oui, de temps en temps, je nettoie mon logement, tout comme on nettoie la machine à vapeur, tout comme la bonne femme nettoie le logement de la famille. Je fais de l'hygiène humaine comme la femme fait de l'hygiène familiale.
        Et voilà, mes amis, mes frères, comment il ne faut rien exagérer, et je dirai :
        Les médecins et chirurgiens en soignant leurs malades travaillent au soulagement des humains. Ils sont destinés à cela par vocation diront les uns, par détermination diront les autres.
        Les guérisseurs sont, eux aussi, des humains travaillant à ce même soulagement de l'humanité.
        Les premiers se servent de médicaments, de scalpels et d'instruments, tandis que les seconds agissent en demandant à la Grande Force bonne du Cosmos de leur venir en aide.
        Aux uns, il faut des forces tangibles, aux autres des forces invisibles, mais les uns comme les autres visent le même résultat à obtenir : le soulagement et la guérison de leurs frères souffrants.
        Il n'y a donc pas plus lieu de la part des guérisseurs de préconiser l'abstinence des médicaments, qu'il n'y en a de la part des médecins de défendre aux malades d'aller chercher ailleurs ce qu'ils n'ont pu obtenir pour leurs consultants. Ces derniers n'ont-ils pas payé de leurs souffrances pour avoir le droit d'agir à leur guise ?
        Ce serait une erreur de croire que quiconque, diplômé ou non ne puisse aider l'humain et le conduire vers la guérison. Tous les humains le peuvent, qu'ils soient médecins, infirmiers, droguistes, palefreniers, charbonniers, ducs ou empereurs. Dieu est partout, partout et en toutes circonstances il peut nous FAIRE aider et nous donner suivant nos besoins.
        Et savez-vous quelle fut une des grandes erreurs de nos législateurs ? Ce fut d'établir le monopole des médecins sur la santé publique et le monopole des vétérinaires sur la santé des animaux, et combien d'autres encore.
        Que l'Etat protège les Arts, les Sciences, qu'il protège tout ce qui est bien et beau : c'est son devoir !
        Mais lorsqu'il crée des monopoles, il enraie tout essor en empêchant les initiatives de se produire et des pensées d'éclore, qui se propageraient pour le bien de l'humanité.
        En rien, n'exagérons.

     

                                                                  Paul PILLAULT.

     

    Le Fraterniste, 15 août 1912

     


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  •  La Revue mondiale (ancienne Revue des revues), 1 mai 1928

    DEUS HOMO

         Pavillon Osiris, au bout de la Salpêtrière. Tandis qu'avec, pour guide, le professeur Gosset, seigneur du lieu, je vais de laboratoire en laboratoire, parfois, dans un couloir, nous croisons quelque malade visiteur et, sitôt qu'il a reconnu mon compagnon, ce passant change de visage, une espèce de dévotion colore sa face, le regard luit tendrement. Dans les sous-sol, comme nous nous dirigeons vers les salles de radiologie, une cinquantaine de consultants attendent leur tour, assis sur des banquettes, dans la pénombre ; le professeur, continuant une explication qu'il me donnait, les enveloppe brièvement d'un regard familier, le voici déjà la main sur la poignée d'une des portes ; mais j'ai eu le temps de voir, de ressentir plutôt, l'efflux de toutes ces attentes, de ces espoirs, vers lui, géant souriant. Où donc ai-je été frappé de cette même onde, de cette sorte de moiteur de ferveur ? Ma mémoire d'elle-même insère à ce que je rencontre ici, le souvenir d'une matinée d'il y a quinze ans... On inaugurait un temple antoiniste, à Paris, rue Vergniaud. Une grande foule emplissait la nef, encore nue. Une très vieille femme parut, vêtue de noir, qui monta dans une chaire, appuya ses mains sur le rebord, ferma les yeux et se recueillit. D'entre la foule, des bras entourés de bandelettes se tendirent vers elle, des béquilles furent brandies. Cette prêtresse était la Mère Antoine, la veuve du dieu qu'on adorait en ce temple ; Antoine, mort quelques années auparavant, « monté au ciel, disent ses exégètes, après sa désincarnation » et continuant, auprès d'un Dieu plus ancien que lui, sa tâche de guérisseur miraculeux. Antoine l’Intercesseur, Antoine le Généreux, l'ancien ouvrier mineur de Jemmeppe-sur-Meuse. Ce temple était le seizième (1) qu'on lui élevait ; les adorateurs présents n'étaient qu'une poignée des sept cent mille Antoinistes répandus dans le monde.
        Cette image m'obsédera et me proposera d'étranges réflexions lorsque, témoin émerveillé de la plus étonnante organisation scientifique, j'aurai quitté le pavillon Osiris et j'écouterai le créateur de cette organisation me préciser les travaux, les expériences des savants qu'il a réunis là. Mais si ces réflexions doivent avoir quelque intérêt, ne faut-il pas premièrement partager au lecteur les circonstances qui leur donneront cet intérêt ? – Un malade, me dit tout d'abord le professeur Gosset, et plus particulièrement du point de vue de la chirurgie (mais, s'interrompt-il, où situer, si l'on sort des vieilles classifications, la démarcation de la maladie tout court et de la maladie « chirurgicale » ?), un malade relève toujours de différents ordres de recherches, médecine, radiologie, chimie, bactériologie, etc. Généralement le malade est obligé à de nombreuses allées et venues entre les divers services auxquels ressortit chacune des catégories qui détermineront son cas, et le voici courant de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud de la ville, perdant un temps considérable... Mon idée première fut de joindre en un centre unique tous ces services, et de prendre le malade depuis le moment où il se présente jusqu'au moment où il s'étendra — s'il y a lieu — sur la table d'opération. Entre temps, tous les documents qui peuvent étayer le diagnostic et éclairer l'intervention auront été assemblés, et les divers auteurs de ces documents demeureront en perpétuel contact.
        « Cette idée fut vivement approuvée et soutenue par mon vieil ami Clemenceau, avant la guerre, mais celle-ci advint, qui retarda toute réalisation. Après la guerre l'argent manquait. Je consacrai personnellement une certaine somme à commencer l'entreprise. Ensuite des dons importants du Pari mutuel et de l’Assistance publique me permirent d'aller de l'avant.
        « Donc, un service chirurgical, pour fonctionner convenablement, doit avoir, outre de nombreux assistants, des attachés médicaux. Et qui dit médecine dit nécessairement : radiologie, chimie, bactériologie, hématologie, laboratoires d'anatomie pathologique, laboratoires expérimentaux...
        « Venez. »

     *
    *   *

         La première pièce où m'entraîna le Professeur était une vaste bibliothèque.
        — Elle me fut donnée par mon maître Terrier, à sa mort. Elle était alors composée de tous les périodiques chirurgicaux du monde entier, de 1885 à 1908. Je l'ai continuée, dans ce local que j'ai voulu digne d'elle. Tous les élèves du service peuvent en profiter. Ici, également, sont conservés les registres d'observation : tous les malades opérés ont leur observation reproduite en face du compte rendu opératoire, dans des registres à onglets.
        Le professeur s'émeut et parle de Terrier qui fut, en ce service chirurgical de la Salpêtrière, son prédécesseur, de 1879 à 1882. A Terrier succéda Terrillon (1882-1894), Segond (1894-1912), puis Gosset (1913).
        — L'on ne saura jamais assez vénérer la mémoire du grand Terrier. C'est lui qui créa l'asepsie. Celle-ci a ouvert aux chirurgiens toutes les possibilités. Nous sortons de la bibliothèque. Un clair couloir.
        — Le but de chaque laboratoire, dit le professeur, est double : d'abord, et avant tout, les analyses pré et post-opératoires, indispensables pour une saine chirurgie, et ensuite les recherches de science pure.
        Une porte. Une grande pièce inondée de lumière par quatre grandes baies vitrées.
        — Le laboratoire d'anatomie pathologique. — Docteur Ivan Bertrand, chef de ce laboratoire.
        Présentations.
        Des tables de lave devant les baies. Quatre panneaux de la salle occupés par de hautes vitrines. Plusieurs centaines de pièces anatomiques baignant dans l'alcool emplissent ces vitrines.
        — Notre musée, dit fièrement le professeur.
        Nous quittons le laboratoire.
        — Les problèmes, dit le professeur, qui se posent aux pathologistes apparaissent de plus en plus comme des cas particuliers de questions biologiques d'ordre général. Tel est, au premier rang, le problème du cancer, qui ne semble devoir être résolu que par la connaissance des lois biologiques de la division cellulaire.
        J'ai été très vivement frappé par des travaux de biologie végétale d'où ressort l'appui mutuel que pourraient se prêter la pathologie animale et la physiopathologie, si ces deux sciences cessaient de s'ignorer l'une l'autre, comme elles l'ont trop souvent fait jusqu'ici. Je me bornerai à vous citer, entre autres recherches de cet ordre, celles de Noël Bernard, qui retrouve chez les orchidées envahies par des champignons symbiotiques les lois générales de l'infection et de l'immunité ; celles d'Erwin F. Smith, qui découvre et étudie, chez diverses espèces végétales, des tumeurs semblables aux cancers du règne animal. Aussi, j'ai tenu à organiser le laboratoire de biologie expérimentale en vue de l'étude des maladies des plantes, et en particulier du cancer végétal... »
        Il pousse une porte. Un laboratoire, et, contiguë, une petite pièce largement éclairée par une baie et un plafond vitré. C'est une serre. Les plantes y sont disposées dans des coffres remplis de terre et sur des gradins.
        — Ce laboratoire est une création originale et unique en son genre. Il diffère complètement des laboratoires de pathologie végétale déjà existants, où les maladies des plantes sont étudiées, soit au point de vue botanique pur, soit au point en vue des applications agricoles. Ici, comme je vous disais, c'est un laboratoire de biologie et de pathologie générales, en liaison étroite avec le service hospitalier et les laboratoires cliniques, et où les plantes ne sont considérées que comme des matériaux commodes pour les recherches expérimentales.
        « Le chef de ce laboratoire, docteur Magrou. »
        Je salue un homme, de taille moyenne, vêtu d'une blouse blanche. Je regarde avec émotion ce savant dont les travaux sont déjà célèbres. Des fleurs étranges me sont montrées, boursouflées, ici et là, d'énormes tumeurs, œuvre du Bacterium tumefaciens...
        « Sans doute, objectera-t-on, a écrit le Dr Magrou, qu'un rapprochement entre des organismes aussi distants que les plantes et les animaux, risque d'être artificiel; mais en fait, l'élément dont la réaction donne naissance à une tumeur, la cellule non différenciée, voisine du type embryonnaire, diffère peu d'un règne à l'autre ; il est parfaitement légitime de comparer son évolution chez l'animal et la plante... »
        Il a écrit encore (1927) : « MM. Blumenthal et Auler et Mlle Meyer ont, au cours de recherches récentes, isolé de tumeurs humaines ouvertes une bactérie ayant les caractères morphologiques et culturaux du Bacterium tumefaciens... »

     *
    *   *

         Nous voici au laboratoire de chimie, dirigé par le professeur agrégé W. Mestrezat, chef de laboratoire à l'Institut Pasteur, chargé de Conférences au Collège de France. M. Mestrezat est secondé ici par M. Loiseleur, chimiste à l'Institut Pasteur.
        — A la suite des travaux de Claude Bernard, me dit le professeur Gosset, nous apprécions la valeur des données que la chimie et la chimie physique sont susceptibles de fournir à maints problèmes pathologiques, que ce soit dans leur étiologie ou leur thérapeutique. Ce laboratoire est consacré aux recherches corrélatives de ces données et à la préparation de certaines substances thérapeutiques, les colloïdes entre autres. L'installation est des plus modernes, jugez : appareil pour la mesure des conductivités, potentiomètre, installation pour spectroscopie et polarimétrie, centrifugeuse à grande vitesse. Nous sommes, de plus, outillés pour la microanalyse, d'après les techniques de Pregl. Placé au centre des autres laboratoires, celui-ci leur permet éventuellement le bénéfice de ses installations et favorise, par la réunion des chefs de service, la réalisation du « travail d'équipe ».
        — Travail d'équipe, dis-je, voici un grand mot... un mot franchement moderne. Il serait mieux de l'appeler un grand mot de demain. Car il est encore rare de le voir employé dans la plupart des milieux scientifiques...
        Le professeur hoche la tête. Nous gagnons le laboratoire de bactériologie et d'hématologie.
        — Docteur Rouché, directeur.
        Le laboratoire a pour objet de pratiquer tous les examens bactériologiques et hématologiques utiles au diagnostic et au pronostic des malades consultants et hospitalisés. Nous ne séjournons point. Le Dr Rouché travaille en ce moment à rechercher l'influence du radium sur le sang des cancéreux.
        Nous pénétrons dans une vaste pièce rectangulaire éclairée par six fenêtres et deux baies vitrées à pans coupés analogues à celles des salles d'opération.
        Le laboratoire de chirurgie expérimentale.
        — La reconnaissance de la nécessité et des besoins de l'expérimentation, me dit le professeur, m'a conduit à organiser ce laboratoire comme un service de chirurgie, avec une salle d'opérations aseptiques, une clinique pour animaux et un personnel au courant des méthodes chirurgicales et des soins post-opératoires. Ce service est sous la direction du Dr Georges Loewy.
        La salle est carrelée et tapissée de carreaux de faïence et contient, largement espacées, six tables d'opérations couplées avec des tables annexes.
        — La pensée dominante de ce laboratoire, continue mon guide, est de concilier l'humanité et ces nécessités de la recherche. Aucun animal n'est opéré ici sans être endormi d'une façon complète. L'anesthésie est commencée à l'éther dans une caisse hermétique où les animaux respirent les vapeurs et s'endorment. L'animal est apporté endormi sur la table d'opérations. L'« intubation » de la trachée est faite rapidement et la canule reliée à l'appareil à éther. A partir de ce moment, l'anesthésie est automatique et durera pendant tout le temps de l'opération.
        « Nos recherches ont porté sur les voies biliaires, sur les fonctions de la vésicule biliaire, sur les réparations de la muqueuse gastrique après perte de substance étendue, sur la cholestérine, sur la cholecystographie... (conséquence de découvertes récentes, ce procédé consiste à rendre la vésicule biliaire radiographiquement visible au moyen d'une substance opaque aux rayons X. Cette méthode a été appliquée à tous les malades de la clinique chirurgicale de la Salpêtrière, suspects de lésion des voies biliaires. Le diagnostic fait par la cholecystographie a été contrôlé à l'intervention)... sur l'emploi du catgut dans les sutures gastro-intestinales, sur un procédé de prévention des adhérences post-opératoires, sur les hormones ovariennes. Des expériences de toxicité du plomb colloïdal et de l'argent colloïdal ont été entreprises également...
        Je transcris littéralement cette énumération dont on peut imaginer les conséquences pour l'homme. Je songe aux innombrables controverses sur la vivisection...

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    *   *

         Visite du laboratoire de photographie, des services de radiologie — radioscopie et radiothérapie profonde — de curiethérapie (le service possède environ 600 milligrammes de radium-élément). Nous gagnons le pavillon des malades et des opérés. Deux cent cinquante lits. Plusieurs salles communes. Une salle divisée en boxes de bois verni, spacieux, clairs, les uns à lit unique, les autres à deux ou trois lits. Nous entrons dans les salles d'opération.

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         L'homme qui a mis debout ce service scientifique unique en sa cohésion, qui en a su rassembler les hommes, les appareils, les innombrables matériaux, dont l'esprit a dû être sensible à chacune des découvertes accomplies dans tant d'ordres différents de recherches, de la photographie à la radiologie, de la biologie végétale à la physico-chimie, de la mécanique qui perfectionne les appareils à la pure spéculation qui éveille les possibilités nouvelles, est ce même homme que j'ai vu, botté, vêtu, voilé, casqué de blanc, tailler la chair, atteindre en un instant le mal, si insidieusement qu'il se cachât aux

     *
    *   *

         Mon guide me reconduit, achève ses explications. Nous faisons quelques pas sous les arbres centenaires d'une large allée de l'hôpital. Le regard des consultants et des malades de tout à l'heure, ce regard de ferveur qui recréa en moi l'atmosphère d'une foule extatique d'il y a quinze ans, me hante tandis que parle le Professeur. C'est bien le même sentiment qui alluma les yeux de cette foule et faisait luire les yeux d'aujourd'hui. Mais que veulent donc dire les mots ? Cette même flamme du regard, cette même vague profonde de l'âme, là allaient à un dieu, ici elles allaient à un homme. Là, avant qu'il mourût, et qu'on se tournât vers le Ciel pour l'implorer, le Guérisseur aux dix-neuf temples et aux sept cent mille adorateurs, était un simple ; j'ai sous les yeux ses Évangiles. J'extrais ceci de l'Unitif, bulletin mensuel de l'Antoinisme :

     DIX PRINCIPES RÉVÉLÉS
    en prose
    par Antoine le
    GÉNÉREUX

     DIEU PARLE :

     Premier principe
    Si vous m'aimez
    Vous ne l'enseignerez à personne
    Puisque vous savez que je ne réside
    Qu'au sein de l'homme

     Vous ne pouvez témoigner qu'il n'existe
    Une suprême bonté
    Alors que du prochain vous m'isolez.

     ........................................................

     SIXIÈME PRINCIPE
    Quand vous voudrez connaitre la cause
    De vos souffrances
    Que vous endurez toujours avec raison
    Vous la trouverez en l'incompatibilité de
    L'intelligence avec la conscience.

     .......................................................

     DIXIÈME PRINCIPE
    Ne pensez pas faire toujours un bien
    Lorsqu'à un frère vous portez assistance :
    Vous pourriez faire le contraire,
    Entraver son progrès.
    Sachez qu'une grande épreuve
    Sera votre récompense,
    Si vous l'humiliez, en lui imposant le respect
    Quand vous voudrez agir,
    Ne vous appuyez jamais sur la croyance
    Car elle pourrait vous égarer ;
    Reportez-vous seulement à votre conscience
    Qui doit vous diriger et ne peut se tromper.

         Et voici un fragment d'une profession de foi rédigée par Antoine :

         « Etant allé à l'étranger, en Allemagne et en Russie, comme ouvrier métallurgiste, j'avais pu, malgré la maladie d'estomac dont j'étais affligé, économiser un petit pécule qui me permettait de vivre sans travailler. Je compris que je me devais à mes semblables, c'est alors que je ressentis la foi qui m'affranchit de toute crainte au sujet de l'âme, j'étais convaincu que la mort est la vie ; le bonheur que j'en éprouvais ne me laissait plus dormir, je m'inspirais ainsi le devoir de me dévouer toujours davantage envers ceux qui souffrent moralement et physiquement et je continue la tâche car leur nombre augmente sans cesse. Je leur raisonnais l'épreuve, sa cause et son efficacité. Sans la foi qui me soutenait, j'aurais été bien souvent embarrassé et tracassé devant la foule de malades qui, nuit et jour, pendant plus de vingt-deux ans, sont venus me demander assistance. Mais une longue expérience me fit reconnaître que les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est à celle-ci que j'ai donc appliqué le remède, je n'ai jamais cessé de la raisonner aux malheureux qui se trouvent dans la même situation que celle que j'ai pu traverser et qui se désespèrent... » Ici, c'est un cerveau riche des plus rares trésors de l'intelligence et de la volonté... Mais, à poursuivre, quelle commune mesure est-il possible de tenter ? L'un agissait par les vertus secrètes de l'âme, l'efficience d'une effusion qui vient d'au delà de l'intelligence, et de la réalité corrélative de cette intelligence. Et ses miracles s'accomplissaient là où lui répondaient une même effusion et ces mêmes vertus, dont l'essence passe toute science humaine. L'autre agit par des gestes, des instruments et des substances dont rien n'est secret, qui se mesurent, se nombrent, se pèsent. Qu'importe, si cette dernière action exige les plus beaux fruits de la plus subtile et de la plus difficile culture ! Qu'est-ce, auprès de l'autre, qui n'est point de même espèce ? Cependant, pour beaucoup, aujourd'hui, ces grandes merveilles de l'effusion, celle qui guérit et celle qui permet qu'on guérisse, ces merveilles ressortissent à l'un des districts de notre réalité corporelle ; beaucoup pensent, disent, témoignent qu'elles relèvent de la psychopathologie. Délivrés de toute prévention philosophique, explorateurs des faits enfin saufs de tout parasitisme, ils les pénètrent avec le même soin lucide et méthodique qu’un Magrou apporte à l'évolution du Bacterium tumefaciens, un Gosset au muscle qu'il va reséquer. Déjà mille et mille documents donnent aux phénomènes de la foi une place aux laboratoires. De ce dernier point de vue, réduits à leur réalité psycho-physiologique, malgré les millénaires d'histoire mystique, la ruée de l'espèce vers les Antoine, au cours des siècles, le transfert au Surnaturel de réponses morales et de directions que l'on ne pouvait attendre d'une nature trop complexe, tels, décantés des lyrismes, des morales et des métaphysiques, et relevant, en vérité, d'un des districts de l'organisme, les voici du même coup devenus l'une des catégories d'entre toutes celles sur quoi se penchent des hommes comme le Professeur et sa phalange... Et si cela était ainsi, et s'il ne s'agissait, quant au creuset humain d'où s'épanouissent les dieux que l'un de ces labyrinthes du réel où de tels hommes avancent, pas à pas et coup de pioche à coup de pioche, éclaireurs d'une terre et d'une humanité tout entières à redécouvrir, que voudraient alors dire les mots ?... Dieu... Homme... Qu'est-ce que cet homme qui marche à côté de moi sous ces arbres centenaires ?

     André ARNYVELDE.

     

     (1) Dix ans après, en 1921, il y avait dix-neuf temples antoinistes : seize en Belgique (Bruxelles, Verviers, Liège, Herstal, Seraing, etc.), un à Monaco, deux en France : Paris, Vichy. Un vingtième était en construction à Tours.

     

    La Revue mondiale (ancienne Revue des revues), 1 mai 1928 (p.77-85)


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  • Un livre de M. Kurth

         Avez-vous lu le petit livre de M. Kurth, la Nationalité belge ? Non ? Eh bien, courez chez votre libraire et achetez-le sur l'heure. C'est un ouvrage excellent, que tout bon belge doit mettre dans sa bibliothèque, à côté de l'admirable Histoire de Belgique de notre grand et cher Pirenne. Et quand on a ces livres-là dans sa bibliothèque, il faut les tirer souvent du rayon et les lire et les relire, tantôt d'un bout à l'autre, tantôt par petits fragments, jusqu'à ce que l'on ait le cerveau tout imprégné de leur enseignement et le cœur enflammé de leur superbe ardeur patriotique. J'ai lu ce volume en 1913, dès qu'il a paru. Pourquoi n'en ai-je point parlé aussitôt, comme c'était mon devoir ? Eh ! que sais-je ? Je suis, je le confesse, un pauvre écrivain, affligé de soucis divers et d'une si terrible lenteur de la plume, que je ne trouve pas le temps d'écrire la centième partie des livres que je rêve et des articles que je projette. Voilà ! Mea culpa ! Mais mon retard ne justifierait pas le vôtre, si vous remettiez au lendemain la lecture que je vous conseille.
        Ce que l'on trouvera dans le petit livre de M. Kurth, ce sont des leçons données en 1905, aux élèves d'un pensionnat de jeunes filles. C'est assez dire que leur enseignement est très simple et tout familier. Il est à la portée de la jeunesse des écoles, et j'estime que tout écolier devrait l'avoir entre les mains. Mais les grandes personnes, même les plus lettrées, en feront également leur profit, car elles y trouveront maintes bonnes et belles choses que généralement elles ignorent et qu'il importe qu'elles connaissent. Et celles qui les connaissent déjà, prendront plaisir à les revoir exprimées avec une précision et une simplicité efficaces et charmantes.
        Et tout le monde, je crois, y trouvera de véritables nouveautés. L'une, la meilleure, ce sont les considérations sur le Brabant, envisagé comme l'un des principaux facteurs historiques de notre unité nationale.
        Une autre... me paraît plus contestable. Et comme j'ai aujourd'hui l'esprit fâcheusement porté à la critique, c'est de celle-ci que je veux parler. Etudiant le caractère propre du peuple belge, M. Pirenne l'a montré dans la rencontre et l'interpénétration réciproque de l'esprit germanique et de l'esprit gallo-romain. M. Kurth cherche ailleurs le caractère spécifique de notre peuple. Il croit le trouver dans une fidélité exceptionnelle à l'église catholique. Très ingénieusement, ayant rappelé que la Belgique était devenue le royaume des Francs, il cite le préambule de la loi salique : « Vive le Christ, qui aime les Francs ! » Il montre ensuite la Belgique prenant avec les Carolingiens la tête du mouvement de défense de l'Occident contre les Sarrazins, puis, avec les Croisades, la direction de l'immense effort entrepris par l'Europe contre l'Islam, effort qui se continue jusque sous le règne de Charles-Quint. Il montre enfin la Belgique luttant contre le protestantisme jusqu'à la séparation de la Hollande, luttant contre la politique anticléricale de Joseph II, contre la domination antireligieuse de la République française, contre le règne calviniste du roi Guillaume Ier des Pays-Bas...
        Certes, cela est très significatif. On voit bien que la Belgique est historiquement fort attachée au catholicisme romain. Mais la Pologne et l'Irlande le sont aussi. Et dans l'Europe méridionale, que dire de l'Espagne et de l'Italie ? Cet attachement ne paraît donc pas être le caractère spécifique du peuple belge.
        M. Kurth va jusqu'à dire que nulle hérésie « n'a jamais vu le jour sur notre sol ». Hum ! Et Tanchelin ? Et Jansénius ? Et, dans de moindres proportions, Bloemardine, et même, un tantinet, Ruysbroeck l'Admirable, dont la gloire, remise à neuf par Maurice Maeterlinck et par l'Académie flamande, chagrinait fort le bon chanoine Delvigne, curé de Saint-Josse et ferme champion de l'orthodoxie ? Il y eut aussi les anabaptistes dans le nord, et M. Georges Eekhoud nous a conté les hauts faits des « Libertins d'Anvers ». Enfin, il me semble que le terrible mouvement des iconoclastes qui ravagèrent les monastères et les églises des Pays-Bas... Mais ce mouvement-là, dira-t-on, n'est qu'un affluent du mouvement calviniste qui venait de Suisse et de France. Soit ! Le reste n'est-il pas suffisant ?... Les hérésies d'ailleurs ne naissent guère que dans les temps et les lieux où l'esprit religieux est très actif. Dès lors, est-ce louer la religion d'un pays que de prétendre qu'aucune hérésie n'y a jamais vu le jour ?...
        Dans le dernier chapitre de son petit livre, M. Kurth montre la Belgique actuelle divisée en deux partis, qu'il devrait considérer, s'il était logique, comme constituant désormais deux peuples distincts, étrangers l'un à l'autre, puisque l'un est composé de catholiques fidèles, et l'autre de libres-penseurs, d'athées et, en général, d'anticléricaux. Si la fidélité catholicisme était vraiment le caractère spécifique du peuple belge, il faudrait en conclure que les belges anticléricaux ne sont plus de vrais Belges, partant, que la Belgique est en train de se décomposer. C'est une exagération manifeste. Il n'est pas exact non plus de voir dans l'affaiblissement de l'esprit religieux d'une partie de notre population un phénomène nouveau. Au XVIe siècle, au moment où se préparait l'invasion du protestantisme, le catholicisme de beaucoup de belges était fort tiède ; il ne se réchauffa précisément qu'au choc du protestantisme. Et le passage d'un certain nombre de flamands à la religion réformée constitue un phénomène assez analogue, — mutatifs mutandis, — à l'entrée des belges du XIXe siècle dans la franc-maçonnerie. Enfin, les succès actuels de la secte des Antoinistes dans la population ouvrière de la Wallonie, ne rappellent-ils pas aussi les conversions au protestantisme du temps du Prince d'Orange et de la Ligue des Gueux ?
        Certes, la grande majorité du peuple belge est catholique et entend rester fidèle à sa foi. Je ne songe pas à nier que cette fidélité ne soit l'une des caractéristiques de ce peuple ; mais je n'y saurais voir son caractère principal, puisque, d'une part, elle est commune à plusieurs peuples, et que d'autre part elle est étrangère à une minorité assez considérable de notre population, aujourd'hui comme à certains moments du passé.
        Cela est si vrai que le catholicisme exagéré de certains chapitres de cet excellent petit livre, l'empêchera malheureusement d'être pour quelques belges le manuel patriotique qu'il sera certainement pour tous les autres.

                                                              IWAN GILKIN.

    La Belgique artistique et littéraire, tome 35 (n°120-125),
    Bruxelles, 1er avril 1914-1er août 1914
    Chronique du Mois, Les faits et les idées, p.309


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  • Férération spirite de la région de Liège (Le Fraterniste, 12 décembre 1913)

        Liste des groupements spirites vers 1910 dans la province de Liège affiliés à la Fédération spirite belge et ayant participé au Congrès National Spirite Belge de Namur.


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  • Culte antoiniste, brochure

     

    CULTE ANTOINISTE

      

    RÉVÉLATION PAR LE PÈRE
    LE GRAND GUÉRISSEUR DE L'HUMANITÉ
    POUR CELUI QUI A LA FOI

     

        L'Enseignement du PERE a pour base l'amour, il révèle la loi morale, la conscience de l'humanité ; il rappelle à l'homme les devoirs qu'il a à remplir envers ses semblables ; fût-il arriéré même jusqu'à ne pouvoir le comprendre, il pourra, au contact de ceux qui le répandent, se pénétrer de l'amour qui en découle ; celui-ci lui inspirera de meilleures intentions et fera germer en lui des sentiments plus nobles.

        La religion, dit le PERE, est l'expression de l'amour pur puisé au sein de Dieu, qui nous fait aimer tout le monde indistinctement. Ne perdons jamais de vue la loi morale car c'est par elle que nous pressentons la nécessité de nous améliorer. Nous ne sommes pas arrivés tous au même degré de développement intellectuel et moral et Dieu place toujours les faibles sur notre chemin pour nous donner l'occasion de nous rapprocher de Lui. Il se trouve parmi nous des êtres qui sont dépourvus toute faculté et qui ont besoin de notre appui ; le devoir nous impose de leur venir en aide dans la mesure où nous croyons en un Dieu bon et miséricordieux. Leur développement ne leur permet pas de pratiquer une religion dont l'enseignement est au-dessus de la portée de leur compréhension, mais notre manière d'agir à leur égard les rappellera au respect qui lui est dû et les amènera à chercher le milieu le plus avantageux à leur progrès. Si nous voulons les attirer à nous, par une morale qui repose sur les lois inaccessibles à leur entendement, les troublerons, nous les démoraliserons et la moindre instruction sur celle-ci leur sera insupportable : ils finiront par ne plus rien comprendre ; doutant ainsi de la religion, alors ils recourront au matérialisme.

        Voilà la raison pour laquelle notre humanité perd tous les jours de la vraie croyance en Dieu en faveur de la matière. Le PERE a révélé qu'il était autrefois aussi rare de rencontrer un matérialiste qu'aujoud'hui, un vrai croyant.

        Aussi longtemps que nous ignorerons la loi morale, par laquelle nous nous dirigeons, nous la transgresserons.

        L'Enseignement du PERE raisonne cette loi morale, inspiratrice de tous les cœurs dévoués à régénérer l'Humanité ; il n'intéresse pas seulement ceux qui ont la foi en Dieu mais tous les hommes indistinctement, croyants et non-croyants à quelque échelon que l'on appartienne. Ne croyez pas que le PERE demande l'établissement d'une religion qui restreigne ses adeptes dans un cercle, les oblige à pratiquer sa doctrine, à observer un certain rite, à respecter certaine forme, une opinion quelconque, à quitter leur religion pour venir à Lui. Non, il n'en est pas ainsi : nous instruisons ceux qui s'adressent à nous de ce que nous avons compris de l'Enseignement du PERE et les exhortons à la pratique sincère de la religion dans laquelle ils ont foi, afin qu'ils puissent acquérir les éléments moraux en rapport avec leur compréhension. Nous savons que la croyance ne peut être basée que sur l'amour ; mais nous devons faire aimer, car ceci est le plus grand des fléaux. Quand nous seront pénétrés de l'Enseignement du PERE, il n'y aura plus de dissension entre les religions parce qu'il n'y aura plus d'indifférence, nous nous aimerons tous parce que nous aurons enfin compris la loi du progrès, nous aurons les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance, persuadés que nul ne pourrait nous faire aucun mal. Si nous voulons être utiles à nos semblables, nous devons leur démontrer que nous professons une bonne religion en respectant la leur, en y voyant le bien. Nous serons alors convaincus que l'amour naît de la foi qui est la vérité ; mais nous ne la posséderons que lorsque nous ne prétendrons pas l'avoir.

      

    L'ENSEIGNEMENT DU PÈRE

    C'EST

    L'ENSEIGNEMENT DU CHRIST

    RÉVÉLÉ A CETTE ÉPOQUE

    PAR LA FOI

     

                L'Opération Générale est faite dans tous
    les Temples, au nom du PERE les cinq premiers
    jours de la semaine, à 10 heures.

     

    Direction : Culte Antoiniste à Jemmeppe-lez-Liège
    édité en France


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